Le Tour d'Italie (en ), appelé aussi Giro, est une compétition cycliste par étapes qui a lieu principalement en Italie chaque année, et qui est considérée comme la deuxième en importance après le Tour de France. Elle est créée par le journal d'Eugenio Camillo Costamagna sur une idée du journaliste Tullo MorgagniIl giornalista fu il fondatore del Giro d'Italia nel 1909 (). en 1909. Elle parcourt l'Italie et passe parfois par des pays étrangers.

La ville de départ de la course change chaque année et l'arrivée a lieu en général dans les villes de Naples, Florence, Vérone, Rome ou encore Milan, ville du siège de . Le leader de son classement général porte un maillot rose évoquant la couleur du papier utilisé par ce quotidien. Depuis 1909, le Giro a seulement été annulé lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Dynamique économiquement, le Giro fonctionne notamment sur des garanties de rémunération proposées aux plus grandes équipes afin d'assurer leur présence, ce à quoi son rival historique, le Tour de France, se refuse officiellementCyclisme : pourquoi les coureurs préfèrent le Giro au Tour de France, 11 mai 2019, par Clément GuillouInterview de Pierre Carrey, winamax.fr, 4 mai 2019, par Charly Moriceau.

Les Italiens Alfredo Binda et Fausto Coppi et le Belge Eddy Merckx détiennent à égalité le record de l'épreuve, avec cinq victoires chacun.

vignette|Le Trophée du Giro d'Italia (« trofeo senza fine »).

Histoire 1908-1909 : création et première édition À l'instar du Tour de France, le Tour d'Italie naît de la concurrence entre deux journaux italiens. En effet, au début du , veut se démarquer de son concurrent, le . (organisateur du Tour d’Italie automobile, qui projette aussi de créer un tour cycliste) en organisant son propre événement sportif inspiré du Tour de France. C’est ainsi que le , sous l’impulsion de son fondateur Eugenio Camillo Costamagna, de son administrateur Armando Cougnet et de son rédacteur en chef Tullo Morgagni, instigateur de l'idée, annonce en une la création du premier Giro d’Italie qui se tiendra en 1909. Malgré tout, le , dans un esprit des plus fair-play, se proposa d’offrir au vainqueur une prime de ..

vignette|Luigi Ganna, le premier vainqueur du Giro.

Le à du matin., les du premier Tour d’Italie de l’histoire s’élancent du rondeau de Loreto à Milan pour huit étapes visant à rallier Milan après avoir traversé une grande partie de l’Italie, pour un total de . À l’arrivée, c’est l’Italien Luigi Ganna qui remporte la course, que seuls parviennent à terminer : avec une moyenne de , il devance notamment le Français Lucien Petit-Breton, vainqueur du Tour de France en 1907 et 1908, contraint à l’abandon. Il touche pour sa victoire une récompense de , et le dernier du classement se voit attribuer , une véritable fortune pour l’époque. Cette première édition est également marquée par une popularité très importante, notamment caractérisée par la présence d’une foule extrêmement dense lors de l’arrivée à Milan.

1910-1953 : la domination italienne 1910-1924 Durant cette période (et jusqu’en 1950 avec la victoire du Suisse Hugo Koblet), le palmarès du Giro reste exclusivement italien. En ce qui concerne les victoires d’étape, il faut attendre la deuxième étape du Tour d'Italie 1910 pour voir un non-Italien s’imposer en la personne du Français Jean-Baptiste Dortignacq. En 1912, le classement général se fait par équipes et voit une nouvelle fois les Italiens s’imposer grâce à l’équipe Atala (déjà meilleure équipe en 1910). Sur les que comptent ces onze tours, 102 sont remportées par des coureurs italiens, et il faut attendre 1919 pour voir le premier non-Italien monter sur le podium du Giro en la personne du Belge Marcel Buysse, alors troisième. Deux grandes premières ont également lieu durant cette période : en 1911, Carlo Galetti devient le premier coureur à remporter deux Giro consécutifs, et la même année, Milan n’est ni la ville de départ ni la ville d’arrivée, cédant sa place à Rome pour fêter le de l’unification italienne.

