Johannes Brahms, né le à Hambourg. et mort le à Vienne, est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre allemand. Johannes Brahms est l'un des plus importants musiciens de la période romantique. Certains le considèrent comme le « successeur » de Beethoven dont Hans von Bülow qui décrit sa première symphonie (composée entre 1862 et 1876) comme étant Sigmund Gottfried Spaeth, At home with music, 1971, ..
Brahms fait la plus grande partie de sa carrière à Vienne, où il est l'une des figures importantes sur la scène musicale. Il compose pour piano, musique de chambre, orchestre symphonique, voix et chœurs. À la différence d'autres grands compositeurs de musique classique, Johannes Brahms ne compose jamais d'opéra. Étant également un pianiste virtuose, il donne la première audition de beaucoup de ses compositions ; il travaille aussi avec les musiciens célèbres de son époque, dont la pianiste et compositrice Clara Schumann et le violoniste Joseph Joachim. Brahms est un perfectionniste intransigeant qui détruit beaucoup de ses travauxJean-Michel Ferran, Brahms, 1833-1897, 1998, -45. et en laisse quelques-uns non publiés.
Brahms est à la fois un traditionaliste et un novateur. Sa musique utilise largement les structures et techniques de composition des maîtres baroques et classiques. C'est un maître du contrepoint, une méthode de composition rigoureuse pour laquelle Bach est célèbre, ainsi que du développement thématique, un procédé de composition introduit par Haydn, Mozart et Beethoven. Alors que beaucoup de ses contemporains critiquent sa musique, qu'ils trouvent trop académique, ses œuvres sont admirées, par la suite, par des personnalités aussi diverses que le progressiste Arnold Schönberg et le conservateur Edward Elgar Malcolm MacDonald, Brahms, 1990, ..
De 1833 à 1857 Années de jeunesse Johannes Brahms est le descendant d'une famille très ramifiée en Basse-Saxe, dans le Nord de l'Allemagne.. Son père, Johann Jakob Brahms, est artisan de profession et utilise la musique comme gagne-pain. Il joue du cor d'harmonie et, plus tard, de la contrebasse. Il se produit dans des petits ensembles à Hambourg. La naissance de Johannes aurait notamment retardé une représentation de l'orchestre du théâtre de Hambourg, Johann Jakob ayant assisté à l'événement tout en ayant conservé la clef de l'armoire aux partitions dont il était dépositaire, empêchant ainsi celui-ci de jouer.. Il donne ses premières leçons de musique à Johannes, qui, déjà tout jeune, est attiré par tous les instruments de musique. La mère de Johannes Brahms, Johanna Henrika Christiana Nissen, est issue d'une famille pauvre et de vingt ans plus âgée que son mari.
Brahms suit ses premiers cours de piano dès l'âge de sept ans avec Otto Cossel, jusqu'à ses dix ans.. Ce dernier le présente à son ancien professeur, Eduard Marxsen, qui le forme de 1843 à 1853, avec l'ambition d'en faire un virtuose du piano, lui enseignant aussi l'harmonie et la composition.. Il sera marqué à jamais par l'art de Jean-Sébastien Bach, de Wolfgang Amadeus Mozart et de Ludwig van Beethoven. Ses talents de pianiste lui permettent d'honorer, dès l'âge de treize ans, des engagements dans les tavernes de Hambourg. Ses dons pour la composition sont visibles dès ses jeunes années : ses pièces pour piano Fantaisie sur une valse populaire qu'il a composées en 1849 illustrent cette virtuosité. Plus tard, Brahms confie. :
En 1847, épuisé par ce travail constant pour lui et pour les autres, il est envoyé à la campagne pour s'y reposer. C'est là qu'il découvre la littérature. Il est toujours prêt à dépenser un sou chez le brocanteur pour acheter un livre : Sophocle, Dante, Cicéron, Le Tasse, Alexander Pope, Jean Paul, Klopstock, Lessing, Goethe, Schiller, Eichendorff, Adelbert von Chamisso… et également l'histoire de la belle Maguelone et du chevalier Pierre, que plus tard il mettra en musique..
