Le Temple d'Israël est une congrégation juive réformée de Memphis, dans le Tennessee (États-Unis). Il s'agit de la seule synagogue réformée de Memphis, la plus ancienne et la plus importante congrégation juive du Tennessee, et l'une des plus grandes congrégations réformées aux États-Unis. Le temple est fondé en 1853 par des juifs pour la plupart allemands comme la « Congregation B'nai Israel » (de l'hébreu : « les enfants d'Israël »). D'abord dirigé par des hazzanim, le temple embauche en 1858 son premier rabbin, Jacob Peres, et loue son premier bâtiment, qu'il restaure avant de finalement l'acheter.

Peres est démis de ses fonctions en 1860 pour avoir tenu un magasin qu'il ouvre également le samedi, le jour du shabbat. Il est remplacé par Simon Tuska qui amène la congrégation du judaïsme orthodoxe au judaïsme réformé. Il meurt en 1871 et Max Samfield lui succède. Sous sa direction, la synagogue est l'une des fondatrices de l'Union pour le judaïsme réformé. En 1884, les Enfants d'Israël construisent un nouveau bâtiment, permettant à la communauté d'accueillir rapidement plus de membres. Samfield meurt en 1915 et est remplacé à son tour par Bill Fineshriber, un ardent défenseur du droit de vote des femmes et de l'égalité des droits pour les Noirs américains. L'année suivante, la congrégation emménage dans un nouveau bâtiment dans lequel la communauté ne cesse de croître. Fineshriber part en 1924 et Harry Ettelson le remplace.

La synagogue subit plusieurs difficultés au début de la Grande Dépression : le nombre d'adhésions chute, l'école de la congrégation est fermée et le personnel voit baisser son salaire. Les conditions s'améliorent dans les années 1930. En 1943, la synagogue change de nom pour celui de « Temple d'Israël », tandis qu'à la fin des années 1940, le nombre d'adhérents a presque doublé par rapport à son point le plus bas dans les années 1930. Ettelson prend sa retraite en 1954 et Jimmy Wax lui succède.

Wax se fait connaître en se joignant au mouvement des droits civiques. Bien que certains membres (particulièrement ceux dont la famille a vécu dans le Sud depuis des générations) aient un point de vue ségrégationniste, d'autres ont une importance de premier ordre dans le combat pour les droits civiques des Noirs américains. Pendant la direction de Wax, les membres du Temple d'Israël s'éloignent de la synagogue déjà existante. En 1976, elle fait construire un autre bâtiment (l'actuelle synagogue) dans un lieu plus proche du quartier de la plupart des membres. Wax prend sa retraite en 1978 et est remplacé par Harry Danziger, qui ramène la congrégation à des pratiques plus traditionnelles. Il se retire en 2000 et Micah Greenstein lui succède. Depuis 2010, le Temple d'Israël compte près de familles membres. Greenstein en est le grand rabbin et John Kaplan le hazzan.

Histoire Les premiers temps (1853–1857) Le Temple d'Israël est créé en tant que congrégation orthodoxe de B'nai Israel en 1853 par trente-six chefs de famille. Une charte lui est accordée par la législature d'État du Tennessee le .... Cette charte est issue de la (Société hébraïque de bienfaisance de Memphis), créée en 1850 par des Juifs allemands. Cette société s'occupe alors du cimetière juif de Memphis, aide les Juifs démunis et conduit les offices des Yamim Noraïm.. L'office est initialement dirigé par des hazzanim à temps partiel.. Le premier, Jonas Levy, est engagé comme hazzan et shohet... H. Judah lui succède, puis J. Sternheimer. Un Talmud Torah est créé puis dirigé par le révérant Sternheimer, considéré comme le premier directeur de l'école hébraïque, initialement érigée par Jacob Peres.. En 1857, B'nai Israel engage un organiste, Christopher Philip Winkler, décrit par Tim Sharp (doyen du département des beaux-arts au Rhodes College de Memphis) comme le . Né en Allemagne en 1824, il émigre aux États-Unis à l'âge de 16 ans et emménage à Memphis en 1854. Il y enseigne la musique, l'interprète et en compose pour les offices de B'nai Israel. À partir de 1894, il réalise plus de 850 morceaux pour la congrégation..

