thumb|Représentation populaire de la réincarnation dans l'hindouisme.

La réincarnation (retour dans la chair) désigne un processus de survivance après la mort par lequel un certain principe immatériel et individuel (« âme », « substance vitale », « conscience individuelle », « énergie », voire « esprit ») s'incarnerait à nouveau dans un autre corps (humain, animal ou végétal, selon les théories) ou successivement dans plusieurs, afin de poursuivre son évolution spirituelle.

Elle a été assimilée à travers la littérature à la transmigration des âmes, aux concepts de métempsychose, de métensomatose, de palingénésie ainsi qu'à l'Éternel retour. Depuis l'Antiquité, on la rencontre dans diverses religions et philosophies sans que dans aucune d'elles, elle ne fasse l'unanimité théologique ou dogmatique.

Le mot « réincarnation » ne date que du , mais dès , la réincarnation a été popularisée en Occident par divers courants ésotériques et spirites. L'usage du mot s'est accompagné de la mise de côté du terme grec « métempsycose », qui l'avait précédé et qui date, lui, du début de notre ère, désignant les théories antiques grecques et indiennes qui incluaient la renaissance dans des corps animaux et végétaux.

Le psychiatre canadien Ian Stevenson est pour avoir tenté de prouver scientifiquement la réincarnation, mais ses travaux ont été largement rejetés par la communauté scientifique : « Stevenson was internationally famous for his research into what he sometimes called “survival of personality after death”; popularly referred to as reincarnation ».. Selon l'Observatoire zététique, .

Origines antiques Il existe des descriptions de la réincarnation à différentes époques et dans différentes civilisations, notamment dans la pensée grecque chez Pythagore, Empédocle, Platon et l'orphisme, dans l'Égypte antique, l'Afrique subsaharienne et en Extrême-Orient, où elle est au cœur de l'hindouisme, du jaïnisme, du bouddhisme, du sikhisme et du yézidisme. Un certain nombre de livres sacrés y font référence, elle est récusée par les courants majoritaires de deux religions monothéistes que sont l'islam et le christianisme (mais le judaïsme., le catharisme, les druzes et le rastafarisme adhèrent à la doctrine des réincarnations des âmes), pour lesquelles la notion de retour dans la chair apparaît dans la croyance au Jugement dernier et à la résurrection (le judaïsme, par exemple, conçoit ces doctrines différemment, laissant la place aux « réincarnations » – gilgoulim.).

Si pour certains auteurs la réincarnation est une expérience suprasensible probablement admise par plus d'un milliard d'êtres humains (les hindous, les bouddhistes, les jaïns, les sikhs, les adeptes des religions tribales africaines auxquels s'ajoutent différents groupes spiritualistes) ; pour d'autres, moins nombreux, elle n'est qu'une erreur d'interprétation occidentale de concepts traditionnels mal assimilésVoir section Critiques..

Selon Jean Herbert, plusieurs auteurs faisant autorité en Inde, tels que J. C. Chatterji et Kunhan Râja, affirment que la transmigration des âmes est un concept ancien qu'on trouve par exemple dans la littérature védique. Pour Basanta Kumar Chatterji, .

Cependant, selon René Guénon, cette notion de transmigration des âmes ne doit pas être confondue avec la réincarnation : .

Inde L'idée de la réincarnation n'est pas issue de la période védique des Aryas (2500 à 1500 ) qui, selon la chronologie de l'hindouisme, fait elle-même suite à la Préhistoire indienne : la civilisation des cités de l'Indus (7000 ) dont nous ne savons que très peu de choses, puis la culture dite dravidienne, essentiellement tribale et animiste. Tous les spécialistes de l'hindouisme s'accordent sur le fait que les Védas ne parlent pas de réincarnation. Si les ancêtres revivent, c'est essentiellement dans leur descendance : , dit le Taittiriya Brahmana. Selon l'orientaliste Aloysius Pieris : . Plusieurs passages du Rig Veda, le principal et plus ancien des quatre livres des Vedas, font explicitement référence à une vie unique sur terre, suivie d'un paradis éternel pour les justes : (RigVeda IX.113)

Selon l'historien des religions Mircea Eliade, il est probable que la croyance en une réincarnation existait déjà dans la préhistoire indienne, au sein de l'Inde aborigène, c'est-à-dire avant les invasions des tribus originaires de l'actuel Iran et à qui l'on doit le védisme, et où des dieux comme Shiva et Vishnou, ou la Déesse (Durga) (tous originaires de l'Inde aborigène), n'ont pas beaucoup d'importance dans le ritualisme des Véda, contrairement à Indra, Agni, Varuna, VayuLe yoga, immortalité et liberté, Mircea Eliade, éditions Payot..

La conception védique du monde se transforme avec l'arrivée des Upanishads, dont les plus anciennes sont écrites entre le , qui s'éloignent du polythéisme des Védas et tendent vers le panthéisme, voire vers un monothéisme. On nomme cette métaphysique le brahmanisme, en rapport avec le nom donné à la déité suprême qui imprègne toute chose : Brahman. Sa croyance principale est l'unité de toute existence : toutes les âmes (atman) jaillissent de la divinité suprême (Brahman) comme des étincelles d'un feu, et elles y retournent par le feu rituel de l'incinération funèbre. Par conséquent, c'est la même âme qui existe en tout être, et tous les êtres partagent la même essence : « Brahman est ton âme, qui est en toute chose » (Brihad-Aranyaka Upanishad, III.4). Parallèlement apparaît dans les Upanishads la doctrine des renaissances. Albert Schweitzer s'interroge sur cette contradiction apparente et en déduit que la notion de transmigration serait issue de traditions populaires, tandis que la métaphysique brahmanique aurait été élaborée par les brahmanes, qui finalement auraient adopté la transmigration, parce qu'elle était « si répandue et qu'elle jouissait d'une telle considération dans le peuple qu'ils ne pouvaient ni l'ignorer ni la négliger ».

