thumb|Drapeau de l'anarcho-capitalismeMurray Rothbard, The Betrayal of the American Right, . Ludwig von Mises Institute, 2007.. thumb|190px|Symbole de l'Action anarcho-capitaliste et anti-communiste.

L’anarcho-capitalisme est un courant de pensée politique libertarien qui remet en cause l’existence de l’État dans toutes ses fonctions mais qui fait de la propriété privée et du capitalisme la valeur cardinale de son système.

Il est de ce fait en opposition à la position fondamentale de l'anarchisme et n'est donc pas reconnu comme un courant de l'anarchisme par les anarchistes qui refusent au contraire toute forme de propriété privée, et privilégient l'autogestion (coopératives, mutualisme).

Au sein du libertarianisme, il se distingue du minarchisme par son rejet de l'État alors que les libertariens minarchistes défendent un État minimal.

Philosophie L’anarcho-capitalisme est inspiré du libéralisme philosophique. Ce courant est une branche du libertarianismeAnarchy and the Law: The Political Economy of Choice, by Edward Stringham. Transaction Publishers, 2007, différent du minarchisme, qui soutient quant à lui l'existence d'un État minimal pour tous (« État veilleur »).

Sur ce point, l'anarcho-capitalisme présente le paradoxe de s'opposer à l’État tout en louant le capitalisme. Alors que l'introduction des premières formes de monnaies trouve ses racines dans la naissance des proto-États en Mésopotamie au cours du IIe millénaire av. J.-C., le capitalisme a trouvé son modèle actuel avec le développement des États modernes au cours des XVIIIe et XIXe siècles et que l'intégralité des systèmes capitalistes soient mis en place et protégés par des institutions comme la police et la justice qui sont des institutions de pouvoir régalien et quasi systématiquement organisées par des États.

Il se sépare du libéralisme classique, lequel croit en la nécessité d’un État et ne vise qu’à limiter de façon stricte son domaine et ses modes d’intervention. Il s'oppose en outre à tous les courants (socialiste, fédéraliste, individualiste, etc.) de l’anarchisme par son acceptation sans limite de la propriété privée y compris sur les moyens de production collectifs.

Les anarchistes considèrent que l'anarcho-capitalisme n'est pas un anarchisme, en dépit de son rejet de l'État car il ne partage pas avec l'anarchisme son Peter Marshall, Demanding the Impossible. A history of anarchism, 2007, Chap. XXXVI, The New Right and Anarcho-capitalism, , : (traduction : ). Le chapitre dont est tiré cet extrait est disponible en ligne., et aussi car il s'oppose à plusieurs des postulats fondateurs de l'anarchisme : le rejet d'une conception de la liberté s'opposant à l'égalité, le rejet de l'autorité, de la hiérarchie et en l'occurrence du capitalisme..

Spécificités Anarcho-capitalisme et libéralisme

Les anarcho-capitalistes appliquent de manière stricte les thèses du libéralisme pour en tirer une philosophie politique qu'ils jugent seule cohérente pour organiser la société. Un anarcho-capitaliste est aussi appelé un « anarcap » (ou « ancap »). Une société humaine organisée selon les principes de l'anarcho-capitalisme est appelée une « anarcapie ».

Comme le libéralisme classique, l'anarcho-capitalisme revendique un système où chaque être humain est pleinement propriétaire de lui-même, des fruits de son travail et de ce qu'il a obtenu par la coopération volontaire avec autrui, par échange ou par don. Tout être humain est aussi comptable de ses actes, tenu par les engagements qu'il prend, responsable des pertes de son travail et débiteur pour les torts qu'il a causés à des tiers non consentants.

Les anarcho-capitalistes considèrent que seules les interactions entre adultes consentants sont légitimes. Toute atteinte à la personne et à la propriété perpétrée sans consentement constitue dès lors une agression, et toute forme d'organisation coercitive est illégitime, y compris l'État et ses multiples succédanés.

Pour les anarcho-capitalistes, un État, comme toute autre organisation, ne saurait avoir de légitimité qu'auprès de ceux qui l'ont individuellement et volontairement accepté. En particulier, les contributions obligatoires (impôts directs et indirects, etc.) et les réglementations imposées (législation, décrets, mesures administratives, etc.) sont considérées comme illégitimes.

Le soutien à la propriété privée La mise en commun du capital, la répartition des tâches et des responsabilités, la spécialisation des compétences et l'échange des services sont des moyens complémentaires de produire davantage de satisfactions. Pour garantir que ces moyens profitent au plus grand nombre, chacun peut décider librement de participer ou de ne pas participer aux termes de l'accord, et d’en utiliser ou non les fruits. C'est le caractère volontaire d'un accord qui est garant tout à la fois et de sa légitimité et de son caractère bénéfique.

Cela n'empêche aucunement l'existence de communautés pratiquant un socialisme volontaire avec propriété commune, tant que celui-ci n'est pas coercitif, mais est un système d'échanges entre individus consentants ou entre organisations volontaires (une entreprise étant vue comme un « ensemble de contrats »).

Les anarcho-capitalistes récusent la nécessité de l'État pour garantir la propriété privée, voyant au contraire en lui le premier et le plus grand « criminel » contre la propriété privée. En revanche, ils font observer que, dans toute forme de propriété collective, une institution est nécessaire pour exercer les droits de propriété. Si tout est propriété collective, l’autorité de cette institution s’étend par définition à tout et à tous, et elle a de ce fait tous les attributs d’un État totalitaire, quel que soit le nom qu’on lui donne et quelles que soient ses modalités de fonctionnement. Par ailleurs, ils assimilent toute violation de liberté à une violation d'un droit de propriété (propriété de soi lors d'arrestations arbitraires, propriété de ses moyens de communication lors de censure, etc.). Pour ces deux raisons, ils accusent l’anarchisme socialiste – qui prétend combattre collectivement toute autre propriété que la propriété d'usage sur les biens – d’incohérence.

