est un spectacle de marionnettes du dramaturge japonais Chikamatsu. C'est une de ses pièces les plus populaires : d'abord mise en scène le , à Osaka, elle est jouée pendant dix-sept mois d'affilée, alors que certains titres ne restaient à l'affiche souvent que quelques semaines ou mois. Sa popularité durable peut être largement attribuée à son efficacité en tant que divertissement : ses nombreuses scènes sur une période de plus de sept ans suivent les aventures de Kokusenya (basées sur les aventures du personnage historique réel Koxinga qui est resté dans les esprits comme le fondateur de Taïwan. La pièce est inspirée de la réalité, (c'est une pièce relavant de la catégorie dite historique, jidaimono) et brode sur le thème de la restauration de la dynastie légitime de la Chine des Ming face aux Tartares. La trame particulièrement bien adaptée au théâtre de marionnettes, puisque le « méchant » Ri Tōten par exemple se crève un œil sur scène (pour prouver sa loyauté). Donald Keene suggère que les aventures dans la Chine exotiques sont bien accueillies dans le Japon isolationniste des Tokugawa. D'un point de vue stylistique. La pièce n'est pas considérée comme l'égale de quelques-unes des tragédies domestiques de Chikamatsu comme les Double Suicide à Sonezaki, dont la qualité littéraire est exceptionnelle, mais elle passe généralement pour sa meilleure pièce historique.
Synopsis Acte 1 Scène 1 L'intrigue commence en . Nous sommes à la cour luxueuse et débauchée de l'empereur chinois appelé Shisōretsu (qui figure en réalité Ming Chongzhen, dix-septième souverain de la dynastie Ming). Sa femme est sur le point de donner naissance à leur premier fils et futur prince héritier. De son côté Ryūkakun, épouse du fidèle et sagace conseiller Go Sankei, qui vient d'accoucher, devient la nourrice de l'héritier impérial.
Le Grand Roi de Tartarie (les Mandchous) envoie le prince Bairoku comme émissaire à la cour. La demande de l'émissaire est que l'épouse de l'empereur lui soit envoyée pour être mariée au Grand Roi. Le ministre et général de la droite, Ri Tōten révèle que le Grand Roi pense pouvoir faire cette demande car en 1641, Ri Tōten a demandé dix millions de boisseaux de grain pour soulager la famine et qu'en échange, il a donné sa parole que plus tard, les Tartares pourraient lui demander tout ce qu'ils voulaient.
Go Sankei s'oppose à ce que la promesse de Ri Tōten soit tenue, soulignant l'immoralité et la folie pure et simple de renvoyer l'impératrice avec l'héritier. L'envoyé est profondément offensé. Il se lève pour partir en proférant des menaces de guerre quand Ri Tōten prend son poignard, s'énucle l'œil gauche et le présente à l'empereur qui se retire rasséréné.
Scène 2 L'empereur, favorablement impressionné par le sacrifice de Ri Tōten décide de lui donner la main de sa petite sœur, la belle princesse Sendan. Cependant, celle-ci s'oppose à toute idée de mariage aussi l'empereur l'oblige-t-elle à donner son consentement à l'issue d'une bataille simulée entre 200 dames de la cour brandissant des branches de prunier et de cerisiers. Suivant les instructions de l'empereur, les porteuses de prunes perdent, condamnant Sendan au mariage.
Alarmé par l'agitation de la bataille, Go Sankei s'habille en hâte et se précipite sur les lieux revêtu de son armure. Quand il découvre l'absurdité de la bataille simulée, il reproche longuement à l'empereur d'alarmer le palais et de donner le mauvais exemple. Plus généralement, il lui reproche ses extravagances, son aversion pour la gouvernance, il critique sa négligence et le tance car il ne sait même pas que c'est Ri Tōten qui est responsable en personne de la famine puisqu'il a volé le riz des entrepôts impériaux et utilisé son gain mal acquis pour soudoyer et corrompre autour de lui dans tout le pays. Surtout, il lui reproche de ne pas avoir compris que si Ri Tōten s'était crevé l'œil, c'était en fait un message aux Tartares pour leur signifier qu'ils avaient son soutien complet et devaient passer à l'action (Go Sankei « prouve » ce qu'il avance grâce à l'utilisation du yin et yang et la divination à base d'idéogrammes).
