L'amas des Pléiades, les Pléiades ou amas M45, est un amas ouvert d'étoiles qui s'observe depuis les deux hémisphères, dans la constellation du Taureau.
L'exactitude de la distance de l'amas à la Terre est sujet à débatGuillaume Cannat, Le problème de la distance des Pléiades enfin résolu ?, Le Monde, 29 août 2014.. Cette distance, selon les différents instruments techniques utilisés, est estimée à environ 444 années-lumière.
Rôle culturel de M 45 dans l’Antiquité Comme le souligne Wolfhard Schlosser, professeur d’astronomie à l’Université de la Ruhr (Bochum), les prêtres et chamans du Néolithique accordaient déjà une extrême importance à cet amas ouvert, puisque son apparition marquait dans tout l'hémisphère nord le début des moissons.
Pour remonter à des temps connus, le groupe M 45 tenait aux temps antiques un rôle important pour l’établissement des calendriers grâce à la combinaison de deux éléments remarquables. Le premier, qui est toujours valable, est son aspect unique et parfaitement repérable sur la voûte céleste près de l’écliptique. Le second, primordial pour les Anciens, est qu’au milieu du millénaire AEC, cet astérisme marquait le point vernal. .
vignette|gauche|300px|Schéma représentant le disque.
L’importance de cet astérisme se manifeste aussi en Europe septentrionale, sur le disque céleste de Nebra, date vers 1600 AEC, et où il est représenté à côté du Soleil et de la Lune.
C’est aussi cet astérisme qui indique le début des calendriers antiques. On peut donner plusieurs exemples :
Dans l'Inde ancienne, il constitue, dans lAtharvaveda, compilé vers 1200-1000 av. J.C., le premier nakṣatra (nom sanskrit pour les stations lunaires), qui se nomme क्रृत्तिका Kṛittika, appellation révélatrice puisqu’elle signifie littéralement « les Coupantes » , soit « Celles qui marquent la coupure de l’année »David Pingree & Morrissey, « On the Identification of the Yogataras of the Indian Naksatras », in Journal for the History of Astronomy, Vol. 20, N° 2/61 (June 1989), p. 100.. Il en est ainsi avant que la liste classique ne ravale ce nakṣatra à la troisième place, en en conférant désormais la première au le couple βγ Arietis qui, notamment chez Hipparque, marque alors l’équinoxe.
En Mésopotamie, la Série MUL.APIN (𒀯𒀳 en cunéiforme), le premier traité d'astronomie mésopotamienne connu, découvert à Ninive dans la bibliothèque d'Assurbanipal et datant au plus tard de 627 av. J.C., mais qui rassemble des données parfois largement antérieures à cette époque, présente une liste de dieux [titulaires d'étoiles] qui se tiennent sur « le chemin de la Lune », liste qui commence par mul.MUL (𒀯𒀯) soit M 45 (en) Hermann Hunger & David Pingree, MUL.APIN, An Astronomical Compendium in Cuneiform in Archiv für Orientforschung (AfO), Beiheft n° 24..
On trouve la même chose chez les Anciens Arabes qui font débuter leur calendrier ancien de type parapegme, celui des anwā’, avec M 45 sous le nom de الثريّا al-Ṯurayyā Charles Pellat, « Dictons rimés, anwa et mansions lunaires chez les Arabes », in Arabica. Journal of arabic and islamic studies, vol. 2 (1955) p. 19.. Et cela avant que leur calendrier classique, celui des manāzil al-qamar ou « stations lunaires », ne commence lui aussi avec le couple βγ Arietis dont le nom, الشرطان al-Šaraṭān est littéralement « les Deux Marques [de l’entrée de l’équinoxe] »Roland Laffitte, « Essai de reconstitution du comput antique », et « le comput des manāzil al-qamar ou ‘stations lunaires’ c, in Le ciel des Arabes. Apport de l’uranographie arabe, Paris : Geuthner, 2012, pp. 42-43, puis 51-60..
