Le château de la Hallière est situé sur la commune de Digny, dans le département français d'Eure-et-Loir. Il jouxte le manoir du Romphaye dont il a partagé l'histoire. Si celui-ci a gardé son aspect d'origine, le manoir de la Hallière a fait place à un château dans le goût du , avec des remaniements sous la Restauration.

Description

Le château gauche|vignette|Les communs et le colombier. gauche|vignette|La grande allée menant au château (à partir de la route de Digny au Mans). gauche|vignette|Fronton en pierre décoré du blason.gauche|vignette|La grille d'entrée surmontée de la croix pattée.|alt=

En 1772Archives départementales d'Eure-et-Loir, 2 E10/531 : adjudication de la Hallière, le 18 février 1772, devant Maître Jean Le Roy., le château n'est qu'une maison seigneuriale comportant deux chambres basses et deux chambres hautes avec leur cabinet, une grande cuisine, deux offices et une laiterie. Un puits à l'extérieur dessert la cuisine. Les communs se composent d'une écurie, d'une bergerie, d'une grange, d'une étable et d'un logis pour le fermier. La cour est belle, avec son grand portail flanqué de deux tours servant de colombier, le tout est entouré de fossés d'eau et un vivier fait face aux grandes portes.

Après 1781, ce logis seigneurial et une des tours-pigeonniers sont démolis. La construction du nouveau château est confiée à un maître d'œuvre chartrain, sauf que le commanditaire n'est pas M. Testu de Balincourt, comme il a été souvent affirmé, mais un certain Dupont. Le châteauA.N, MC/ET/XI/757 : inventaire après décès d'Armand Dupont de la Hallière, devant Maître Pottier. tel qu'il existe actuellement est construit vers 1785. Le rez-de-chaussée comporte alors la cuisine avec son office ainsi qu'une salle faisant fonction de garde-manger. À la suite, la salle à manger et le salon d'où part un escalier dérobé qui mène à une des deux chambres à coucher du premier étage. Contiguës au salon, deux chambres avec cabinet de toilette, bénéficiant à la fois d'une vue sur la cour et sur le jardin. Enfin tout au bout, une salle de billard donnant sur la basse-cour. À l'étage, plusieurs vastes chambres : à l'entrée du corridor près de l'escalier, la chambre jaune, une grande chambre à alcôve, une pièce destinée à faire chapelle et au bout du corridor, les chambres de Monsieur et de Madame avec cabinet de toilette et garde-robe, le tout éclairé par onze croisées auxquelles s'ajoutent diverses petites chambres de domestiques. Au deuxième étage, une enfilade de pièces desservies par un corridor.

L'avis d'adjudication de la Hallière en A.N, MC/ET/XI/765 : vente par adjudication de la terre de la Hallière, le 29 janvier 1791, devant Maître Pottier, notaire à Paris. en fait la description suivante : «Très beau château bâti à neuf, composé d'un rez-de-chaussée, premier étage, second étage, lambrissé, le tout distribué en un vestibule, salle à manger, salon de compagnie, cuisine, office, huit à dix appartements de maître, cabinets, garde-robes, chambres de domestiques, greniers et caves, une belle avenue ayant deux contre-allées fermées par une grande grille de fer, parterre derrière le château avec des fossés remplis d'eau, d'un côté de l'avenue, logement du jardinier avec un grand jardin potager planté d'arbres fruitiers en rapport, de l'autre côté, logis du garde avec écurie, basse-cour, garenne, parc avec pièce d'eau, une ferme bâtie à neuf attenant la garenne... »

Le château est inscrit en tant que monument historique depuis le .. La notice signale des boiseries Louis XVI au rez-de-chaussée et des panneaux peints au chinois, à fond vert d'eau, dans le petit salon hexagonal.

Extérieurement, le château est constitué d'un grand corps central à trois niveaux, en brique rose. L'avant-corps central en pierres de taille a été remanié sous la Restauration.. Il est étroit et limité à la travée axiale, il dispose d'un balcon au premier étage, soutenu par des colonnes jumelées. Mais surtout, le blason de la famille du Tillet, une croix pattée inspirée de la croix de Malte, a été ajouté sur le fronton et sur la grille d'entrée. Les deux pavillons latéraux en saillie sont surmontés d'un fronton percé d'un oculus, lui-même surmonté d'un toit au profil inhabituel : toit à la Mansart avec au-dessus une sorte de dôme à pans concaves. La façade arrière est plus simple. Quant à la cour d'honneur, délimitée par une grille de fer forgé, elle est encadrée par deux pavillons carrés coiffés d'une pittoresque toiture pyramidale. Sur la droite, les communs forment un bâtiment bas et long d'où émerge un colombier surmonté d'un lanternon, à côté d'un porche en plein cintre qui sert d'entrée à la basse-cour. Une chapelle privéeSur le cadastre napoléonien, la chapelle a le et l'orangerie le . a été construite vers 1887 ainsi qu'une orangerie vers 1889. vignette|Façade arrière du château. centré|vignette|Pavillon de droite.|alt=

La Hallière sur les cartes et plans anciens La Hallière relève sous l'Ancien Régime de la généralité d'Alençon, élection de Verneuil, bailliage de Châteauneuf-en-Thymerais, diocèse de Chartres. Elle est rattachée au fief de Beaussart, localité qui correspond actuellement à Boussart, près de Senonches. Située au sud-ouest de Digny, elle est à six lieues de Chartres et vingt-neuf lieues de Paris, ce qui explique que les propriétaires ont eu souvent leur résidence principale à Chartres ou à Paris.

