La formule Empire perse désigne une série d’États qui se sont développés à partir du territoire de l’actuel Iran, dont le centre politique et culturel se trouve dans ce qu'il est convenu d’appeler la Perse, exonyme tiré du mot iranien Pārs ou Fārs désignant la région du centre-sud de l’Iran.

Le plus vaste de ces États est entre 520 et 333 avant notre ère l'Empire achéménide (Xšāça), qui s'étend de la Thrace au nord-ouest à l’Inde au sud-est et de l’Égypte au sud-ouest à l’Asie centrale au nord-est, dont les souverains Cyrus le Grand, et sont les plus connus.

Au , sous la dynastie sassanide, apparaît le mot Ērān ou Ērānšahr, qui signifie « pays des Aryens », traduit aussi par « pays des Iraniens ». Ērān, cité dans l’Avesta, est un terme indo-iranien de la période védique qui signifie « le meilleur » et a été utilisé comme endonyme par les aristocrates Indo-Iraniens (fait très courant historiquement : en celte aussi kelt signifie « le meilleur » et en grec aristocrate signifie « pouvoir des meilleurs »). Ērān a aussi été utilisé par les Indiens antiques pour se référer à la région géographique connue sous le nom d’Āryāvarta ou « Aryanie », à cheval sur les actuels Iran et Afghanistan ; c’est aussi l’étymologie de la région appelée Haryana en IndeCes faits font consensus chez tous les chercheurs et n’ont rien de commun avec les légendes et les dogmes politiques discriminants qui utilisent le terme « Aryens » dans des sens non-scientifiques.. Ērān est la source étymologique du nom de pays Iran et de la désignation des langues iraniennes.

À l'étranger, le nom de « Perse » est utilisé pendant encore une décennie après que le chah Reza Pahlavi a changé par décret en 1935 le nom du pays en « État impérial d'Iran ». Un décret du 31 décembre 1934 remplace le nom de « Perse », utilisé alors en Occident, par celui d'« Iran ». ; la forme monarchique de l'État perdure jusqu’en 1979.

Vue d'ensemble

La forme monarchique des États « perses » successifs perdure jusqu'en 1979 et la Révolution iranienne, soit 2531 années d'existence sans compter la période mède antérieure. Mais le terme « Perse » est, comme son homologue irakien « Mésopotamie », plus géographique qu'historique, tant est grande la diversité des États qui se sont succédé dans ce vaste périmètre. Tous n'ont pas eu une élite « perse », notamment après la conquête de l'Empire achéménide par le roi de Macédoine Alexandre le Grand au , par les Parthes dans la seconde moitié du , par les Arabes musulmans au , par Gengis Khan au et par Tamerlan au . Mais, de même que la langue et la civilisation chinoises ont absorbé les conquérants de la Chine, les « Perses » ont « iranisé » leurs conquérants, tout en s’imprégnant de leurs cultures, notamment sur le plan religieux lorsqu’ils ont adopté l’islam au . Ils continuent aujourd’hui à parler le persan, et une petite minorité célèbre encore les fêtes zoroastriennes, ancrées dans le patrimoine culturel au fil des sièclesCollectif, « De la Mésopotamie à la Perse », Encyclopædia Universalis, coll. « La grande histoire des civilisations », 1999..

La Perse achéménide

Au le plateau iranien est peuplé par les Mèdes au nord-ouest et par les Indo-Iraniens (ou Aryens) au nord-est et dans le Fars.

Le royaume mède (750-552) Autour de 750 , dans le nord-ouest de l'actuel Iran, Déjocès fonde le premier royaume mède, dont la capitale est Ecbatane.

En 612 av. J.-C., les Mèdes s'emparent de Ninive, provoquant la chute de l’Empire assyrien. La « Perse », au sud, est une région vassale du royaume mède, dont elle est culturellement et linguistiquement proche. Les Grecs donneront longtemps aux Perses le nom de « Mèdes ».

