Narmer est l'un des tout premiers rois de l'Égypte antique. Il a régné pendant la période thinite, vers la fin du au début du avant notre ère. Il est considéré par beaucoup de chercheurs comme le premier roi de la et semble avoir été reconnu comme tel par ses successeurs immédiats comme le montrent des scellements découverts dans les tombes de Den et Qâ, respectivement cinquième et huitième roi de la .

Si, en tant que fondateur de la , Narmer a pu être identifié à la figure légendaire de Ménès, à la fois premier unificateur de l'Égypte et fondateur de la capitale Memphis, les différentes découvertes faites dans la vallée du Nil et dans les marges de l'Égypte, notamment au Sinaï, ont montré que ce processus d'unification a commencé bien avant Narmer. En tant que roi peut-être originaire de l'antique cité de Thinis (ou This), il est probablement le successeur de Ka, bien que la position chronologique et l'identité du roi est encore l'objet de débats. Son successeur est Âha, qui est peut-être son fils : ceci est démontré par les scellements découverts dans les tombes de Den et Qâ cités précédemment.

Attestations

Attestations contemporaines

Hor Narmer

Narmer est attesté en de nombreux endroits de l'Égypte, ainsi que dans le sud du pays de Canaan et au Sinaï, avec près de quatre-vingt-dix-neuf inscriptions trouvées sur vingt-sept sitesDe ces inscriptions, vingt-neuf sont controversées ou incertaines. Elles comprennent les exemples uniques de Coptos, En Besor, Tell el-Farkhan, Gebel Tjaouti, Lahav, Nag-el-Hamdoulab et l'Oasis Kharga, ainsi que les deux inscriptions de Buto et Tel Ma'ahaz. Toutes les inscriptions sont incluses dans le Narmer Catalog (qui peut être consulté à www.narmer.org), qui comprend une bibliographie complète pour chaque inscription. Plusieurs sources traitent d'un nombre important d'inscriptions. Ce sont : la base de données de Early Dynastic Inscriptions, Kaplony 1963, Kaplony 1964, Kaiser & Dreyer 1982, Kahl 1994, van den Brink 1996, van den Brink 2001, Jiménez-Serrano Los primeros reyes y la unificación de Egipto, , Table 9, Jiménez-Serrano 2007 et Pätznick 2009. Anđelković 1995 traite des inscriptions de Narmer retrouvées en terre de Canaan dans le contexte spécifique des relations entre Canaan et l'Égypte et fournit les descriptions des sites dans lesquels elles ont été trouvées. ; pour les attestations d'Abydos et de Nekhen, son nom d'Horus apparait soit seul, soit à l'intérieur d'un serekh, alors que pour les autres sites à l'exception de Coptos, son nom d'Horus apparait systématiquement à l'intérieur d'un serekh : pour la Haute-Égypte : à Nekhen (dont la très célèbre palette de Narmer. et la célèbre massue de Narmer), à Nagada (une simple étiquette dans la tombe de Neith-Hotep)., à Abydos (dont trois vases, l'un découvert dans le puits B13 de la nécropole d'Âha, un autre dans la tombe Z d'Ouadji ; des étiquettes, objets en ivoire et sceaux dans les nécropole de Narmer et Aha), et à Coptos., pour la Moyenne-Égypte : à Tarkhan (deux vases complets), pour la région memphite : à Helwan (pièce de faïence rectangulaire)., à Zaouiet el-Aryan, à Saqqarah (un vase complet en porphyre dans les galeries orientales sous la pyramide de Djéser). et peut-être à Tourah (deux serekh rudimentaire pourraient correspondre à un hiéroglyphe du poisson-chat simplifié), pour la Basse-Égypte : à Tell Ibrahim Awad (tesson), à Ezbet el-Tell (tesson), à Minshat Abou Omar (un vase complet dans une tombe)., à Bouto (tesson), à Tell el-Farkha., et à Kafr Hassan Dawood, pour le désert d'Arabie : une inscription rupestre au Ouadi el-Qaash, pour le désert de Libye : une inscription rupestre à Nag-el-Hamdoulab (attribution incertaine), une autre au Gebel Tjaouti., et une troisième attestation dans l'oasis de Kharga., pour le Sinaï : une inscription rupestre au Ouadi 'Ameyra, dans le sud du Sinaï, avec d'autres inscriptions respectivement de ses prédécesseurs Iry-Hor et Ka et des rois ultérieurs Djer (inscription dans laquelle est mentionnée la reine Neith-Hotep) et Nebrê ; ces inscriptions commémorent les expéditions minières égyptiennes vers cette région, pour Canaan, plusieurs (près de treize) serekhs de Narmer, principalement sur des tessons, ont été découverts, parmi lesquels certains sont incertains : à Tel Arad (un serekh sur quatre tesson d'une même jarre brisée)., à En Besor., à Tell Es-Sakan., à Nahal Tillah, sur le site des silos de la zone nommée Halif Terrace (un tesson avec le serekh de Narmer et peut-être un autre avec le même serekh)Au cours de l'été 1994, les archéologues de l'expédition de Nahal Tillah, dans le sud d'Israël, ont découvert un tesson de poterie incisé avec le signe du serekh de Narmer. Le tesson a été trouvé sur une grande plate-forme circulaire, peut-être les fondations d'un silo de stockage sur la terrasse d'Halif. Fabriqué env. 3000 ans avant notre ère, les études minéralogiques effectuées sur ce tesson concluent qu’il s’agit d’un fragment d'une jarre à vin qui avait été importé de la vallée du Nil en terre de Canaan ()., à Tel Erani (Tel Gat) (un fragment de jarre est inscrit au nom de Narmer, un autre tesson porte une marque qui a pu être assimilé au serekh de Narmer)., à Tel Malhata (trois tessons dont l'un porte les traces du serekh de Narmer tandis que les deux autres portent chacun les traces d'un serekh et pour les deux cas, ils sont attribués soit à Narmer, soit à Âha)., Tel Ma'ahaz (un tesson portant les traces d'un serekh attribué à Narmer ou à ), à Tel Lod (où un serekh de Ka a également été découvert), trois vases sans provenance connue.

