thumb|upright=1.4|L'art du portrait, une des caractéristiques du monnayage romain de l'époque classique : sesterce de Trajan, frappé en 105 EC, laiton, 25,835 g. Légende à l'avers : IMP CAES NERVAE TRAIANO AVG GER DAC P M TR P COS V P P - Légende au revers : S P Q R OPTIMO PRINCIPI S C : Trajan en armure et à cheval terrasse un Dace au sol.
La monnaie romaine est, de toutes les monnaies antiques, celle qui a connu la plus longue et la plus grande expansion géographique, jusqu'à devenir durant plusieurs siècles la monnaie commune des mondes occidental et méditerranéen. Après des débuts frustes basés sur le bronze au poids et l'usage du monnayage grec, elle s'est constituée à la fin du , sous le régime de la République, selon un système monétaire fondé sur le bimétallisme argent et bronze.
Au début du Haut-Empire sous Auguste s'ajoute la monnaie d'or, créant un système à trois métaux qui reste stable pendant près de deux siècles et demi. La crise militaire et économique du et la spirale inflationniste qui l'accompagne voient l'effondrement des monnaies d'argent et de bronze. Au , la réforme de Dioclétien qui tente de revaloriser les monnaies d'argent et de bronze ne parvient pas à contenir l'inflation, tandis que celle de Constantin parvient à créer un système monétaire dominé par le solidus stabilisé à d'or fin et sans parité fixe avec les autres monnaies qui se dévaluent. Le solidus connait ensuite une exceptionnelle stabilité dans l'empire d'Orient jusqu'au .
Connaissance du monnayage romain Les monnaies romaines sont un des témoins de la vie économique antique le mieux connu, dans la quasi-totalité de ses déclinaisonsMichel Christol, Daniel Nony, Rome et son empire, des origines aux invasions barbares, Hachette, collection HU, 2003, , p. 167.. Les premières études du monnayage romain émergent durant la Renaissance. À Padoue, au milieu du , Giovanni Cavino va jusqu'à fabriquer de fausses monnaies romaines pour satisfaire les collectionneurs qui constituent des studiolos, des cabinets de curiositésJean-Baptiste Giard, « Inventions et récréations numismatiques de la Renaissance », in: Journal des Savants, 1974 - 3, .. Objets imputrescibles, abondamment produits et diffusés, les pièces romaines sont découvertes de façon fortuite depuis longtemps.
À partir du , des collectionneurs plus érudits fondent des cabinets des médailles, du nom que l'on donnait aux monnaies antiques, où ils accumulent et classent leurs acquisitions. L'un des plus prestigieux est celui du roi qui, très jeune, se prit de passion pour les monnaies antiques. Son cabinet, devenu inaliénable, collection publique, est à l'origine du Département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Au , Johann Joachim Winckelmann, l'un des premiers penseurs de l'esthétique, était avant tout un archéologue et un connaisseur passionné de monnaies antiques.
Dans la foulée, des musées nationaux forment leur collection à leur tour. La fusion des divers inventaires de ces collections permet d'établir des catalogues numismatiques de plus en plus exhaustifs qui répertorient les monnaies selon leur type et leur motif. Une illustration de ce processus nous est donnée à la fin du par Henry Cohen, auteur d'un célèbre catalogue de plusieurs dizaines de milliers de monnaies impériales : dans sa préface, il décrit son étude des catalogues des musées de Turin, du Danemark, de Vienne et des collections du Musée britannique et celle du Cabinet des médailles de France. Ce cabinet fut lui-même enrichi des legs d'amateurs tel le comte de Caylus, qui suivit avec passion les premières découvertes archéologiques d'Herculanum et de Pompéi au début du Henry Cohen, Monnaies tome I, préface, p. XI..
