Le royaume d'Italie (en ou ) est une entité politique du haut Moyen Âge qui exista de 855 à 1801 dans le nord et le centre de la péninsule italienne, alors que le sud relevait du catépanat d'Italie ou de ses vassaux. En cette période, il n’existait pas en Italie de vraie et propre assemblée d’État capable d’imposer son autorité : le titre de Roi d'Italie était presque exclusivement formel, sans pouvoir réel, qui appartenant aux divers souverains locaux en lutte entre eux.

La chronologie qui suit permet de faire la lumière sur les principaux évènements advenus sur le territoire du royaume d'Italie à partir de la destitution de (887), après la mort du roi (855), et enfin de celui qui lui conteste la couronne, c’est-à-dire le roi de Germanie et empereur , en 1024.

Territoire Ce royaume avait Pavie comme capitale et il comprenait les anciens territoires du royaume lombard, c’est-à-dire :

la Lombardie majeure, qui correspond à l’Italie du Nord sauf Venise et les États Pontificaux ; le duché de Spolète, (qui forme avec celui de Bénévent la Lombardie mineure).

Le royaume carolingien d’Italie (781-888) En 774, Charlemagne a conquis le royaume Lombard et pris le titre de roi des Lombards (rex Langobardorum) en plus de celui de roi des Francs (rex Francorum). La fin du voit ensuite ce royaume changer de dénomination pour devenir peu à peu, sous le gouvernement des carolingiens, un royaume d'Italie (en latin, regnum Italicum ou Regnum Italiae).

Ainsi, en 781, lorsqu’il décide partager son empire entre ses fils, Charlemagne renomme son fils Carloman, qu’il a eu avec son épouse Hildegarde de Vintzgau (758-783), en Pépin, et le fait couronner roi d’Italie par le pape à Rome le . Charlemagne conserve cependant le titre de roi des Lombards. De plus, en raison de son jeune âge, Pépin est placé sous la tutelle d'Adalhard, abbé de Corbie, cousin de Charlemagne ; par la suite, ses tuteurs seront Waldo de Reichenau et RotchildFrançois Bougard La Justice dans le royaume d'Italie de la fin du au début du École Française de Rome, 1995 .. gauche|vignette|Projet de partage de l'Empire carolingien en 806. Puis, lors du partage de à Thionville, Charlemagne confirme la possession pour Pépin des territoires de l’Italie du Nord, en y ajoutant la Bavière et la Carinthie, toujours avec le titre de roi d’Italie. En 810, Pépin soumet l'Istrie, des villes dalmates et Venise., territoires relevant de l'empire byzantin.

Il meurt cependant le de la même année, avant Charlemagne (†814). Son fils illégitime Bernard, lui succède à cette charge à partir d’, lorsqu’il atteint les 15 ans, mais règne aussi d’abord sous la tutelle d’Adalhard de Corbie. Bien qu’ayant prêté hommage au nouvel empereur Louis le Pieux dès son accession au trône, ce dernier le démet du titre royal et l’exclu de sa succession en , par l’Ordinatio Imperii. Bernard, lésé, entre en révolte contre son oncle en , entraînant avec lui de hauts personnages tels qu'Anselme, évêque de Milan, et Wolvod de Crémone, mais il échoue, est capturé, et finit par mourir des blessures de son châtiment, le .

L’Empereur envoie son fils en Italie, en 820 ou 822, pour qu’il y devienne roi ; celui-ci s’installe alors à Pavie. Le à Rome, il est couronné coempereur par le pape , celui-ci se soumettant à son autorité. Après la mort de Louis le Pieux, Lothaire et ses frères se disputent l’Empire : en 843, le partage de Verdun rattache l’Italie au royaume de Lothaire, appelé Francie médiane, et ce dernier devient empereur d'Occident.

Dès 844, il confie l’Italie et le titre d’empereur associé, à son fils aîné , ce dernier restant sous tutelle de son père. Peu avant sa mort en 855, Lothaire prend soin de partager son empire entre ses trois fils par le traité de Prüm : Louis se voit ainsi confirmé dans ses titres d’empereur et de roi d’Italie.