Le règne de Cyrus le Grand et le début des Achéménides (552-529) L'histoire de l'Empire perse proprement dit commence en 552 av. J.-C. lorsque la Perse devient un royaume indépendant sous le roi , véritable fondateur de la dynastie achéménide. Celui-ci est désormais l'égal des Mèdes, mais il reste leur allié fidèle, et c'est ensemble qu'ils vont construire un empire qui va s'étendre à tout le Moyen-Orient, de la mer Égée et de l'Égypte à l'ouest jusqu'à l'Inde et à l'Afghanistan à l'est.

En 538 av. J.-C., selon la Bible, Cyrus II conquiert Babylone et met fin à l'exil des Juifs en MésopotamiePlusieurs livres bibliques parlent de l'exil des Juifs à Babylone : 2 Rois et 2 Chroniques, qui se terminent par l'Exil ; Esdras et Daniel, qui commencent par l'exil et racontent la suite, avec Néhémie, et les prophètes Jérémie et Ezéchiel, qui le vivent l'un à Jérusalem l'autre à Babylone ; les Lamentations, qui témoignent de la catastrophe sur place, tandis qu'Aggée et Zacharie vivent le retour. Le Psaume 137 (136) y fait explicitement référence..

Cyrus, mort en 528, a pour successeur jusqu'en 522.

Le règne de Darius (522-486) et la première guerre médique Le mage Gaumata usurpe le pouvoir se faisant passer pour Bardiya, frère du défunt, mais il est exécuté par des généraux menés par Darius.

Durant son règne, une voie royale pavée de et pourvue d'auberges (hānh) et de fortins (adghān) situés à une journée de marche les uns des autres, est construite entre Suse et SardesPierre Debord, « Dans les pas des dix-mille » et « Les routes royales en Asie Mineure Occidentale » in : Pierre Briant (dir.), Pallas n° 43, 1995, p. 89-97 - .. Elle sert durant les guerres contre les Grecs.

En 490, l'armée perse est battue à Marathon, à 40 km d'Athènes, par une coalition de Grecs.

Il meurt quatre ans plus tard et Xerxès lui succède.

Xerxès (486-465) et la seconde guerre médique En 482, Xerxès fait face à une révolte à Babylone. Il fait détruire les temples de la ville, notamment l'Esagil.

Il se rend ensuite à son tour en Grèce pour la deuxième guerre médique, accompagné d'une flotte en grande partie fournie par les cités grecques d'Ionie vassales des Perses et par les Phéniciens.

En 480, il bat les Spartiates aux Thermopyles, ce qui lui ouvre la route vers Athènes et l'Attique qu'il ravage. Mais les Grecs détruisent la flotte perse à Salamine et Xerxès doit battre en retraiteEn 472 , dans sa pièce Les Perses, Eschyle présente au public athénien la bataille de Salamine vue du côté perse.. L'armée perse est battue sur terre à Platées en 479.

Xerxès est assassiné en 465 ; son fils Artaxerxès lui succède.

Le

En 459, les Grecs, après avoir aidé les Égyptiens qui se sont insurgés contre la domination perse, sont mis en fuite et se barricadent dans une île du delta du Nil. La paix de Callias intervient après dix ans de guerre. Elle se conclut par un traité de paix entre les cités grecques, dont Athènes, et les Achéménides.

L'Égypte recouvre une forme d'indépendance en 404.

Artaxerxès II et Artaxerxès III (401-338)

En 401, bat son frère Cyrus le Jeune à Counaxa. La guerre à l'ouest reprend.

Tissapherne, satrape de Lydie et de Carie est vaincu en 396 par , roi de Sparte. Les Achéménides, Sparte et leurs alliés grecs respectifs signent en 386 la paix d'Antalcidas ou « paix du Roi », reconnaissant les droits d'Artaxerxès sur toute l'Asie et Chypre, les droits d'Athènes sur les îles de Skyros, d'Imbros et de Lemnos, et l'autonomie des îles grecques et des cités ioniennes.

Plusieurs satrapes entrent en rébellion contre le pouvoir central en 370, mais ils sont matés.

Artaxerxès III meurt, assassiné par Bagoas, son eunuque favori, en 338, ouvrant une période d'incertitude.

Darius III et la défaite face à Alexandre

lui succède.