À partir de 1900 et avec les travaux d'Adrien Blanchet, la numismatique jusqu'ici cantonnée aux activités de catalogage, s'élargit en étudiant les trouvailles monétaires comme des documents archéologiques et historiques<ref>Adrien Blanchet, Les trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule, Paris, 1900.</ref>. On recherche les lieux d'émissions, les volumes frappés et leur dispersion, certains chercheurs analysent les caractéristiques physiques des monnaies, en poids et en teneur des alliages, mais de façon encore partielle pour des approches statistiquesJean Lafaurie, Réformes monétaires d'Aurélien et de Dioclétien, Revue numismatique, - Tome 17, année 1975, pp. 74-75 ..
Les trouvailles au cours du , avec les trésors monétaires, parfois spectaculaires comme le trésor de Marcianopolis (plus de d'argent, découvert en 1929 à Devnya en Bulgarie), le Trésor d'Eauze découvert en 1985 en France ( d'argent), celui de Trèves (1993, d'or) ou encore le trésor de Frome en 2010 (, en majorité de bronze), et les travaux britanniques. ont complété les travaux de Cohen et créé le célèbre catalogue en dix volumes du Roman Imperial Coinage, achevé en 1994Harold Mattingly, Edward Allen Sydenham u.a.: Roman Imperial Coinage, Londres 1923–1994..
La seconde moitié du voit se diversifier les recherches numismatiques : la multiplication des chantiers archéologiques, l'emploi des détecteurs de métaux lors des fouilles officielles et clandestinesRappel : L'utilisation des détecteurs de métaux, à l'effet de recherches de monuments et d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie, sans autorisation administrative préalable est prohibée par l'article L. 542-1 du code du patrimoine. enrichissent la masse des découvertes. L'étude s'élargit à des domaines un peu négligés, comme les nombreuses et diverses émissions locales, ou le monnayage de cuivre.. L'informatique offre de puissants moyens d'inventaire, tandis que les techniques spectrographiques permettent une analyse fine des alliages..
Le monnayage sous la République Les origines du monnayage romain
Vers , les Romains remplacèrent le troc basé sur les têtes de bétail ou l'usage de monnaies grecques par un système monétaire relativement archaïque, assimilé à une monnaie de commodité reposant sur le cuivre. Il s'agissait dans un premier temps de « blocs » de bronze nommés aes rude puis à la fin du de lingots en bronze représentant sur une des faces leur équivalent en têtes de bétail, l’. Ensuite, en probablement, est constitué le collège des responsables d'organiser le monnayage romain. Alors apparaissent des disques de bronze nommés aes grave (latin grave = lourd) pesant une livre romaine () et valant , premier monnayage d'une lourdeur peu commode, valant pour son poids de métal. Le double visage de Janus y est gravé sur l'avers (face). Des sous-multiples normalisés sont émis pour un usage courant, semis (1/2), triens (1/3), quadrans (1/4), sextans (1/6), uncia ou once (1/12), demi-once (1/24)..
Le poids de l'as étant fixé en fonction de sa valeur, celui-ci diminue lors de la première guerre punique (264-241) pour peser environ 290-, baisse due aux fortes dépenses de Rome pour la constitution de sa flotte. Vers apparaît sur le revers de l'aes grave, une proue en hommage à la flotte militaire romaine constituée quelques décennies plus tôt.
Imitations des monnaies grecques
Toujours au , probablement pour financer la guerre contre Pyrrhus, Rome fait frapper à des monnaies d’argent dans le sud de l’Italie, qualifiées de monnaies romano-campaninennes. Imitations du didrachme circulant en Grande-Grèce et en Sicile, leur poids est théoriquement aligné sur l'étalonnage grec de , environ au début, puis dévalué en même temps que le didrachme après la prise de Tarente. Sept séries sont repertoriées, distinguées par leurs motifs. La troisième série, émise en sous le consulat de Quintus Ogulnius Gallus, porte au revers la Louve allaitant Romulus et Remus, statue offerte par Ogulnius et première représentation figurée de la légende de fondation de Rome.
