Le passage du calendrier julien au calendrier grégorien, promulgué par le pape Grégoire XIII en février 1582, a eu lieu dans un court délai, souvent moins d'un an, dans la plupart des pays catholiques ; en revanche, les pays protestants comme les pays orthodoxes ont alors ignoré ou refusé ce changement, du fait qu'ils récusaient l'autorité religieuse du pape, et, a fortiori, les pays non chrétiens (musulmans, hindouistes, bouddhistes, etc.).
Le changement consistait dans la suppression de trois années bissextiles sur une période de 400 ans, afin d'empêcher une dérive (assez faible) du calendrier par rapport aux événements astronomiques connus de longue date (équinoxes et solstices) ; mais cela avait un aspect immédiat plus difficilement admissible : la suppression de dix jours, afin de rattraper le retard accumulé depuis l'Antiquité : par exemple, dans le royaume de France, la datation de 1582 est passée du 9 décembre au 20 décembre.
Les pays protestants et les pays orthodoxes ont accepté ce changement dans un délai plus ou moins long, entre 1700 et 1923, de même que certains pays musulmans au ou au , l'adoption du calendrier grégorien n'entraînant pas nécessairement la disparition complète du calendrier précédemment en usage. D'une façon plus générale, le calendrier grégorien est aujourd'hui le calendrier international de référence.
La coexistence pendant une longue période de deux calendriers chrétiens, le calendrier julien, d'origine romaine, et le calendrier grégorien, nécessitait parfois de préciser lequel était utilisé pour une date donnée : une date du calendrier julien était dite « ancien style » (« a.s. ») et une du calendrier grégorien « nouveau style » (« n.s. »).
Une autre pratique consistait à juxtaposer la date julienne et la date grégorienne sur les documents officiels : par exemple, de 1815 à 1918, dans le royaume de Pologne, où le calendrier grégorien était en usage depuis 1582, mais qui était devenu une possession des tsars de Russie, attachés au calendrier julien.
Différences entre les calendriers julien et grégorien Des évaluations différentes de la durée de l'année tropique Le calendrier julien est fondé sur une évaluation de la durée de l'année astronomique (ou année tropique) à 365,25 jours, d'où l'addition d'un jour tous les quatre ans afin d'éviter une dérive sensible à moyen terme.
Mais en réalité, la durée de l'année astronomique est légèrement plus courte, 365,2422 jours (approximativement), ce qui entraîne une dérive (retard) peu sensible à moyen terme (siècle), mais qui le devient à long terme (millénaire).
Des années bissextiles moins nombreuses dans le calendrier grégorien Dans le calendrier julien, toutes les années multiples de quatre sont bissextiles, ce qui génère un décalage (retard) d’environ par par rapport à l’année astronomique.
Pour corriger cela, dans le calendrier grégorien, trois années séculaires sur quatre ne sont pas bissextiles : on parle alors d'« années communes ». Par exemple, les années séculaires 1700, 1800 et 1900, bissextiles dans le calendrier julien, sont communes dans le calendrier grégorienPaul Couderc, Le Calendrier, .. Restent bissextiles les années séculaires multiples de 400 (1600, 2000, 2400, 2800, 3200), qui sont donc bissextiles dans les deux calendriersBureau des longitudes, Éphémérides astronomiques 1997, ..
Le calendrier julien « retarde » par rapport à l'année tropique. Ce retard était de lors de l'instauration du calendrier grégorien en 1582, en se référant à l'année d'instauration du calendrier julien (-45). Mais la correction promulguée par Grégoire XIII a été de seulement , en se référant à la date de promulgation de l'édit de Milan par l'empereur Constantin (313).
Le retard du calendrier julien augmente d'un jour par siècle, sauf à la fin des . Le décalage est actuellement de Bureau des longitudes, Éphémérides astronomiques 1997, ..
vignette|droite|redresse=0.9|Feuille de calendrier mural russe (1943) : mardi (grégorien, « nouveau style ») / (julien, « ancien style »).
Nombre de jours de retard du calendrier julien sur le calendrier grégorien De À Ajouter Explication L'an 4 aurait été la première année à partir de laquelle les années bissextiles se seraient déroulées régulièrement tous les 4 ans sur le calendrier julien. L'an 100 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 200 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 300 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 400 aurait été une année bissextile : il y aurait eu un dans le calendrier grégorien également L'an 500 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 600 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 700 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 800 aurait été une année bissextile : il y aurait eu un dans le calendrier grégorien également L'an 900 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1000 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1100 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1200 aurait été une année bissextile : il y aurait eu un dans le calendrier grégorien également L'an 1300 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1400 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1500 aurait été une année commune : il n'y aurait pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1600 fut une année bissextile : il y a eu un dans le calendrier grégorien également L'an 1700 fut une année commune : il n'y a pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1800 fut une année commune : il n'y a pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 1900 fut une année commune : il n'y a pas eu de dans le calendrier grégorien L'an 2000 fut une année bissextile : il y a eu un dans le calendrier grégorien également L'an 2100 sera une année commune : il n'y aura pas de dans le calendrier grégorien L'an 2200 sera une année commune : il n'y aura pas de dans le calendrier grégorien L'an 2300 sera une année commune : il n'y aura pas de dans le calendrier grégorien L'an 2400 sera une année bissextile : il y aura un dans le calendrier grégorien également L'an 2500 sera une année commune : il n'y aura pas de dans le calendrier grégorien
Ces valeurs sont théoriques avant 1600 : le calendrier grégorien n'est jamais utilisé pour dater des évènements précédant 1582. D'autre part, le changement du calendrier modifie seulement les dates (le quantième) et non les jours de la semaine. Lors de l'instauration du calendrier grégorien par exemple, le jeudi a été remplacé par le jeudi , et le vendredi a été remplacé par le vendredi .