Alors que l'empereur rabroue Go Sankei, une ancienne plaque portant le nom de la dynastie se brise. Dans un grand tumulte, l'ancien émissaire pénètre dans le palais à la tête d'une troupe hostile. Go Sankei et ses troupes sont en infériorité numérique et ne peuvent résister à l'assaillant. Go Sankei ordonne à Ryūkakun d'emmener la princesse dans un port appelé Kaidō ; Go Sankei et ses hommes se frayent un chemin à travers les troupes adverses et assurent l'évasion de l'impératrice et de l'empereur. Avant même que les troupes de Go Sankei n'aient pu remplir leur mission, Ri Tōten et son frère Ri Kaihō (李海方) ont réussi à se saisir de l'empereur et à lui couper la tête. Tōten emporte ce trophée pour le présenter au Grand Roi. Ri Kaihō reste pour emmener l'impératrice en résidence surveillée. À son retour, Go Sankei tue Ri Kaihō et malgré sa tristesse récupère les regalia sur le corps sans vie de l'empereur. Il fuit vers la côte à Kaidō accompagné de son propre fils et de l'impératrice.
Scène 3 Malheureusement pour les trois fugitifs, à Kaidō aucun navire ne peut les prendre à bord et les amener en lieu sûr. Ils sont poursuivis par des arquebusiers qui tuent l'impératrice. Go Sankei se rend compte que l'héritier légitime du trône peut encore être sauvé. Avec son épée, il réalise une césarienne et dégage le prince vivant. Les troupes adverses ne se rendront-elles pas compte que le prince a survécu quand ils verront le ventre vide ? Stoïque, Go Sankei tue son propre fils et place le cadavre du nouveau-né dans le ventre de l'impératrice pour gagner du temps et tromper l'ennemi.
Go Sankei ne croise ni Ryūkakun ni la princesse. Ryūkakun tend une embuscade à l'un des hommes de main de Ri Tōten, s'empare de son bateau et de son épée. Elle met la princesse dans le bateau et pousse l'embarcation dans les flots la livrant aux éléments en espérant que la princesse navigue sans encombre sur les terres d'un vieux courtisan exilé au Japon, Ikkan ou Tei Shiryû Rōikkan.
Ryūkakun reste sur le rivage et périt en combattant les Tartares ; ceux-ci partent convaincus que tous (le prince compris) ont trouvé la mort, Go Sankei serait le seul survivant mais ce dernier ne les inquiète pas.
Acte 2 Scène 1 Le s'ouvre sur un paisible village de pêche japonais où le « Grand Tuteur » Tei Shiryû s'est réfugié après avoir été banni de Chine, il y a fort longtemps. Il s'y est remarié et a eu un fils, Watōnai (和藤内), dont il a fait pêcheur et qui a épousé une robuste femme de la mer. Il n'a cessé d'étudier tous les textes que son père avait apportés de Chine. Il a étudié avec ardeur les ouvrages consacrés à la stratégie et aux tactiques militaires ainsi qu'aux récits de bataille. Mais en dépit de ses efforts sincères, il peine à comprendre les questions militaires jusqu'au jour ou, marchant sur la plage, il épie une palourde et une pie-grièche qui s'affrontent. Le bec de la pie-grièche est coincé dans la coquille de la palourde et elle ne parvient pas à se dégager. La palourde, elle, se sait vulnérable car elle sait qu'elle ne sera en sécurité que tant qu'elle bloquera le bec de l'oiseau. La leçon que Watōnai tire de cette observation est qu'il est rusé de « provoquer une querelle entre ses deux adversaires pour ensuite de se saisir d'eux quand ils s'y attendent le moins ». Watōnai décide immédiatement d'essayer d'appliquer ce qu'il vient de comprendre aux batailles opposant la Chine et la Tartarie.
À peine Komutsu (小むつ), l'épouse de Watōnai a-t-elle séparé la pie-grièche et la palourde qu'ils voient un petit bateau dériver dans leur direction. La princesse Sendan est à bord. Ni Watōnai ni Komutsu ne parlent le chinois. Perplexes et ne sachant que faire, ils appellent Tei Shiryū qui fait le lien entre Sendan et son propre exil. Sendan raconte alors ses mésaventures.
