Les îles de Lérins forment un archipel français situé en Méditerranée, dans le département des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, sur la Côte d'Azur.

L'archipel se compose de deux grandes îles : au nord, Sainte-Marguerite, la plus étendue, célèbre pour son fort qui aurait abrité l'Homme au masque de fer, et au sud, Saint-Honorat, plus petite, connue pour son monastère. Chacune de ces îles principales est accompagnée d'un îlot inhabité, respectivement celui de la Tradelière et l'îlot Saint-Ferréol. L'archipel englobe également un rocher dénommé Îlot de l'Ilon (ou l'Îlot), situé à l'extrême-sud de Saint-Honorat, qui porte à cinq le nombre d'îles de Lérins.

Les îles de Lérins sont administrées par la commune de Cannes dont elles constituent, associées au Suquet, l'un des dix quartiers administratifs. Situées au sud-est de la pointe de la Croisette, à quelques encablures de la ville, elles séparent le golfe de La Napoule, à l'ouest, du golfe de Juan, à l'est.

Leurs habitants sont les Lériniens, gentilé renvoyant à l'archipel dans son ensemble.

Géographie

Localisation

Situées en France, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les îles de Lérins sont rattachées à la commune de Cannes, dont le cap de la Croisette est distant de du fort royal, sur l'île Sainte-Marguerite.

L'archipel lérinien sépare le golfe Juan, à l'est, de celui de La Napoule, qui s'étend depuis la pointe Croisette (Palm Beach) de Cannes jusqu'à la pointe de l'Aiguille (Théoule), fermant au sud-ouest la baie de Cannes.

En outre, les îles constituent un point de vue sur les chaînes de montagnes environnantes, à savoir, côté ouest, les contours du massif des Maures et de l'Esterel, et à l'est, les Préalpes de Grasse, la chaîne montagneuse du Cheiron, ou encore les sommets de l'ancien comté de Nice, surmontés, au loin, par la frange neigeuse du massif du Mercantour-Argentera..

Topographie thumb|Vue des deux plus grandes îles depuis les hauteurs de Théoule-sur-Mer.

L'archipel de Lérins s'organise de façon symétrique : il est composé de deux grandes îles habitées, Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, séparées par le plateau du Milieu, ou canal du Frioul, large de 800 mètres. Un îlot désert accompagne chacune des îles principales : la Tradelière à l'est de Sainte-Marguerite et l'îlot Saint-Ferréol à l'est de Saint-Honorat. La seule asymétrie de ce tableau est constituée par un petit amas rocheux dénommé Îlot de l'Ilon, situé à l'extrême sud de l'île Saint-Honorat, et qui porte à cinq le nombre des îles de Lérins.

La superficie de l'ensemble des terres émergées de l'archipel avoisine les 2,5 kilomètres carrés, pour une longueur de côtes totale de 12 kilomètres. Son relief est peu important, et les îles sont relativement planes : le point culminant de l'archipel, à 26 mètres du niveau de la mer, se trouve à l'emplacement du fort royal de l'île Sainte-Marguerite, situé au sommet d'une falaise abrupte.

Avec une superficie de 170 hectares pour 3,2 kilomètres de longueur et une largeur maximale de 900 mètres, l'île Sainte-Marguerite est la plus grande des îles de l'archipel. C'est également la plus proche du continent et la plus visitée. Elle possède un périmètre de 8 kilomètres, et son point culminant est le fort royal, à 26 mètres d'altitude. L'île est presque intégralement recouverte par une forêt de pins et d'eucalyptus. Un chemin de ceinture permet d'en faire le tour, entrecoupé par des axes rectilignes traversant l'intérieur boisé de Sainte-Marguerite pour rejoindre les quelques criques de la côte sud.