Les tendances On peut distinguer au moins deux tendances anarcho-capitalistes : la tendance jusnaturaliste, fondée sur le droit naturel : Murray Rothbard ; la tendance utilitariste : David Friedman.

Chaque tendance suit la même démarche, qui consiste à établir l'indissociabilité entre la propriété et la liberté, la désirabilité de ces droits, et la possibilité pratique de parvenir à une organisation de la société respectant ces droits. Mais elles montrent des disparités profondes dans l'application pratique de leurs principes, et ce même à l'intérieur de chacune de ces tendances.

L'approche jusnaturaliste remet en question la légitimité des droits de propriété en usage actuellement en les limitant aux seuls droits acquis conformément au « homesteading » développé à l'origine par John Locke, propose des méthodes pour réviser ces droits au cas par cas pour rétablir la légitime propriété au détriment des propriétaires actuelsMurray N. Rothbard, L'Éthique de la Liberté chapitres 7, 8, 9 et 10, et érige sa définition de la liberté et de la propriété comme universelle (le droit naturel est prioritaire sur le droit positif).

L'approche utilitariste part généralement de l'état actuel des droits de propriété sans chercher à établir de base absolue et universelle comme origine de ces droits, conservant la possibilité de justifier de manière utilitariste certaines violations de ces mêmes droits (la démarche utilitariste est alors prioritaire sur la liberté et la propriété).

Une conséquence de ces divergences est que la première approche ne permet pas l'application de n'importe quel contrat, mais seulement de ceux qui sont des échanges de titres de propriété valables. Ainsi, l'esclavage contractuel est impossible dans cette interprétation, car le libre-arbitre humain est inaliénable et inséparable du corps de l'individu. La seconde approche n'a pas ces limites, mais s'appuie sur la catallaxie pour faire émerger des règles communes acceptables par tous en matière de contrats.

Dans une situation où la violation des droits d'une personne permettrait assurément d'apporter plus en retour à une autre personne, l'approche utilitariste permet une telle violation, quand l'approche jusnaturaliste s'y oppose. Ainsi les utilitaristes peuvent justifier le sacrifice d'une personne pour en sauver plusieurs, mais pas les jusnaturalistes.

Les utilitaristes justifient donc le modèle de société anarcho-capitaliste par le fait que ce serait le plus efficace économiquement et par conséquent le plus désirable, tandis que les jusnaturalistes le justifient par le fait qu'il serait seul capable de respecter tous les droits fondamentaux des individus.

Une autre différence fondamentale se retrouve dans leurs conceptions de la justice : l'utilitarisme vise l'efficacité économique globale de la justice, et donc applique des peines proportionnelles en valeur au crime divisé par le taux de capture ; le crime est intégré à la société à travers ses implications économiques ; le jusnaturalisme vise la cohérence rationnelle de la justice avec le reste du droit Naturel, et donc applique la restitution égale doublée d'un droit de rétribution, appartenant à la victime, exactement égal au crime ; le crime est vu comme un renoncement partiel de ses propres droits vis-à-vis de la victime par le criminel, dans la mesure où il viole les droits de celle-ci ; certains mouvements se réclamant du jusnaturalisme ont cependant une vision différente, par exemple les agoristes n'envisagent pas de peine double, mais une restitution égale et la prise en charge du fonctionnement des mécanismes judiciaires, ce qui revient à la position utilitariste avec son intégration économique du crime.

Programme vignette|Murray Rothbard (1926-1995) déclare que .. Voici quelques idées provenant de deux figures emblématiques de l'anarcho-capitalisme : David Friedman (dans Vers une société sans État) et Murray Rothbard (dans L'Éthique de la liberté) :

Friedman et Rothbard défendent le droit individuel à entreprendre des actions considérées illicites ou immorales, telles que la libre possession, utilisation, production et vente de drogues, l'organisation de jeux d'argent, la production et consommation de pornographie, ainsi que la production, l'équipement et la vente d'armes à feu.

Sur le plan politique, les deux soutiennent la privatisation totale des services actuellement assumés par les États, tels que la gestion des routes, l'enseignement, la justice, la sécurité, la défense et la monnaie. Cependant, leurs perspectives divergent sur la source des règles du droit, avec Friedman privilégiant le marché libre et Rothbard s'appuyant sur la théorie du droit naturel.

Ils partagent également des positions concernant le droit à l'avortement, au suicide, à la prostitution, au don et à la vente d'organes. Les deux s'opposent à toute forme non volontaire de distribution des richesses, qu'ils considèrent comme un « vol opéré par l'État ».

En ce qui concerne la lutte contre l'État, Rothbard adopte une approche sécessionniste, tandis que Friedman préconise une approche réformiste.

En ce qui concerne les droits des enfants, les deux pensent que les enfants ont le droit de travailler, de quitter le domicile parental et même de choisir d'autres parents, basant la majorité sur l'autonomie personnelle plutôt que sur l'âge.

Enfin, Rothbard propose une révision de tous les droits de propriété existants pour rétablir la légitime propriété selon sa définition lockéenne, notamment en ce qui concerne la propriété des terres. En revanche, Friedman élude la question de la propriété des terres en raison de son importance économique limitée aux États-Unis.

Mise en œuvre : entre projets et fictions