Edmond Marin la Meslée, né le à Valenciennes et mort au combat le à Dessenheim, est un aviateur français, as de la chasse durant la Seconde Guerre mondiale ; il est souvent présenté comme le pilote français ayant obtenu le plus grand nombre de victoires homologuées pendant la campagne de France, avec seize appareils ennemis abattus.
Formé à l’École de l’air dans les années 1930, il sert notamment au Groupe de chasse II/5 « La Fayette » puis prend, au sein des forces de la Libération, le commandement du Groupe de chasse I/5 équipé de P-47 Thunderbolt ; il est tué au cours d’une mission d’attaque au sol près de Dessenheim le .
Il est titulaire du grade de chevalier de la Légion d'honneur.
Biographie
Jeunesse et formation Edmond Édouard Raymond Marin la Meslée naît le à ValenciennesAu n° 46 de la rue des Anges, où une plaque commémorative a été posée le 8 mai 2007..
Cinquième enfant d’une fratrie de dix, dont trois intègrent plus tard l’Armée de l’air, il est le fils d’Athelstan Marin la Meslée, cofondateur du Club d’aérostation et d’aviation de Valenciennes et secrétaire général honoraire de l’Aéro-club de Lille.
Il effectue sa scolarité au collège Notre-Dame de Valenciennes, puis au Collège Saint-Joseph de Lille, où s’installe sa famille. En 1929, il obtient deux baccalauréats, l’un littéraire et l’autre scientifique. Pour répondre au souhait de ses parents, il s’inscrit à la faculté de droit, tout en cultivant une passion grandissante pour l’aviation, née après un baptême de l’air offert par son père. Ayant obtenu une bourse d’État pour l’aéronautique, il suit une formation à l’école Morane-Saulnier de Villacoublay, où il obtient son brevet de pilote le .
Pilote dans l’armée de l’air avant guerre (1931-1939)
Âgé de dix-neuf ans, breveté pilote le à l'école Morane-Saulnier de Villacoublay., Edmond Marin la Meslée devance son appel pour effectuer son service militaire. Incorporé fin , il fréquente en tant qu’élève officier de réserve les écoles d’Istres puis d’Avord où il est major de promotion. Nommé sous-lieutenant de réserve le , il intègre le de chasse de Strasbourg. Cependant, étant limité par le statut d'officier de réserve et son contrat annuel expirant, Edmond Marin la Meslée, plus que jamais motivé par la carrière militaire, n’a d’autre choix que de poursuivre par un nouvel engagement de deux années (-1934) avec le grade de sergent.
Voulant redevenir officier, Edmond Marin la Meslée tente sans succès le concours d'entrée à Saint-Cyr, puis celui de l'école des élèves-officiers d'active de l'Armée de l'air, à Versailles (1933). Le , il épouse Élisabeth JolietÉlisabeth Joliet (1909-1996), fille de Philippe Joliet (1862-1935), propriétaire vigneron, père d'une famille de douze enfants logée, avec la domesticité, dans une maison bourgeoise avec parc, demeure qui était alors la plus imposante du village de Perrigny-lès-Dijon. De sa brève union avec Élisabeth Joliet, Marin la Meslée aura quatre enfants, dont une fille née seulement trois jours après la mort du pilote., fille d'une vieille famille bourguignonne, à Perrigny-lès-Dijon.
En , il parvient enfin à rejoindre l'établissement versaillais, alors École de l'air (future base aérienne 134 Versailles). Titulaire du brevet d'observateurhttps://air-actualites.com/maquette/flashcodes/AA740/Article_Retro_382-aa740.pdf, il est promu une nouvelle fois, mais dans l'active, sous-lieutenant en et choisit de rejoindre la de chasse stationnée sur la base aérienne 112 de Reims. Il intègre la SPA 67, première escadrille du groupe de chasse I/5 volant sur Dewoitine 500 depuis 1936.
La campagne de France (1939-1940)
vignette|200px|Curtiss H.75 Hawk. Le , Edmond Marin la Meslée est nommé lieutenant et commandant en second de l'escadrille SPA 67 derrière le capitaine Accart. Le groupe de chasse I/5, équipé quelques mois plus tôt de Curtiss H-75 Hawk, est mis sur le pied de guerre le et déménage vers son terrain d’opérations de Suippes, dans la Marne, le Olivier Lapray, Curtiss au combat. Le groupe de chasse I/5 dans la campagne de France, Paris, éd. Histoire et Collections, 2010..