1925-1935 : l'ère Binda Surnommé le « grimpeur assis », Alfredo Binda s'adjuge son premier Giro en 1925, en remportant également la sixième étape alors qu’il n’a que . L’année suivante, il remporte six étapes sur douze possibles mais doit s’incliner face à Giovanni Brunero (troisième l’année précédente) qui devient alors le premier coureur à remporter trois Tours d’Italie.

Binda prend sa revanche en 1927 où il domine le Giro en remportant douze des quinze étapes qui le composent (record encore inégalé), laissant Brunero deuxième à plus de . Tout comme l’avait fait Costante Girardengo en 1919, Binda reste en tête du classement général de la première à la dernière étape. Il est également le premier champion du monde de cyclisme sur route la même année.

En 1928, il reste intouchable et remporte son troisième Tour, égalant ainsi Giovanni Brunero. Il remporte six étapes sur douze tandis que la huitième étape est remportée par son frère et coéquipier Albino Binda. L’édition de 1928 du Tour d’Italie reste également celle ayant rassemblée le plus grand nombre de participants (298 au départ.). L’année suivante, il devient le premier coureur à gagner son quatrième Giro en remportant huit étapes consécutives. Cependant, la concurrence s’organise et les écarts au classement général diminuent (quatre coureurs terminent à moins de dix minutes de Binda). vignette|left|Alfredo Binda, quintuple vainqueur du Giro. En 1930, les organisateurs se lassent de sa domination absolue et lui offrent (plus que la prime destinée au vainqueur) pour ne pas courir et ainsi préserver l'intérêt de la course. Binda accepte, laissant ainsi la victoire qui lui était promise à Luigi Marchisio qui, du haut de ses , devient le plus jeune vainqueur du Giro (record qui sera battu en 1940 par Fausto Coppi). Binda se console en remportant cette année-là son deuxième titre de champion du monde et deux étapes du Tour de France pour son unique participation.

Il revient en 1931 pour la du Giro. Cette dernière est notamment marquée par l’apparition du maillot rose () de leader du classement général. Sa couleur est calquée sur celle des pages de . L’Italien Learco Guerra, vainqueur de la première étape du Tour (il en remportera quatre au total en 1931), sera le premier à le porter. Pour son retour sur les routes italiennes, Binda prend le maillot rose en remportant la et la , mais est victime d’une chute dans les alentours de l'hippodrome de Villa Glori dans la reliant Rome à Pérouse, qui le contraint à l’abandon le jour suivant. Il laisse ainsi la victoire finale à Francesco Camusso (vainqueur d’une étape), qui devient le premier coureur de l’histoire du Giro à ramener le maillot rose à Milan.

Le Giro 1932 est une déception pour Binda. Il ne termine que septième à d’Antonio Pesenti, grand vainqueur de l’épreuve, qui termine à la du Tour de France la même année. Hermann Buse, vainqueur de la deuxième étape, devient le premier non-Italien à revêtir le maillot rose, qu’il perd à l’issue de la septième étape au profit de Pesenti.

1933 marque un tournant pour l’épreuve avec l’apparition du Grand Prix de la montagne et du premier contre-la-montre individuel au cours de la entre Bologne et Ferrare : longue de , elle est remportée par Binda. De plus, le Tour est constitué de (contre une petite dizaine habituellement), se rapprochant ainsi du format « grand tour » actuel. Contrairement à l’année précédente, le Giro est dominé une nouvelle fois par Binda, revenu au meilleur de sa forme en s’adjugeant le classement général, le Grand Prix de la montagne, six étapes, et treize jours en rose.

