Les Salyens, appelés aussi Salluviens (en latin Salluvii), formaient une confédération localisée dans la majeure partie de la basse-Provence et dont la capitale était Entremont sur l'actuelle commune d'Aix-en-Provence.
Histoire Au même titre que les Ligures, on ne sait que peu de choses sur cette alliance politique et de nombreuses théories courent à son sujet. Les chercheurs modernes, en se basant sur les sites de fouilles et les récits des anciens grecs et romains, qualifient généralement les Salyens, soit de Ligures, soit de Celtes, soit comme une alliance entre peuples celtes et ligures qualifiée de « Celto-Ligures ».
Les sites de fouilles sont nombreux dans la Provence rhodanienne, réputée celtique ou celtisée, alors que dans la Provence orientale, réputée « ligure », les informations manquent de cohésion. Toutefois, pour Florence Verdin, « En dépit de ces constatations, certains traits culturels, liés aux pratiques architecturales ou aux productions de mobilier, semblent réellement propres à chacune de ces zones. ». La bassin d'Aix-en-Provence semble être « une zone de contact ». .
Ethnonymie
Le nom de Salyens est parfois orthographié Salliens.
Origine ethnique
L'origine des Salyens est variable selon les auteurs, qu'ils soient anciens (grecs et romains), modernes (historien et romancier) et contemporain (historien et archéologue), Provençaux ou Français.
Thèse de l'origine celtique :
Cette approche qualifie généralement les Salyens comme une alliance de peuples Celtes ou Celtes périphériques. Dominique Garcia défend la thèse que les Ligures seraient des populations celtes « C’est donc probablement à partir de la deuxième moitié du s. av. J.-C., lorsque les explorateurs commerçants grecs abordent les côtes du golfe du Lion, que les populations de la Méditerranée nord occidentale seront qualifiées de Ligures tandis que l’espace abordé sera nommé la Celtique. Ce dernier terme sera étendu, petit à petit, à une très grande partie de l’Europe centrale et occidentale. ». Il qualifie d'ailleurs cet espace de « celtique périphérique » et de « Gaule méditerranéenne »Dominique Garcia, Les Celtes de Gaule méditerranéenne. Définition et caractérisation., p.73, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00102133/document. Dominique Garcia ajoute, en citant Strabon, que « Les anciens Grecs appellent Ligures les Salyens, et Ligurie la région qu’occupent les Massaliètes ; les Grecs postérieurs les nomment Celto-Ligures, et leur attribuent en outre la plaine jusqu’à Luério (le Luberon) et jusqu’au Rhône.» Logiquement, Strabon “actualise” des données plus anciennes. Il nous dit que les Salyens, maintenant reconnus comme tels, étaient anciennement inclus sous l’appellation de “Ligures”, et que c’est le terme de “celto-ligure” qui est utilisé par les Grecs de son temps (Arnaud 2001 ; Bats 2003). La dénomination “celto-ligure” a souvent été interprétée comme une notion de mélange. Cet aspect a fréquemment été exploité par certains auteurs modernes voulant appuyer l’hypothèse que, durant le deuxième âge du Fer, les populations de “souche ligure” ont été enrichies d’importants apports humains et culturels de la part des Celtes dits historiques. Or, il semble en l’occurrence, et sans en faire une règle absolue, qu’ici le premier élément du nom a valeur d’un adjectif, le second d’un substantif qui seul désignerait l’origine ethnique. Les Celto-Ligures seraient donc les Ligures de la Celtique. »Dominique Garcia, Les Celtes de Gaule méditerranéenne. Définition et caractérisation., p.70, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00102133/document .
Thèse de l'origine non celtique (non gauloise) :
Cette approche qualifie généralement les Salyens comme une alliance de peuples Ligures non considérés comme gaulois, ni comme appartenant à la Gaule celtique. Selon les auteurs, les propos varient et les Ligures de Provence, dont les Salyens peuvent être considérés comme des peuples non indo-européens ou pré-celtique qui ont été celtisé ou simplement comme des peuples à part du monde celtique. Pour Joël Schmidt, les Salyens sont un peuple « non gaulois »Joël Schmidt, Les Gaulois contre les Romains, 2004, p. 136. qui habitaient au sud-est de la Provence dans la vallée de la Durance.
