La vérification des faits.. ou le fact-checking. est une technique consistant d'une part à vérifier la véracité des faits et l'exactitude des chiffres présentés dans les médias par des personnes publiques, notamment des personnalités politiques et des experts, et, d'autre part, à évaluer le niveau d'objectivité des médias eux-mêmes dans leur traitement de l'information. Cette notion est apparue aux États-Unis dans les années 1990 sous l'appellation de .
Mise en pratique par des journalistes dans le cadre de leur profession, la méthode s'est démocratisée grâce à des plateformes aidant les particuliers à vérifier les faits.. Elle s'est même automatisée avec l'apparition en 2013 de robots conçus pour la pratiquer sans intervention humaineErwann Desplanques, Après les robots journalistes, voici les robots spécialistes du fact-checking, Télérama, 6 février 2013.Fact-checking : le "Truth Teller" pour la première fois dévoilé en France, Journalisme.com.Samuel Laurent, Le fact-checking peut-il s'automatiser ?, Le Monde, 23 octobre 2015.. Depuis 2016, les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, recourent à la vérification des faits puisque la majorité des informations mensongères (dénommées aussi infox ou fake news), des trollages et des canulars sont diffusés par leurs biais...
Cependant, au fil des années 2010, l'efficacité de la vérification de faits est remise en cause au point qu'en 2016 un grand nombre de commentateurs estiment qu'elle ne permet pas de contrecarrer les effets des contre-vérités énoncées, même les plus évidentes., et que l'on est entré dans « l'ère post-vérité ».
Objectifs La pratique originelle de vérification des faits, considérée comme une des deux règles principales de la déontologie du journalisme (l'autre étant la protection des sources d'information), s'applique dès les années 1920 sur les contenus journalistiques avant publication, est consubstantielle au métier de journaliste.. Elle s'applique donc à partir de cette époque aux contenus journalistiques, par les rédactions, avant que ces contenus ne soient diffusés et idéalement de manière systématique. Au début du siècle, ce que le terme de fact-checking recouvre est bien différent. Les éléments vérifiés ont déjà été diffusés dans l'espace public, typiquement par des responsables politiques ou d'autres personnages publics. La vérification n'est plus systématique, mais va porter sur les éléments les plus saillants ou les plus emblématiques de la parole publique. En outre, alors qu'elle était pratiquée en back-office de manière discrète, elle devient manifeste, présentée comme une preuve du sérieux du média qui la pratique. Laurent Bigot pointe en outre qu'elle apparaît dans un contexte de défiance croissant de la crédibilité des médias, assimilés aux hommes politiques dont ils sont censés rapporter les propos. En témoigne selon Bigot l'utilisation croissante du terme de « classe politico-médiatique ».
vignette|upright=1|Avec l'essor d'Internet, des quantités inégalées d'informations circulent à travers le monde. Inévitablement, se pose la nécessité de vérifier dans quelle mesure elles sont conformes aux faits auxquels elles se réfèrent, et qu'elles ne sont pas diffusées à des fins de propagande.
Deux champs sont visés par la vérification, distincts mais complémentaires : évaluer la pertinence et la véracité de propos tenus par les hommes politiques en les confrontant avec des faits ou des discours anciens, dont on retrouve la trace via différentes sources d'information jugées fiables (agences officielles, instituts de statistiques, experts)« Le fast-checking ou l'art de vérifier les faits », sur Voix Off, . ; « pointer du doigt les oublis, lectures à sens unique ou parfois même les inventions qui se glissent dans les discours ». ; analyser le degré d'impartialité et d'objectivité des médias dans leur traitement de l'information, notamment lorsqu'ils abordent les questions politiques, ceci afin de vérifier si les faits ne sont pas instrumentalisés, présentés de façon insidieusement tendancieuse afin de servir des intérêts partisans ou de dissimuler des conflits d'intérêts.
Dans les deux cas, sont répertoriés : les imprécisions, inexactitudes et omissions (involontaires) ; les déformations de l'information (volontaires ou non) ; les informations vraies, mais présentées hors de leur contexte (volontaires ou non) ; les reprises d'informations fausses (volontaires ou non; on parle alors de désinformation) ; le mensonge (volontaire).
La vérification des faits nécessite des connaissances générales et parfois particulières, par exemple dans le domaine légalAFP, Après le "fact checking", le "legal checking" débarque avec Les Surligneurs, Le Point, .et la capacité d'effectuer des recherches rapides et précises.
Mais alors qu'à l'origine, ses praticiens étaient uniquement des journalistes intervenant dans le cadre de leurs investigations, Erwan Desplanques, « Le “fact checking” contre les boniments des politiques », Télérama.fr, ..
Historique Dans les années 1920, la presse américaine engage ses premiers fact-checkers, chargés de vérifier l'exactitude des faits, des chiffres, des dates, des noms avant publication des articles. Cette tâche ressemble à celle effectuée par les secrétaires de rédaction en France, mais de manière systématique et exhaustive. Dans la vérification à l'américaine, le vérificateur de faits recontacte les sources pour vérifier les citations, et s'autorise même à contacter des sources supplémentaires. Selon le journaliste canadien , « les fact-checkers sont là pour crédibiliser l'auteur et le magazine et pour les protéger de situations embarrassantes ou d'action en justice. Pour ce faire, ils ne doivent rien prendre pour argent comptant […]. Beaucoup commencent une vérification en supposant que tout, dans l'article, est faux ». Ce type de vérification a rapidement disparu, quand la rationalisation économique a touché les médias et réduit ses effectifs.
