Un gigondas () est un vin rouge, rosé ou blanc d'appellation d'origine contrôlée produit sur la commune de Gigondas, dans le département de Vaucluse, au pied des dentelles de Montmirail. La production de rouge représente plus de 98 % de la production totale (2023 et 2024), les productions de blanc et de rosé restant anecdotiques.

Il s'agit d'une des appellations des côtes du Rhône méridionales, sur la rive gauche du fleuve, dans la vallée de l'Ouvèze. Les autres appellations en sont, du nord au sud : le vinsobres, le rasteau, le cairanne, le vacqueyras, le beaumes-de-venise, le châteauneuf-du-pape, le laudun, le lirac, le tavel, le côtes-du-rhône-villages (sur une grande partie du vignoble méridional, avec de nombreuses dénominations géographiques) et le côtes-du-rhône..

Histoire Antiquité Si la colonisation romaine fut effective à Gigondas, les fouilles ou les déterrements accidentels par labourage de tombeaux en plomb pour incinération, d'urnes lacrymatoires, de statuettes, de lampes, de tuiles plates, etcJoseph Sautel, Carte archéologique de la Gaule romaine : le Vaucluse, Éd. Lerroux, Paris, 1936, p. 45, n° 79., le prouvent, les vestiges archéologiques ayant trait à la vigne ou au vin sont rares. Seule une tête de Bacchus a été mise au jour, en 1866, par Eugène RaspailEugène Raspail, archéologue, géologue et paléontologue, le neveu de François-Vincent Raspail, sur les terres de son Château Raspail.

Moyen Âge Vers 1120, Rostang III, évêque de Vaison, donna à son église cathédrale une mense qui comprenait une vigne sise à Gigondas, près de l'Ouvèze. Il le fait en ces termes :

C'est l'acte le plus ancien confirmant l'existence d'un vignoble sur ce terroir.

Il faut attendre le pour connaître l'évolution de ce vignoble, fief des Princes d'Orange. Un de ceux-ci, Raymond V des Baux, en juillet 1341, tout en se réservant les droits de haute et basse justice, accorda aux Gigondassiens certaines libertés contre un droit de vingtain sur le vin de ce terroir pendant sept ansBarthélemy, Inventaire chronologique et analytique des chartes de la Maison des Baux, Marseille, 1882, charte, .

En 1376, au lieu-dit « Les Bosquets », les registres notariaux indiquent l'existence de « vinea culta », puis ceux des notaires d'Oussan, dans un acte daté de l'an 1380, font état de vignes qui couvraient un territoire descendant de la chapelle Notre-Dame des Pallières jusqu'à l'Ouvèze.

Époque moderne Tout au long du , les mêmes registres indiquent que le vignoble s'étendait alors des « Garrigues » au « Trignon », en passant par les « Beaumettes » et la « Coste de Saint-Cosme ».

Au siècle suivant, la Communauté rédigea ses statuts et les approuva le . L'article 45 intitulé « De ceux qui vendent du vin en gros qu'ils en vendent aux autres habitans » indique avec précision les conditions de ce négoce :

L'année suivante, cet article fut repris en faisant, cette fois, expressement mention du vin blanc. C'est un des rares textes faisant mention de ce type de vin sur le terroir gigondassien.

Même si Jean-Joseph ExpillyJean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique des Gaules et de la France, 1762-1770, 6 vol. Reprint : Éd. de Paris, Desaint et Saillant, . note que la commune est « fertile en vin », le marqua une mutation importante dans les cultures. De plus en plus d'habitants délaissèrent la vigne pour se consacrer à la culture de l'olivier et du mûrier. Ce qui n'empêcha point de proclamer la ban des vendanges sur tout le territoire de la commune. Un acte communal daté de 1771 décréta d'ailleurs que tout contrevenant à cette interdiction serait passible d'une amende de cinq livres.

Époque contemporaine thumb|Chateau Raspail à Gigondas. Ce fut la famille Raspail, et plus particulièrement Eugène, qui prit sa retraite politique à Gigondas, qui relança la viticulture sur place. Au cours de l'année 1861, il fit l'acquisition du domaine des Bosquets, revalorisa les 37 hectares déjà existant, en fit planter 9 autres l'année suivante, puis 26 les années qui suivirent. Par héritage paternel, il reçut le domaine du Colombier qu'il transforma en Château Raspail tout en valorisant son vignoble.