Thèse de l'origine celtique et non celtique :
Cette approche qualifie généralement les Salyens comme une alliance de peuples Celtes ou celtisés (anciennement Ligures) et de peuples Ligures. Pour Florence Verdin, « La séparation entre population ligure et population celtisée se situerait par conséquent dans la région du bassin d'Aix. On retrouve ainsi la bipartition [architecture, matériaux, etc.] déjà mise en évidence précédemment. C'est cette situation linguistique et culturelle complexe que semblent refléter les témoignages des auteurs antiques qui qualifient les Salyens tantôt de Ligures, tantôt de Celtes ou de Celto-Ligures (Barruol 1969). Cette apparente confusion reflète sans doute la mobilité des différents groupes humains dont il convient de mieux définir l'emprise géographique. Plusieurs éléments permettent de localiser assez précisément le territoire des Salyens. Dans le passage où Strabon aborde l'appartenance ethnique de ceux-ci (IV, 6, 3), il est dit que les Salyens ligures, dont parlent les anciens auteurs, habitent la région occupée par les Marseillais alors que les Salyens celto-ligures, mentionnés par les auteurs les plus récents, possèdent "en plus" la région des plaines situées entre le Rhône et le Luberon. Dans le même passage, Strabon précise que « les Salyens habitent l'arrière du littoral d'Antibes jusqu'à Marseille et même un peu au-delà ». Il semblerait que l'auteur témoigne là, de façon confuse, d'une extension progressive du territoire des Salyens. À l'origine, ce peuple de souche ligure occupait l'arrière-pays d'Antibes jusqu'aux environs de Marseille, puis - au s. av. J.-C. ? -, il se serait étendu vers l'ouest et vers le nord, jusqu'au Rhône mentionné auparavant comme limite (IV, 1 , 11), englobant des peuplades celtisées de Provence occidentale. ». . Florence Verdin dit cependant qu'il existe une proximité entre les peuples du nord et du sud de la Gaule : « Les recherches archéologiques de ces vingt dernières années ont, au contraire, insisté sur la parenté des sociétés indigènes de l'ensemble du Midi de la Gaule, quitte à les opposer de façon un peu artificielle à celles de Gaule intérieure. Or, la multiplication des études micro-régionales amène à nuancer ce point de vue en démontrant d'une part, l'existence d'affinités évidentes entre "Gaulois du Midi" et "Gaulois du Nord", d'autre part, en mettant progressivement en évidence des faciès culturels beaucoup plus variés au sein de chaque région. ».
Jean-Louis Brunaux fait quelques remarques sur les Ligures dans son livre « Les Celtes : l'histoire d'un mythe » : « On prend conscience, quand on constate que des néologismes ambigus se répandent un ou deux siècles avant notre ère : Celtibères, Celtoligures, Gallo-Grèce. Il semble que ces appellations mixtes répondent à un besoin d'explication ethnographique qu'elles ne parviennent cependant pas à satisfaire. Qui étaient ces populations souvent situées en marge, à des confins territoriaux ? se demandent les historiens et géographes grecs. Ce sont, répondent-ils, à la fois des Celtes et des Ibères, des Celtes et des Ligures, des Galates et des Grecs. Mais alors que signifie ce "à la fois" ? Qu'est-ce qui lie ces grands ensembles ethniques parfois différents ? La réponse n'est jamais données parce qu'elle obligerait les utilisateurs de ces formules passe-partout à revenir sur les notions de Celtes, d'Ibères, et de Ligures et révélerait leur faiblesse en termes d'analyse ethnographique. ». « À l'Est, la situation était plus confuse encore : le Rhône avait longtemps séparé les Celtes des Ligures, mais des peuples étaient passés à l'Ouest, et d'autres, tels les Salyens d'Aix-en-Provence, étaient seulement dits « celto-ligures ». Et, si l'on allait par là, on se rendait compte que les Pyrénées ne formaient pas la frontière que l'on répétait de façon un peu automatique : au sud des Pyrénées des Celtes avaient pénétré dans la péninsule ibérique mais n'avaient pu, comme leurs congénères en Cisalpine, établir un territoire celtique ; là encore, ces populations étaient qualifiées probablement d'une appellation mixte, celtibères. ».