À sa mort en 875, son oncle qui hérite à son tour de la couronne impériale et du royaume d'Italie, dont il laisse l'administration à , avec le titre de vice-roi. En 877, ce dernier rappelé par Charles en France, confie le domaine à son frère dit le Justicier. Après la disparition de Charles le Chauve, le pape propose successivement la couronne d'Italie et le titre d'Empereur à Louis le Bègue, puis à Boson qui refusent. C'est finalement Carloman de Bavière qui accepte l’offre, mais frappé de paralysie, il cède en 879 ce royaume à son frère , qui finit par abdiquer et mourir en 888.

Instabilité et fragmentation féodale (888-961)

Rivalité entre Widonides et Unrochides , membre de la famille Unrochide et petit-fils de Louis le Pieux par sa mère Gisèle, est élu roi d'Italie à Pavie. , membre de la famille Widonide, ayant passé les Alpes en octobre, puis rassemblé ses partisans, entre en compétition avec Bérenger pour le titre de roi d'Italie ; il l'emporte début 889 au cours d'une bataille près de la Trebbia, un affluent du Pô. Il est ainsi couronné roi à Pavie dans la basilique de San Michele Maggiore le . ; le , le pape .. le consacre Empereur d'Occident ; en mai suivant, il associe au trône d'Italie son fils Lambert ; le , Guy oblige le nouveau pape Formose à consacrer empereur Lambert pour l'associer à son gouvernement.

Dès 890 cependant, le pape dont la confiance envers Guy de Spolète s'est estompée fait appel à Arnulf de Carinthie, roi de Germanie.. Ainsi, celui-ci effectue une première expédition en Italie du Nord, début 894, menant notamment l’assaut contre Bergame et Pavie. Après la mort de Guy de Spolète en , son fils Lambert de Spolète cherche à lui succéder ; cependant, Arnulf se rend à Rome, où le pape Formose le couronne empereur d'Occident le , puis, il se fait reconnaître à Pavie en 897 comme roi d'Italie. Au cours d'une campagne en Italie contre Lambert, il est victime d'une attaque cérébrale qui l'oblige à rentrer en Bavière en 897. Ayant cessé de gouverner dans les faits à partir de cette date, abandonnant de fait l’Italie à Lambert, il meurt à Ratisbonne le .

Dès , il obtient du nouveau pape , élu grâce à son influence, la tenue d’un procès contre son prédécesseur Formose : son cadavre est donc exhumé, soumis à un procès macabre, mutilé et jeté dans le Tibre ; c’est le concile dit « cadavérique ». En , le pape au synode de Ravenne déclare nul le sacre d'Arnulf et apporte son soutien à Lambert. Mais, celui-ci meurt accidentellement au cours d'une chasse le ; n’ayant pas de descendance, et son cousin étant mort sans postérité l’année précédente, sa mort met fin à la lignée widonide des ducs de Spolète et laisse Bérenger sans rivaux.

Interventions bourguignonnes Bérenger récupère alors son trône pour la seconde fois. Cependant, les invasions magyars poussent les féodaux du royaume chercher un nouveau roi pour le remplacer, en la personne de de Provence (aussi appelée Basse-Bourgogne), le petit-fils d'un autre empereur : élu roi d'Italie le à Pavie, il chasse Bérenger et est couronné le de l'année suivante. Bérenger revient, le défait une première fois pendant l'été 902 et doit se retirer en Provence. En 905, celui-ci revient en Italie à l'appel d'un parti de nobles, Bérenger se réfugie alors en Germanie et grâce à l'aide de troupes bavaroises, réussit à capturer Louis, trahi par les grands, à Vérone et le . Il lui fait crever les yeux, le rendant inapte à toute nouvelle expédition, reprend la couronne royale d'Italie, se réinstallant à Pavie, et est même couronné Empereur des Romains en 915.

Mais il doit à nouveau faire face à l'invasion des Magyars qui ravagent le nord de l'Italie. Un nouveau compétiteur, , roi de Haute-Bourgogne, est alors appelé en Italie, en 922, par Adalbert d'Ivrée, gendre de Bérenger. Le , celui-ci est défait à Fiorenzuola (province de Piacenza) par Rodolphe et doit se retirer à Vérone. Finalement, il meurt assassiné par un vassal à Vérone le , pendant que la même année, Pavie est assiégée, prise et pillée par les Magyars.