Ainsi, lorsque M 45 quitte le point vernal, l'astérisme reste toujours important, tant du point de vue fonctionnel que symbolique. En plus des changements que nous venons de voir dans les calendriers fondés sur les stations lunaires chez les Indiens et les Arabes, considérons le cas d’un calendrier yéménite ancien dans lequel les mois sont désignés selon un critère astronomique qui l’a fait nommer « Calendrier des Pléiades » : le mois de ḫams, littéralement « cinq », est celui pendant lequel le Soleil et al-Ṯurayyā, soit les Pléiades, s’écartent l’un de l’autre de cinq « mouvements de la Lune », soit cinq fois le chemin que fait en moyenne la Lune en un jour et une nuit, pour reprendre la terminologie d’ᶜAbd al-Raḥmān al-Sūfī al-Ṣūfī Eduard Glaser, « Die Sternkunde der südarabischen Kabylen », Wien : aus der Hof- und Staatsdruckerei, (s.d.) [Aus dem XCL. Bande der Sitzb. der kays. Akad. der Wissensch., II. Jänner-Heft Jahrg.1885], pp. 3-4..
Nomenclature et mythologie
Mésopotamie En Mésopotamie, on peut lire sur la Série MUL.APIN: « DIŠ mul.MUL d.7.BI DINGIR.meš GAL.meš », c’est-à-dire que M 45 est « L’Astre, les Sept dieux, les Grands dieux »Roland Laffitte, « Série MUL.APIN (BM 86378) », op. cit., Tab. I, i, l. 44.(en) Hermann Hunger & David Pingree, MUL.APIN...AfO), op. cit.. À ce propos, le sumérogramme peut être lu ‘mul.MUL’, dans lequel 'mul est un déterminatif de la catégorie « étoile », et qui signifie dans ce cas l’Étoile [par excellence], ou bien MUL.meš ou MUL.LA, « les Étoiles ». Un des noms akkadiens de l'astérisme est d'autre part Zappu, littéralement « le Toupet »Ignace J. Gelb & al., The Assyrian Dictionary (CAD- letter Z), Chicaco : The Oriental Institute, 4 ed., 1998, pp. 49-50..
vignette|gauche|300px|Maïa, l'aînée des Pléiades et son fils Hermès sur un vase grec daté vers 500 AEC.
Sur de nombreux sceaux-cylindres du début du millénaire AEC, M 45 est représenté par sept points, tandis que les Sept dieux apparaissent, sur des bas-reliefs des palais royaux néo-assyriens, portant de longues robes ouvertes et de grandes coiffes cylindriques surmontées de courtes plumes et ornées de trois rangées frontales de cornes et d’une couronne de plumes, tout en portant à la fois une hache et un couteau, ainsi qu'un arc et un carquoisJeremy Black & Anthony Green, Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia, an Illustrated Dictionary, London: British Museum Press, 1992, p. 162..
Grèce antique Dans la Grèce antique, les Pléiades (grec ancien: Πλειάδες) sont un groupe dont le nom est probablement fonctionnel avant d’avoir une signification mythologique, comme le relève l'astronome André Le Bœuffle qui a sa préférence pour l’explication par la racine indo-européenne *p/l-/pl- qui exprime l’idée de multiplicité, foule, assemblage André Le Bœuffle, Les Noms latins d’astres et de constellations, éd. Paris : Les Belles Lettres, 1977, pp. 120-124. .
Du point de vue mythologique, les « Pléiades » sont sept sœurs, filles d'Atlas et de Pléioné : Astérope, Mérope (ou Dryope, ou Aéro), Électre, Maïa, Taygète, Célaéno (ou Sélène) et Alcyone. Selon Ératosthène, la plupart se sont unies à des dieux, engendrant diverses familles royales telles que celles de Troie ou de Sparte Ératosthène, Le Ciel, mythes et histoires des constellations, Pascal Charvet (dir.), Paris : Nil Éditions, 1998, p. 53..
Les « Pléiades », ne sont mentionnées que brièvement chez Homère, tant dans lIliade que dans l’Odyssée. Un siècle plus tard, dans Les Travaux et les jours, Hésiode est beaucoup plus disert :
vignette|gauche|300px|Pléiades dans une édition des Aratea de Germanicus d’époque carolingienne (ms. de Leyde, ca. 830-840).
