Georges Ronin, né le Cherbourg et mort le au Val-de-Grâce à Paris, est un général français de l’Armée de l’air, chef d'un réseau de résistants pendant la Seconde Guerre mondiale.
Commandant du de l'Armée de l'air à partir de 1936, il organisa un service de renseignement clandestin en zone occupée et des transmissions radio avec Londres : le SR Air (SRA).
Il s’envola pour Alger après le débarquement américain de et se rallia au général Giraud, qui le nomma directeur des services spéciaux. Il fut écarté par les gaullistes en même temps que Giraud.
Biographie Georges Ronin est le fils d’Emmanuel Marie Auguste Ronin (1860-1943), capitaine de vaisseau issu d’une lignée d’officiers., et d’Anna Bergasse du Petit Thouars (1864-1954), fille du vice-amiral du Petit Thouars. Il est le frère cadet du général de division Emmanuel Auguste Abel Ronin. (1886-1953).
Première Guerre mondiale Georges Ronin intégra en 1913 la de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Le , après la mobilisation, il fut affecté au du de dragons ( de cavalerie).
Le , son escadron était cerné par l’ennemi dans la forêt, à quelques kilomètres au sud-ouest de Soissons, non loin de Mortefontaine. Au crépuscule, un paysan signala aux dragons français la présence d'une escadrille de huit Aviatik stationnés pour la nuit. À du matin, les chargèrent les avions allemands. Le commandant de l’escadron Gaston de Gironde et le sous-lieutenant Gaudin de Villaine furent tués par des tirs de mitrailleuse, tandis qu’Henri de Kérillis fut grièvement blessé. Le chef d'escadrille allemand fut tué et ses huit appareils furent détruits. Cette escarmouche, qui précéda la bataille de l’Aisne, connut un écho important dans l’armée (la cavalerie se mesurant à l’artillerie moderne et à l’aviation). Le sous-lieutenant Ronin fit partie des français et fut interné près de Leipzig jusqu’en 1919.
Après un passage en Algérie, au de chasseurs d'Afrique, il rejoignit l’Aéronautique militaire en 1921, à la base d’Istres, d’abord comme observateur puis comme pilote en 1922. Promu capitaine l’année suivante, il commanda une escadrille puis un groupe du régiment d’aviation à Nancy.
SR Air À partir de 1936, il fut responsable de la section aérienne du – le service de renseignement de l’Armée française, dirigé par Louis Rivet et installé avenue de Tourville.
Il était chargé de s’informer sur la Luftwaffe et sur l’Aeronautica Militare. En 1934, André Sérot a été mis sur la piste d’un officier de l’état-major de la Luftwaffe, approché par Paul Stehlin ayant accepté de livrer, contre rémunération, les plans détaillés du programme de réarmement aérien allemand. Début 1940, Sérot fit une synthèse des informations recueillies grâce à ses correspondants travaillant chez Heinkel et chez Messerschmitt.
Georges Ronin prit contact avec Wilfred Dunderdale – chef de la station parisienne du MI6 – et Frederick Winterbotham, son alter ego britannique. de la Royal Air Force. Il organisa plusieurs opérations de reconnaissance aérienne avec Winterbotham. À l’automne 1937, Roger Henrard photographia l’Allemagne à bord d’un Farman. Il réalisa onze missions et 3600 clichés, verticaux ou obliques.
Plusieurs pilotes comme Léon Challe et James Hennessy participèrent au programme d'espionnage avec des avions de tourisme. Paul Badré, pilote au CEMA, survola en la frontière des Alpes et la plaine du Pô à bord d’un Potez 540. Au début de l’année 1939, Roger Henrard et Roger Gérard pilotèrent deux Lockheed L-12 ( avant les premiers vols du Lockheed U-2 pour la CIA), photographiant l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie.
Seconde Guerre mondiale Pendant la « drôle de guerre » et la bataille de France, Georges Ronin commanda la escadre de bombardement. Il s’envola pour Oran à la veille de l’armistice, y retrouvant Paul Badré et René Gervais. Ronin décida de reconstituer en France un service de renseignement aérien en contact avec l’Angleterre.
