Le vaccin bilié de Calmette et Guérin, le plus souvent dénommé vaccin BCGÀ l'origine, vaccin BCG signifie vaccin Bilié de Calmette et Guérin car la souche atténuée est obtenue par culture sur un milieu bilié. Ainsi, on parle du vaccin bilié de Calmette et Guérin lorsque l'on parle du vaccin BCG. Cependant l'usage veut que BCG, dans un contexte qui évoque la bactérie, signifie également bacille de Calmette et Guérin., est un vaccin contre la tuberculose.

Il est préparé à partir d'une souche atténuée de bacille tuberculeux bovin (Mycobacterium bovis) vivant qui a perdu sa virulence sur l'homme par culture spéciale sur des milieux artificiels pendant des années. Ce bacille proche de Mycobacterium tuberculosis, responsable de la tuberculose humaine, confère une antigénicité croisée suffisamment forte pour devenir un vaccin effectif pour la prévention de la tuberculose humaine. Il a également été utilisé en médecine vétérinaire.

Depuis les arrêts d'approvisionnement par Sanofi, le BCG est en France produit par le groupe MEDAC, avec des pénuries périodiques (dont une en 2020)..

Historique Contexte vignette|150px|Institut Pasteur de Lille. Le développement du vaccin BCG s'est fait dans un cadre de pensée et une pratique influencés par la vaccination antivariolique qui recourait alors à un microorganisme animal (cow-pox) pour se prémunir d'une affection humaine (variole ou smallpox en anglais). L'agent de la tuberculose bovine, Mycobacterium bovis, qui peut induire des infections tuberculeuses chez l'homme, fut ainsi utilisé dans l'espoir de trouver un vaccin contre la tuberculose humaine. L'inoculation de Mycobacterium bovis à des humains dans l'Italie de la fin du eut des conséquences désastreusesNicolaas Jan Dirk Nagelkerke, Courtesans and Consumption, Eburon Uitgeverij B.V., 2012. Dans les années 1920, le Conseil de la recherche médicale tentera de mettre au point son propre vaccin, sans succèsHelen Bynum, Spitting Blood:The history of tuberculosis, Oxford University Press, 8 oct. 2012.

Avant le vaccin mis au point par Calmette et Guérin, Emil Adolf von Behring avait développé un vaccin contre la tuberculose bovine qu'il croyait être la cause des tuberculoses pulmonaires humaines (via l'ingestion de lait de vaches porteuses de Mycobacterium bovis). Ce vaccin, constitué de bacilles de type humain vivants et desséchés, s'avérera inefficace et même dangereux. Il n'en inspira pas moins les travaux de Calmette qui, en 1908En 1908 également Edwin Klebs inocula des bacilles atténués à des cobayes et à des humains, partageait les vues de Behring quant à l'étiologie de la tuberculose humaine ainsi qu'il s'en expliqua à un Congrès internationalDisease and class: tuberculosis and ... - Google Livres. Saturnin Arloing avait déjà conduit des travaux très aboutis dans le domaine de la vaccination contre la tuberculose bovine. À l'Institut Pasteur de Nantes, Gustave Rappin suivait aussi depuis 1894 une piste prometteuse, à des fins tant préventives que thérapeutiques ; n'aboutissant pas avant 1924, ces efforts seront éclipsés par ceux de Calmette et GuérinInsaisissable tuberculose - Le blog des Bactéries et de l'Évolution Rappin, Vaccination et vacinothérapie de la tuberculose in :Association Française pour l'avancement des Sciences, Conférences, comptes rendus de la , 1924, , Un savant nantais méconnu in Liens d'archives, , janvier 2010,pp4-5, tandis que leur simple souvenir aura sans doute eu à pâtir des prises de position ultérieures de Rappin lui-mêmeChristopher Lawrence, George Weisz, Greater than the parts:holism in biomedicine, 1920-1950, Oxford University Press, 1998 - 366 pages :Greater than the parts: holism in ... - Google Livres, il est fait mention de Rappin dans cet un extrait. En 1946, l'Académie de médecine lui décernait toutefois le prix Adrien Buisson en reconnaissance de trente ans de travaux sur la tuberculose. Cf. Revue internationale de sociologie, volume 25, 1946.