Dans les années 1940, la vérification connait une nouvelle popularité aux États-unis grâce aux "Cliniques des rumeurs", des rubriques consacrées à la réfutation systématique des informations tendancieuses et parfois issues de la propagande ennemie.. La première rubrique de ce genre est lancée en par le Boston Herald, et a traité et démenti près de 400 rumeurs jusqu'à sa disparition en .
À la fin des années 1980, la vérification profite d'un nouvel intérêt pour la critique des médias, en particulier avec la publication du livre d'Edward Herman et Noam Chomsky La Fabrication du consentement (1988). Les auteurs entendent démontrer comment les principaux médias interprètent les faits non pas de façon neutre et objective, mais de manière tendancieuse, portés par une idéologie libérale très présente dans le monde politique (l'élection du président américain Ronald Reagan et de la Première ministre britannique Margaret Thatcher a marqué les esprits) et conditionné par la collusion entre les grands magnats de la presse et le personnel politique.
L'activité professionnelle de vérification se met en place peu à peu, liée à la fois par la critique des médias et à la fois par le développement des technologies de l'information et de la communication, de la téléphonie portable, des réseaux sociaux (Twitter, Facebook, etc.), d'Internet et de ses puissants moteurs de rechercheFact-checking, Françoise Laugée, revue européenne des médias et du numérique , automne 2011. Trois facteurs ont contribué à son développement, dans la presse d'abord, puis chez les particuliers : l'apparition des sites d'information en ligne, la consultation de plus en plus facile des bases de données et l'éclosion du travail collaboratif.
vignette|upright=1|Walter Annenberg. vignette|upright=0.8|Daniel Schneidermann.
Ses origines en tant que discipline journalistique sont diverses. Aux États-Unis, elles puisent en 1994, dans l'expérience The Annenberg Political Fact Check (ou ) lancée au sein de l'université de Pennsylvanie par le milliardaire et philanthrope Walter Annenberg, visant à accorder des bourses d'études dans le domaine des sciences politiques. En France, le journaliste Daniel Schneidermann crée, en 1995, l'émission Arrêts sur image sur La Cinquième et, l'année suivante, naît l'association Acrimed, qui se présente comme « l'observatoire des médias ».
La vérification des faits se développe avec la création des sites web Factcheck, en 2003, et Politifact, en 2007, qui se présentent comme . Ces sites s'attachent à analyser la faisabilité des promesses faites par les personnalités politiques en vérifiant en particulier si les données chiffrées qu'ils avancent sont justes et si ce qu'ils disent est en conformité avec ce qu'ils ont avancé par le passé« Le “fact checking” contre les boniments des politiques », Erwan Desplanques, Télérama.fr, 29 mars 2012..
La technique se concrétise auprès du grand public par l'attribution de notes ou de mentions. Avec le Truth-O-Meter, par exemple, Politifact attribue les mentions « vrai », « à moitié vrai » ou « faux ». Et avec l'Obameter, créé l'année suivante, le site s'assigne la mission d'analyser que les engagements de campagne du président nouvellement élu, Barack Obama, sont réalisables. Le site est récompensé en 2009 par le prix Pulitzer, la plus haute récompense journalistique aux États-UnisPascal Lapointe, « Science et politique : la guerre des faits », Agence Science-Presse, 15 octobre 2012..
Ari Melber, correspondant du magazine The Nation, déclare en 2012 : .. On assiste même à la mise au point et aux essais de robots vérificateurs de faits..
En France, le développement de la vérification des faits est lent jusque dans les années 2010.. Ce n'est qu'à partir de 2011 qu'il entre pleinement dans la pratique journalistique« Le "fact checking", nouveauté journalistique », Xavier Ternisien, Le Monde.fr, 22 septembre 2011., à l'occasion de la campagne de l'élection présidentielle...
En 2010, selon Thomas Legrand, Nicolas Sarkozy, comparé à ses prédécesseurs, est le premier président français à voir, presque en permanence ,ses paroles confrontées à ses actes et à ses déclarations antérieurs ; une évolution rendue possible par la révolution numérique et l'essor d'Internet, qui permettent aux citoyens et aux médias de conserver, comparer et diffuser instantanément les propos politiques précédents, ce qui a modifié les pratiques journalistiques traditionnelles. Le style communicationnel de Nicolas Sarkozy, fondé sur l'instantanéité et des promesses rapides, s'est heurté à cette transparence accrueThomas Legrand, Sarkozy, victime du fact checking, Slate, . L'éditorialiste de France Inter a qualifié cette vérification des faits de « tyrannie de la cohérence » en précisant qu'il s'agissait d'une « tyrannie salutaire ».
En 2012, aux États-Unis, bien que les sondages indiquent que les informations des deux grandes chaînes câblées Fox News et MSNBC sont jugées peu fiables, les citoyens se tournent davantage vers ces chaînes « partisanes » que vers CNN, chaîne réputée plus mesurée. Le traitement de la vérification des faits par ces chaînes n'est pas similaire et est lui-même orienté..
En 2014, Benjamin Lagues., d'Acrimed, écrit :
Faiblesses et limites du fact-checking
Pour l'universitaire Ingrid Riocreux (auteur de La Langue des médias, 2016.) interrogée par Marianne en 2025, le fact-checking est indispensable pour éclairer le débat public et stimuler l’esprit critique, mais à condition qu’il soit rigoureux, transparent sur ses sources et lui-même ouvert à la contradiction ( « comme toute information, le fact-checking est orienté » et « devient un combat d'idées » ; il devrait donc lui-même accepter d'être "fact-checké" »).. Selon elle : .