thumb|upright=1.75|L'Alberta, deuxième territoire en vert à partir de la gauche, est enclavé à l'intérieur du continent nord-américain.
L'accès à un port de mer est indispensable pour que le pétrole puisse être vendu sur le marché au prix international. Le port doit pouvoir accueillir des pétroliers et être pourvu des services techniques et administratifs nécessaires à l'import-export. Les milieux pétroliers utilisent le terme anglais pour désigner cette réalité.
Le problème de l'accès à un port de mer est particulièrement aigu pour l'Alberta (Canada), qui possède d'immenses réserves de pétrole dans les sables bitumineux de l'Athabasca, et dont la production en 2012 était de de barils par jour (). La production en 2022 pourrait atteindre , soit de /an. À cela s'ajoute la production de pétrole brut venant de puits conventionnels, qui était en 2012 de Source : Alberta Oil Sands Industry. Quarterly Update. Summer 2013. Or, le Canada présente la .
Le pétrole des sables bitumineux étant trop visqueux pour être transporté par oléoduc, il doit être converti en pétrole brut de synthèse dans une pré-raffinerie ou mélangé à du condensat, ce qui produit du bitume dilué ou dilbit. Le mélange standard mis en place par les grandes compagnies se vend sous le label Western Canadian Select (WCS). En cas de déversement, le dilbit est beaucoup plus difficile à nettoyer que le brut ordinaire et les pipelines qui le transportent connaissent en moyenne plus de fuites par km.
L'Alberta est enclavé dans le continent nord-américain et l'accès à un terminal maritime se heurte à des obstacles multiples. Son pétrole WCS subit donc une décote importante sur les marchés, laquelle avait atteint sous le prix du Brent en . Le manque à gagner en impôts se chiffre, pour l'année 2013, à $ CA pour la seule province de l'Alberta. Diverses voies sont explorées pour corriger la situation.
La situation d'enclavement est la même pour le pétrole de la Saskatchewan, dont les installations de Burstall et de Kerrobert sont déjà intégrées au réseau de pipelines de l'Alberta. La production de l'Alberta compte pour 74 % de la production canadienne, contre 14 % pour la Saskatchewan et 9 % pour Terre-Neuve TD Bank, mars 2013, Drilling down on crude oil price differentials.
Une grande part du pétrole canadien est exportée aux États-Unis. Au premier trimestre 2014, ce marché absorbe de barils par jour de pétrole canadien The Globe and Mail, 22 avril 2014, Canada wins, OPEC loses in post-shale U.S. oil market.
Parmi les nouveaux marchés à atteindre, figurent au premier rang les pays d'Asie (Chine, Japon, Corée, Malaisie), qui ont tous investi dans les sables bitumineux. L'Inde est également un importateur potentiel car il s'y construisait en 2013 des raffineries capables de traiter le bitume dilué Financial Post, 5 août 2013, TransCanada’s Energy East pipeline to transform North American oil industry. Dans le monde, la demande de pétrole est de de barils par jourPierre Duhamel, La guerre du pétrole et nous, L'Actualité, 4 novembre 2014..
Transport par oléoduc L'oléoduc est sans doute la méthode la plus sûre de transport du pétrole. Selon une étude du Fraser Institute, au cours des cinq dernières années, les fuites d'oléoduc au Canada ont été dix fois moins nombreuses que celles du transport par rail, même si les volumes transportés dans ce dernier cas étaient inférieurs The Globe and Mail, 16 octobre 2013, Are pipelines safer than oil by rail?. Cette étude ne prend cependant pas en compte le volume des déversements, ce qui est une faille majeure, car les déversements d'oléoduc impliquent généralement des quantités de pétrole beaucoup plus importantes que les fuites de train.
