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Une perversion désigne, dans un sens général, une inclination à des conduites considérées comme « déviantes » par rapport aux règles et croyances morales d'une société.
Le terme recouvre toutefois plusieurs champs sémantiques et différentes définitions. Il est issu du verbe « pervertir », qui signifie littéralement « détourner », d'après l'étymologie latine pervertere : « mettre sens dessus dessous » Au « bouleversement, falsification d'un texte », « changement de bien en mal, corruption », source : étymologie CNRTL (Centre National des ressources textuelles et lexicales) et globalement « action de détourner quelque chose de sa vraie nature »Définition CNRTL. Le sens moral du verbe pervertir (« convertir au vice ») date du et a longtemps eu une connotation religieuse.
Dans le vocabulaire courant, le terme est utilisé pour désigner soit une déviation des instincts conduisant à des comportements immoraux et antisociaux, soit la transformation de sens subie par un discours (par exemple un message politique), soit la manipulation, l'abus et la cruauté.
En matière de mœurs, la notion de perversion a beaucoup évolué en fonction des époques et des normes, religieuses et pénales entre autres. Dans ce registre, le mot fait souvent allusion à la sexualité : il désigne alors des paraphilies, des perversions sexuelles ou des conduites considérées comme telles, qu'elles soient définies comme pathologiques ou non.
En psychiatrie, le terme se référait la plupart du temps à des conduites immorales ou amorales considérées comme déviantes. La liste des perversions a subi dans l'histoire de cette discipline des variations aussi nombreuses que discutéesLe célèbre ouvrage de Richard von Krafft-Ebing en est l'une des versions les plus originales ; il est plus souvent cité que connu pour son contenu : Richard von Krafft-Ebing : Psychopathia sexualis, Climats, 1999, : telle attitude est vue comme pathologique à une époque, puis plus à une autre, selon des critères qui relèvent avant tout des normes sociales. Il désignait néanmoins pour beaucoup une structure psychopathologique établie. La psychiatrie moderne n'utilise pas de notion de perversion dans la liste des troubles mentaux, basée sur le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) et la classification internationale des maladies (CIM).
En psychanalyse, Sigmund Freud a d'abord inclus la perversion dans le cadre de la sexualité, pour l'étudier ensuite dans une perspective psychogénétique de fixations et de régressions. Il situe la perversion chez l'adulte en tant que « destin de la pulsion » détournée du « but » génital par rapport à son « objet ». Chez l'enfant, il suppose la possibilité du développement d’une sexualité infantile perverse « polymorphe » au stade prégénital<ref>Sigmund Freud : Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905 et Pulsions et destins des pulsions, 1915.</ref>. C'est surtout l'adulte qui, dans son développement, est l'enjeu de la dynamique des fixations et des régressions, et qui peut développer une perversion dans le sens psychopathologique. La perversion deviendrait alors, dans un deuxième temps, l'expression de la pulsion d'emprise s'étayant sur la pulsion sexuelle, et elle se manifesterait dans la relation à l'objet. Dans la métapsychologie freudienne, elle repose sur le déni de la différence des sexes.
Approche lexicale Définition usuelle
Parmi les définitions du mot se trouvent : « enclin au mal ; qui fait, qui aime à faire le mal », « qui est totalement dépourvu de sentiments et de sens moral », ou encore « dont le comportement sexuel s'écarte de la normalité »Définition lexicale selon le centre national des ressources textuelles (CNRTL)..
Les synonymes les plus proches sont : mauvais, méchant, diabolique, pernicieux, vicieux, morbide, malfaisant, dépravé, débauché, corrompu, malsainSynonymes.
Étymologie Le terme pervertir est issu de deux termes latins (per qui signifie par et vertere que l'on peut traduire tourner). La traduction littérale serait en tournant ou par détournement (par contournement, par retournement), ou encore par la tournure. Ce dernier convient à la première utilisation du terme perversio dans le latin ecclésiastique du , où il désignait toute opération de falsification d'un texte et par extension une volonté de corrompre les esprits (employé par Tertullien), et il prend ensuite au début du le sens de « dépravation, désordre »..
Au , le terme pervers est utilisé en langue française sur cette racine latine et il est employé pour désigner une personne qui est « encline à faire le mal »Psautier Cambridge, Fr. Michel, XVII, 26..
Terminologie Le terme de perversion sexuelle désigne une attirance ou pratique sexuelle qui diffère des actes traditionnellement considérés comme « normaux ». Il est parfois associé à la perversion (dans le langage courant notamment) et parfois distingué (quand il s'agit d'une notion psychologique). La « perversion narcissique » correspond à une notion distinguée au départ par Paul-Claude RacamierAlberto Eiguer, « La perversion narcissique, un concept en évolution », L'information psychiatrique, 2008/3 (Volume 84), . DOI : 10.3917/inpsy.8403.0193. Alain Kensée, « Hystérie et perversion : le pervers narcissique », Revue française de psychanalyse, 2003/3 (Vol. 67), . DOI : 10.3917/rfp.673.0943. . De rares auteurs distinguent perversion et perversité. Le terme perversité vise, comme celui de perversion, à se rapprocher de l'origine latine perversitas dérivé de perversus (pervers) qui désigne celui qui inverse, renverse ou retourne.
Approche psychanalytique L'emploi de la terminologie de la perversion dans la psychopathologie psychanalytique vient d'abord de Sigmund Freud, notamment au travers de ses études sur la sexualité infantile (Trois essais sur la théorie sexuelle, 1 éd. : 1905) et dans ses écrits métapsychologiques autour de 1915 (Pulsions et destins des pulsions).