L'île Saint-Honorat est près de six fois plus petite que Sainte-Marguerite. Seconde île de l'archipel sur 37 hectares, sa longueur est de pour 400 mètres de largeur. On y compte 3 kilomètres de côtes ; l'île est recouverte par les champs du monastère et boisée de pins maritimes et de pins parasols. Au sud de l'île est installé le monastère de Lérins ; une ancienne forteresse s'élève sur une presqu'île à son extrême-sud, tandis qu'un port permet de l'aborder au nord. Comme à Sainte-Marguerite, il est possible d'en faire le tour, en empruntant un chemin ponctué de sept chapelles parfois en ruines.

thumb|Organisation de l'archipel de Lérins.

Île Longueur (km) Largeur (km) Superficie (km²) Côtes (km) Île Sainte-Marguerite3,20,92,19 Île Saint-Honorat1,50,40,373 Îlot de la Tradelière0,18 Îlot Saint-Ferréol Îlot de l'Ilon

Hydrographie La géologie de l'île Sainte-Marguerite n'est pas propice à la formation de source et ruisseau naturels, ce qui la rend inhabitable à long terme. Cependant, l'archéologie témoigne d'une occupation permanente de Sainte-Marguerite, notamment au travers des ruines d'un oppidum urbanisé, puis d'une cité romaine. Or, durant l'Antiquité, bien que l'eau fût moins consommée que de nos jours car elle était considérée comme un fléau charriant fièvres et maladies, les Romains avaient bâti sur l'île d'immenses citernes de recueillement des eaux de pluie. Un tel dispositif est visible au rez-de-chaussée du musée de la Mer et des formats réduits peuvent être trouvés au détour de chemins éloignés de la cité romaine.

Quant à Saint-Honorat, le saint éponyme aurait frappé le sol de son bâton à son arrivée sur l'île, faisant ainsi jaillir une source qui n'aurait jamais tari. Cette légende peut trouver un sens si on considère que les bas-fonds lériniens abritent un nombre considérable de sources sous-marines d'eau douce, telles que la source de la Boutte, située à moins de cinq mètres du niveau de la mer, et capable de débiter quelque d'eau à la seconde. Or, on sait avec certitude que la Côte d'Azur a connu en 410 un tremblement de terre particulièrement violent, dont des traces subsistent dans la cité gréco-romaine d'Antibes, ou encore sur les murailles de l'oppidum lérinien. Ainsi, ce cataclysme, également relaté dans la légende de saint Honorat, aurait affaissé l'archipel de plusieurs mètres dans l'eau, ce qui explique que les ruines antiques soient pour la plupart aujourd'hui à demi immergées. À cette catastrophe naturelle s'ajoutent les 50 à 70 centimètres de remontée générale du niveau de la mer observés partout à la surface du globe. Ces sources aujourd'hui sous-marines semblent donc avoir été accessibles depuis la terre dans le passé, et les îles de Lérins n'auraient donc pas toujours été dépourvues de ressources aquifères.

En revanche, en 1637, ces sources se trouvent englouties sous le niveau de la mer, et la sécheresse lérinienne frappera à nouveau. Cette année-là, les envahisseurs espagnols lèvent le camp du fort royal et se rendent à leurs assaillants français, vaincus par la soif.

De nos jours, l'approvisionnement en eau douce du village de Sainte-Marguerite est assuré par une canalisation sous-marine en provenance de Cannes.

Démographie Les données proviennent du recensement officiel de la ville de Cannes, effectué depuis 1872Recensement des communes des Alpes-Maritimes.

Histoire

Antiquité Colonisation ligure

La première trace de vie humaine sur l'archipel a été localisée au nord de l'île Sainte-Marguerite, sous forme de tessons datés du À cette époque, une importante partie de la région provençale et de l’Italie du Nord est colonisée par une population dite Ligures. Une pratique caractéristique de cette population, diffusée sur l’ensemble de leur territoire, consiste en l’édification de structures défensives, connues sous le nom latin d’oppidums, au moyen de massifs blocs de pierre disposés en un cercle plus ou moins large. Au-delà de leur fonction de protection, ces bastions servaient principalement de refuge public pour une petite communauté villageoise.

Une campagne de fouilles organisée de 1973 à 1986 sous la terrasse nord-ouest du fort royal, le gisement archéologique le plus riche de l’archipel lérinien, y a exhumé des ruines s’apparentant avec certitude à des restes d’oppidum. Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, mentionne l'archipel et évoque la colonie ligure, allant jusqu'à nommer les îles et l'oppidum.