Il revient favori en 1934 mais est contraint à l’abandon pendant la à la suite d'une chute conjuguée à une blessure par pédale puis à une collision avec une moto de police.. Cette est dominé par Learco Guerra, surnommé « la locomotive », qui remporte le classement général et dix des . Cependant, Francesco Camusso termine à seulement au classement général après avoir perdu son maillot rose lors du contre-la-montre individuel.

Le Tour d'Italie 1935 sera le dernier d'Alfredo Binda, alors âgé de , et le premier d’un jeune espoir de : Gino Bartali. Binda prend congé du Giro en terminant à de Vasco Bergamaschi, vainqueur anecdotique du classement général. Le jeune Bartali remporte quant à lui la et le Grand Prix de la montagne. La succession de Binda reste donc à établir à l’approche de l’édition de 1936. Il restera dans l’histoire du Giro comme le premier coureur à gagner cinq Tours d’Italie (record égalé mais jamais battu) en remportant (seul Mario Cipollini fera mieux avec remportées).

1936-1953 : le duel Bartali-Coppi vignette|200px|Fausto Coppi, quintuple vainqueur du Giro. En 1936, la hiérarchie est à reconstruire après le départ d'Alfredo Binda. Learco Guerra, vainqueur en 1934, doit abandonner après s’être cassé le bras. À L'Aquila, Gino Bartali remporte sa deuxième victoire sur le Giro et endosse le maillot rose, qu’il conforte en gagnant deux autres étapes. Il remporte ainsi à son premier Tour d’Italie et son deuxième Grand Prix de la montagne consécutif.

Bartali récidive en remportant les deux classements en 1937. Le Tour d'Italie 1937 est le premier composé de , pour un total de , et le premier à emprunter les routes des Dolomites. qui feront la réputation du Giro, du col de Costalunga et du passo Rolle. C'est d'ailleurs Gino Bartali qui les franchit en tête et remporte la grande étape de montagne des Dolomites. vignette|Hugo Koblet, premier étranger à s'imposer. L’année suivante, il ne participe pas au Giro pour se consacrer au Tour de France, qu’il remporte. C’est son compatriote Giovanni Valetti qui s’impose.

De retour sur le Tour d'Italie 1939, Bartali et Giovanni Valetti s’affrontent. Ils remportent tous deux quatre étapes, mais c’est finalement Valetti qui s’impose pour la deuxième année consécutive après avoir récupéré le maillot rose à l’issue de la des . Les ascensions du col Pordoi et du col de Falzarego font également leur apparition, toutes deux escaladées en tête par Bartali.

En 1940, Bartali s’entoure au sein de son équipe Legnano d’un jeune italien de , Fausto Coppi. Celui-ci profite d’une chute de son leader pour prendre le pouvoir et s’illustrer dans la qui le fait connaître du grand public. Coppi fait la différence sur ses rivaux dans l’ascension d’Abetone et gagne après passés en solitaire qui lui permettent de s’emparer du maillot rose.. Malgré deux victoires dans les et , Bartali ne parvient pas à rattraper Coppi, lui laissant la victoire au général mais se consolant avec le Grand Prix de la montagne.

La Seconde Guerre mondiale interrompt le Giro de 1941 à 1945, freinant ainsi les ambitions de Bartali d’égaler le record d'Alfredo Binda. Coppi est mobilisé sur le front tunisien tandis que Bartali s'établit au Vatican aux côtés du pape ..

Après cinq ans d’attente, le Giro revient en 1946 sur les routes dévastées par la guerre. La rivalité Bartali-Coppi divise l’Italie : le premier, surnommé « Gino le pieux » est le favori de la Démocratie chrétienne, tandis que le second est adulé par la gauche et les progressistes. Le duel épique voit la victoire de Bartali avec seulement d’avance sur son rival. Cette édition est également marquée par des heurts entre activistes favorables à l’annexion de Trieste à la Yougoslavie et policiers italiens, perturbant des étapes du Giro.

Coppi prend sa revanche l’année suivante en s’adjugeant le Tour d'Italie 1947 devant Bartali.