Le général Bergeret, nommé secrétaire d’État à l’aviation par le maréchal Pétain, le rappela en août à Vichy. Il servit d’abord comme chef de cabinet de Bergeret, puis au Bureau des menées antinationales, sous l’autorité de Louis Rivet. Il recruta une vingtaine d’officiers de l’Armée de l’air, provenant du bureau ou d'unités combattantes qu’il avait commandées.
Jusqu’en , la mise en place du SR Air fut confiée à Michel Bouvard : le but de l’organisation était de recueillir des informations sur l’aviation ennemie – l’état de l’industrie, les bases occupées, les consignes du commandement, les radars, les défenses antiaériennes.– pour les transmettre au général Bergeret ainsi qu’à la Royal Air Force, ce dernier point étant caché au commandement de l’Armée d’armistice, en particulier à l'anglophobe amiral Darlan, chef du gouvernement du maréchal Pétain.
Les activités clandestines du SR Air risquèrent d’être démasquées dès le mois de . Georges Groussard, membre de la « Cagoule », rencontra Winston Churchill à Londres à la demande du général Huntziger (ministre de la guerre) et du docteur Ménétrel (conseiller et médecin personnel de Pétain). Cette entrevue s’ébruita rapidement à Vichy et parvint aux oreilles de l’amiral Darlan. Ami proche de Groussard, le colonel Ronin fut immédiatement soupçonné d’intelligence avec les Anglais. Le , le préfet Henri Rollin ordonna son arrestation et celle de son adjoint Jean Bezy. Ce dernier fut averti à temps et vida le bureau des papiers compromettants avant la perquisition. Grâce à l’intervention de Bergeret et d'Huntziger, Ronin fut remis en liberté le lendemain, non sans avoir été longuement sermonné au garde à vous par Darlan.
Organisation du SR Air Le poste directeur – P1-AV – était installé à l’hôtel international de Vichy, dans trois pièces mises à disposition par Louis Baril, chef du bureau. Le colonel Ronin put compter sur son adjoint Jean Bezy, sur le lieutenant Demange pour la partie administrative, sur le sergent Jacques pour la cryptographie et sur le sergent Lechat pour la fabrication des documents officiels.
Il était en relations confiantes avec le colonel de Gorostarzu (membre du cabinet de Pétain), avec le colonel Masnou (l’un des fondateurs de l’Organisation de résistance de l'Armée) ou avec Suzanne Borel au ministère des affaires étrangères.
Fin , il effectua personnellement un déplacement à Paris, pour s’entretenir avec l’aviateur Alfred Heurtaux, chef du réseau Hector, qui fut dès lors subventionné par le SR Air en zone occupée. Les officiers de Ronin financèrent également Les Petites Ailes de France et Combat Zone Nord ; ..
Le contact fut renoué avec le Secret Intelligence Service par l’entremise du commandant de Berroëta, ancien attaché militaire à Madrid et de son successeur le colonel Malaise. En , Berroëta fut pris en charge à Lisbonne par le MI6, qui le conduisit à Londres où Winterbotham lui remit des valises diplomatiques contenant des émetteurs-récepteurs, des plans d’émission, des cristaux et un code. Les liaisons radio avec l’Angleterre furent confiées à Paul Badré, qui dirigea une antenne – P2-AV – depuis sa maison de Bellerive, de l’autre côté de l’Allier. Il recruta Robert Masson et transmit aux Alliés des retranscriptions de la source K.
Le SR Air comptait six antennes principales hors de Vichy, trois en zone libre et trois en Afrique française du Nord. Celle de Limoges – P3-AV – était sous la responsabilité de Michel Bouvard, assisté des lieutenants Rupied et Delage (anciens du bureau). Bouvard installa deux postes à Marmande et Argenton-sur-Creuse, confiés respectivement aux capitaines Hériard-Dubreuil et Boué. Son réseau fournit après la bataille d’Angleterre des renseignements à la Royal Air Force sur l’ordre de bataille de la Luftwaffe en territoire occupé. Rupied et Delage faisaient la liaison avec des réseaux en Normandie, en Bretagne, à Paris et à Bordeaux. Marc Desserée, l'un de leurs agents, fut arrêté à Paris avec son courrier en . Il fut exécuté par la Gestapo le , le jour de ses vingt ansLe réseau normand fut complètement démantelé à l’automne 1942 lorsque la Gestapo mit la main sur ses principaux membres.
