L'église Saint-Denis est une église catholique paroissiale située à Rieux, dans le département de l'Oise, en France. Comme l'église voisine Saint-Martin de Cinqueux, le manque de moyens et le défaut d'entretien depuis le début du ont eu comme conséquence la destruction de certaines de ses parties, en l'occurrence les bas-côtés et la pyramide en pierre ayant couronnée le clocher. La nef, d'abord condamnée en raison de son mauvais état, est finalement transformée en mairie-école en 1867 et 1870, et sert aujourd'hui de logement. Depuis, l'église proprement dite se résume au chœur gothique du et à l'ancien transept partiellement roman du premier tiers du . Existe aussi une ancienne chapelle de la fin du , transformée en sacristie. Ce sont le chœur-halle de trois travées de dimensions identiques, avec quelques sculptures fort curieuses, et les éléments romans du transept, avec des chapiteaux historiés d'une facture archaïque et des voûtes en berceau authentiques, qui font l'intérêt principal de l'église. Elle possède également trois fenêtres gothiques avec un remplage rayonnant très élaboré, et la base d'un clocher octogonal roman. L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du . Elle est affiliée à la paroisse de Tous les Saints du Creillois-Nord.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Rieux, rue Joseph-Havy (RD 75), près de la limite orientale du village. L'église est bordée par la place de l'Église à l'ouest et au sud, et le chevet est partiellement visible depuis la rue, alors que seulement une étroite ruelle reste libre au nord.
Historique thumb|left|Ce chapiteau roman d'une facture naïve est le plus caractéristique de l'église.
La paroisse de Rieux a toujours dépendu du diocèse de Beauvais, et sous l'Ancien Régime, elle fait partie du doyenné de Pont-Sainte-Maxence. Au , elle appartient, tout comme la seigneurie de Rieux, à l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Son abbé, Lambert, en confie la protection au comte Raoul I de Clermont en 1190, moyennant le versement d'un cens annuel de deux muids d'avoine par hôte. Rieux devient ainsi une avouerie. Plus tard, après la vente du comté de Clermont à la couronne, le village devient le siège d'une mairie royale avec un ensemble de treize fonctionnaires, et neuf autres localités sont situées dans la circonscription de cette mairie, ce qui confère une certaine importance à Rieux. C'est sans doute la raison pour l'édification d'un nouveau chœur de l'église au , alors que la population ne dépasse pas les deux cents personnes. L'église Saint-Denis est alors une église romane bâtie au premier tiers du , avec une abside et deux absidioles de petites dimensions, qui ne satisfont plus les besoins de représentation, ici comme ailleurs..
L'histoire de l'église n'a pas laissé de traces dans les documents jusqu'au début du . Seulement l'étude archéologique du monument permet d'en retracer l'évolution. Trois piliers de la croisée du transept du premier tiers du existent toujours, avec leurs chapiteaux en partie romans : ceux du nord-ouest, du sud-ouest et du sud-est. Le pilier du nord-est a été remplacé par un massif de maçonnerie à une époque indéterminée, et la voûte d'ogives actuelle de date que du . Elle a dû remplacer une voûte d'arêtes, car aucun chapiteau roman ne correspond aux nervures de la voûte d'ogives, qui retombent sur des culs-de-lampe situés au-dessus des chapiteaux. Les croisillons peuvent être contemporains de la croisée, ou un peu plus récents. En tout cas, les arcs brisés règnent partout, ce qui ne permet pas une datation beaucoup avant 1130. L'arcade faisant communiquer la croisée avec le chœur subsiste encore d'origine et prouve, s'il en est besoin, qu'un chœur roman a bien précédé la construction du . L'arcade entre le croisillon sud et le chœur a été modifiée, mais les piédroits restent authentiques, et prouvent à l'instar de l'arcade murée visible dans le croisillon nord que des absidioles ont bien existé. Leur forme et leur plan restent néanmoins en suspens. Quant à la nef romane, des vestiges et notamment la façade occidentale en subsistent.. thumb|upright|left|Cette baie bouchée à l'est du clocher aurait desservi les combles de l'abside romane.
La construction du nouveau chœur, à une période non clairement déterminée du , nécessite la démolition du chœur et des absidioles romans. Au également, l'arcade entre la croisée et le croisillon sud est refaite. À la fin du même siècle, le croisillon sud est prolongé vers le sud par une petite chapelle. Le remplage de l'unique fenêtre, côté sud, est toutefois datable du . L'église possède dans l'ensemble au moins trois chapelles, comme l'on peut le conclure des trois chapellenies attestées : celles de Saint-Michel, de Notre-Dame-de-Pitié et de Saint-Pierre. Il est à présent impossible de déterminer sous quel vocable est placée la chapelle du sud. L'une des deux autres chapelles doit correspondre au croisillon nord du transept, isolé du chœur. En 1537, le siège de la mairie royale est transféré à Brenouille. La première chapellenie est dissoute en 1619 ; les deux autres sont à leur tour réunies à la cure en 1644 par décision de l'évêque et sur la demande du curé, qui a besoin de leurs revenus pour faire des travaux. Ces revenus sont assez modestes. — Rien n'est connu sur le destin de la paroisse et de l'église sous la Révolution française, tout juste le nom du curé de lors est-il connu : François-Antoine Boulanger, en poste depuis 1764. Le village appartient alors au marquisat de Liancourt.. thumb|L'ancienne nef.