Encouragé par une prophétie de victoire proférée par l'épouse japonaise de Tei Shiryū et par l'analyse des idéogrammes et d'une divination I Ching, Watōnai décide de partir reconquérir la Chine pour l'empereur Ming. Watōnai tente de partir sans Komutsu qui s'érige contre ce choix et tente de le convaincre de la battre d'abord à mort avec sa rame. Bien sûr, Watōnai refuse. Il se radoucit quand elle menace de se jeter de la falaise; il n'avait fait que l'éprouver pour voir s'il pouvait réellement lui confier la princesse. Une fois Watōnai rassuré, ils embarquent avec Tei Shiryū et sa femme, cap sur la Chine.
Scène 2 Arrivé en Chine, Tei Shiryū a un plan. Avant son exil, il avait laissé sa fille nommée Kinshōjo sur le continent, elle a épousé un puissant seigneur, un général nommé Gojōgun Kanki. Si Kanki se laisse persuader, il pourrait accepter de se rebeller et d'unir ses forces aux leurs et à celles de Go Sankei contre la puissance occupante.
Ils décident de se séparer et de prendre des routes séparées pour éviter les soupçons. En passant par la « Forêt de bambous de mille lieues », Watōnai et sa mère rencontrent un grand tigre très féroce retranché là à cause d'une chasse dont il est la proie. Watōnai bat le tigre et obtient sa soumission. An Taijin, sous-fifre de Ri Tōten, se précipite avec ses troupes, ils avaient l'intention de décapiter le tigre et d'offrir la tête au Grand Roi.
Watōnai refuse de leur donner le tigre. La lutte commence mais le tigre intervient, disperse et brise l'armement des opposants. Watōnai saisit An Taijin et le jette contre un rocher. Son corps se brise sur le roc et il meurt. Les officiers et soldats avouent ne pas particulièrement enthousiasmés par le ralliement à la Tartarie et son régime et choisissent de se joindre à Watōnai qui leur rase alors la tête à la japonaise et leur donne de nouveaux noms, ils sont rebaptisés « Luçon bei » ou « Siam tarō » ou « Jakarta bei » et même « Angleterre bei ».
Acte 3 Scène 1 Avec ses nouveaux compagnons, Watōnai pense attaquer immédiatement l'imprenable château des lions. Il fait valoir que sa demi-sœur n'a jamais envoyé une lettre à Tei Shiryû son père ce qui prouve sa déloyauté. La mère l'en dissuade, soulignant qu'une épouse doit obéissance à son mari. Tei Shiryû demande l'autorisation d'entrer, il sollicite une audience privée avec le général Kanki. Mais Kanki est absent aussi Tei Shiryû demande à parler à l'épouse de Kanki en mentionnant qu'il vient d'arriver du Japon. Gênés par sa demande et le fait qu'il soit étranger, les gardes commencent à les menacer et se préparer à les affronter. Kinshōjo qui a entendu le tumulte intervient. Elle leur ordonne de « ne rien faire de violent ». Elle demande aux visiteurs de se présenter et Tei Shiryû se révèle son identité.
Kinshōjo veut s'assurer est bien celui qu'il prétend être. Quelle preuve apporter? Son père lui répond que son visage doit être comparé à un portrait qu'il a fait de lui-même et qu'il lui a confié il y a tant d'années. Cette preuve concluante règle la question.
Kinshōjo est prête à les laisser passer mais le Grand Roi de Tartarie a donné l'ordre que les étrangers ne soient autorisés à entrer dans aucune forteresse. Kinshōjo demande aux soldats de faire une exception pour sa belle-mère et ils acquiescent à la condition qu'elle soit attachée comme un criminel car ainsi ils pourraient être suspectés d'avoir enfreint les ordres.
Avant qu'elle ne passe la porte, elle dit à Tei Shiryû et Watōnai qui l'attendront à l'extérieur que, si les négociations se passent bien, elle versera un colorant blanc dans la citerne du château qui se déversera dans la rivière coulant à l'extérieur de l'enceinte, mais si les négociations échouent, le colorant sera rouge.
Scène 2