Selon une étude américaine, les données sur les pipelines collectées par l'Office national de l'énergie font preuve d'un grave manque de transparence, tant en ce qui concerne le tracé des oléoducs que les incidents survenus. Au lieu d'être publiques, ces données ne sont accessibles que par une demande d'accès à l'information CBC, 29 octobre 2013, Pipeline safety: Canada lags U.S. on making data public. À la suite d'une démarche de ce genre, une analyse montre que, sur les d'oléoducs et de gazoducs canadiens réglementés par le gouvernement fédéral, et gérés par 90 compagnies, le nombre d'incidents a plus que doublé en l'espace de dix ans, avec un total de fuites pour la période 2000-2012Radio-Canada, 28 octobre 2013, Pipelines canadiens : les incidents ont plus que doublé en .
Le , l'Office national de l'énergie (ONE) met à la disposition du public une carte interactive des fuites d'oléoducsCarte interactive des incidents. En , un rapport du bureau du Vérificateur général du Canada remarque un certain laxisme dans la surveillance des pipelines par l'ONERapport 2 — La surveillance des pipelines de compétence fédérale. À cette date, la plupart des projets étaient bloqués ou en danger de l'êtreAlec Castonguay, L'Actualité, 26 janvier 2016, Le pipeline de la discorde. À qui la faute?.
Projet d'oléoduc Keystone XL
Jusqu'en 2012, la voie normale était d'acheminer le pétrole aux raffineries du Texas par l'oléoduc Keystone de TransCanada. Celui-ci étant près d'atteindre son point de saturation, notamment en raison de l'apport de la production venant de la formation de Bakken, une extension a été proposée, le Keystone XL, qui ajouterait un premier segment de , le Cushing MarketLink, allant de Cushing (Oklahoma) à Nederland (Texas), suivi d'un autre segment allant de Hardisty (Alberta) à Steele City (Nebraska), où le XL rejoindrait le pipeline existant. Ces ajouts auraient une capacité de (/j) de dilbit provenant des sables bitumineuxSite de TransCanada, Gulf Coast Pipeline Project. Or, ce projet d'un coût de US$ a été retardé pour des raisons environnementales et, en , il est refusé par la présidence des États-Unis.
Projet d'oléoduc du Northern Gateway
Dès 2006, Enbridge conçoit le projet d'acheminer le pétrole vers le Pacifique, à destination du marché chinois, au moyen d'un oléoduc de de long, allant de Bruderheim (Alberta) à Kitimat (Colombie-Britannique). Cet oléoduc aurait une capacité de () par jour. Il transporterait du dilbit, bitume dilué au moyen de condensat. Un oléoduc plus petit, coulant en sens inverse, acheminerait le condensat de Kitimat à Bruderheim. Le projet comprend aussi des installations portuaires et des réservoirs de stockage du pétrole. Le coût total est estimé à $ CA The Globe and Mail, 5 août 2013, NWT Premier throws support behind Alberta over pipeline.
En , l'avenir de ce projet semble sérieusement compromis, les Premières Nations étant de plus en plus hostiles au passage d'un oléoduc sur leurs terres The Globe and Mail, 10 août 2013, How Enbridge’s Northern Gateway pipeline lost its way. Une décision finale doit être prise avant le .
Projet d'oléoduc par la vallée du Mackenzie Au printemps 2013, l'Alberta étudiait la faisabilité d'un oléoduc vers le Nord, traversant la vallée du Mackenzie et les Territoires du Nord-Ouest jusqu'à Tuktoyaktuk, sur la mer de BeaufortRadio-Canada International, 30 avril 2013, Pipeline pétrolier le long du MacKenzie . Les Territoires du Nord-Ouest, qui auront le contrôle de leurs ressources naturelles en Financial Post, 25 avril 2013, Alberta exploring at least two oil pipeline projects to North, envisageraient aussi de ressusciter le projet de gazoduc dans la vallée du Mackenzie, dont il est question depuis les années 1970, et accueillent favorablement l'idée d'ouvrir une voie aux exportations par le Nord.