En 1888, Pavlovsky réussit à ensemencer la surface de tranches de pommes de terre, milieu riche en amidon, avec des parcelles de culture du Bacille de la tuberculose (humaine) sur gélose glycérinée. En 1893, Sander montre que l'apport d'air accélère la croissance des cultures ; comme terrain de nutrition, la pomme de terre lui paraît devoir être préférée à la gélose glycérinée, et aux milieux d'origine animalehttps://archive.org/stream/archivesdeparasi11pari/archivesdeparasi11pari_djvu.txt.

En 1903, von Behring avance au congrès de Cassel que la tuberculose, quel que soit le siège de ses lésions, serait presque sans exception d'origine intestinale (contredisant ainsi la ).

En 1890, Grancher et H. Martin réussissent à vacciner quelques lapins par l'inoculation à virulences croissantes de cultures de tuberculose aviaire, tout d'abord affaiblies par le vieillissement. A. Möller obtient des résultats positifs d'immunisation (sur lui-même et sur des animaux) en se servant des cultures de tuberculose humaine, mais modifiées par un passage préalable sur l'orvet. Friedmann obtient une vaccination active chez des bovidés au moyen des bacilles tuberculeux de la tortue.

Invention du vaccin À son retour d'Indochine (où il essaya la tuberculine en traitement du lupus tuberculeux et une forme cutanée et muqueuse de la lèpre), et après un court séjour à Paris, Albert Calmette prend la responsabilité du nouvel Institut Pasteur de Lille en 1895. Rejoint par le vétérinaire Camille Guérin en 1897, il y entame ses recherches sur la tuberculose (mécanisme de l'infection bacillaire, immunité antituberculeuse) en 1900http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x004/HSMx1983x017x004x0419.pdf.

« Calmette et Guérin font ingérer des cultures de tuberculose d'origine bovine, humaine, aviaire et phléolique à des chevreaux, à des chèvres et boucs adultes par différents procédés : introduction directe de cultures dans les voies digestives, ou contamination du lait d'alimentation. Leur conclusion est que dans l'immense majorité des cas, la tuberculose se contracte non par l'introduction des bacilles dans les voies aériennes, mais par l'ingestion de produits bacillifères ».

Nocard leur fournit une culture de Mycobacterium bovis isolée d'une vache tuberculeuse en 1902.

En 1905-1906, ils constatent que de jeunes bovins guéris d'une tuberculose expérimentalement provoquée ne sont pas réinfectés. En 1906 les comptes-rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des SciencesParis, 1906, 142 : 1319-1322 publient un article de Calmette et Guérin intitulé Sur la vaccination contre la tuberculose par les voies digestives. Cette même année, les annales de l'Institut Pasteur publiaient leur mémoire – le troisième ainsi nommé – intitulé Origine intestinale de la tuberculose pulmonaireOn trouve 1896 comme date de parution de Calmette(C.) el Guérin (C), Origine intestinale de la tuberculose pulmonaire. Annales de l'Institut Pasteur, 1896 (https://archive.org/stream/archivesdeparasi11pari/archivesdeparasi11pari_djvu.txt).

Le , le journal Le Matin fait état des travaux de Calmette et Guérin ; le quotidien, qui évoque d'abord la possibilité prochaine du développement d'un vaccin destiné aux bovins, rapporte la conviction de Calmette que ce vaccin trouvera vite une utilisation en médecine humaine..

En 1908, une observation - ainsi peut-être qu'une indication du chercheur norvégien . – les met sur la voie de la découverte. Afin de rendre émulsifiable une culture glycérinée de la souche Nocard, ils y ajoutent de la bile de bœuf ; ils s'aperçoivent que les cultures faites ainsi perdent de leur virulence. Ils cultivent l'agent de la tuberculose bovine – Mycobacterium bovis – sur des tranches de pommes de terre immergées dans de la bile de bœuf stérile. En 1909, Calmette dépose sur le bureau de l’Académie des sciences une note décrivant le .

