La pièce de de dollar américain, également appelée nickel Shield est la première pièce de cinq réalisée en cupronickel aux États-Unis, le même alliage qui compose aujourd'hui encore les nickels. Conçue par James B. Longacre, elle est émise de 1866 jusqu'en 1883, quand elle est remplacée par le nickel . La pièce tire son nom du motif sur son avers et est la première pièce de cinq dénommée nickel aux États-Unis, les pièces de cette dénomination sont jusqu'alors appelées .
Des en argent sont frappées dès les débuts de la Monnaie des États-Unis à la fin du . Elles disparaissent de la circulation, ainsi que la plupart des autres pièces, dans la tourmente économique de la guerre de Sécession. En 1864, la Monnaie lance avec succès des pièces à faible dénomination, dont la valeur intrinsèque est bien inférieure à celle indiquée sur leur revers. L'industriel Joseph Wharton préconise d'utiliser du nickel pour la fabrication des pièces, métal qu'il produit et commercialise lui-même. Lorsque la Monnaie propose un alliage cuivre-nickel pour la pièce de cinq , le Congrès exige qu'elle plus lourde que la Monnaie ne l'a suggéré, permettant à Wharton de vendre plus de ce métal au gouvernement.
La conception de Longacre est basée sur celle de sa pièce de , et symbolise la force d'une Amérique unie. Le nickel s'avère difficile à frapper et le dessin du revers doit être modifié en 1867. Malgré cela, les difficultés de production continuent, causant de nombreuses petites variations qui sont aujourd'hui très prisées des collectionneurs. La frappe du nickel est suspendue en 1876, pour une période de plus de deux ans, en raison d'une surabondance de monnaie à faible dénomination et il est ensuite produit en petites quantités jusqu'en 1882. L'année suivante, la pièce est remplacée par le nickel de Charles E. Barber.
Contexte Les pièces de cinq sont frappées par la Monnaie des États-Unis depuis 1792. Elles sont les premières à avoir été frappées par les autorités de la Monnaie avant la construction de la Monnaie, à la suite du vote du de 1792. Ces , sont en argent. L'alliage utilisé est à l'origine de l'argent 892, porté à 900 en 1837, et du cuivre.
La guerre de Sécession apporte son lot de perturbations économiques qui aboutissent à une disparition de certaines pièces, dont le , sa valeur intrinsèque étant devenue supérieure à sa valeur faciale). Le papier-monnaie, dont le plus petit billet est alors de trois cents, les timbres-poste, et des jetons réalisés par des émetteurs privés, comblent cette absence de pièces divisionnaires. Nombre de ces jetons ont la taille du , mais plus mince et en bronze. En 1864, le Congrès entame un processus de remise en circulation des pièces, en supprimant le billet de trois cents et en autorisant la frappe du et de la pièce de en bronze, dont les valeurs intrinsèques sont faibles. Ces nouvelles pièces deviennent rapidement populaires, même si celle de deux est assez vite retirée de la circulation. Le , le Congrès adopte une loi autorisant la Monnaie à frapper la pièce de , composée à 75 % de cuivre et 25 % de nickel.
En 1864, le Congrès autorise une troisième série de billets de banque à valeur nominale faible. Sur le billet de cinq doit figurer un portrait de « Clark », mais le Congrès est consterné lorsqu'il sort des presses. Ce n'est pas l'explorateur William Clark qui y figure, mais un certain , le chef du bureau de la gravure et de l'impression. Selon l'expert-numismate Walter Breen, . Clark ne conserve son emploi que grâce à l'intervention personnelle du secrétaire au Trésor, Salmon P. Chase.
vignette|redresse=0.7|gauche|alt=Pièce de monnaie représentant un bouclier devant deux flèches croisées.|La pièce de de James B. Longacre qui sert de modèle pour la réalisation du nickel .
