Cuges-les-Pins est une commune française, située dans le département des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. L’une des particularités du village est d’être implanté dans un vaste poljé, une dépression karstique au sein d’un massif calcaire.
Les habitants de Cuges-les-Pins sont appelés les Cugeois depuis un référendum municipal.
Géographie Le village se trouve au sud du massif de la Sainte-Baume. Il est traversé par la route départementale D8n, anciennement route nationale 8 reliant Aix-en-Provence à Toulon via Marseille.
Le village présente une implantation traditionnelle à mi-pente : il est adossé à la colline afin d'épargner au maximum les terres cultivables et de profiter lors de sa construction ( mi XV°) de la présence d'une source d'eau.
Auparavant ( X°-XV°) le village était situé autour du promontoire de l'actuelle chapelle de Saint Antoine. Des vestiges d'habitats plus anciens ont été découverts plus au nord et en amont vers le massif de la sainte Baume ,ce lieu est nommé Cuget.
L'urbanisation s'étend de nos jours et de plus en plus dans la plaine aux dépens des terres agricoles.
Depuis les années 1970-1980, surtout à l'ouest, le terroir est bâti de résidences principales d’habitants périurbains travaillant à Gémenos, Aubagne ou Marseille. Les anciennes terres agricoles au nord de la D8n sont maintenant urbanisées.
Le Poljé de Cuges-les-Pins
Cuges est situé dans un poljé (prononcé polié, du mot serbo-croate , qui signifie « plaine »), c'est-à-dire dans une vaste dépression karstique à fond plat de type poljé. Cette dépression est un système endoréique : l'ensemble des eaux de précipitation réceptionnées dans le bassin de Cuges — et notamment depuis le massif de la Sainte-Baume — sont drainées vers des « pertes » — plus exactement des ponors ou embuts — qui permettent leur évacuation souterraineMourre, V., Chevillot, P., Georjon, C., Fabry, B., Robin, F., Taras-Thomas, M. et Vallières, L. (2011) - ZAC des Vigneaux, du Tardigravettien au Chasséen ancien, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Bouches-du-Rhône, Cuges-les-Pins, Rapport d’opération, Diagnostic archéologique, INRAP, 58 p. .
La plaine de Cuges présente en effet la particularité d’être entièrement cernée par des massifs montagneux. Le paysage actuel est issu d’une lente évolution qui débute il y a quelque 65 millions d’années, à l’ère tertiaire. À cette époque, la plaine de Cuges n’existait pas : il y avait à son emplacement un massif calcaire soumis à l’action érosive des eaux de ruissellement. Celles-ci s’infiltrent progressivement dans les failles du massif et les élargissent, conduisant à la formation de rivières souterraines. Sous l’action des eaux souterraines, les voûtes cèdent et des effondrements se produisent. Le massif s’affaisse puis une plaine alluvionnaire s'installe dans les éboulis, formant un poljé. Le poljé est donc un bassin d’effondrement résultant de l’érosion de la roche calcaire par des eaux souterraines.
Les eaux disparaissant dans les ponors de Cuges sont supposées resurgir près de Cassis, dans les exsurgences sous-marines du Bestouan et de Port-Miou, mais aucune preuve formelle ne le démontre .
Le poljé de Cuges-les-pins est considéré comme le plus grand de France., avec de long et de large.
Contexte géomorphologique
Le bassin d’effondrement de Cuges se rattache à l'ensemble tectonique bassin de Marseille - Vallée de l'Huveaune, qu'il prolonge vers l'est, situé entre la chaîne de la Sainte-Baume au nord, qui culmine à près de , et le rebord nord du bassin du Beausset au sud, dont les séries du Crétacé supérieur forment un groupe de barres rocheuses jusqu'à une altitude de 430 à .
Alors que le point le plus bas de la dépression est à la cote de 159,9, le point le plus bas de la bordure du bassin est au col de l'Ange, à la cote 217,5
Les formations quaternaires de la plaine de Cuges peuvent être classées en trois catégories : des cailloutis d'origine torrentielle, sur la bordure nord et la moitié est de cette plaine. Ces cailloutis sont des formations torrentielles à éléments assez roulés et constituent les cônes de déjection des torrents qui aboutissent à la dépression de Cuges, dont les principaux sont ceux qui drainent le versant sud du massif de la Sainte-Baume. Les cailloutis se sont déposés à toutes les époques du Quaternaire et même durant les périodes historiques. Les plus récents jalonnent les derniers tracés empruntés par les torrents dans la plaine avant qu'ils ne fussent maîtrisés par l'homme.
des limons lacustres déposés par un ancien lac sur les bords duquel se sont établis des groupes préhistoriques (Tardenoisien ?), au centre et dans les parties sud-ouest et ouest ; Les dépôts lacustres sont des limons brun-rouges, plus ou moins argileux ou sableux suivant que l'on s'approche du centre du lac ou des rivages. La couleur devient de plus en plus foncée vers le centre. La composition d'un échantillon pris dans une zone moyenne est d’environ 33 % de carbonates (sables), 57 % d’argiles et 10 % de matières organiques.