Sur ces lieux sont alignés 23 pilotes, 27 avions, 39 mécaniciens et 200 hommes de troupe. Le jeune pilote se montre pressé d'en découdre avec l'ennemi. Le , il remporte sa première victoire en abattant un Dornier Do 17 dans le secteur de Longwy (l'avion se pose en catastrophe et on ne déplore qu'un seul blessé parmi l'équipage). Puis, à partir du déclenchement de l'offensive allemande, il accumule les victoires : trois Stukas abattus le , un chasseur Messerschmitt Bf 109 détruit le lendemain, trois bombardiers Heinkel He 111 le … Le groupe de chasse I/5 est déplacé à Saint-Dizier le . Le , le lieutenant Marin la Meslée prend le commandement de l'escadrille en remplacement du capitaine Accart, grièvement blessé à la tête en combat aérien la veille. La majorité du groupe de chasse est ensuite progressivement repliée dans le sud du pays : Saint-Parres-lès-Vaudes (), Avallon (), Bourges () et Carcassonne (). Le , le groupe de chasse I/5 traverse la Méditerranée et est affecté en Afrique du Nord, d'abord en Algérie (Alger -Maison Blanche le , Saint-Denis-du-Sig le , Oran - La Sénia le ) puis au Maroc ().
Au total, durant cette campagne de France, le groupe de chasse I/5 du commandant Jacques-Louis Murtin s’est bien battu : il a remporté 111 victoires (dont 85 confirmées), d’où son surnom de « groupe des 111 ». Sur les dix pilotes « français » ayant abattu au moins dix avions ennemis, sept appartiennent au GC I/5 dont quatre à l’escadrille SPA 67. Il s'agit de Jean-Mary Accart, du Tchécoslovaque Frantisek Périna, de François Morel et surtout d'Edmond Marin la Meslée. En effet, celui-ci totalise à la fin de cette campagne 20 victoires, dont 16 sûres, remportées au cours de 101 missions de guerre. Il est alors l'as de la chasse aérienne française le plus titré d'avant armistice. « Ce que j’ai fait ne sort pas de l’ordinaire. Beaucoup d’autres en auraient fait autant s’ils n’avaient pas été engagés, la plupart du temps, dans des attaques de chars, métier sans gloire et dangereux, ou envoyés en chasse sur des Morane 406 qui ne pouvaient même pas tirer les bombardiers, parce qu’ils allaient moins vite qu’eux… », dira Edmond Marin la Meslée quant à cette période de sa vie.
L'Afrique du Nord et le retour en métropole (1940-1945)
Après l'armistice, au cours de l'été 1940, son groupe de chasse est affecté au Maroc : Meknès le , Fès le et finalement Rabat le . Il fait partie des unités de l'armée de Vichy chargées d'assurer la surveillance de cette partie du Maghreb français. Marin la Meslée, nommé capitaine en décembre 1941, succède officiellement au capitaine Accart à la tête de la du GC I/5. Le groupe combat les alliés au sein de l'armée de Vichy lors du débarquement de novembre 1942. Au terme des accords conclus entre l'amiral Darlan et les autorités américaines, les troupes du régime de Vichy en Afrique du Nord rallient officiellement le camp allié et sont engagées contre l'armée allemande dès la fin du mois de .
Les Américains équipent le GC I/5 de Curtiss P-40 () puis de Bell P-39 Airacobra (). Le , Edmond Marin la Meslée, qui commandait la , devient le second d'un groupe qui est intégré au dispositif aérien allié (BCC, ou Bône Coastal Command) et s’installe sur les terrains de Médiouna () puis de Tafaraoui (). Ses missions sont alors la protection des convois et la surveillance des côtes oranaises. Le général de Gaulle visite l'unité de . Devenu commandant effectif d'un groupe de chasse basé à Oran - La Sénia (depuis le ), Edmond Marin la Meslée est promu officiellement au grade de commandant en Hubert Monraisse, commandant du groupe de chasse I/5, crée la de chasse le 3 janvier 1944 ; il laisse alors le commandement du GC I/5 Champagne à Marin La Meslée. Monraisse décède le 8 octobre 1944 à Haslach, en Forêt-Noire, à la tête de la de chasse (source : Bertrand Monraisse, fils de Hubert Monraisse) ; c'est pourquoi on trouve parfois, à tort, la date du 9 octobre 1944 pour le remplacement à la tête du GC I/5 Champagne du commandant Monraisse (mortellement blessé la veille) par le commandant Marin la Meslée..