Le procès du groupe eut lieu du au 11 mai 1943 à la prison de Fresnes. Les chefs, Louis Esparre (ingénieur des ponts et chaussées) et Robert Jeanne, furent fusillés au Mont-Valérien avec leurs deux principaux agents, Pierre Doucet (beau-frère d’Esparre) et Henri Brunet. Déportés, Maury et Rouaud (ingénieurs responsables du courrier) revinrent vivants en 1945, comme Suzanne Speisser et la comtesse de Mayo Durezzo. Paulette Duhalde, âgée d’à peine vingt ans lorsqu’elle fut arrêtée, mourut en déportation à Ravensbrück ().. En , un document trouvé sur un espion allemand arrêté à Limoges révéla que l’Abwehr était au courant de l’existence du SR Air, de son implantation géographique et des pseudonymes de la moitié de ses cadres.
L’antenne de Lyon – P4-AV – était dirigée par le capitaine Richard, assisté du capitaine de ReviersCamarade de promotion à Saint-Cyr de Paillole et Bezy. qui obtint des renseignements précieux sur le chantier du mur de l’Atlantique et sur les abris de sous-marins. P4-AV fut rattaché au poste de Limoges en 1942.
L’antenne de Marseille – P5-AV –, qui se focalisait sur l’Italie, fut confiée à André Sérot, lequel rejoignit au printemps 1941 Paul Paillole (chef du contre-espionnage) et fut remplacé par le commandant de Berroëta, puis par le capitaine Boiron. Un poste fut aussi tenu par René Gervais à Perpignan ; il s’avéra inutile, le renseignement en Espagne étant l’apanage du colonel Malaise, qui échangeait par radio depuis Madrid avec P2-AV à Bellerive-sur-Allier, où Gervais devint l’adjoint de Badré en .
L’antenne d’Alger – P6-AV – était gérée par le capitaine de La Chenelière (appelé à Vichy en , après l’incident avec l’amiral Darlan) puis par le commandant Michel. Celle de Casablanca – P7-AV – fut confiée au capitaine Richard. L’antenne de Tunis – P8-AV –, commandée par le lieutenant Lacat assisté du lieutenant RauscherPolytechnicien travaillant pour une compagnie de pétrole., communiquait avec la station maltaise du MI6. Des informations furent aussi expédiées à Gibraltar via les canaux du consulat général américain.
Les émissions radio de P8-AV avec Malte furent opérationnelles à partir d’ et le restèrent jusqu’à la fin de la campagne de Tunisie, en . Après l’opération Torch, Lacat signala aux Britanniques un convoi de 27 bateaux allemands transportant vers la Libye une division motorisée pour renforcer l’Afrikakorps du général Rommel. Bombardé par la Royal Air Force, le convoi fut en grande partie détruit. Churchill félicita les informateurs et les exécutants de cette opérationDans ses mémoires (Secret and Personal, 1969), Winterbotham rend hommage à son ami Ronin et souligne l’aide « vitale » apportée à la fin de 1942 par son réseau tunisien (, 105).Recherché par les nazis après le bombardement du convoi, Lacat confia ensuite le poste à deux polytechniciens : Pierre Guillaumat jusqu’en avril 1943, puis Aimé Emmanuelli jusqu’à la libération de Tunis..
Débarquement américain en Afrique du Nord Le , prévenu par le général Revers (chef d’état-major de la défense nationale), Paul Badré échappa de justesse à l’Aktion Donar, une opération des services spéciaux allemands pour identifier les émetteurs clandestins en zone libreRobert Masson, Mes missions au clair de Lune, 1975, .
Le , le SR Air fut avisé par les Américains de l’imminence du débarquement en Afrique du Nord. Le général Bergeret s’envola pour l’Algérie le . Dans la nuit du 9 au , la veille de l’invasion de la zone libre, Ronin, Bezy, Bouvard et Badré décollèrent pour Biskra à bord de deux Dewoitine D.338 mis à disposition par le général d’Harcourt.