L'église ne connaît que des remaniements mineurs entre le et le début du , quand ses parties occidentales se trouvent en mauvais état. Une suite de décisions est prise, qui visent à une réduction progressive de l'église, plus qu'à sa restauration. En 1815, les bas-côtés de la nef, qui ne sont par ailleurs ni voûtés ni même dallés, menacent ruine et sont démolis, sans être remplacés. Les grandes arcades sont bouchées et la nef continue de servir pendant une quarantaine d'années encore, mais son état se dégrade, et en 1857, la commune décide de l'abandonner. Elle n'est pas encore officiellement désaffectée au culte, mais un mur est construit sous l'arcade occidentale de la croisée du transept, et l'autel est déplacé devant le mur septentrional du chœur. Si la commune n'a pas pu se résoudre de faire réparer la nef, elle procède au moins au redallage du chœur en la même année. En 1862, le conseil municipal décide d'aménager l'école dans l'ancienne nef, mais elle appartient toujours au diocèse. Le de l'année suivante, l'évêque de Beauvais, Joseph-Armand Gignoux, émet toutefois un avis favorable à son aliénation. Sa récompense est le titre de « bienfaiteur de la commune » décerné à l'occasion. Les travaux de transformation en école se font encore attendre pendant quatre années, jusqu'en 1867. Trois ans plus tard, l'autre moitié de la nef est quant à elle transformée en mairie, et l'étage (car un plafond intermédiaire a été construit) accueille le logement de l'instituteur. La solidité du clocher pose encore souci : sa flèche en pierre est abattue en 1872 et remplacée par un toit recouvert d'ardoise.. L'on ne peut s'empêcher de voir un parallèle des destins avec l'église Saint-Martin de Cinqueux distante de trois kilomètres environ, et qui a également fait les frais du manque de moyens au . L'église Saint-Denis est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .
Description thumb|upright|Plan de l'église.
Aperçu général
L'église Saint-Denis n'est plus complète. Sa nef de quatre travées a été désaffectée au culte et a perdu ses bas-côtés. L'église se résume aujourd'hui à un chœur-halle de trois travées, de largeur et de hauteur identiques, et à l'ancien transept, dont la croisée porte le clocher. Le chœur n'a pas été aligné sur l'axe de la nef et de la croisée du transept, et il ne communique donc qu'avec la croisée et le croisillon sud. Le croisillon nord a été transformé en chapelle. À l'angle entre le croisillon sud et le collatéral sud du chœur, une chapelle aujourd'hui servant de sacristie a été ajoutée, ne faisant que légèrement saillie devant la façade méridionale en raison du désaxement déjà évoqué. Les trois travées du chœur sont voûtées d'ogives, et la croisée du transept et la chapelle également, alors que les croisillons sont voûtés en berceau. Le petit portail principal se situe à gauche de la façade méridionale du chœur. Un portail néoroman se situe à l'ouest du croisillon sud, dans un mur moderne remplaçant l'arcade ouvrant dans le bas-côté sud disparue. L'ancien portail occidental ne dessert, bien entendu, plus l'église mais les logements aménagés dans l'ancienne nef. Le chœur présente des pignons au sud et au nord et est donc recouvert par un toit à deux rampants : aucun pignon n'existe donc du côté du chevet. Les croisillons et la chapelle du sud sont recouverts par des toits en appentis s'appuyant contre le toit du chœur. Au-dessus de la croisée du transept, se dresse le clocher octogonal aujourd'hui tronqué.
Intérieur Croisée du transept thumb|upright|Croisée du transept.
La croisée du transept est la partie la plus ancienne de l'église, mais comporte néanmoins des éléments de quatre époques différentes. Initialement, quatre arcades en tiers-point similaires s'ouvraient dans les croisillons, la nef et l'abside. Chacune reposait sur deux gros chapiteaux. Il n'y avait pas d'autres chapiteaux, la voûte d'arêtes n'en ayant pas besoin, et les arcades simplement formées par deux rangs de claveaux et des piédroits chanfreinés n'étaient pas secondées par des doubleaux. Seulement deux de ces arcades subsistent d'origine, celle vers la nef, murée depuis 1857, et celle vers le chœur, qui retombe toutefois au nord sur un massif de maçonnerie moderne. Ne restent donc que trois chapiteaux romans, reposant sur des demi-colonnes de de diamètre. Leurs tailloirs simplement chanfreinés sont décorés d'entrelacs, des losanges recoupés et des rectangles guillochés. Le chapiteau au sud de l'arcade orientale présente un cheval, dont les deux yeux sont placés du même côté de la tête, et la queue passe entre les jambes battre le flanc droit. De l'autre côté du même chapiteau, l'on voit un oiseau tenant entre ses pattes un poisson deux fois plus grand que lui. Un chapiteau semblable se trouve dans le déambulatoire de l'abbatiale de Morienval, et le motif existe également sur les fonts baptismaux de la . D'après Eugène Müller, ces chapiteaux qu'il qualifie de sauvages sont simplement l'œuvre d'un débutant, et il serait vain d'en chercher une interprétation : le symbolisme ne serait pas partout, et le sculpteur de l'époque aurait pris plus d'initiative que le maçon d'aujourd'hui. — Le chapiteau à gauche de l'arcade occidentale montre une tête d'angle, et celui à droite de la même arcade des volutes d'angle ; l'on ne s'est pas gêné pour obstruer la moitié de ces chapiteaux par le mur condamnant la nef. Dans les années 1840, Eugène Woillez a relevé les bases des colonnes ; une seule parmi elles subsiste et présente deux boudins superposés. L'arcade méridionale du est secondée par des doubleaux et retombe ainsi sur deux faisceaux de trois colonnettes, aux chapiteaux de crochets d'un style très pur. Les bases ont toutes été refaites. L'arcade septentrionale est moderne, exception faite d'un vestige de tailloir à sa droite. La voûte d'ogives du , à formerets, atteint une hauteur de au niveau de sa clé de feuillages. Les ogives retombent sur des culs-de-lampe également décorés de feuillages...
Croisillons et chapelle thumb|upright|Transept, vue sud-nord.