Un huitième type de didrachme romano-campanien montre un quadrige, d’où son nom de quadrigat, employé par Tite-Live pour les demandes de rançon de prisonniers formulées par Hannibal Barca ( à l'accusatif pluriel)Tite-Live, Histoire romaine, XXII, 58., appellation reprise par les numismates modernes. La date d'apparition du quadrigat est sujette à débat : pour Rudi Thomsen (1918-2004), selon Hubert Zehnacker, chez , propositions mises à bas par la découverte de deux trésors de quadrigats à Sélinonte, enfouis peu avant l'abandon complet de la cité en par les Carthaginois.
Ces monnaies d'imitation d'argent circulent durant le en même temps que les émissions purement romaines de bronze l', dont le poids rend l'usage peu commode, et les lingots d'.
Renouvellement du monnayage argent-bronze Lors de la deuxième guerre punique (218-201), qui impose à Rome des dépenses considérables, l'as de bronze qui pèse une demi-livre en et le quadrigat s'effondrent. Vers , le Sénat refonde le système monétaire romain et introduit le denier d'argent de 1/72 de livre romaine, soit 4 scrupules, pesant d'argent.
Le denier vaut 10 as de 1/6 de livre (as sextantaire de de bronze) d'où sa marque du chiffre romain X, et son nom qui vient du radical latin DENI = dix par dix ; même racine DE[K] que decem = dix). Des sous-multiples en argent sont créés, le quinaire (5 as) et le sesterce (2 as et demi). Le denier d'argent vaut donc de bronze en On a donc un rapport argent/bronze de 1/120.
Les difficultés monétaires romaines ne sont néanmoins pas résolues, car, d'après Tite-Live, le Sénat est contraint en de puiser dans les réserves d'or pour financer l'effort de guerreTite-Live, Histoires romaines, XXVII, 10..
Le denier connait une première baisse de poids vers avec un poids théorique de , puis une seconde dans les années . Le denier est désormais taillé à 1/84 de livre soit un poids théorique de 3,87 grammes, tandis que l'as baisse de 1/6 de livre (as sextantaire) à 1/12 de livre (as oncial), valeur à laquelle il est stabilisé durant le .. Des marques de valeurs aident à s'y retrouver parmi tous ces modules.
Vers , le denier est dévalué une troisième fois et son poids est ramené à 3,7 grammes (le rapport entre l'argent et le bronze est alors de 1/70).
Enfin, vers la valeur relative du denier d'argent par rapport au bronze est réestiméeMichel Christol, Daniel Nony, Rome et son empire, des origines aux invasions barbares, Hachette, collection HU, 2003, , p. 75. : le denier vaut désormais 16 as de bronze soit un rapport de 1/110 ; le sesterce passe à 4 as, mais conserve sa marque de HS, souvenir de sa parité initiale avec l'as (deux as et demi, soit en chiffres romains IIS, vite retranscrit en HS.
Équivalences entre monnaies romaines () Denier Quinaire Sesterce As Métal Denier 1 2 4 16 Argent Quinaire 1/2 1 2 8 Argent Sesterce 1/4 1/2 1 4 Argent As 1/16 1/8 1/4 1 Bronze
Le sesterce comme unité de compte
Le sesterce devient au cours du l'unité de compte usuelle en lieu et place de l'as libral, les dépenses, les revenus et les fortunes s'évaluent en sesterces, d'abord dans les comptes officiels de l'État romain, puis auprès des particuliers. La date d'introduction de ce changement comptable n'a pas pu être déterminée par les historiens, qui s'accordent pour considérer qu'elle est un peu antérieure à selon l'inscription du premier sénatus-consulte qui chiffre en sestercesRobert Kenneth Sherk, Roman documents from the Greek East; senatus consulta and epistulae to the age of Augustus, The Johns Hopkins Press, 1969, Baltimore, p. 49, S.C. 9, ligne 20...