Le , il donne son premier concert, qui inclut une fugue de Bach. Un deuxième concert suit le : Brahms y joue la sonate opus 53 de Beethoven et des variations de sa composition. La critique commence à le remarquer en lui reconnaissant un talent peu ordinaire..
Brahms a développé un art qui lui est propre : il a publié ses premières œuvres en utilisant souvent un pseudonyme (G. W. Marcks, Karl Würth) et en donnant un nombre plus élevé à ses numéros d'opus. Au début, il compose exclusivement des œuvres pour piano et plus tard, il demandera de l'aide à des amis plus expérimentés pour composer ses premières œuvres pour orchestre. Il fait la connaissance de la pianiste Louise Japha, une élève de Robert Schumann.
En 1853, Brahms a vingt ans ; il rencontre le violoniste hongrois Ede Reményi, à qui il doit son premier contact avec la musique tzigane.. Avec lui, il effectue une tournée en Allemagne du Nord, ce qui lui permet de faire la connaissance, à Hanovre, du violoniste Joseph Joachim, âgé de vingt-deux ans, qui a déjà conquis le public berlinois avec le concerto de Beethoven. Ce dernier fait la remarque suivante sur Brahms. :
Joachim conseille à Brahms de s'adresser à Franz Liszt qui, à cette époque, est chef d'orchestre à la cour de Weimar. La légende voudrait que Brahms se soit endormi pendant que Liszt exécutait sa célèbre Sonate en si mineur., mais cette anecdote émane de sources peu sûres. Elle fut consignée, trente-cinq à quarante ans plus tard, par le virtuose américain William Mason (dont l'exactitude des propos n'a jamais été la plus grande vertu). Le biographe officiel de Brahms, Max Kalbeck, tout comme son homologue français Romain Goldron réfutent cette version des faits, ainsi que la supposée brouille entre Liszt et Brahms. Ce dernier confiera même, au poète Klaus Groth, à propos de son aîné :
Liszt promet à Brahms de le mentionner dans une lettre à l'éditeur Breitkopf & Härtel. Cependant, le jeune compositeur ne se trouve que peu d'affinités avec les théories musicales progressistes de Liszt. Il prend congé de ce dernier. Il écrit alors une lettre à Joseph Joachim, datée du , dans laquelle il lui demande de le rejoindre à Göttingen. Là-bas, le violoniste l'introduira dans son cercle d'artistes et de musiciens. Cette période heureuse et insouciante, pleine de rencontres, inspirera à Brahms son Ouverture pour une fête académique. Joachim et Liszt persuaderont Brahms de rendre visite à Robert Schumann qui est directeur de musique à Düsseldorf.
Nouveaux chemins Nouveaux chemins (Neue Bahnen) paraît le dans le journal Nouvelle Gazette musicale (Neue Zeitschrift für Musik) fondé par Robert Schumann et distribué à Leipzig. C'est le premier article sur Johannes Brahms. Schumann écrit :
Schumann demande à l'éditeur Breitkopf & Härtel de publier quelques œuvres de Brahmstome I, .. Son engagement personnel pour Brahms a permis de le rendre très rapidement célèbre en Allemagne. L'article, au retentissement important, sera un lourd fardeau pour ce jeune homme de vingt ans. Beaucoup de mélomanes veulent l'entendre, voir ses notes, ou en savoir plus sur son talent. Cet empressement effraie Brahms : dans une lettre à Schumanntome I, ., il exprime son appréhension de ne pas pouvoir répondre à toutes les attentes du public. Après une autocritique sévère, il brûle même quelques-unes de ses œuvres.
Une très chère amie thumb|alt=photo : brahms|Johannes Brahms vers 1853. thumb|alt=partition|Johannes Brahms, Variations sur un thème de Robert Schumann, op. 9. Variation X, mesures 30-32. thumb|alt=photo : Clara Schumann|Clara Schumann vers 1853.