En 334, Alexandre le Grand, roi de Macédoine, débarque en Anatolie pour libérer les cités grecques d'Ionie de la tutelle perse. Il bat l'armée perse à la bataille du Granique.

est vaincu en 333 à la bataille d'Issos puis en 331 à la bataille de Gaugamèles. L'Empire achéménide prend fin lorsqu'Alexandre prend le titre de roi d'Asie. Darius est assassiné par Bessos.

vignette|Les conquêtes d'Alexandre le Grand.

Du règne d'Alexandre le Grand à la conquête musulmane (331 avant notre ère - 637) Le règne d'Alexandre le Grand (331-323) et le partage de l'empire macédonien

Après la mort d'Alexandre en 323, qui marque le début de ce qu'on appelle l'époque hellénistique, son empire est partagé entre les Diadoques (accords de Babylone puis accords de Triparadisos, .).

L'empire des Séleucides

En 312, Séleucos, fondateur de la dynastie séleucide, s'empare de la Perside et de la Médie. Il prend le titre royal vers 305. Fidèle au projet d'Alexandre, les Séleucides prônent une fusion des élites grecques et perses, comme en témoigne le mariage de Séleucos et Apama.

L'Empire parthe (129 avant notre ère à 227)

Les Parthes, un peuple cavalier iranien de l'est de la mer Caspienne, s'établissent à partir de 247 av. J.-C. dans les satrapies de Haute Asie, puis ils occupent la Perse et la Mésopotamie définitivement à partir de 129 av. J.-C.. Ils reprennent à leur compte la notion d'« empire perse » pour cinq siècles, et leurs rois arsacides affronteront longuement sur leur frontière occidentale l'Empire romain.

vignette|L'Empire parthe en 60

L'empire des Sassanides (à partir de 227)

Ardachîr, un noble perse mazdéen met fin à l'Empire parthe. En 211, il mène campagne contre celui-ci, unifie la Perse en 224, renverse en 226 le dernier arsacide et fonde en 227 une nouvelle dynastie perse, celle des Sassanides.

Le prophète Mani commence à prêcher sa doctrine religieuse en 242, sous le règne de Chapour.

Au cours de ses guerres contre les Romains, Chapour capture leur empereur Valérien en 259 ; mais Rome refuse de verser la rançon demandée et Valérien meurt en captivité.

En 297, le Sassanide Narses évince le roi Tiridate IV d'Arménie, puis signe l'année suivante un traité avec Rome, partageant l'Arménie et la Mésopotamie avec eux. C'est le début de l'Arménie sassanide.

Les doctrines de Zoroastre sont recueillies dans l’Avesta en 332, sous le règne de .

La guerre avec Rome reprend de 337 à 350 et se déroule principalement en Mésopotamie, en Arménie et en Asie Mineure.

Antiquité tardive (vers 350-637) En 350, au début de l'Antiquité tardive, les Huns blancs envahissent la Perse et l'Inde. Contre Rome, envahit la Syrie et prend la ville romaine d'Amida après une dure bataille en 359. À son tour, l'empereur romain Julien envahit la Perse et défait les Perses devant les murs de leur capitale, Ctésiphon, en 363. Après un quart de siècle d'affrontements sanglants et épuisants pour les deux camps, le romain Théodose et le perse signent en 387 la paix d'Acilisène qui reprend les termes du traité déjà élaboré 90 ans plus tôt. En 399, Yazdgard monte sur le trône de Perse : il est tolérant envers toutes les religions, y compris le christianisme (principalement nestorien en Perse) et entretient de bonnes relations avec les Romains. D'ailleurs , empereur romain d'Orient, et le roi de Perse consolident la paix par un nouveau traité en paix 422.

En 430, les Huns hephtalites, établis en Asie centrale, attaquent la Perse. La paix avec Rome est rompue en 506 en Mésopotamie, puis rétablie. Sur le plan social, Mazdak définit la doctrine du mazdakisme en 516. Sur le plan religieux et culturel, la Perse accueille des juifs chassés d'Alexandrie par les débuts de l'intolérance chrétienne, et les derniers maîtres de la philosophie grecque, chassés d'Athènes par la fermeture en 529 de l'école de philosophie de cette ville. Mais elle réprime durement le mouvement collectiviste de Mazdak en 531, année où Khosro monte sur le trône perse et règne jusqu'en 579.