Sur les cartes de Cassini élaborées au XVIIIe siècle, la représentation du relief est rudimentaire tandis que la signalisation des villages et lieux-dits est détaillée. Au sud-ouest du grand chemin de Paris au Mans qui traverse Digny sont signalés le moulin, le manoir du Romphaye et la Hallière. Sur la planche de l'atlas de Trudaine consacré aux grandes routes du royaume, il n'est pas étonnant que la Hallière soit à peine visible dans le coin supérieur gauche puisque le domaine est en retrait de la route. Cependant le bâti du château est bien matérialisé. Le plan suivant est nettement plus détaillé puisqu'il s'agit de résoudre en 1781 le litigeArchives départementales d'Eure-et-Loir, plan original, A.N., MC/ET/XLVIII/266 : copie du plan et acte notarié chez Maître Duclos-Dufresnoy qui aboutit à la conclusion qu'il y a eu en 1772 confusion entre la petite et la grande Hallière, l'une relevant du chapitre, l'autre de J.J. de Laborde qui a ensaisiné le fief détenu par M. Dupont. qui oppose le chapitre de Saint-Martin de Tours au marquis Jean-Joseph de Laborde, propriétaire depuis le du comté de la Ferté-Vidame, de la seigneurie de Beaussart et du vidamé de Chartres. Il a été tracé par Pierre-Jacques Tastemain, notaire à Digny, arpenteur puis maire au début de la Révolution. La parcelle n°1 est notée comme étant l'emplacement de l'ancien château avec sa basse-cour, son colombier et son parterre, l'ensemble faisant 200 perches. Enfin sur le cadastre napoléonien de 1812, le nouveau château apparaît sous sa forme actuelle et avec ses dépendances. Il a gagné son indépendance par rapport au manoir du Romphaye, matérialisée par le tracé de la grande avenue rectiligne qui rejoint directement le château à la route de Digny.

Les propriétaires de la Hallière

Des seigneurs du XIVe siècle à ceux de la première moitié du XVIIIe siècle gauche|vignette|Le manoir du Romphaye.|alt= vignette|Annonce de la vente de la Hallière le mercredi 21 octobre 1761. La seigneurie dépend à l'origine de la châtellenie de Beaussart englobant Senonches et Châteauneuf-en-Thymerais et acquise par Jean de Dreux en 1331, à la suite de son mariage.. En 1480, Louis XI la cède au chapitre de Saint-Martin de Tours si bien que la majeure partie de la seigneurie de la Motte sous Digny se retrouve en possession du clergé : le chapitre de Saint-Martin de Tours, les Célestins de Paris et les dames de Belhomert.

Le fief de la Hallière et celui du Romphaye ont une histoire intimement liée. Les deux manoirs appartiennent à la famille de Tascher pendant presque deux-cents ans, du XVe siècle au XVIIe siècle. Vers 1440, Guillaume de Tascher épouse Jéhanne de Chaumont, fille de Catherine de Romphaye. Ils ont bientôt huit enfants, dont Imbert à qui échoit le Romphaye. À son décès en 1513, le domaine passe à son frère Jean tandis que le cadet Pierre reçoit la Hallière. Lui succèdent Esprit, Sébastien et Louis de Tascher (1584-1644), protestant converti au catholicisme. Faute de descendance mâle, la Hallière passe à l'époux de sa fille, Françoise de Riverain. À sa mort en 1695, elle est transmise toujours par le jeu des alliances à Jean de Bernard, capitaine d'infanterie au régiment de Bourbon.. Après avoir épousé Marie-Josèphe de Riverain, le , il se fixe dans la région de Chartres. En 1758, le fief manque d'être saisi sur Jean-Guillaume de Bernard, il est finalement mis en vente le , comme l'atteste un journal d'annonces. Le , Jean-Guillaume de Bernard, pressé par ses créanciers, abandonne tous ses droits sur la vente. Diverses enchères se succèdent dès le sur la base de 36 000 livres puis de 46 000 livres.Toutes sont remises à une date ultérieure, faute d'enchérisseur. Finalement des affiches sont imprimées à Chartres et une proclamation est faite à l'issue de la messe paroissiale à Digny et dans les paroisses environnantes. Des deux enchérisseurs, les sieurs Guillard et Dupont, c'est le dernier qui l'emporte avec son offre de 50 000 livres. La seigneurie comporte alors 420 arpents, sans compter les 130 arpents du fief de Bois-Guillaume. L'acte d'achat est signé le dans l'étude de Jean Le Roy, notaire chartrainArchives départementales d'Eure-et-Loir, 2E/10/531..

Armand Dupont gauche|vignette|redresse|Adjudication de la Hallière à M. Armand Dupont en 1772. Armand Dupont, devenu seigneur de la Hallière en 1772, le reste jusqu'à sa mort en 1789.