Nag-el-Hamdoulab

Une collection de gravures rupestres fut mentionnée pour la première fois à la fin du à Nag-el-Hamdulab, près d'Assouan. Elle a été retrouvée en 2009, et c’est alors que les archéologues ont pris conscience de son intérêt historique. Parmi ses nombreuses inscriptions, le tableau 7a montre un homme portant une coiffure similaire à la couronne blanche de Haute-Égypte et tenant un sceptre. Il est suivi d'un homme portant un éventail, et il est également précédé de deux hommes portant des étendards et accompagnés d'un chien. Outre le motif du chien, cette scène est similaire aux scènes de la tête de massue du roi Scorpion et sur le recto de la palette de Narmer. L'homme équipé d'ornements pharaoniques (la couronne et le sceptre) est clairement un roi. Aucun nom n'apparaît sur ce tableau, mais John Darnell l'a identifié à Narmer, suggérant que cette scène représentait une visite de Narmer dans la région pour le rituel du « cortège d’Horus ». Lors d’un entretien accordé en 2012, M. Gatto a également identifié à Narmer le roi de cette inscription.. Toutefois, S. Hendrickx date cette scène de peu de temps avant le règne de Narmer, à cause de l'absence de son nom.

Men

Deux documents du début de la mentionnent ce qui s'apparente au nom Men : trois fragments d'une même empreinte de sceau découverte à Abydos, plus spécifiquement dans le puits B18 (tombe de Narmer), sur laquelle le serekh de Narmer alterne avec le hiéroglyphe du plateau de jeu, se lisant men, et le complément phonétique n symbolisé par le hiéroglyphe de l'eau, une étiquette en ivoire découverte dans le caveau de la tombe de Neith-Hotep à Nagada et sur laquelle sont inscrits le serekh d'Aha et, à l'intérieur de ce qu'il semble être un sanctuaire, les signes se lisant Nebty Men, la mention de Nebty pourrait en faire la plus ancienne attestation de ce titre, bien que cela ne soit pas certain.

Attestations ultérieures

Narmer est attesté sur trois sceaux découverts à Abydos : les fameux sceaux sur lesquels sont inscrits les noms des rois de Narmer à Den pour l'un et de Narmer à Ouadji pour l'autre et incluant tous les deux l'inscription « mère du roi Merneith » et découverts dans la tombe T de Den, le fameux sceau mentionnant les huit rois de la , de Narmer à Qâ, découvert dans la tombe Q de Qâ.

