L'Histoire de la langue des signes est aussi vieille que l'Humanité. Des signes gestuels ont toujours été utilisés pour communiquer, par des personnes sourdes ou entendantes dans diverses situations. Les langues des signes sont composées de systèmes de gestes conventionnels, de mimes, d'expressions faciales et de mouvements corporels (postures humaines, ), de signes de la main et des doigts (gestuelle des doigts et des mains), ainsi que de l'utilisation de positions de la main pour représenter les lettres de l'alphabet. Les signes représentent généralement des idées complètes, nuancées, et pas seulement des mots individuels.
Dans l'Occident moderne, l'enseignement de la langue des signes à destination des sourds commence véritablement au avec Pedro Ponce de León.
Utilisation des langues des signes dans l'histoire La plupart des diverses langues des signes sont des langues naturelles, différentes dans leur construction des langages oraux utilisés à côté d'eux et servent principalement aux personnes sourdes pour communiquer, mais peuvent aussi être utilisées par tous : par les moines ayant fait vœu de silence (langue des signes monastique) ; dans certains activités d'équipe : sport (baseball), plongée sous-marine, chasse ; dans une batucada : le chef indique les transitions musicales, par des signes : décompte par chiffres, pointage, code de la transition, mouvements chorégraphiques des musiciens, rythme ; en famille : les parents peuvent communiquer facilement avec le bébé dès six mois, avant qu'il ne sache parler, grâce à la langue des signes pour bébé ; Les traders sur les parquets des bourses pratiquent ou pratiquaient un langage signé essentiellement pour signaler une demande d'achat, de vente ainsi que le nombre de titres et la valeur proposée. d'une façon générale, pour communiquer en secret ou en public, dans un environnement très calme ou très bruyant, à travers une vitre, pendant une réunion, ou entre deux personnes dont les langues sont différentes
Antiquité Un des premiers documents écrits relatant une langue des signes est Cratyle de Platon au , où Socrate dit : .
Moyen Âge Au , Bède décrit un alphabet manuel dans son traité . Au , Odon de Cluny impose d'utiliser des gestes pour quasiment tous les échanges, réservant la langue parlée aux seuls discours religieux. L'expansion de l'abbaye de Cluny au pousse de nombreuses communautés disséminées dans toute l'Europe à adopter la langue signée clunisiens ou des variantes. Comme à Cluny, les premiers signes cisterciens servent à communiquer des informations pratiques (cuisine, jardinage…) et non à converser, si bien que ces langues signées (appelées LSM, langue des signes monastique) restent rudimentaires. Par la suite, les règles de silence absolu s'assouplissent chez les cisterciens et les clunisiens, entraînant la disparition des systèmes de signes, devenus inutiles.
Aujourd'hui, on continue d'apprendre quelques signes aux novices, mais ils ne sont plus guère utilisés que pendant les repas au réfectoire. Dans certains ordres, un lecteur, un moine désigné à tour de rôle dans le semainier, psalmodiant recto tono des textes pieux et édifiants, dirige la méditation collective. Cette activité est en effet spirituelle autant qu'alimentaire, si bien que le silence est de rigueur et les moines s'interpellent par des signes manuels mais ce ne sont plus que des signes isolés, une sorte de code qui permet de traduire des mots simples (demande par exemple du pain, du sel ou de l'eau). Ils ne constituent plus une langue..
Au , Pedro Ponce de León, un moine bénédictin espagnol souvent considéré comme étant le « premier professeur pour les sourds », fonde une école pour les sourds au monastère à Oña. Sa méthode inclut la dactylologie, l'écriture et la parole. Il apparaît qu'il fait usage d'un alphabet manuel ainsi que de signes conventionnalisés.
L'alphabet de Ponce ressemble à celui trouvé dans Consolation pour les malades, un livre écrit en 1593 par Melchor Yerba, un moine franciscain. Bien que Ponce et Yerba appartiennent à des ordres différents, on pense qu'ils se connaissaient car ils ont eu des relations actives avec la cour espagnole. Le livre de Yebra contient des images d'un alphabet manuel dans lequel chaque configuration de la main précède l'alphabet de Saint Bonaventure, une collection d'aphorismes pour la conduite chrétienne, chacun commençant avec une lettre de l'alphabet. Les alphabets de Ponce et de Yerba sont basés, en partie ou en totalité, sur les langues des signes monastiques utilisés par les moines ayant fait vœu de silence.
En 1620, Juan de Pablo Bonet publie à Madrid. Il est considéré comme le premier traité moderne de phonétique en langue des signes, qui établit une méthode d'enseignement orale pour les personnes sourdes et un alphabet manuel.
Au même moment en Grande-Bretagne, les alphabets manuels sont également en usage pour divers buts, notamment la communication secrète, parler en public ou la communication des personnes sourdes. Bulwer mentionne que des alphabets des signes sont utilisés par les sourds, mais il présente un système différent axé sur la communication en public. En 1648, John Bulwer décrit Maître Babington, un sourd très compétent dans l'utilisation d'un alphabet manuel, dont l'épouse peut converser avec lui facilement, même dans l'obscurité grâce à l'utilisation d'un langage tactile.
En 1680, George Dalgarno publié , dans lequel il présente sa propre méthode d'éducation des sourds, y compris un alphabet « arthrologique », où les lettres sont indiquées en pointant sur différentes articulations des doigts et de la paume de la main gauche. Ce système est utilisé par des personnes entendantes un certain temps, certains pense qu'il peut être lié à l'écriture oghamique. Les voyelles de cet alphabet ont survécu dans les alphabets modernes utilisés dans les langues des signes britannique, australiennes et néo-zélandaises.