En 1912, après 230 mises en culture successives sur 13 ans, ils parviennent à modifier la souche initiale qui devient inoffensive sur les bovins (elle reste pathogène pour le cheval). Ce bacille partiellement atténué prend alors le nom de « bilié Calmette-Guérin » (BCG).

En 1913, le vaccin est testé sur de jeunes bovins et des singes de différentes espèces.

Les recherches deviennent difficiles à poursuivre pendant la Première Guerre mondiale : Lille est alors occupée par les Allemands ; les vaches sont réquisitionnées pour nourrir les troupes d'occupation ; Calmette autopsie les animaux et les déclare sains.

En 1919, Albert Calmette reconstitue à l'Institut Pasteur de Paris une équipe de travail (Camille Guérin, Auguste Boquet et Léopold Nègre) sur le bacille tuberculeux (Boquet, Nègre et Jean Valtis auront la responsabilité de la préparation du vaccin BCG jusqu'en 1928, date d'arrivée de Guérin à Paris). Les expériences de vaccination des bovidés avec la souche biliée, entreprises en 1912, furent reprises entre 1921 et 1927. Conçu à l'origine pour un usage vétérinaire., le vaccin est testé par Henri Vallée en 1921 dans une ferme expérimentale modèle à Fécamp : Vallée procède par injections intraveineuses ou par insertion sous la peau ; il n'obtient pas un taux de protection à 100 %M. Lombard, P.-P. Pastoret & A.-M. Moulin, A brief history of vaccines and vaccination, Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 2007, 26 (1), 29-48 http://www.oie.int/doc/ged/D4000.PDF.

Premiers essais La toute première inoculation humaine, en intraveineuse sur un homme adulte, en montre l'innocuitéhttp://www.acidfastclub.co.uk/document%20files/Geneva%202/Behr%20and%20BCG%20strains.pdf citant : Calmette A, Guerin C. Nouvelles recherches expérimentales sur la vaccination des bovidés contre la tuberculose, Ann. Inst.Pasteur. 1920;34:553±60.

Le vaccin est aussi essayé sur des nouveau-nés le à la crèche de la maternité de l'hôpital de la Charité, à Paris. Le pédiatre Benjamin Weill-Hallé et le Raymond Turpin vaccinent d'abord un nouveau-né dont la mère était morte de la tuberculose quelques heures après l'accouchement et qui était appelé à vivre dans un milieu contaminé. La santé de l'enfant étant établie après une période d'observation de six mois, la vaccination est étendue à d'autres nouveau-nés de l'hôpital de la Charité, d'abord de 1921 à 1922 puis de 1922 à 1924. Les résultats de ces vaccinations sont présentés devant l'Académie de médecine par A. Calmette, C. Guérin et leurs collaborateurs le Calmette A. & Guérin C.,Essais d'immunisation contre l'infection tuberculeuse. Bull Acad Méd. 1924;91:787–796. Le premier , l'Institut Pasteur créée le premier centre de production et de distribution gratuite de BCG ; le vaccin est distribué gratuitement aux médecins qui en font la demande ; en échange ceux-ci s'engagent à retransmettre un certain nombre d'informations.

Le vaccin a aussi été testé sur des singes anthropoïdes sur le site de l'Institut Pasteur établi en Guinée, à Kindia, dont Calmette fut un temps directeurChris Herzfeld, Petite histoire des grands singes, coll. Science ouverte, Seuil, avril 2012, pp. 67-68. C'est en 1922 qu'est signée une convention entre l'Institut Pasteur et le gouvernement général de l'Afrique-Occidentale française fondant en Guinée française l'établissement auquel sera donné le nom de Pastoria. La direction de l'établissement, qui couvre , est confiée au vétérinaire-commandant R. Wilbert en 1923 ; Maurice Delorme en devient l'assistant en 1925. À partir de 1937 une production de vaccin BCG se fait sur placeJean-Pierre Dedet, Les Instituts Pasteur d'outre-mer : cent vingt ans de microbiologie française dans le monde, éditions L'Harmattan, 2000.

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