Durant les premières décennies, la congrégation célèbre le culte en différents endroits du centre-ville de Memphis, sur les rives du Mississippi. Elle reçoit un legs de de la part d'un philanthrope de la Nouvelle-Orléans, Judah Touro, et l'utilise pour acheter un terrain sur la Deuxième avenue mais ne se sent pas suffisamment sûre financièrement pour construire une synagogue. Le terrain est finalement vendu.. À la place, les membres accueillent chez eux la célébration du culte pendant toute l'année 1853. Par la suite, jusqu'en 1857, plusieurs locaux sont loués sur .. Les fonds légués par Touro permettent en fin de compte aux membres de louer des bâtiments à la sur et à la fin de l'année 1857, qu'ils transforment en synagogue. Deux comités lèvent des fonds pour sa rénovation, l'un d'eux sollicite des dons de la part de tandis que l'autre doit (les non-Juifs). Des fonds supplémentaires sont levés en vendant la place réservée des membres dans le nouveau sanctuaire. Une vente aux enchères est tenue le dans laquelle les sièges de cinquante hommes sont vendus pour et de quarante-quatre femmes pour . Les locaux rénovés possèdent cent-cinquante sièges pour les hommes et à peu près cinquante pour les femmes. La synagogue est inaugurée par l'État le . En 1860, la congrégation s'engage à acheter la propriété ; l'hypothèque est payée en ; à partir de 1865, elle rembourse complètement sa dette. Le , 153 ans exactement après que la congrégation eut reçu sa charte de l'État du Tennessee, une plaque est érigée par la (Commission historique du comté de Shelby), la (Société judaïque américaine pour la préservation du patrimoine historique) et le Temple d'Israël à l'angle de la rue où la synagogue se tenait à l'époque. La plaque décrit le bâtiment comme le .

L'adhésion à B'nai Israel est restreinte aux hommes et la présence aux réunions trimestrielles (au moins) est obligatoire. Les hommes manquant une réunion sans une excuse recevable doivent payer une amende, qui est de cinquante cents en 1857.. Les membres instituent également des règles censées protéger l'image de la petite congrégation juive aux yeux de la communauté chrétienne, majoritaire dans la ville. L'adhésion de nouveaux membres doit être approuvée par la communauté à bulletin secret. Un membre peut aussi être suspendu ou expulsé s'il agit de manière déshonorante.

B'nai Israel est la seule congrégation juive de Memphis et, depuis sa création, les membres sont partagés entre traditionalistes et réformateurs. Lors de la rénovation du bâtiment, la congrégation vote à dix-huit voix contre quatorze le maintien traditionnel de la séparation des hommes et des femmes. À partir de 1858, avec suffisamment de fonds pour engager à plein temps un leader spirituel, elle consulte Rabbi Isaac Leeser, le leader de la communauté juive orthodoxe américaine mais prend aussi contact avec Rabbi Isaac Mayer Wise, leader du tout nouveau mouvement juif réformé d'Amérique, qui consacre le dernier sanctuaire de B'nai Israel cette même année.. Les membres lancent une annonce dans le journal de Wise, The American Israelite, ainsi que dans d'autres journaux juifs de langue anglaise, en même temps qu'une annonce pour rechercher un boucher cacher. Leeser leur recommande finalement le rabbin orthodoxe Jacob J. Peres.

Un premier rabbin : Jacob J. Peres (1858–1860) vignette|alt=Portrait d'un homme avec une longue barbe bouclée, avec des cheveux partant sur le côté gauche.|Rabbi Jacob J. Peres.