Le directeur de la Monnaie, James Pollock, s'oppose à la frappe de pièces contenant du nickel, mais étant donné le succès de la pièce en cupronickel de trois , il devient partisan de pièces de cinq réalisées dans le même métal. Dans son rapport de 1865 Pollock écrit : .
L'industriel Joseph Wharton jouit à cette époque d'un quasi-monopole sur l'exploitation minière du nickel aux États-Unis et cherche à promouvoir son utilisation pour les pièces de monnaie. Il est également très influent au Congrès. Ce lobby, s'il ne réussit pas à obtenir l'utilisation de ce métal pour la pièce de deux , a plus de succès avec celle de trois . Pollock prépare un projet de loi autorisant une pièce de cinq du même alliage que celle de trois et dont le poids ne dépasserait pas « » (). La commission de la Chambre des représentants, amende le projet, mais le poids est fixé à (), sous prétexte de se conformer au système métrique et donc d'avoir un poids égal à cinq grammes, mais, en réalité, plus probablement pour que Wharton puisse vendre davantage de nickel à l’État. Ceci rend la nouvelle pièce plus lourde que celle de trois . Le projet de loi ainsi amendé est adopté sans débat le . La nouvelle pièce en cupronickel a cours légal pour un montant maximum libératoire de , et peut être échangée par le Trésor contre toute monnaie des États-Unis, à l'exclusion du , du et de la pièce de deux . Elle est honorée par lots de contre des billets de banque. Les coupures de moins de dix sont alors retirées de la circulation.
Dessin et production Comme la fabrication doit commencer immédiatement, il faut que le chef graveur de la Monnaie, James B. Longacre conçoive la nouvelle pièce aussi vite que possible. Dès que le projet de loi d'autorisation de la pièce de cinq est soumis au Congrès, Longacre commence à produire des modèles, dès fin 1865. Il réalise des échantillons, l'un avec un bouclier similaire à ce qu'il a préparé pour la pièce deux . Il modifie son dessin de la pièce de deux en changeant l'emplacement des deux flèches, retirant le parchemin sur lequel est inscrit « », et ajoute une croix, avec l'intention apparemment d'insérer une croix pattée en haut du bouclier . Un modèle alternatif est illustré par Washington, tandis qu'un autre présente le président récemment assassiné Abraham Lincoln. Les revers proposés par Longacre sont composés du chiffre 5 au centre, d'un cercle de treize étoiles, chacune séparée de la suivante par des rayons. Une autre conception place le chiffre au centre d'une couronne de laurier. Le secrétaire au Trésor Hugh McCulloch, sur le conseil de Pollock, choisit le bouclier pour l'avers et les étoiles et rayons pour le revers. Pollock ne montre pas à McCulloch le modèle représentant Lincoln, pensant qu'il serait mal accueilli dans le Sud.
vignette|redresse|alt=Pièce de monnaie avec le chiffre 5, au centre, entouré de treize étoiles.|Revers du nickel (modification de 1867).
Selon Q. David Bowers, le design de Longacre pour l'avers est . Basé sur le blasonnement du Grand sceau des États-Unis, la composition de Longacre axée sur le bouclier, ou écu, comme arme défensive, symbolise la force et la protection grâce à l'unité. La partie supérieure du bouclier, ou « chef », symbolise le Congrès, alors que les verticales, ou « paillé » symbolisent les États, et par conséquent l'ensemble de l'écusson symbolise la force du gouvernement fédéral par l'entremise de l'unité des États. Les flèches croisées, dont les extrémités sont visibles dans la partie inférieure du bouclier, symbolisent la non-agression, mais sous-entendent la préparation à toute attaque. Les branches de laurier, tirées de la tradition grecque, symbolisent la victoire. Dans la gravure héraldique, les lignes verticales représentent le rouge, les zones non gravées le blanc et les lignes horizontales le bleu. L'écu est donc de couleurs rouge, blanche et bleue, destinées à évoquer le drapeau américain. Bowers ne considère pas la conception du revers comme une œuvre artistique, mais comme purement mécanique, obtenue par poinçonnage de caractères et de motifs sur une matrice en acier.