Rome antique Dans la Rome antique, on a repris le nom grec et le latinisant sous la forme Pleiades ; cela s'est fait à travers la reprise des Aratea de Cicéron — version latine (parmi d'autres) des Φαινόμενα (« Phénomènes ») d’Aratos de Soles. Mais on a aussi utilisé le nom de Vergilae. Cette appellation, qui dérive du verbe vergo, -ere, est une allusion au fait que l'astérisme apparaît « penché » sur la voûte céleste, est attesté chez Plaute et repris par Cicéron, Varron, Vitruve, Pline, etc. André Lebœuffle, op. cit., pp. 120-124..
vignette|300px|gauche|La figure développée d'al-Ṯurayyā dans le ciel arabe (Dessin de Roland Laffitte, 1998).
Chez les Arabes Chez les Arabes, al-Ṯurayyā () est le nom de la station lunaire. Cette figure majestueuse, d’abord liée à l’astérisme M 45, et qui a pris ensuite corps dans le ciel aux débuts de l’ère islamique, est si ancienne dans l’imaginaire arabe que l’un des dictons rimés la concernant est attribué à Luqmān le Sage, un des personnages mythiques de l’Antiquité que l’on a fait vivre au temps du roi David Roland Laffitte, Le ciel des Arabes. Apport de l'uranographie arabe, Paris : Geuthner, 2012, pp. 41-42, 76-77 et 208..
Un culte est rendu par les Arabes à l’astérisme al-Ṯurayyā car, selon Abd al-Raḥmān al-Sūfī (964) qui reprend les auteurs qui l’ont précédé, « ils en tirent de bons augures quand elle se lève, prétendant que la pluie qui tombe à son coucher héliaque produit l’abondance, ṯarwa ; le nom est un diminutif de ṯarwā qu’on a formé eu égard à leur densité » (ar/fr) Hans Karl Frederik Christian Schjellerup, Description des étoiles fixes composée au milieu du de notre ère par l'astronome persan Abd-al-Rahman Al-Sûfi. Traduction littérale de deux manuscrits arabes de la Bibliothèque royale de Copenhague et de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg…, Saint-Pétersbourg : Eggers et Cie, 1874, repr. Fuat Sezgin, Islamic mathematics and Astronomy, vol. XXVI, Frankfurt am Main : Institut für Geschichte der arabisch-islamischen Wissenschaft an der Johann Wolfgang Goethe-Universität, 1997, p. 184.. En fait al-Ṯurayyā était, dans l’Antiquité arabe, une divinité de l’Abondance, à l’instar de l’indienne Lakṣmī, ce à quoi l’épigraphie arabe antique apporte une preuve indiscutable en livrant le nom théophore ᶜAbd aṯ-Ṯurayyā, soit « le Serviteur d’Al-Thurayya »Julius Wellhausen, Reste arabischen Heidentums, Berlin : Walter de Gruyter & Co, 3e édition, 1961 (1ère éd. 1887), p. 2 .
Cela fait que le nom al-Ṯurayyā est extrêmement célèbre dans la poésie arabe, où il compte quantité de synonymesPaul Kunitzsch & Manfred Ullmann, Die Plejaden in den Vergleichen der arabischen Dichtung, München : Verl. der Bayerischen Akademie der Wissenschaften in Kommission bei der C. H. Beck'schen Verlagsbuchhandlung, 1992.. Il n'a été transmis en Europe que dans le domaine astrologique, sous le nom dAl Thuraya, mais beaucoup de noms d'étoiles, aujourd'hui fréquents dans les catalogues, le sous-entendent, reprenant des parties du corps d'Al Thurayya : ainsi, Kaffaljidhma (γ Cet), Aldebaran (α Tau) ; Atik (ζο), Menkib (ξ Per), Adid (δεν Per), Mirfak (α Pers), Seid (γ Pers), Misam(χh), enfin Kaff (β Cas), soit, respectivement, « la Main mutilée », « la Suivante », « l’Omoplate », « l’Épaule », « le Haut du bras », « le Coude », « l’Avant-bras », « le Poignet », et enfin « la Paume de la main [teinte au henné] » (toutes, parties du corps de ce personnage).
Dans le ciel arabe traditionnel, le naw, c’est-à-dire « lever héliaque », de M45 est lié aux fortes chaleurs Charles Pellat, « Dictons rimés… », op. cit., p. 21. :
Par contre, sa culmination est liée aux froidsIdem. :