Le , un mois et demi après le débarquement de Provence, ses dix-huit Bell P-39 Q se posent sur le sol français, à Salon-de-Provence (qu'ils quitteront pour Le Vallon le ). Début novembre, les avions sont remplacés par des chasseurs-bombardiers Republic P-47 Thunderbolt. Quant aux missions, il s'agit d'appuyer au sol les troupes françaises et alliées qui pourchassent les Allemands le long de la vallée du Rhône sans oublier quelques vols sur l'Italie du Nord. Le 4 décembre 1944, le GC I/5, appartenant dorénavant à la TAF (Tactical Air Force) et formant la de chasse avec le GC I/4 Navarre, quitte son théâtre d'opérations pour se déployer à Ambérieu-en-Bugey afin de soutenir les efforts de la armée française engagée dans la bataille d'Alsace. Les pilotes sont alors hébergés dans un château appartenant à la famille de Saint-Exupéry. Les nouvelles missions du groupe I/5, avec ses 25 avions et ses 32 pilotes répartis en deux escadrilles (SPA 67 et SPA 75), sont alors l'appui direct, le bombardement et le mitraillage. Le , cette de chasse, dont le groupe I/5 de Marin la Meslée réduit à seulement 13 appareils disponibles, est avancé jusqu'à la base de Tavaux, près de Dole.
La dernière mission (4 février 1945)
vignette|190px|Chasseur-bombardier Republic P-47 Thunderbolt. Le , veille de l'anniversaire de ses trente-trois ans, Edmond Marin la Meslée décolle pour sa deux cent trente-deuxième mission de guerre (mission AO-82)Paul Aubert, op. cité. à la tête d'une formation de trois patrouilles (commandant Marin la Meslée comme chef de dispositif, sous-lieutenant Muselli et lieutenant Tesseraud, en tant que chefs de patrouille). Les onze chasseurs bombardiers P-47 portent chacun deux bombes de 500 livres, sept portant des bombes explosives et quatre des bombes incendiaires. L'objectif fixé par le commandement du aérien de Mulhouse est initialement un village allemand, Hügelsheim, au nord-est du célèbre pont de Chalampé. Il est finalement modifié par le PC aérien Remedy vers un objectif secondaire : le pont de bateaux, ou « portière », enjambant le Rhin à quelques kilomètres de Neuf-Brisach. Cette opération, qui intervient dans le cadre des combats de la poche de Colmar, est un succès : la cible est traitée sans pertes.
Au retour du bombardement, un nouvel objectif est communiqué par radio : il s'agit de mitrailler les routes à l'ouest du Rhin, entre Neuf-Brisach et Ensisheim. Le commandant Marin la Meslée repère une colonne ennemie circulant au nord de la forêt de la Hardt, sur la départementale 13 reliant Balgau à Dessenheim. Une première passe atteint le convoi mais emporte le sergent-chef Uhry, équipier gauche, qui est touché de plein fouet par la DCA et s'écrase sur une fermeLe sergent-chef Uhry s'écrase à côté de la ferme de Schaeferhof, sur la commune de Fessenheim (Haut-Rhin), à bord du P-47 .. La fumée dégagée par un véhicule en flammes gêne la vision. Alors qu’il effectue un second passage sur l'objectif pour observer les résultats du straffing, l'avion du commandant est touché par un obusCertaines sources parlent d'un obus de 20 millimètres, d'autres de 40 millimètres. (à vérifier). tiré par la flak, la défense antiaérienne allemande. Le P-47 s'écrase dans un champ de seigle entre Rustenhart et Dessenheim. L'avion glisse sur le sol, se morcelle mais ne s'embrase pas. Edmond Marin la Meslée, un éclat d'obus logé dans le cervelet, est dégagé du cockpit et sa dépouille mortelle transportée par les troupes allemandes à Rustenhart. L'aviateur, à qui un peloton ennemi rend les honneurs, est laissé à l'abbé Weber qui se charge de ses funérailles. Le , le groupe GC I/5 apprend la nouvelle de la découverte du corps du pilote, la veille, par des unités alliées. Des obsèques ont lieu le à Rustenhart.