À Düsseldorf, Brahms fait la connaissance de Robert Schumann et de son épouse Clara. Mère de six enfants, elle est de quatorze ans plus âgée que Brahms qui a déjà acquis une réputation européenne, et elle le fascine. À la suite de l'aide apportée par Robert Schumann à la publication de ses œuvres pour piano, Brahms écrit à son mentor :
Après l'internement de Robert Schumann dans un hôpital psychiatrique à Endenich, près de Bonn, les liens entre Clara Schumann et Brahms s'intensifient. Ils vivent dans la même maison à Düsseldorf. Les échanges d'idées avec Clara et Robert Schumann transparaissent dans ses variations pour piano, op. 9 sur un thème de Robert Schumann, qui a pu les écouter à Endenich et les a trouvées magnifiques. Dans les mesures 30–32 de la dixième variation apparaît, dans la voix du milieu, un thème de Clara, que Robert Schumann avait également repris dans son op. 5. Entre 1854 et 1858, Clara Schumann et Brahms échangent de nombreuses lettres, témoignages qu'ils se sont ensuite accordés à détruire presque entièrement. Il nous reste encore aujourd'hui quelques lettres de Brahms ; elles reflètent l'image d'une passion grandissante. Au début, il lui écrit (), (), puis (), et finalement (), et à la fin (). Dans une lettre du , il écrit soudainement :
Lui, le plus jeune qui n'avait pas osé suggérer le tutoiement, y est à présent confronté. Il s'habituera progressivement à cette intimité. Dans une lettre du , il écrit très clairement :
Cette lettre sera la dernière avant l'évènement prévisible et pourtant soudain qui bouleversera la nature même de leur liaison : le décès de Robert Schumann le . En octobre de la même année, Brahms, qui nourrit encore l'espoir de pouvoir consoler Clara pendant cette période de deuil, devra pourtant se résigner. Elle s'éloigne peu à peu de lui. Les lettres échangées perdent de leur passion. Le , Brahms finira par résumer ainsi dans une de ses missives :
Par la suite, Brahms restera en liaison avec Clara toute sa vie durant. Il lui écrit ainsi en 1896, peu avant sa mort :
Pendant toute la période de la maladie de Schumann, Brahms réside à Düsseldorf. Il étudie beaucoup, imposant un programme strict à Joachim et à lui-même.. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il étudie le contrepoint. Il se procure des œuvres de Jean-Sébastien Bach, comme lArt de la Fugue, et des volumes d'œuvres de Roland de Lassus et de Palestrina et se met à composer pour quatre et six voix. Il est un des rares musiciens de son époque à attacher cette importance à cet art ancien au style sévère..
De 1857 à 1875 Entre Detmold et Hambourg thumb|upright=1.1|alt=photo : Brahms et Strauss|Johann Strauss (fils) et Brahms en 1894. thumb|alt=photo : buste de Brahms|Buste de Brahmsdans le parc du château de Detmold.
En 1857, Brahms commence la composition du Requiem allemandJohannes Brahms : ein deutsches Requiem.
La même année, Brahms occupe les fonctions de professeur de musique à la cour du Prince Léopold III de Lippe. Dans le même temps, il occupe le poste de directeur de la Société de Chant à Detmold.. Il y reste pendant deux ans, composant deux sérénades pour orchestre ainsi que son premier concerto pour piano opus 15 en ré mineur, pour lequel Joseph Joachim lui donne des conseils d'orchestration. Il est souvent interprété comme le reflet de sa passion vaine pour Clara Schumann ; leur histoire venant tout juste de se terminer. Il sera joué pour la première fois, le à Hanovre puis, le 27 du même mois, à Leipzig, sans toutefois récolter le succès espéré. Brahms qui ne cache pas sa déception, entreprend de composer une seconde œuvre qui sonnerait tout à fait différemment, ce qu'il fera vingt-deux ans plus tard, en composant son deuxième concerto pour piano en si bémol majeur op. 83.
Pendant son séjour à Detmold, il compose également des sérénades pour orchestre, des lieder, dont Unter Blüten des Mai's spielt'ich mit ihrer Hand. Ce lied évoque une autre rencontre, celle d'Agathe von Siebold.