Mécanisme pervers selon la psychanalyse
Les conduites sexuelles pour Freud En ce qui concerne les conduites sexuelles, Sigmund Freud se situe à la fois dans la continuité et dans la rupture par rapport au discours médical de son époque.
Les aberrations sexuelles Les Trois essais sur la théorie sexuelle de Freud (paru en 1905) commencent par un premier essai intitulé Les aberrations sexuelles, dans lequel Freud passe en revue tout ce qui semble dévier des représentations que l'opinion commune se fait de la sexualité, c’est-à-dire « une attraction irrésistible exercée par l'un des sexes sur l'autre » et dont le « but serait l'union sexuelle, ou du moins un ensemble d'actes qui tendent à ce but ».
Freud ne s'attarde pas à décrire ces « aberrations sexuelles », il reprend en les survolant les descriptions de Krafft-Ebing, Havelock Ellis, Albert Moll, J. Bloch et bien d'autres. Il se consacre alors à ce qui lui importe : les mécanismes psychiques à l'œuvre dans la sexualité.
À partir de ces deux critères que sont le but et l'objet, Freud établit une description combinatoire que Lanteri-Laura a résumé par le tableau à double entrée suivant :
— Non-pervers Pervers Non-malade Normal Pervers en bonne santéMalade Névrosé Pervers malade
Sexualité infantile
C'est surtout le deuxième des Trois essais sur la théorie de la sexualité qui fut remarqué à l'époque de sa publication. Rappelons simplement que Freud veut montrer que la vie psychique commence dès la naissance, par la création d'espaces de plaisir situés au-delà de la satisfaction des besoins physiologiques, mais s'appuyant sur ces derniers. Chacun de ces espaces, ou zone érogène, est créé par le sujet lui-même, en instituant une partie de son propre corps comme « objet érotique », alors que parallèlement il s'abandonne probablement à une remémoration de la satisfaction éprouvée pendant la satisfaction physiologique du besoin organique. Par exemple, le nourrisson, après la tétée, continue à « suçoter » alors qu'il n'a plus faim, et pendant ce suçotement, qui est un acte réflexe, il investit une partie de son corps propre (pouce, doigt de pied, mèche de cheveux) ou un substitut (drap, etc.). Il s'agit selon Freud d'une action « auto-érotique » pendant laquelle il réactive le plaisir de la satisfaction de la tétée. Pendant ce temps, qui n'est pas dépendant de la satisfaction physiologique, s'établit l'embryon de l'espace désirant et fantasmatique.
L'être humain expérimente donc la vie pulsionnelle au travers de plusieurs zones érogènes. Progressivement, il accédera à une conscience de son unité corporelle mais il restera marqué par ce morcellement pulsionnel initial. D'ailleurs, remarque Freud, . Il en est de même des baisers, des caresses de tout ordre qui peuvent précéder l'acte génital.
Devenue cliché, la caractérisation de l’enfant comme constitué par la « perversion polymorphe » est une reformulation exagérée, et infidèle pour certains psychanalystes, de la thèse de Freud.
Issue possible de la « crise œdipienne » Depuis 1895, Freud cherchait à montrer qu'il existe en tout être humain une instance dont il n'est pas maître et qu'il appelle l'inconscient, que l'on peut considérer comme le principal moteur du psychisme. Ce moteur fait surgir chez le sujet humain des évocations, des représentations associées, des affects qui entrent en conflit avec l'éducation, c'est-à-dire les règles sociales formulées ou induites par l'entourage de l'enfant. À l'issue de la crise œdipienne, le sujet aura trois voies de résolution des conflits inconscients entre ses pulsions et l'éducation qu'il a reçue : les névroses, dont le mécanisme inconscient spécifique est le refoulement : ; les psychoses, dont le mécanisme inconscient est la , que Lacan traduira par « forclusion » ; les perversions, dont le mécanisme inconscient est le déni : .
Le déni est donc le mécanisme inconscient fondamental de la perversion. Il s'agit d'une fixation inconsciente qui intervient au moment particulier où l'enfant prend réellement conscience de la différence des sexes, notamment en s'interrogeant sur les différences anatomiques qui distinguent les hommes des femmes. Alors que pour le petit enfant la puissance symbolique semblait incarnée par sa mère, il constate qu'elle n'est pas pourvue de l'organe viril, elle semble marquée d'une lacune, d'une absence. Pour certains enfants, cette différence apparaît insupportable, ils s'orienteront vers le déni, c'est-à-dire un refus d'admettre cette différence.
Dès lors, la vie pulsionnelle du sujet orienté vers la perversion va fonctionner sur un clivage qui va affecter foncièrement sa vie : dans sa vie sociale, le sujet pervers se comportera comme tout un chacun et il pourra même être reconnu comme un citoyen exemplaire ou brillant, ce Moi est réaliste et conscient ; dans sa vie sexuelle, en revanche, le pervers ne pourra atteindre la jouissance (ou atteindre ce qu'il considère comme une vraie jouissance) qu'à certaines conditions qui dépendent de la nature de sa perversion. Si ces conditions entrent en conflit avec les lois sociales, il sera tenté de les transgresser ; il s'agit là du Moi qui est subordonné au principe de plaisir.
Ainsi, le fétichiste sait pertinemment, dans sa vie sociale, que les femmes sont dépourvues de pénis mais, dans sa vie sexuelle, pour atteindre la jouissance, il doit se représenter une femme pourvue d'un fétiche qui vient symboliser la dimension phallique. Selon le type de fétichisme, il s'agira d'un fouet, d'un certain type de chaussures ou tout autre objet qui, à ses yeux, le renverra à une représentation de la femme pourvue d'un supplément phallique, qui viendrait compenser l'absence d'organe viril. Le fétiche est potentialisé par le regard et son aspect séparable lui confère sa valeur.