La noblesse italienne toujours aussi turbulente se retourne contre lui et demande en 926 à Hugues d'Arles, régent du royaume de Provence pour l’Aveugle, de prendre la couronne d’Italie. Il quitte Arles puis est couronné roi à Pavie le , avec le soutien et par l’élection des grands ; il transmet alors le comté d'Arles à son frère Boson qui le remplace en Provence. Rodolphe est donc contraint de se retirer dans son royaume de Haute-Bourgogne. En 930, Hugues accorde à Rodolphe la Basse-Bourgogne, y compris la Provence, en échange de sa renonciation au trône d'Italie, donnant naissance au royaume de Bourgogne. Durant son règne, Hugues d'Arles stabilise son royaume et lutte contre les raids sarrasins et magyars.

Il voit cependant apparaître en 940 un dangereux rival, , fils de , qui est toutefois vaincu en 941, et contraint à fuir en Germanie à la cour d', à qui il prête le serment vassalique. Se méfiant de la puissance grandissante du royaume d'Italie, ce dernier soutient la seconde tentative de , 945. Ce dernier réussit à convaincre de nombreux aristocrates italiens de le suivre, en promettant terres et honneurs, et il bat militairement Hugues qui est déposé par une diète tenue à Milan, en avril ; il accepte d’abandonner le trône d'Italie, si c’est au profit de son fils Lothaire, et il se réfugie alors auprès de sa nièce Berthe à Arles où il meurt le . Lothaire ne règne cependant jamais dans les faits, la réalité du pouvoir restant aux mains du marquis Bérenger d'Ivrée, qui prend le titre de summus consiliarius. Lothaire épouse Adélaïde de Bourgogne, après des fiançailles de 10 ans, mais il meurt à Turin dès le , probablement empoisonné par Bérenger, qui se fait couronner roi, avec son fils Aubert le .

Conquête d’ Bérenger destine en mariage Adélaïde de Bourgogne, veuve de Lothaire, à son fils Aubert. Celle-ci ayant refusé, il la retient prisonnière dès ; mais, elle parvient à s'enfuir en août, puis, elle appelle le roi de Germanie à son secours. L’appel à l’aide d’Adélaïde donna prétexte à pour descendre en Italie, sur laquelle il avait déjà des projets, une fois ses projets en Allemagne résolus. Son expédition avait trois principales raisons fondamentales : le contrôle des voies des principales voies de communication de l’époque, qui passaient par l’Italie ; la confrontation avec l’Empire byzantin, qui possédait encore divers territoires, surtout sur la côte Adriatique et en Italie méridionale ; le contrôle sur la Papauté, qui réside à Rome et avec laquelle Otton entendait instaurer un rapport direct.

Il décide alors d’intervenir en Italie aux dépens de en 951. Il prend à Pavie le titre de « Roi des Lombards » le et, étant veuf, il épouse Adélaïde, fille de et veuve de Lothaire, le . Ils retournent ensuite en Germanie. , est reconnu vice-roi d'Italie par Otton à la première diète d'Ausbourg, en 952, et lui prête un second serment de vassalité.

En 957, Ludolphe, fils d’Otton issu de son premier mariage, en pleine révolte, décide d’envahir l’Italie pour son propre compte, défait Bérenger et Adalbert et occupe le pays jusqu'à sa mort à Pombia, près de Novare le . Adalbert noue des alliances en Bourgogne notamment avec Adélaïde de Vienne et Lambert de Chalon, et avec la famille de Hugues de Toscane. En 960, Bérenger se rebelle à nouveau et souhaitant étendre sa domination sur l'ensemble de la péninsule, il s'attaque au pape qui fait appel à son tour à le Grand.

Après avoir fait couronner roi de Germanie le jeune Otton, le fils qu’Adélaïde lui a donné, franchit les Alpes en 961 pour la seconde fois. Il est de nouveau reconnu roi à Pavie pendant que et son fils se dérobent. Il est ensuite couronné empereur par le .

Bérenger est finalement pris avec sa femme Willa, en 964. Tous deux sont emmenés captifs à Bamberg, où Bérenger meurt le ; Willa devient alors religieuse.

Le royaume d’Italie dans le Saint-Empire (962-1806) Après que le roi de Germanie eut définitivement renversé le dernier roi d'Italie, de la maison d'Ivrée, en 964, ses successeurs empereurs romains germaniques reprirent traditionnellement ce titre jusqu'à la fin du Saint-Empire.