des formations lœssiques, sur la bordure sud. Ces formations éoliennes (sédiments déposés par le vent) se voient sur la bordure sud du bassin de Cuges et forment une butte adossée contre le substratum secondaire, de part et d'autre du vallon du Dindolet. Ce sont des lœss sableux, cet apport lœssique s'est effectué au début du Paléolithique supérieur et correspond sans doute à la phase de climat sec de la fin de l'Aurignacien
Aménagements anthropiques et inondations Lors de fortes précipitations, les torrents de la Roque, du vallon de la Serre et de la Madeleine se déversent dans la plaine, inondant les retenues du jardin de la Ribassée, de la Grand Vigne, de la Roque et le point bas de la Curasse. Tous ces ouvrages construits (sans machines) par les anciennes générations sont destinés à protéger les terres agricoles de la plaine. Cependant lorsque les précipitations sont trop importantes (épisode méditerranéen) les eaux surversent les retenues et inondent le point bas de la plaine qui redevient alors un lac, en attendant que l'embut de la Boucanière le vidange. Cet événement est plus ou moins important, le dernier datant de 2014. Le plus important des cinquante dernières années survint en 1978 concomitamment à la dernière crue importante de l'Huveaune. Les deux événements ayant pour sources (au sens premier du terme) le Massif de la Sainte Baume, son versant Sud pour la Plaine de Cuges, son versant Nord pour la vallée de l'Huveaune.
Climat
Le climat de Cuges est spécifique . Bien que très proche de la zone côtière , la géologie particulière du Poljé crée un microclimat .
L'hiver est froid et humide , le poljé est souvent noyé dans le brouillard alors que les coteaux sont plus ensoleillés . les fortes gelées y sont régulières. Au printemps les gelées tardives sont récurrentes en fond de plaine. C'est une contrainte pour l'agriculture. L'été est très chauds et sec , en l'absence de vents journaliers réguliers les nuits peuvent prendre un caractère tropical. L'automne comme le printemps sont les mois les plus pluvieux, les brumes et brouillards nocturnes et matinaux sont réguliers.
Les précipitations sont irrégulières , concentrées au Printemps et en Automne, la pluviométrie moyenne ( 1975-2025) est de 735 mm annuel, avec des variations extrêmes comprises entre 373 mm (2007) et 1131 (2018) mm.
Les sommets Nord de la Commune se couvre de neige lors des périodes hivernales plus froides , la couche est parfois conséquente pour la région.
Urbanisme Typologie Au , Cuges-les-Pins est catégorisée bourg rural, selon la nouvelle grille communale de densité à définie par l'Insee en 2022.. Elle appartient à l'unité urbaine de Cuges-les-Pins, une unité urbaine monocommunale constituant une ville isolée.. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Marseille - Aix-en-Provence, dont elle est une commune de la couronneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en octobre 2020 l'ancienne notion d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne.. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de ou plus (hors Paris)...
Occupation des sols vignette|redresse=1.4|droite|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC). L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (83,9 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (86,1 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : forêts (48,8 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (29,3 %), zones urbanisées (6,1 %), espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation (5,8 %), cultures permanentes (5,5 %), zones agricoles hétérogènes (3,4 %), terres arables (1,1 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui)..
L'Etat a imposé une procédure de Zone Agricole Protégée en 2013 pour freiner l'extension urbaine , celle-ci est instaurée depuis 2017 sur les documents d'urbanisme.
Histoire Préhistoire Les plus anciens indices de présence humaine de la commune datent du Paléolithique final. Il s’agit d’un niveau d’occupation rapporté à l’Épigravettien récent (environ 14 000 ans cal AP) et d’une sépulture datant de l’Épigravettien terminal (environ 11 300 cal AP) découverts lors de fouilles archéologiques préalables à la construction de la Zac des Vigneaux à l’entrée ouest du villageMourre, V., Lisfranc, R., Chevillot, P., Claud, É., Dayet, L., Hasler, A., Martin, S., Rigaud, S. et Tomasso, A. (2025) - « Une sépulture de l’Épigravettien terminal en plein air à Cuges-Les-Pins (Bouches-du-Rhône) », in: Dominique Henry-Gambier. Itinéraires d'une paléoanthropologue, du terrain aux interprétations sociales, Boulestin, B., Averbouh, A., Courtaud, P., Kacki, S., Maureille, B. et Tillier, A.-M, (Éds.), Bordeaux, Travaux d'Archéologie Funéraire - Thanat'Os 6, Ausonius Éditions, pp. 158-178.. La sépulture comportait le squelette d’un seul individu adulte, accompagné d’un riche mobilier incluant des éléments de parure en coquillage marin, des silex taillés et des traces de matières colorantes rouges. D’autres sépultures épigravettiennes sont connues mais elles se trouvent en Italie et en grotte.
La ZAC des Vigneaux a aussi livré les vestiges d'un campement pastoral, datés du Néolithique moyen ou Préchasséen (estimé entre -4450 et -4330)Flambeaux, A., Gasnier, M. et Hasler, A. (2015) - « L’enclos du Néolithique moyen des « Vigneaux » à Cuges-les-Pins (Bouches-Du-Rhône) : un habitat encore inédit en Provence », in: Habitations et habitat du Néolithique à l’âge du Bronze en France et ses marges, Lemercier, O., Sénépart, I., Besse, M. et Mordant, C., (Éds.), Toulouse, Actes des secondes Rencontres Nord/Sud de Préhistoire récente, Dijon 19-21 novembre 2015, Archives d’Écologie Préhistorique, pp. 206-212..
D’autres habitats néolithiques ont été découverts dans les abris rocheux autour de la plaine. Des pierres polies correspondant à des lames de haches préhistoriques ont été recueillies à l'emplacement supposé des grèves du lac préhistorique. Certaines ont été remises au MHNM de Marseille dans les années 1980. Régulièrement les labours des terres agricoles mettent à jour ces pierres bleues immédiatement reconnaissables parmi les cailloux calcaires.