Vidkun Abraham Lauritz Jonnsøn Quisling est un homme politique norvégien né le et mort fusillé le . Il est dans son pays le principal artisan de la collaboration avec l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Son nom est passé dans le langage courant en Norvège et dans le monde anglophone comme synonyme de « traître ».

Fils d'un pasteur de l'Église de Norvège, Vidkun Quisling fait ses armes dans l'État-major de l'armée norvégienne, puis voyage dans toute l'Europe dans les années 1920. Durant cette période, il contribue à plusieurs projets humanitaires menés par son compatriote Fridtjof Nansen. Il rentre en Norvège en 1929 et se lance dans la politique. De 1931 à 1933, il est ministre de la Défense au sein d'un gouvernement agrarien. Au terme de sa carrière gouvernementale, il fonde un parti d'inspiration fasciste, le (« Rassemblement national »), qui réalise des scores anecdotiques lors des élections de 1933 et 1936 et reste un acteur de second plan sur la scène politique norvégienne.

Le , Quisling met à profit l'invasion allemande pour s'emparer du pouvoir par un coup d'État, mais, faute de soutien populaire ou institutionnel, il est contraint à la démission au bout d'une semaine. Il joue néanmoins un rôle important auprès des autorités allemandes. En 1942, les occupants lui permettent de revenir au pouvoir : il devient alors « ministre-président » d'un gouvernement collaborateur composé de membres du . Après la libération de la Norvège, il est arrêté et jugé pour haute trahison, meurtre et complicité de meurtre, vol et détournement de fonds. Il est condamné à mort et exécuté à la citadelle d'Akershus le .

Biographie

Jeunesse

vignette|gauche|alt=Une photo de famille prise dans un salon bourgeois.|La famille Quisling vers 1915. De gauche à droite : Vidkun, son père Jon, son frère Jørgen (debout), sa mère Anna et son autre frère Arne.

Dans les années 1870, Jon Lauritz Qvisling (1844-1930), pasteur de l'Église de Norvège et généalogiste, donne des cours aux enfants de Grimstad, ville du Sud de la Norvège. L'une de ses élèves est Anna Caroline Bang (1860-1941), fille de l'armateur Jørgen Bang, alors l'homme le plus riche de la ville. Au terme de longues fiançailles, ils se marient le et partent vivre à Fyresdal, dans le comté de Telemark. C'est là que naissent leurs quatre enfants, trois fils et une fille. L'aîné voit le jour le et reçoit les prénoms Vidkun Abraham Lauritz Jonssøn. Le nom de famille Quisling ou Qvisling dérive de Quislinus, une forme latinisée inventée par Lauritz Ibsen Quislin (1634-1703) à partir du nom de son village d'origine au Danemark : Kvislemark, dans le Jutland.

Le jeune Quisling est décrit comme . Des lettres personnelles témoignent des relations chaleureuses au sein de la famille. En 1893, son père devient chapelain à Strømsø, un quartier de Drammen. C'est là que le petit Vidkun va pour la première fois à l'école, et son dialecte du Telemark fait de lui un sujet de moquerie pour les autres enfants. Il réagit en travaillant d'arrache-pied pour devenir le meilleur élève de sa classe. En 1900, Jon Lauritz est nommé prévôt de la ville de Skien, et les Quisling déménagent donc à nouveau pour s'installer à Gjerpen.

Dans ses études Quisling excelle autant en sciences physiques qu'en sciences humaines, notamment en histoire. Il décide de se spécialiser en mathématiques, sans savoir encore ce qu'il compte faire de sa vie. En 1905 la ferveur nationaliste qui règne en Norvège à l'occasion de l'indépendance du pays lui donne envie de devenir officier. Il passe les examens d'entrée à l'Académie militaire de Norvège et reçoit la meilleure note des . Il rejoint le Collège militaire de Norvège l'année suivante et décroche son diplôme en 1908 avec les meilleures notes depuis la création de cette institution en 1817, ce qui lui vaut d'être récompensé par une rencontre avec le roi Haakon VII. Il entre à l'État-major avec le rang d'aspirant le , à l'âge de , et une brillante carrière dans l'armée semble s'ouvrir devant lui. Il sait se faire respecter de ses subalternes et travaille sans relâche. Sa soif de savoir lui vaut d'être surnommé « le professeur » par ses camarades.

En , Quisling, récemment promu capitaine dans l'artillerie de campagne, est envoyé en Russie comme attaché de la légation norvégienne à Pétrograd, afin de mettre à profit les cinq années qu'il a passées à étudier ce pays. Bien qu'il soit consterné par les conditions de vie qui y règnent, il estime que , et l'efficacité avec laquelle Léon Trotski mobilise les forces de l'Armée rouge lui semble tout particulièrement remarquable. Après le retour de la légation en Norvège au mois de décembre, Quisling devient le spécialiste reconnu des affaires russes dans l'armée norvégienne.

Les voyages des années 1920

L'Ukraine

vignette|redresse|alt=Une jeune femme aux cheveux bouclés et au visage enfantin, vêtue d'une robe à fleurs et assise sur une chaise.|Alexandra Voronina, la première femme de Quisling.

En , Quisling rejoint la délégation norvégienne à Helsinki en tant qu'agent de renseignement, un poste qui mêle diplomatie et politique. Il quitte la Finlande à l'automne 1921 pour participer aux opérations humanitaires en Ukraine dirigées par son compatriote Fridtjof Nansen pour le compte de la Croix-Rouge et arrive à Kharkov en janvier de l'année suivante. Son rapport, qui met en évidence la mauvaise gestion généralisée et révèle l'importante mortalité dans la région (environ dix mille décès par jour), permet d'améliorer les choses et témoigne de ses talents d'administrateur et de sa ténacité.