Né et élevé aux Pays-Bas, Peres est un enfant prodige qui, avant d'avoir dix-huit ans, publie déjà une grammaire de l'hébreu ainsi qu'un livre de proverbes écrits en cinq langues. Après l'obtention de son diplôme de lycée, il reçoit une bourse de Guillaume Ier des Pays-Bas pour poursuivre simultanément des études rabbiniques et laïques au Séminaire israélite des Pays-Bas. Il travaille alors les mathématiques ainsi que les langues, la littérature ou le droit. Il cofonde , un cabinet juridique.

B'nai Israel engage Peres en comme hazzan et professeur d'anglais et d'allemand avec un salaire annuel de et des avantages sociaux s'élevant à En comparaison, le salaire du boucher casher est de , sans compter ce qu'il gagne en tuant les volailles.. Peres dirige également le Talmud Torah, la chorale, tout en étant de fait le rabbin. Sous sa direction, la communauté s'intéresse activement à la situation critique des Juifs dans le monde. Pendant une réunion de la congrégation en , il est collecté de l'argent auprès des membres présents et de la trésorerie de B'nai Israel pour aider les Juifs marocains et il est créé un comité censé lever des fonds à Memphis en leur propre nom. La congrégation s'oriente de plus en plus vers l'orthodoxie et fait passer une règle stipulant que seuls les membres observant strictement la Loi juive, peuvent faire lecture de la Torah pendant les jours de yamim noraïm – les jours redoutables..

Peres ne trouvant pas son salaire suffisamment élevé pour pouvoir répondre à ses besoins, ceux de sa femme et de ses quatre enfants, il ouvre une épicerie pour augmenter ses revenus et reçoit avec son frère une commission, due à la vente d'autres marchandises en consignation. Comme le samedi, jour du Shabbat, est aussi le jour le plus animé pour les commerçants, il décide de garder son magasin ouvert ce jour-là, chose totalement contraire aux règles du shabbat qu'il a lui-même rappelées. Quelques membres en font la remarque et lors de la réunion trimestrielle de B'nai Israel en , de premières accusations sont portées contre lui ; par la suite, un tribunal juif le reconnaît coupable et Peres est renvoyé. En retour, il poursuit la congrégation en justice devant un tribunal civil pour perte de salaire et diffamation. Cette affaire est portée devant la Cour suprême du Tennessee et jugée en sa faveur pour la perte de salaire mais contre lui quant à la diffamation. La cour déclare qu'.

Après le renvoi de Peres, les membres commencent à rechercher un rabbin . Cette fois, ils consultent Wise et non Leeser. Le poste proposé dans le journal de Wise est celui d' avec un salaire de par an. La congrégation exige que le postulant puisse .. En 1860, elle engage Simon Tuska.. Peres reste à Memphis et les tensions théologiques à l'intérieur de la congrégation s'apaisent lorsque quarante des membres les plus traditionnels partent avec Peres comme leader spirituel pour former la congrégation orthodoxe Beth El Emeth en 1861 ou 1862.. Ce genre de scission devient alors banal dans les congrégations américaines de l'époque.

Simon Tuska (1860–1871) vignette|redresse|alt=Portrait d'un homme avec un grand front, des cheveux en arrière et une moustache, portant des petits lunettes et un nœud-papillon sombre.|Rabbi Simon Tuska.

Né à Veszprém en Hongrie en 1835, Tuska est élevé à Rochester dans l'État de New York où son père est rabbin. Tuska est élève à l'Université de Rochester puis au Colgate Rochester Crozer Divinity School jusqu'à l'obtention de ses diplômes, respectivement en 1856 et 1858. Il est envoyé par la suite au séminaire de théologie juive de Breslau afin de devenir rabbin, où il reste deux ans.. Il n'obtient pas son diplôme et retourne aux États-Unis en 1860, où il répond à une offre d'emploi lancée par le Temple Emanu-el de New York mais on lui refuse le poste à cause de sa petite taille et sa voix faible. Puis il postule au Temple d'Israël où il est unanimement élu le et signe un contrat de trois ans pour par an. Il s'avère très populaire dans la congrégation et en , six mois avant la fin du contrat, son renouvellement est déjà prévu. Il est réélu rabbin pour dix ans et son salaire est élevé à par an..