Gaston Julia, né le à Sidi Bel Abbès (Algérie française, département d'Oran), mort le à Paris (7e arrondissement), est un mathématicien français, spécialiste des fonctions d'une variable complexe. Ses résultats de 1917-1918 sur l'itération des fractions rationnelles (obtenus simultanément par Pierre Fatou) ont été remis en lumière dans les années 1970 par le mathématicien français d'origine polonaise Benoît Mandelbrot. Les ensembles de Julia et de Mandelbrot sont étroitement associés.

Il est grièvement blessé au visage lors de la Première Guerre mondiale et devient une « gueule cassée ». Lors de la Seconde Guerre mondiale, il collabore avec l'Allemagne nazie, en particulier sur le plan scientifique.

Biographie Famille, enfance et études Gaston Maurice François Julia est issu d'une famille modeste de pieds-noirs, originaire de l'Aude et de la province d'Alicante.

Son grand-père, Antoine Julia, né en 1823 à Villasavary (Aude), et charron et s'établit à Sidi Bel Abbès (département d'Oran, actuelle wilaya de Sidi Bel Abbès) où il épouse, en 1853, Josefa Sepulcre, née en 1834 à Novelda (province d'Alicante).

Son père, Joseph Julia, né en 1866 à Sidi-bel-Abbès, mort en 1949 à Oran, est forgeron.

Gaston Julia effectue ses études secondaires au lycée Lamoricière d'Oran. En 1910, il est reçu au baccalauréat de mathématiques élémentaires. Il effectue ses études supérieures en classes préparatoires mathématiques et physique au lycée Janson-de-Sailly à Paris (16e arrondissement).

En 1911, il est reçu au sein de la promotion scientifique de l'École normale supérieure et à l'École polytechnique, et opte pour l'École normale. En 1914, il est reçu à l’agrégation de mathématiques.

Gaston Julia était un fervent catholique, .

Première Guerre mondiale et premières recherches Durant la Grande Guerre, Gaston Julia est mobilisé au sein du 57e régiment d'infanterie puis au sein du 144e régiment d'infanterie.

Le 25 janvier 1915, alors sous-lieutenant, il est grièvement blessé par balle au visage à la ferme d'Hurtebise. Il devient une « gueule cassée », subit plusieurs opérations et porte en permanence un masque de cuir. En 1917, il épouse à Paris (17e arrondissement) l'une de ses infirmières, Marianne Chausson, fille du compositeur Ernest Chausson. De leur union naissent six enfants.

Pendant la guerre et après sa blessure, il présente son premier mémoire à l'Académie des sciences et obtient le doctorat ès sciences mathématiques devant la faculté des sciences de l'université de Paris en 1917. Il décide de concourir pour le grand prix des sciences mathématiques de l'Académie des sciences de 1918, sur l'itération des fractions rationnelles. Pierre Fatou, qui avait obtenu des résultats importants dans cette théorie, renonce à concourir et Julia est lauréat du prix. Il est chargé du cours Peccot au Collège de France en 1918 et 1920.

Carrière Gaston Julia mène ensuite une double carrière d'enseignant. Il devient répétiteur à l'École polytechnique pour le cours d'analyse de Jacques Hadamard le , poste qu'il occupe dix-sept ans. Il y est ensuite nommé en 1937, à l'âge de , professeur de géométrie, puis d'algèbre et géométrie, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1964. Parallèlement à son enseignement à l'École polytechnique, il est nommé maître de conférences de l'École pratique des hautes études à l'École normale supérieure en , chargé de conférences de mécanique analytique à la faculté des sciences de l'université de Paris le (fondation de l'université, suppléance de Paul Painlevé), puis maître de conférences de mathématiques générales (certificat préparatoire) le , professeur sans chaire le , puis professeur titulaire le , à l'âge de . En 1926, il reçoit le prix Francœur. En , il succède à Édouard Goursat à la chaire de calcul différentiel et intégral, puis succède en à Jules Drach à la chaire d'applications de l'analyse à la géométrie, poste qu'il occupe durant deux ans avant de succéder en à Ernest Vessiot comme titulaire de la chaire de mécanique analytique et mécanique céleste. Il occupe cette chaire jusqu'en 1941, date à laquelle il est transféré, en remplacement de Jules Drach, dans la chaire d'analyse supérieure et algèbre supérieure qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1964.

Il est également directeur de recherches de la Caisse nationale des sciences, puis membre du comité national du Centre national de la recherche scientifique ainsi que directeur d'études de l'École pratique des hautes études (section des sciences mathématiques) à l'Institut Poincaré. Il y organise de 1933 à 1939, toutes les deux semaines, un séminaire de mathématiques qui prend le nom de « séminaire Julia » en 1938 et dont les membres du groupe Bourbaki sont les participants réguliers.

Il est également membre du jury d'admission à l'École navale de 1920 à 1932.

Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1934.

En dépit de sa renommée, ses travaux tombent dans l'oubli jusqu'à ce que Benoît Mandelbrot les mentionne dans les siens, dans les . Cela leur rend une certaine notoriété, puisque le moteur de recherche Google le mentionne sur sa page d'accueil comme initiateur d'une branche des mathématiques dont l'un des fruits est le PageRank.

Seconde Guerre mondiale et Collaboration Gaston Julia collabore avec l'Allemagne nazie lors de l'occupation. Il cherche et trouve des collaborateurs français pour la revue Zentralblatt für Mathematik. À la Libération, il est suspendu de ses fonctions universitaires. Cependant, d'après Michèle Audin:

Décorations (1950) (1959) Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire le , officier à titre militaire en 1925, commandeur à titre militaire en 1932, grand officier en 1950.

Il est commandeur de l'ordre des Palmes académiques en 1959.

Ensembles de Julia thumb|Ensemble de Julia (C = [0.285, 0.01]).

Bibliographie Gaston Julia, Œuvres de Gaston Julia, édition du Comité Henri Poincaré de la Société amicale des anciens élèves de l'École polytechnique, Paris, Gauthier-Villars, 1968. Michèle Audin, Fatou, Julia, Montel, le Grand prix des sciences mathématiques de 1918, et après..., Heidelberg, Springer, 2009 . . Daniel Alexander, Felice Iavernaro, Alessandro Rosa: Early days in complex dynamics: a history of complex dynamics in one variable 1906-1940, History of Mathematics 38, American Mathematical Society 2012

Notes et références

Liens externes

Le séminaire de mathématiques (1933-1939), dit "Séminaire Julia", sur le site du cedram.

Catégorie:Mathématicien français du XXe siècle Catégorie:Membre de l'Académie des sciences (France) Catégorie:Naissance en février 1893 Catégorie:Naissance à Sidi Bel Abbès Catégorie:Naissance en Algérie française Catégorie:Élève de l'École normale supérieure Catégorie:Étudiant de la faculté des sciences de Paris Catégorie:Poilu Catégorie:Agrégé de mathématiques Catégorie:Docteur ès sciences de la faculté des sciences de Paris Catégorie:Professeur à la faculté des sciences de Paris Catégorie:Professeur à l'École polytechnique Catégorie:Grand officier de la Légion d'honneur Catégorie:Commandeur des Palmes académiques Catégorie:Décès en mars 1978 Catégorie:Décès à 85 ans Catégorie:Décès dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale