Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg. le à Épinal et morte le à .., est une scénariste, réalisatrice, productrice et écrivaine française. Elle est une survivante de la Shoah, et compagne de déportation de Simone Veil.
Elle réalise plusieurs films dans le contexte de la décolonisation, sur l'Algérie et le Viêtnam. Elle a également réalisé le long-métrage La petite prairie aux bouleaux, sur son expérience de la déportation, et réalisé avec son époux Joris Ivens une série de films sur la Chine maoïste. Elle apparaît dans le film Chronique d'un été (1961), un des premiers témoignages filmés de la déportation durant la Seconde Guerre mondiale.
Elle a rédigé plusieurs essais autobiographiques dont Et tu n'es pas revenu (Grasset, 2015).
Biographie
Enfance et déportation Marceline Rozenberg est née de parents juifs polonais émigrés en France depuis 1920Archives départementales de Meurthe et Moselle (54) cote 6 M 554. Son père Shloïme Rozenberg Szlamahttps://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=fulltext%3A%28ro%2Aenberg%29%20AND%20fulltext%3A%28szlama%29%20AND%20id_pers%3A%28%2A%29&spec_expand=1&start=1, petit industriel fabricant de textile né à Nowa Słupia (Pologne) le , épouse Frymet Gruszkowicz née à Łódź le , commerçanteChapelain Brigitte, « Marceline Loridan-Ivens (1928-2018). Matricule 78 750, la fille de Birkenau… », Hermès, La Revue, 2019/1 (n° 83), p. 267-276. URL : https://www.cairn-int.info/revue-hermes-la-revue-2019-1-page-267.htm. Le père s'installe d'abord à Belfort en , puis déménage, en 1925, avec le reste de la famille à Épinal où ils résident jusqu'en 1931, c'est là que naîtra Marceline le . En 1931, la famille s'installe à NancyArchives départementales Meurthe et Moselle cote 6 M 554 page 2 où naitront Suzanne Jacqueline en 1932 et Michel en 1937. Peu après la naissance de Michel à la suite de mauvaises affaires la famille retourne s'installer à Épinal.
De 1933 à 1937, elle fréquente avec sa grande sœur Chaja-Rojza dite Henriette le lycée Jeanne d'Arc, lycée de jeunes filles du centre-ville de Nancy. Elle quitte le lycée en quand sa famille retourne à Épinal.
A Épinal, elle fait du scoutisme au sein de la Fédération française des Éclaireuses, comme (branche des 8-12 ans). D'origine juive, elle n'est pas croyante.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, sa famille s'installe dans le Vaucluse. La famille vit alors au Domaine de Gourdon à Bollène dans le VaucluseVoir Klarsfeld 2012..
À , elle est arrêtée en tant que juive par la Milice française et la Gestapo en même temps que son père, Shloïme RozenbergNé le 7 mars 1901 à Slupia. Voir Klarsfeld 2012.Voir ..
Elle est déportée à Auschwitz-Birkenau par le convoi 71 du , le même que celui de son père, de Simone VeilVoir Klarsfeld 1978.., à laquelle la liera une amitié , de Ginette Kolinka... et de Anne-Lise Stern. Elle est ensuite transférée à Bergen-Belsen, et finalement au camp de concentration de Theresienstadt. Elle recouvre la liberté à la libération du camp, le . par l'Armée rouge.
Jeunesse engagée à Paris À son retour en France, elle apprend la sténotypie et la dactylographie. Elle épouse Francis Loridan, jeune ingénieur en travaux publics, engagé sur des chantiers lointains. Ils divorcent des années plus tard mais elle souhaite conserver son nom..
Elle adhère au Parti communiste français en 1955 et le quitte un an plus tard. Elle croise alors des « déviationnistes », comme le philosophe Henri Lefebvre ou le sociologue Edgar Morin., tape des manuscrits pour des intellectuels dont Roland Barthes, travaille au service reprographie d'un institut de sondage, est « porteuse de valises » pour le FLN et fréquente les nuits parisiennes de Saint-Germain-des-Prés.. En 1971, elle est signataire du Manifeste des 343 pour la dépénalisation de l'avortement..
Carrière de cinéaste En 1961, Jean Rouch et Edgar Morin la filment dans Chronique d'un été ; elle y apparaît dans des plans devenus célèbres par un monologue sur sa déportation et le vide laissé par la disparition de son père. Elle entre par le biais de ce film dans le monde du cinéma.
Elle se consacre initialement à des documentaires sur des peuples en lutte. En 1962, elle réalise avec Jean-Pierre Sergent un premier documentaire, Algérie année zéro, sur les premiers pas du pays après l'indépendance.. Le film est interdit en France et en Algérie, et reçoit le Grand Prix du festival de Leipzig en 1965..
En 1963, elle rencontre et épouse le réalisateur de documentaires Joris Ivens, de trente ans son aîné. Ils forment ensemble un couple de cinéastes soudés. En fonction des films, elle l'assiste ou coréalise avec lui. Ils réalisent notamment ensemble Le 17e parallèle en 1968., pour lequel ils s'immergent dans les combats de la guerre du Vietnam. Au Vietnam, ils sont reçus par Hô Chi Minh, qui leur donne l'autorisation de se déplacer sur les lignes de front.