Les premiers lériniens constituaient ainsi une colonie ligure, basée dans son oppidum au nom latin de Vergoanum, base défensive s'élevant au point culminant de l'archipel. Au site du Suquet se trouvait alors un second oppidum, à l'avenir plus glorieux car il deviendra la ville de Cannes, et ces deux bastions assuraient la protection des côtes provençales. La communauté de Vergoanum vivait alors de la chasse, de la pêche et de la cueillette, approvisionnée en eau douce par de nombreuses sources littorales, aujourd'hui sous-marines.

Le nom de Lerina, diminutif de Lero, indiquait l'île la moins spacieuse"Histoire de Fréjus : Forum Julii, ses antiquités - son port", Joseph Adolphe Aubenas, Leydet, Fréjus, 1881. Le monastère abbatial de Lérins, établi par saint Honorat sur celle île, sera ensuite à l'origine du nom de l'archipelBulletin de Société d'études scientifiques et archéologiques de Draquignan et du Var (bulletins 18-19, pages 102-103).

Culte de Lêron

En parallèle aux activités ligures, les Grecs, qui naviguent dès le entre Massalia (, Marseille) et Antípolis (, Antibes), utilisent Lero comme escale pour s'y ravitailler. C'est là qu'entre en jeu le premier témoignage écrit portant sur l'archipel lérinien, rédigé par le géographe grec Strabon dans la seconde moitié du .

Ici, Strabon indique les premières appellations grecques des îles : sa Planasia sera rebaptisée la Lérina de Pline, puis Île Saint-Honorat ; l'île Lêron, elle, deviendra la latine Lero, avant de prendre son nom contemporain de Sainte-Marguerite. Il précise aussi qu'elles sont toutes deux habitées à l'année, puis évoque un monument dédié au héros éponyme à l'île Lêron. Cette île étant occupée par les Grecs, il s'agit d'une entité locale vénérée par les navigateurs de passage ; le héros Lêron étant par ailleurs inconnu de la mythologie gréco-romaine. Mais un tel édifice, pouvant aller du simple autel au petit temple, n'a jamais été retrouvé sur Lero.

La preuve épigraphique d'un tel culte voué au héros Lêron sera apportée par un objet trouvé au sein de remblais comblant un fossé. Il s’agit d’un couvercle en ivoire de de diamètre, travaillé au tour, dont la face supérieure convexe comporte sur cinq lignes une inscription grecque votive. Il fermait très certainement un récipient à petite ouverture et à col épais, d’après la rainure d’emboîtement du couvercle, et dont le matériau pouvait être l’ivoire, à l’instar du couvercle, l’albâtre ou encore quelque bois précieux ; la forme indiquée s’apparente à celle d’un pyxide, d’un gros aryballe ou d’un alabastre. Le présent aurait alors été constitué du vase en lui-même ainsi que de son contenu précieux. Mais ce qui fait l’intérêt d’un tel objet réside en l’inscription présente sur la face convexe, tracée par un graveur amateur et droitier, et qui caractérise le vase comme une offrande aux héros éponymes à l’archipel, Lérôn et Lérine.

S'il s'est révélé impossible d'identifier le dénommé Athênaios, son père ou même sa ville d'origine, les noms indiqués étant extrêmement courants dans le monde antique, plus intéressants sont les dédicataires. On y retrouve le héros éponyme à l'île Lêron de la Géographie de Strabon, accompagné cette fois-ci de sa parèdre Lérinê. Ces entités pouvaient composer un couple, une fratrie, peut-être de jumeaux, ou encore, leurs noms déviant de la même racine, une mère et son fils. Ainsi, un culte était voué aux héros éponymes de l'archipel, instauré par les navigateurs grecs puis manifestement adopté par la population ligure, et qui prendra fin avec l'arrivée de saint Honorat sur l'île Saint-Honorat.

Oppidum de Vergoanum