Certaines des premières images imprimées connues de consonnes de l' moderne sont apparues en 1698 dans , un tract écrit par un auteur anonyme lui-même incapable de parler, qui a suggéré que l'alphabet manuel pouvait également être utilisé par les muets, pour le silence et le secret, ou simplement pour le divertissement. Neuf de ces lettres peuvent être attribuées aux alphabets antérieurs et 17 lettres de l'alphabet à deux mains moderne peuvent être trouvées dans les deux ensembles de 26 signes représentés.
France
En 1771, Charles-Michel de L'Épée, appelé « l'Abbé de L'Épée », crée la première institution éducative gratuite pour les sourds de France à Paris. Bien qu'il se rende compte que la langue des signes peut être utilisée dans l'éducation des jeunes sourds, L'Épée ne se rend pas compte que la langue des signes employée par les sourds qu'il rencontre est un langage vraiment développé, avec une grammaire propre, mais différente de celle du français parlé, tout simplement parce ce sont deux langues différentes. Il va donc transformer le langage signé qu'il apprend de ses élèves et met au point des « signes méthodiques » pour représenter toutes les terminaisons de verbes, articles, prépositions et auxiliaires présents dans le français parlé, décomposant les mots en associant un signe à chaque morphème.
Les éducateurs comme L'Épée, avec la meilleure des intentions, modifient donc la VLSF pour en faire une forme de français signé, qu'on peut appeler ancien français signé (AFS), qui est un langage grandement modifié de la VLSF et en partie inventé de toutes pièces. Les élèves sourds utilisent donc deux langages : le système artificiel inventé par L'Épée en classe (l'AFS) et informellement la vieille langue des signes française lorsqu'ils parlent entre eux.
En 1779, Pierre Desloges, un relieur parisien sourd, écrit Observations d'un sourd et muèt, sur un cours elémentaire d'education des sourds et muèts, décrivant le langage des signes utilisé par les Parisiens sourds. Desloges se dit obligé d'écrire ce livre, car à ce moment un certain abbé Deschamps professait que le langage des signes ne pouvait être considéré comme une vraie langue et donc n'était pas adapté à l'éducation des enfants sourds. Il écrit donc en faveur de la langue des signes, .
Les sourds ont en effet un langage, qu'on appelle vieille langue des signes française, qu'ils utilisent pour discuter de toutes sortes de sujets, politique, travail, religion, famille Cette langue est transmise entre les sourds comme n'importe quel langage désapprouvé par les institutions éducatives est transmis aux plus jeunes générations.
Les recueils de signes de la langue des signes française des sont de natures assez variées. Les uns se présentent comme des dictionnaires, d’autres prennent le nom d’« Iconographie », contenant des signes dessinés accompagnés de gloses ou sans aucune image. La plupart du temps, les signes sont à l’état de citations, plus ou moins nombreuses. Le classement des anciens modèles de dictionnaires ou d’études bilingues mots/signes est en général alphabétique (on entre dans le dictionnaire par des mots français, dans l’ordre alphabétique, cette méthode faisant dominer la langue écrite) et quelquefois noématique (en partant d’un concept pour donner les différents signes qui y correspondent), ou un mélange des deux. Les signes, bien qu'en grande majorité semblables à cause des configurations de la main ayant des significations codées d’ordre symbolique et physiologique, reprises au fil des siècles depuis l’Antiquité, diffèrent légèrement d'un auteur à l'autre, ceux-ci ne s'étant pas réellement concertés pour uniformiser leurs langues des signes.
Une querelle existe entre les oralistes et les signants. Vers 1760, l'Abbé de L'Épée s'oppose à Jacob Rodrigue Pereire, un partisan de l'oralisation. L'Épée considère que l'énergie qui est mise en œuvre pour acquérir l'articulation de la parole est utilisée au détriment de l'acquisition d'autres connaissances. L'oralisme est alors abandonné, mais fait son entrée à la Faculté de médecine en 1800. L'emploi conjoint des deux méthodes est alors recommandé, puis l'injonction de la « méthode orale pure » est progressivement mise en application. L'oralisme prend le dessus en 1880 avec son adoption au Congrès de Milan, et la langue des signes est interdite dans la majorité des écoles spécialisées (renvoi des enseignants sourds en 1887, fermeture ou conversion forcée des établissements pratiquant la langue des signes). En 1991, la France reconnait officiellement le droit au bilinguisme.
Un siècle après le congrès de Milan, le « réveil sourd » se traduit par un mouvement de revendication de la langue des signes qui s'opère en même temps que la montée des reconnaissances ethniques en Amérique et que les mouvements du droit à la différence qui se développent en France dans les années 1970. La figure emblématique de ce mouvement est Emmanuelle Laborit récompensée du Molière de la révélation théâtrale dans Les Enfants du silence en 1993..
Royaume des Deux-Siciles (Italie du Sud)
En 1832, Andrea De Jorio, un chanoine italien, publie , un ouvrage dans lequel il décrit, analyse et explique la gestualité des Napolitains. Il fait un classement purement alphabétique de leur dénomination en italien, mais donne en fin d'ouvrage des tables des matières par entrées alphabétiques, par explication des planches et par « gestes », ce qui permet une approche formelle et sémantique de ces gestes. Il inclut aussi des tables de références archéologiques et historiques, permettant au lecteur d'avoir une idée complète du geste recherché.
États-Unis