Les nouvelles pièces s'avèrent difficiles à produire, en raison de la dureté du flan, les pièces ne sont pas de bonne qualité et la durée de vie des matrices de frappe est courte. La conception est largement critiquée, Joseph Wharton décrit le bouclier, comme suggérant . L’ la décrit comme . Plus sérieusement, la conception du revers rappelle beaucoup le , drapeau des États confédérés vaincus. Les rayons sont éliminés de la composition, début 1867, dans l'espoir d'éliminer certains des problèmes de production. Le passage au nouveau design est censé se faire le , mais il est probable que la Monnaie a utilisé les matrices restantes pendant un certain temps encore par mesure d'économies. Le changement de design crée la confusion parmi le public. De nombreuses personnes supposent que l'une ou l'autre est une contrefaçon et la Monnaie considère alors l'abandon pur et simple du nickel .
À la recherche d'alternatives à l'alliage cuivre-nickel, difficile à travailler, Longacre propose, en que la pièce de cinq soit réalisée en aluminium. Le nouveau directeur de la Monnaie, Henry Linderman, s'y oppose, déclarant que l'approvisionnement en aluminium est encore incertain et que ce métal est trop coûteux pour une pièce mineure. L'historien de la numismatique, Don Taxay, dans son histoire de la Monnaie et de ses pièces, note que Linderman a proposé une loi augmentant, à un tiers, la teneur en nickel de l'alliage, malgré s'être précédemment opposé à l'utilisation de ce métal dans les pièces de monnaie. Taxay suggère que Linderman est probablement influencé par Wharton et d'autres partisans de ce métal.
Fin 1869, suffisamment de nickels, tel que la pièce est alors surnommée, sont produits pour répondre aux besoins du commerce et sa production s'arrête. Les nouvelles pièces ont tendance à s'accumuler entre les mains des commerçants au-delà de la limite légale, mais les banques refusent de les accepter au-delà du maximum d'un dollar. Les propriétaires de magasins bradent leurs pièces à des courtiers. Les maîtres de poste, obligés par la loi d'accepter les pièces, constatent que le Trésor ne les acceptent que par lots de , conformément à la loi. En 1871, le Congrès atténue le problème en adoptant une loi permettant au Trésor de racheter des quantités illimitées de nickels et d'autres pièces à faible dénomination lorsqu'ils sont présentés en lots d'au moins . Ce n'est pas avant 1933, longtemps après la conception du nickel , que cette limite légale est abandonnée.
Le de 1873 met un terme à la production de la pièce d'un demi en argent. En dépit de leur abolition, elles continuent à circuler dans l'Ouest, où l'argent et l'or sont préférés au détriment du nickel, tout au long du . La loi donne, également, au directeur de la Monnaie le pouvoir de suspendre la production de toute dénomination si sa quantité est suffisante. L'amélioration de la situation économique, combinée à un bas prix de l'argent, remet en circulation de grandes quantités de pièces d'argent thésaurisées, y compris des , à partir d'. À la fin de cette année, la production du nickel est interrompue conformément à la loi de 1873. Aucun pièce de cinq n'est frappé en 1877 et 1878, à l'exception de spécimens pour les collectionneurs. Comme le Trésor dispose d'un important stock de pièces de cinq , seul un petit nombre sont frappées au cours des années suivantes. Une production à plus grande échelle reprend le . Le nickel de 1880, avec seulement frappées, reste le plus rare aujourd'hui, à l'exception des spécimens.
Variétés
La série des nickels donne un grand nombre de variétés. Howard Spindel, un expert de la pièce, note que les matrices de cette dénomination produit beaucoup moins de pièces que les autres. Comme elles s'usent très vite, la Monnaie est continuellement sous pression pour en produire de nouvelles. Selon Spindel, nombre de matrices sont hâtivement et négligemment produites, créant ainsi de nombreuses variétés mineures.