Expansion géographique
Le territoire des Salyens correspond généralement aux départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, du Var, des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence à la fin de la protohistoire.
La confédération comprend entre autres, les Ségobriges, les Avatiques, les Tricoriens, les Anatilii. Selon Étienne Garcin, leur territoire s'étendait d'Arles à Marseille et avait pour capitale Entremont qui est proche de l'actuel Aix-en-ProvenceÉtienne Garcin, Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne, p. 421..
Cette « alliance » comprenait les Ligures établis entre le fleuve Var, le Luberon et le Rhône. Elle constituait vraisemblablement l'entité la plus importante de Provence au , jusqu'à la conquête romaine de la Narbonnaise (vers ).
Vallée de l'Arc Baou de l'Agache à Belcodène ; Entremont, « ville » (?) des Salyens (commune d'Aix-en-Provence) ; Le Pain de munition à Pourrières ; Roquepertuse, sur la commune de Velaux (site traditionnellement associé à un sanctuaire) ; Oppidum du Mont Olympe, à Trets où « le site a été occupé au premier âge du Fer (céramique grise monochrome, amphore massaliète) et au deuxième âge du Fer (campanienne A, amphore italique) ». ; Oppidum des Tritolii, sur la commune de Lambesc (oppidum, établissement de plaines, lieux de cultes). Oppidum dit « Camp de Marius », sur la commune de Ventabren, au-dessus de l'aqueduc de Roquefavour Alpilles Glanum ou Glanon, « ville » des Glaniques (commune de Saint-Rémy-de-Provence). Arrière-pays de Marseille Oppidum de la Cloche (commune des Pennes-Mirabeau) ; Oppidum du Baou roux (commune de Bouc-Bel-Air). Oppidum de la Test de L'Ost Pourtour de l'étang de Berre Martigues (quartier de l'île), « ville » des Avatiques ; Habitat protohistorique de Saint-Pierre-les-Martigues ; Marignane, habitat protohistorique de Notre-Dame-de-Pitié ; Habitat protohistorique de l'Arquet ; Habitat protohistorique de Tamaris ; Oppidum de Saint-Blaise (commune de Saint-Mitre-les-Remparts) ; Site de Constantine (commune de Lançon-Provence). Vallée du Verdon et haute Provence Riez, « ville » des Riei (Alpes-de-Haute-Provence). Ouest varois Oppidum de la Courtine (Ollioules) ; Oppidum du Gaou (Sanary-sur-Mer).
Histoire Formation de la confédération salyenne
La confédération des Salyens ne se forma probablement qu'à la fin du , à partir de la réunion des « Celto-Ligures » de Provence autour de centres proto-urbains, placés sous le contrôle soit d'une aristocratie mêlée, soit d'aristocratie préexistante juxtaposée dont le pouvoir s'était renforcé et concentré. Auparavant, les Ligures étaient les seuls habitants indo-européens au sud des Alpes et ses rivages méditerranéens. La puissance ligure qui contrôle le passage des Alpes méridionales et engendre parfois une piraterie maritime est connue dès le
L'arrivée de peuplades gauloises peu nombreuses et éparses entre -900 et -500, et surtout dans la vallée du Rhône, a donné naissance à une civilisation celto-ligure, dont les Salyens sont une émanationHistoire d'une ville. Aix-en-Provence, Scéren, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, Marseille, 2008, .. Pour expliquer cette évolution, plusieurs hypothèses ont été formulées, parmi lesquelles il faut citer celle d'un effet des tensions causées par la pression de Massalia, l'antique Marseille. .