De 1972 à 1976, pendant la révolution culturelle déclenchée par Mao Zedong, elle travaille en Chine et réalise avec son époux Joris Ivens la série de douze documentaires Comment Yukong déplaça les montagnes., ayant obtenu un laisser-passer du Premier Ministre Zhou En-lai pour circuler librement. Critiqués par Jiang Qing, épouse de Mao, ils doivent quitter précipitamment la Chine.. Les deux réalisateurs résistent aux demandes de coupes formulées par le gouvernement chinois. .
Elle prend plus tard de la distance avec cette démarche cinématographique, la qualifiant de et parlant d'.
En 2003, à , elle réalise son premier film de fiction, La Petite Prairie aux bouleaux, avec Anouk Aimée, très inspiré de son parcours dans les camps, qui évoque aussi les différentes facettes de sa mémoire en tant que survivante.. Le titre est la traduction du nom polonais Brzezinka, germanisé en Birkenau.
Témoin de la Shoah Elle écrit plusieurs essais autobiographiques, avec l'appui de journalistes, où son expérience de la déportation apparaît perpétuellement en toile de fond. Elle affirme que .
thumb|redresse|Tombe de Joris et de Marceline Loridan-Ivens au cimetière du Montparnasse (division 12). L'essai Et tu n'es pas revenu revient sur son expérience de la déportation et sur sa conviction que la France n'a pas regardé en face son rôle dans la Shoah. Il est écrit sous forme de lettre à son père, mort en déportation. L'essai Ma vie balagan est consacré davantage à sa vie au retour des camps, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés puis à ses choix de cinéaste. Dans L'Amour après, elle explore la difficulté de reconstruire son rapport à son corps, à l'amour et à la sexualité après la déportation, et revient sur ses relations amoureuses notamment avec Georges Perec.
Jusqu'à la fin de sa vie, elle donne des conférences et témoigne dans les collèges et les lycées sur la Shoah.
Elle estime que l'antisémitisme reste vivace en France, s'alarme de la faiblesse des réactions publiques à ce sujet, et estime que les leçons qui auraient dû être tirées de la Shoah ne l'ont pas été en France..
À ses obsèques, le , au cimetière du Montparnasse (division 12) à Paris, la rabbine Delphine Horvilleur prononce son oraison funèbre..
Filmographie partielle Réalisatrice
Actrice
Scénariste 2003 : La Petite Prairie aux bouleaux — Sous le nom de Marceline Loridan-Ivens
Dans la culture populaire 2014 : La Loi, téléfilm de Christian Faure, jouée par Aurélia Petit 2021 : Rose, d'Aurélie Saada, jouée par Michèle Moretti 2022 : Une jeune fille qui va bien, de Sandrine Kiberlain : jouée par Françoise Widhoff 2022 : Simone, le voyage du siècle, d'Olivier Dahan : Sylvie Testud et Esther Valding
Distinctions et hommages Récompenses César 1977 : César du meilleur court-métrage documentaire pour Une histoire de ballon, lycée n° 31 Pékin 2015 : prix de l’Académie Lilas 2015 : prix Jean-Jacques-Rousseau de l'autobiographie pour Et tu n'es pas revenu (Grasset)
Décorations ; elle est faite chevalier le puis est promue officier le . ; elle est directement promue au grade de commandeur par décret du pour ses de services. ; elle est promue au grade de commandeur par l’arrêté du ..
Hommages vignette|Plaque de la place en son nom à Montreuil. À Paris, la promenade Marceline-Loridan-Ivens lui rend hommage. Il s'agit d'une partie du Parc des Rives de Seine ( et arrondissements), entre la place Justin-Godart et le 31 quai Voltaire. L'inauguration a lieu le par la maire de Paris Anne Hidalgo.. À Montreuil en Seine-Saint-Denis se trouve une place en son nom à l’intersection du boulevard Henri Barbusse et de la rue du Midi. Une plaque commémorative est apposée à la façade du 61, rue des Saints-Pères, à Paris ( arrondissement), où elle vécut avec son époux jusqu'à sa mort.
Publications parallèle : la guerre du peuple : deux mois sous la terre, écrit avec Joris Ivens, Paris, les Éditeurs français réunis, 1969 (44 illustrations) Ma vie balagan, récit écrit avec la journaliste Élisabeth D. Inandiak, Robert Laffont, 2008 Témoignage dans Traces de l'enfer, collectif, Larousse, 2015 Et tu n'es pas revenu, récit écrit avec Judith Perrignon, Paris, Grasset, 2015 prix Jean-Jacques-Rousseau 2015 L'Amour après, récit écrit avec Judith Perrignon, Paris, Grasset, 2018, 162 p. C'était génial de vivre, récit écrit par David Teboul et Isabelle Wekstein-Steg, Paris, Les Arènes, 2021, 156 p. On arrive dans la nuit, entretien avec Antoine Vitkine, Paris, Flammarion, INA, 2024, 300 p.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Beate et Serge Klarsfeld, 1978 ; nouvelle édition : Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF), 2012 Frédérique Berthet, dans La Voix Manquante (Paris, éditions P.O.L, 2018, 304 p. , Prix CNC 2018 du livre de cinéma), fait de l’apparition de Marceline dans Chronique d’un été un évènement en soi, et éclaire l’analyse sensible du film par une enquête historique au présent sur les lieux de la déportation de la petite Rozenberg.
Liens externes
Marceline Loridan-Ivens, l'intégrale en cinq entretiens (2012) — « Je suis née tout de suite rousse, gauchère et juive ! » série en cinq parties de l'émission « À voix nue » par Sandrine Treiner, sur France Culture, diffusée originellement en "On ne revient jamais vraiment d'Auschwitz".
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