C'est ainsi qu'avec le temps, les notions aborigènes pénètrent la société des conquérants d'origine iranienne, et les brahmanes cessent peu à peu de considérer comme supérieurs les dieux comme Indra, Varuna, etc., au profit de Shiva, Vishnou, etc. (seul Agni a conservé une place honorable), et amplifient leur théorie sur la réincarnation, croyance déjà établie dans le monde dravidien, antérieur à l'ère védique. Le jaïnisme et les premières Upanishads sont révélateurs de ces développements. Cette idée de la réincarnation dominait donc la vie spirituelle à l'époque dravidienne (c'est-à-dire de l'Inde aborigène, d'avant les invasions des tribus originaires de l'actuel Iran), puis se dissipa quelque temps au sein de l'aristocratie, pour réapparaître ensuiteA History of Yoga By Vivian Worthington, page 35, 1982 Routledge.

Il est probable que les śramaṇa, ascètes errants de l'Inde antique, aient transmis leur croyance en la réincarnation au courant dominant du brahmanisme : .

Un théoricien de la réincarnation, et maître très respecté en Inde, vivant autour du , est Yājñavalkya ; il apparaît dans plusieurs dialogues de la Brihad-âranyaka-Upanishad et du Shatapatha Brahmana. Dans un dialogue (Brihad-âranyaka-Upanishad, III.2.13), il décrit la dissolution de l'être humain à la mort, mais son karma est cause d'une naissance nouvelle qui sera fonction des actes bons ou mauvais de l'existence antérieureLouis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. I, 342, 334..

On trouve dans la Bhagavad-Gita — texte qui occupe une place importante dans toute la pensée indienne puisque La Bhagavad Gîtâ, traduction et commentaires par Anne-Marie Esnoul et Olivier Lacombe, Seuil, 1976, « Introduction ». — deux formes de réincarnation différentes :

La réincarnation des Avatars (avatara, étymologiquement : descendre dans), incarnations successives du dieu Vishnou. C'est ainsi que Krishna se révèle à Arjuna comme une réincarnation de Vishnou :« En effet, chaque fois que l'ordre défaille, ô Bhâratide, et que le désordre s'élève, c'est alors que moi, je me produis moi-même. Pour la protection des bons et la destruction des méchants, pour rétablir l'ordre, d'âge en âge, je viens à l'existence. » (IV. 7-7)

La réincarnation individuelle pour les hommes sans foi qui « retournent dans le chemin des transmigrations mortelles. » (IX, 3)

Le premier type de réincarnation divine et salvatrice étant l'inverse de la réincarnation régressive des âmes impures, les indologues en concluent que ces deux concepts ont probablement des origines différentes.

Afrique subsaharienne La métaphysique liée à la réincarnation où une âme impersonnelle, indivisible et éternelle, quitte le corps et l'intellect à leur mort, pour retrouver un autre état d'être, une autre forme, en tant que végétal ou animal/humain, fait partie intégrante de la spiritualité originelle des religions traditionnelles africaines.

Dans l'Égypte antique Le savant grec Hérodote, donnait une origine égyptienne à la croyance en la métempsycose :

Mais la recherche contemporaine serait moins catégorique, envisageant que l'Égypte pharaonique ignorait cette perspective : les Égyptiens parlent de transformations des morts - surtout en oiseaux - ou de pérégrination des âmes - qui voguent avant le Jugement des morts - mais n'affirment ni réincarnation, ni la transmigration des âmesHans Bonnet, Reallexikon der ägyptischen Religionsgeschichte, Berlin, 1952, 76 ss.. « Il y a la vie, mort et reviviscence d'abord pour celui qui résume en lui toute l'Égypte, le souverain »L'égyptologue Gérard Roquet cité par un privilège qui s'étend au fil des siècles pour chaque citoyen du pays comme en témoigne la multiplication des Livres des morts à partir du , des bréviaires qui permettent aux morts de récupérer l'essentiel de leurs facultés dans l'au-delà puis de parcourir comme ils l'entendent le monde qu'ils ont connu.

Les premiers éléments du concept de réincarnation n'apparaissent en Égypte que lors de la période ptolémaïque quand des éléments orphiques grecs connaissent un certain succès dans les milieux gnostiques égyptiens. Il faut attendre les alentours du , dans une Égypte largement hellénisée et ouverte à l'influence des philosophes étrangers, pour trouver un traité gnostique rédigé en copte qui fait mention de la transmigration de l'âme, la Pistis Sophia.

Néanmoins, certains courants ésotéristes, particulièrement les théosophes modernes, tentent de relier la réincarnation à l'Égypte préhellénique, essayant par exemple d'y rattacher le dieu-scarabée Khépri qui est pourtant une divinité figurant la résurrectionPlus précisément, la résurrection solaire ; cf. et non la réincarnation. Ces courants utilisent d'ailleurs des appellations cultuelles issues de l'occultisme du — nom et numéro des pharaons, nom d'une ville comme Thèbes… — qui n'ont aucune réalité avec les usages antiques réels tels que l'égyptologie moderne les a restitués.

Grèce antique thumb|Pythagore. C'est principalement dans le monde grec que fleurit la doctrine de la réincarnation et de la métempsychose. En grec, métempsycose (μετεμψύχωσις) signifie « transmigration des âmes » ou « passage d’une âme d’un corps dans un autre ». Dans cette doctrine, l'âme poursuit son évolution d'existence en existence humaine (réincarnation), et peut éventuellement s'incarner dans un animal ou un végétal (métempsycose).