Projet d'oléoduc Énergie Est
En 2012, TransCanada envisage de transformer en oléoduc le gazoduc qui va de Burstall (Saskatechewan) à Cornwall (Ontario). Il s'y ajouterait un segment allant de Hardisty (Alberta) à Burstall, et d'autres segments allant de Cornwall à Montréal, de Montréal à Québec et de Québec à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Il aurait une longueur totale de et sa capacité serait de () par jour. Son coût est évalué à $ CALe Devoir, 3 août 2013, Oléoduc Énergie Est - Harper promet un examen indépendant. Le gouvernement de l'Alberta garantirait la viabilité du projet par une injection de de dollars. Un économiste québécois estime que le Québec devrait exiger en compensation
Projet d'oléoduc TMX de la Kinder Morgan La société texane Kinder Morgan opère le Trans Mountain Pipeline System, un oléoduc d'une capacité de et de de long, qui va d'Edmonton (Alberta) à des terminaux et raffineries situés au centre de la Colombie-Britannique, ainsi que dans la région de Vancouver et celle du détroit de Puget dans l'État de Washington . Cette entreprise voudrait augmenter la capacité de l'oléoduc pour la porter à () par jour, le surplus de capacité étant destiné au transport de pétrole lourd provenant des sables bitumineux The Globe and Mail, 16 décembre 2013, Kinder Morgan seeks to nearly triple Trans Mountain pipeline capacity. Une demande en ce sens a été soumise à l'Office national de l'énergie en . Selon Kinder Morgan, l'extension de cet oléoduc serait moins coûteuse que la construction du Northern Gateway et ne se heurterait pas à l'opposition que rencontre Enbridge The Tyee, 2 juin 2011, Kinder Morgan's Grand Plan to Pipe Oil Sands Crude.
Or, en , cet oléoduc avait été responsable d'un déversement accidentel de de pétrole au terminal de Sumas, près d'Abbotsford en Colombie-Britannique. Inquiets des risques posés par le projet d'extension, des groupes autochtones manifestent leur opposition au projet d'extension en , en encerclant de leurs canoës des pétroliers au terminal maritime de Westridge CBC, 14 octobre 2013, B.C. First Nation protests Kinder Morgan pipeline. En , des groupes d'opposants bloquent le travail des arpenteurs sur le mont Burnaby CTV News, 29 octobre 2014, Protesters stop Kinder Morgan survey work on possible pipeline route.
L'augmentation de capacité prévue entraînerait un trafic maritime pouvant aller jusqu'à 34 pétroliers par mois sortant du port de Vancouver à destination du marché asiatique et de la côte Ouest des États-Unis. L'entrée en service est prévue pour 2017. Le coût de l'oléoduc est estimé à de dollars Financial Post, 10 janvier 2013, Kinder Morgan ups stakes in pipeline fight with Trans Mountain expansion.
En , la ville de Vancouver dépose auprès de l'Office national de l'énergie quelque 600 questions sur ce projet, en exigeant réponse à chacune de celles-ci CBC, Kinder Morgan pipeline: Vancouver submits almost 600 more questions, 16 janvier 2015.. Le maire de la ville estime que l'étude environnementale doit prendre en compte Ici Radio-Canada, 19 avril 2016, Vancouver fustige le gouvernement Trudeau sur la question des pipelines..
Le , le Premier ministre Justin Trudeau annonce que son gouvernement autorise la construction de ce pipelineLe Devoir, 30 novembre 2016, Ottawa approuve deux importants projets d’oléoducs. à condition que le constructeur Kinder Morgan respecte les 157 conditions posées par l'Office national de l'énergie en ONE, 19 mai 2016, Agrandissement du réseau de Trans Mountain..
Projet d'extension de l'Alberta Clipper Enbridge possède déjà un important réseau d'oléoducs au Canada et aux États-UnisSite officiel d'Enbridge, Liste des pipelines, notamment avec la Ligne 67 surnommée Alberta Clipper, qui transporte par jour, allant de Hardisty (Alberta) à Superior (Wisconsin). En 2013, cette compagnie a demandé l'autorisation de développer un réseau couvrant , qui transporterait par jour et atteindrait, une fois terminé, une capacité de () par jour. Ce projet nécessitera lui aussi l'approbation du président américainMap: Another Major Tar Sands Pipeline Seeking U.S. Permit.
Ce projet est officiellement approuvé par le gouvernement de Justin Trudeau le .
Expansion du Flanagan South