Dès 1864, la production de ses domaines fut telle qu'il put l'expédier, par le port de Roquemaure sur le Rhône, à des négociants de Valence, Lyon, Saint-Étienne et Paris, qui la lui avait acheté sur la base de 16, 50 l'hectolitre. Des résultats assez probants pour qu'il reçut, en dépit de ses idées républicaines, et avec l'aval de Napoléon III, une prime d'honneur pour son exploitation. Fier de ses résultats, le savant vigneron put noter :

Il put alors se consacrer à ses passions qu'étaient l'archéologie, la géologie et la paléontologie. Les vins de ses vignobles se vendant de mieux en mieux, il constata :

L'émulation qu'il parvint à susciter déboucha même sur les premières mises en bouteille. Mais l'arrivée du phylloxéra et l'anéantissement du vignoble, au début des années 1870, réduisirent à rien ces efforts. vignette|Plaque commémorative de la fondation de la cave des vignerons.

En 1956, après les grands gels qui avaient ravagé les oliveraies au pied des Dentelles de Montmirail, anéantissant la tombarelle, variété localeLes olives de Vaucluse, sur le site bibdigital, Jean-Louis Alexandre, René Astran, Albin Gaudin, René Goubert, Jules Marcel, Fernand Pézenas et Jean Souchières décidèrent de fonder une cave coopérative et lui donnèrent le nom de « Cave des vignerons de Gigondas ».

Rapidement classée en côtes-du-rhône-villages les vins de ce terroir viticole de qualité obtinrent de la part de l'INAO le droit d'être protégé par une appellation locale (ou cru) le . C'était la première appellation villages des côtes-du-rhône qui accédait à cet honneur. Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., puis en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., introduisant alors le vin blanc au sein de l'AOC.

Étymologie La plus ancienne graphie documentée est villa Jocundatis, datée de 951. Elle tire son origine du vocable latin Jucundus, surnom latin auquel a été adjoint le suffixe -atisAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, p. 1798. qui marque l'appartenance. La région étant sous domination romaine durant l'Antiquité, les villas qui étaient construites portaient le nom de leur propriétaire. Le nom a évolué ensuite : ad Gigundacium en 1137 et Gigondaz en 1155. Vignoble Aire d'appellation

L'aire d'appellation du gigondas est située dans la partie française de la vallée du Rhône, dans le département de Vaucluse, sur la seule commune de Gigondas. Il s'agit d'une des appellations des côtes du Rhône méridionales, limitrophe avec l'aire produisant le vacqueyras en aval de l'Ouvèze (au sud), celui du côtes-du-rhône-villages Sablet en amont (au nord) et celui du côtes-du-rhône-villages Plan-de-Dieu sur la rive droite (à l'ouest).

Quartiers et lieux-dits : c'est en 1376 qu'apparaît le premier nom d'un vignoble sur le terroir gigondassien. Il s'agit des « Bosquets ». Au , les actes notariés livrent les noms des lieux-dits ou quartiers suivants : Les Hautes et Basses Garrigues, Teyssonnières, Chanteduc, Ventolon, Pallières, Trignon, Beaumettes et la Coste de Saint-Cosme.

Orographie et géologie

Eugène Raspail, dans un ouvrage dédié à son oncle François-Vincent, a donné une description toujours actuelle du terroir de Gigondas à l'intérieur des Dentelles de Montmirail :

Climatologie Le climat de ce terroir est soumis à un rythme à quatre temps : deux saisons sèches (une brève en hiver, une très longue et accentuée en été), deux saisons pluvieuses, en automne (pluies abondantes et brutales) et au printemps.. Sa spécificité est son climat méditerranéen qui constitue un atout exceptionnel : Le mistral assainit le vignoble La saisonnalité des pluies est très marquée Les températures sont très chaudes pendant l'été.

La station météorologique d'Orange (sur la BA 115 d'Orange-Caritat, à d'altitude : ). est à onze kilomètres à l'ouest de l'aire d'appellation.