Méni est le nom sous lequel les documents égyptiens le désignent à partir de la (scarabée d'Hatchepsout et de ).

Le roi est également présent sur les listes royales ramessides : la liste royale d'Abydos, datée du règne de (), dans laquelle le nom de Méni est inscrit à la première position, le canon royal de Turin, daté de la , dans lequel le nom de Méni est inscrit à la onzième position de la troisième colonne, la liste royale du Ramesséum (), située sur le registre supérieur du môle oridental du second pylône, sur la paroi donnant sur la seconde cour, enregistre le nom de Méni avec celui de et ceux des rois du Nouvel Empire ; la graphie du nom Méni est la même que celle de la liste royale d'AbydosListe du Ramesseum.

Enfin chez les auteurs du premier millénaire avant l'ère commune, le roi est cité par divers noms qui sont des formes héllénisées du nom égyptien Méni : il est nommé Mina (Μινα) par Hérodote ; ce dernier indique que ce roi aurait le premier unifié l'Égypte à partir des deux royaumes de Haute et de Basse-Égypte avec comme capitales respectives Nekhen et Bouto, puis il aurait fondé Memphis, et le temple de Ptah à l'intérieur de la cité, à la jonction entre les deux anciens royaumes en détournant le cours du Nil grâce à une levée de terre et en asséchant les terrains abandonnés par le fleuve, il est nommé Ménès (Μηνης) par Manéthon de Sebennytos ; les copies de ses écrits font de lui le premier roi de la et lui attribuent un règne de trente ans(selon la version d'Eusèbe de Césarée) ou soixante ou soixante-deux ans (selon la version d'Africanus) ; ces sources manéthoniennes précisent également que Ménès était originaire de Thinis (ce que la nécropole royale d'Oumm el-Qa'ab semble confirmer) et qu'il fut tué par un hippopotame (cet épisode pourrait être une allégorie d'un conflit entre Nagada, dont le dieu Seth, symbolisé par l'hippopotame, est le protecteur, et Nekhen, dont le dieu Horus, symbolisé par le roi, est le protecteur) ; enfin, dans la version d'Eusèbe de Césarée (Fr. 7(a)), il est indiqué que le roi mena une campagne à l'étranger et devint célèbre par la suite (cet épisode pourrait se référer à l'expédition minière vers le Ouadi 'Ameyra au Sinaï, au cours de laquelle le roi aurait pu soumettre la population locale, ou bien dans le sud de Canaan, où le roi est également bien attesté, une étiquette d'ivoire trouvée dans la tombe du roi à Oumm el-Qa'ab (puits B17), montre un Levantin et est dans une position où dans laquelle il semble rendre hommage au roi), il est nommé Menan (Μηναν) ou Mena (Μηνα) par Diodore de Sicile ; ce dernier indique que le roi, poursuivi par ses chiens au cours d'une chasse, aurait été sauvé par un crocodile qui l'aurait transporté sur son dos pour traverser le lac Moéris dans le Fayoum, dans lequel il s'était réfugié ; reconnaissant, le roi aurait fondé la ville de Crocodilopolis à proximité du lac.

Identité

Lecture du nom d'Horus

L’orthographe complète du nom d'Horus de Narmer se compose des hiéroglyphes du poisson-chat (nˁr) et du ciseau (mr)), d’où provient la lecture « Narmer » fondée sur le principe du rébus. Ce nom a parfois été traduit par le poisson-chat qui frappe , une lecture qui n’a pas fait consensus . D’autres traductions proposées incluent le poisson-chat en colère, combattant, féroce, douloureux, furieux, mauvais, malfaisant, mordant, menacant ... Certains chercheurs n'incluent pas le mot poisson-chat dans son nom, approches qui ne sont pas unanimement acceptées.

Le nom de Narmer est souvent écrit sous une forme abrégée, sans les deux hiéroglyphes mais simplement avec le symbole du poisson-chat, et parfois stylisé. Il est même dans certains cas représenté par une seule ligne horizontale. Cette orthographe simplifiée semble due à la formalité du contexte. Mais chaque fois qu'un serekh est inscrit sur des objets de pierre ou sur un sceau officiel, les deux symboles sont présents. Sur les tessons de poterie et sur la pierre, seul le poisson-chat ou une version simplifiée apparaît.