Adoption du calendrier grégorien dans les pays catholiques () En du calendrier grégorienLa date inscrite est le du calendrier julien, dans lequel l'année commence le ., le pape promulgue la bulle , selon laquelle le jeudi devait être immédiatement suivi du vendredi , afin de compenser le décalage accumulé depuis le premier concile de Nicée en , qui avait formalisé le mode de calcul de la date de Pâques.
La bulle est effectivement appliquée le dans les États pontificaux, ainsi que dans les différents États de la péninsule italienne, dans les royaumes de Castille, d'Aragon et de Navarre, au Portugal, dans le duché de Savoie.
En France, sauf en Alsace., l'adopte le , suivi du .
Les États catholiques du Saint-Empire font de même, mais dans le royaume de Bohême, les protestants résistent au calendrier imposé par la monarchie des Habsbourg.
Un cas particulier est celui des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas, qui sont des possessions de Philippe, fils de Charles Quint, est roi d'Espagne en tant que descendant des rois catholiques et souverain des Pays-Bas (duc de Brabant, comte de Flandre) en tant que descendant de Charles le Téméraire., mais qui sont engagées depuis 1568 dans un soulèvement contre lui – ce qu'on appelle la guerre de Quatre-Vingts Ans (). En , les états généraux des provinces insurgées, qui forment l'union d'Utrecht, ont proclamé déchu de ses droits sur les Pays-Bas (acte de La Haye). Malgré cela, l'adoption du calendrier grégorien commence dès cette époque : le duché de Brabant et le comté de Zélande, l'adoptent le ; les provinces du sud des Pays-Bas, qui forment l'union d'Arras loyaliste, le ; le comté de Hollande le – la Zélande et la Hollande étant des provinces insurgées.
En Suisse, les sept cantons catholiques adoptent le nouveau calendrier en Dictionnaire historique suisse « Calendriers ». Le processus est en fait plus compliqué : des territoires protestants adhèrent, un canton catholique, non… Se pose aussi la question des cantons mixtes, ainsi que celle des territoires (bailliages communs) sujets de cantons catholiques et de cantons protestants., passant du au .
Adoption dans les pays protestants () La plupart des protestants s'opposent d'abord à l'adoption de cette innovation « papiste », . En général, il faut attendre le pour que les pays protestants adoptent le nouveau calendrier, à une époque où les passions religieuses sont affaiblies.
On doit cependant noter l'adoption immédiate du calendrier grégorien par deux des provinces des Pays-Bas insurgées contre Philippe II : la Hollande et la Zélande.
Le cas particulier de la Hollande et de la Zélande (Provinces-Unies) Depuis 1568, les dix-sept provinces des Pays-bas sont en proie à l'insurrection déclenchée en 1568 contre Philippe II, roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas des HabsbourgEn tant que duc de Bourgogne (en titre), descendant de Charles le Téméraire, il est aussi duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, comte de Zélande, etc..
La bulle pontificale intervient à un moment crucial de l'insurrection : en 1579, les provinces loyalistes (Artois et Hainaut, notamment) forment l'union d'Arras, les provinces et villes insurgées l'union d'Utrecht (provinces du nord, ainsi que le comté de Flandre et le duché de Brabant) ; en 1581, les États généraux de l'union d'Utrecht prononcent la déchéance de Philippe II (acte de La Haye, marquant le début des Provinces-Unies) et le remplacent par le duc François d'Anjou, frère du roi de France Henri III, catholique modéré, couronné duc de Brabant en février 1582. Mais le véritable chef de l'insurrection est le prince Guillaume d'Orange (le Taciturne), commandant en chef et stathouder de Hollande et de Zélande, qui est protestantElevé par une famille luthérienne, il est devenu catholique à 11 ans pour pouvoir devenir prince d'Orange, puis s'est converti au calvinisme dans les années 1570, après le début de l'insurrection. Il avait été nommé stathouder par Philippe II lui-même vers 1560., mais sans fanatisme.
Ces deux provinces adoptent le calendrier grégorien dès 1582, à la suite des provinces du sud. À cette date, l'objectif de Guillaume d'Orange est toujours l'indépendance des dix-sept provinces. En adoptant le calendrier grégorien, la Hollande et la Zélande marquent leur souci de ne pas rompre totalement avec les provinces catholiquesLa rupture a lieu peu après : de 1582 à 1585, Alexandre Farnèse, neveu de Philippe II, reprend le contrôle de la Flandre et du Brabant jusqu'à Anvers, qui est prise en août 1585. Guillaume d'Orange est assassiné en juin 1584 et Français d'Anjou meurt peu après, restant sans remplaçant : les sept provinces du nord deviennent la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, reconnue par le roi d'Espagne en 1648 (traité de Münster). Après 1585, les frontières sont stabilisées : le seul changement important est la reprise d'Ostende en 1604 par les troupes du roi d'Espagne..