Vaucluse AOC gigondas moyenne nationale Ensoleillement 2 595 h/an 2 800 h/an 1 973 h/an Pluie 693 mm/an 700 mm/an (sur 80 jours) 770 mm/an Neige 4 j/an 14 j/an Vent 110 j/an essentiellement du Mistral Orage 23 j/an 22 j/an Brouillard 31 j/an 40 j/an

Mois Jan Fev Mar Avr Mai Jui Jui Aou Sep Oct Nov DecRecords de températures minimales °C (Année) -13,4 (1985) -14,5 (1956) -9,7 (2005) -2,9 (1970) 1,3 (1979) 5,7 (1984) 9,0 (1953) 8,3 (1974) 3,1 (1974) -1,1 (1973) -5,4 (1952) -14,4 (1962)Records de températures maximales °C (Année) 20,3 (2002) 23,0 (1960) 27,2 (1990) 30,7 (2005) 34,5 (2001) 38,1 (2003) 40,7 (1983) 42,6 (2003) 35,1 (1966) 29,6 (1985) 24,6 (1970) 20,2 (1983) Source: https://www.linternaute.com/ville/ville/climat/25721/orange.shtml

Tableau comparatif des précipitations relevées en nord Vaucluse lors de l'année 2006Source : Services techniques d'Inter Rhône Données météorologiques concernant le millésimes 2006. Pluie. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.% de précipitationscomparé à la normaleLa normale correspond à la moyenne des 53 dernières années pour les relevés météorologiques d'Orange et à celle des 42 dernières pour Carpentras (Sources : Services techniques d'Inter Rhône).90 %100 %48 %103 %61 %84 %16 %42 %5 %174 %60 %175 %Fort orage(grêle)000000000722

Températures relevées en nord Vaucluse lors de l'année 2006. Température. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.t° la plus chaude(date)25,2°(le 09)21,7°(le 03)14,2°(le 04)13,3°(le 19)15,5°(le 13)23,9°(le 31)26,7°(le 26)30,9°(le 17)35,2°(le 28)38,9°(le 21)34,1°(le 01)34,2°(le 04)Nombre de jourst° > à 30°00000002163128t° la plus froide(date)6,6°(le 05) -5,8°(le 28) -6,9°(le 30) -6,8°(le 15) -4,7°(le 03) -3,2°(le 02) -2,8°(le 08)4,9°(le 01)9,4°(le 02)17°(le 07)11,1°(le 15)10,3°(le 01)Nombre de jourst° < à -6° (forte gelée)012500000000

Tableau des différentes vitesses du mistral enregistrées et à sa fréquence au cours de l'année 2006. Une partie du vignoble est protégée du mistral par les arêtes rocheuses des Dentelles de Montmirail. Mistral. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.Vitesse maximale relevée sur le mois87 km/h91 km/h118 km/h96 km/h97 km/h112 km/h97 km/h94 km/h100 km/h90 km/h90 km/h90 km/hTendance : joursavec une vitesse > 16 m/s (58 km/h) --- = ++ -- +++ --- ++++ ++++ = = ++++ ++ "=" : idem à la normale ; "+" : supérieur à la normale ; "-" : inférieur à la normale.

Assemblage et encépagement Assemblage Selon le cahier des charges de l'appellation, la production de gigondas rouge et rosé doit se faire obligatoirement par assemblage, avec du grenache NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris. (au moins 50 %), étant le « cépage principal », complété par les « cépages complémentaires » que sont la syrah N, le mourvèdre N et le cinsault N. Sont aussi autorisés comme « cépages accessoires » le bourboulenc B, le brun argenté N (localement dénommé camarèse ou vaccarèse), la clairette B, la clairette rose Rs, la counoise N, le grenache blanc B, le grenache gris G, la marsanne B, le muscardin N, le piquepoul blanc B, le piquepoul noir N, la roussanne B, le terret noir N, l'ugni blanc B et le viognier B ; s'y rajoute comme « variété d'intérêt à fin d'adaptation » le piquepoul gris G (limité à 10 %).

Pour faire du gigondas blanc (reconnu dans l'AOC depuis le millésime 2023). l'assemblage doit comporter au moins 70 % du « cépage principal » qu'est la clairette B, avec comme « cépages complémentaires » le bourboulenc B, la clairette rose Rs, le grenache blanc B, le grenache gris G, la marsanne B, le piquepoul blanc B et la roussanne B, ainsi que des cépages accessoires que sont le viognier B et l'ugni blanc B et la variété d'intérêt à fin d'adaptation qu'est le piquepoul gris G.