Le , Quisling épouse une jeune fille de dix-sept ans, Alexandra Andreïevna (« Acha ») Voronina, fille d'un colporteur russe. Dans ses mémoires, Alexandra affirme qu'il lui a déclaré sa flamme, mais la correspondance privée de Quisling et les recherches menées par ses cousins semblent indiquer qu'il n'a jamais été question d'amour entre eux : Quisling semble seulement avoir voulu tirer la jeune fille de sa pauvreté en lui offrant une certaine sécurité financière et un passeport norvégien.

Le couple quitte l'Ukraine en et s'installe à Oslo, mais ils retournent à Kharkov dès le mois de , car Nansen estime que Quisling est au bon déroulement des opérations humanitaires dans la région. Néanmoins, la situation s'est tellement améliorée par rapport à l'année précédente que Quisling se retrouve cantonné à des tâches routinières et s'ennuie. Il fait la connaissance de Maria Vassilievna Passetchnikova, une Ukrainienne de dix ans sa cadette. En dépit du mariage de Quisling l'année précédente, les journaux de Maria documentent entre elle et lui au cours de l'été 1923. Elle se rappelle avoir été impressionnée par sa maîtrise de la langue russe, son physique et sa courtoisie. Quisling semble avoir épousé Maria à Kharkov le , alors qu'Acha se trouve en Crimée, mais il ne subsiste aucune preuve officielle de ce mariage, et pour son biographe Hans Fredrik Dahl, il n'a vraisemblablement jamais été sanctionné par les autorités religieuses ou civiles. Quoi qu'il en soit, Quisling et Maria agissent dès lors comme mari et femme, notamment en célèbrant leur anniversaire de mariage tous les . La mission humanitaire prend fin le , et les trois Quisling quittent l'Ukraine. Ils prévoient de passer une année à Paris : Maria souhaite visiter l'Europe, et Vidkun aspire au repos pour soigner les maux d'estomac qui l'ont tourmenté durant l'hiver.

Paris et les Balkans

vignette|gauche|alt=Un homme en costume à l'air sévère et une femme souriante vêtue d'une robe longue, d'une redingote et d'un chapeau.|Quisling et sa seconde épouse, Maria.

Ce séjour à Paris nécessite une permission pour Quisling, qui comprend peu à peu qu'elle sera permanente : les coupes dans le budget de l'armée signifient qu'il n'y aura pas de poste pour lui lorsqu'il rentrera au pays. Cette situation lui cause une amertume qui ne cesse de croître dans les années qui suivent ; il finira par accepter un poste de réserviste avec une solde réduite de capitaine, puis de major à partir de 1930. Quisling consacre la majeure partie de son séjour dans la capitale française à ses études : il lit des ouvrages de théorie politique et travaille sur un projet philosophique qu'il baptise « universisme ». Il quitte Paris plus tôt que prévu afin de participer au nouveau projet humanitaire de Nansen, cette fois-ci pour le compte du Haut-commissariat aux réfugiés de la Société des Nations, qui concerne le rapatriement des réfugiés russes dans les Balkans : il est à Sofia en , puis passe deux mois sur les routes avec Maria entre Vienne, Athènes et Constantinople. Elle rentre à Paris en janvier pour veiller sur Acha, qui joue désormais le rôle de fille adoptive du couple ; Quisling les rejoint en février. Ils rentrent en Norvège à l'été 1924, puis Acha part vivre avec une tante à Nice. Quisling a beau promettre de pourvoir à ses besoins, ses versements d'argent sont irréguliers, et dans les années qui suivent, il ne lui rend pas aussi souvent visite qu'il le pourrait. Leur mariage est annulé à une date inconnue entre 1930 et 1933.

En Norvège, c'est un Quisling , et qui se retrouve brièvement impliqué dans les mouvements communiste et syndicaliste, ce qui lui causera un certain embarras par la suite. Il réclame en vain au chef travailliste Martin Tranmæl la création d'une milice populaire, et propose tout aussi vainement aux communistes de leur communiquer les informations que l'État-major possède à leur sujet. Ses opinions politiques à ce stade de sa carrière peuvent être résumées comme , avec une certaine sympathie pour le régime soviétique en Russie. Il fait notamment paraître un article dans le quotidien d'Oslo Tidens Tegn en , dans lequel il presse le gouvernement norvégien de reconnaître l'Union soviétique.

La Russie

vignette|alt=Cinq hommes en costume en extérieur.|La commission arménienne de la Société des Nations. Nansen est assis au centre, Quisling est debout à droite.

Fridtjof Nansen fait de nouveau appel à Quisling pour participer au rapatriement des Arméniens de souche en RSS d'Arménie. Les deux hommes traversent le Caucase en , mais malgré les efforts de Quisling, tous les projets que propose la Société des Nations sont rejetés par le gouvernement soviétique. Il trouve un nouvel emploi en à Moscou auprès d'un compatriote et ami de longue date, Frederik Prytz : il lui sert d'intermédiaire avec les autorités soviétiques, qui possèdent la moitié des parts de la société forestière de Prytz, Onega Wood Co. Quisling se fait également diplomate à partir de l'année suivante. Le , le Royaume-Uni rompt ses relations diplomatiques avec l'Union soviétique, et c'est dès lors la Norvège qui représente les intérêts britanniques en URSS. Quisling est embauché par l'ambassadeur norvégien Andreas Tostrup Urbye, qui avait été son supérieur à Helsinki quelques années plus tôt, comme secrétaire de la légation britannique.