Les études de genre, aussi appelées études genre ou études sur le genre, forment un champ de recherche pluridisciplinaire qui étudie les rapports sociaux entre les sexes. Le genre y est considéré comme une construction sociale et est analysé dans ..
De manière générale, les études de genre proposent une démarche de réflexion et répertorient ce qui définit le masculin et le féminin dans différents lieux et à différentes époques, et s’interrogent sur la manière dont les normes se reproduisent au point de sembler .
Histoire À partir du , la question des personnes transgenres, sans que le mot soit ainsi formulé, trouble en Occident les conceptions sur le sexe et la sexualité : Karl Heinrich Ulrichs parle en 1860 d'. Toutefois, la question du genre se confond alors avec l'orientation sexuelle, les hommes homosexuels étant perçus comme efféminés..
Ce sont les travaux de Margaret Mead qui jouent un rôle précurseur en 19351935 : (en) Sex and temperament in three primitive societies William Morrow and co. Réédition: perennial, 2001, .. Elle y utilise le concept de « rôle sexué » qui distingue pour la première fois le rôle social et le sexe. Cette notion de « rôle sexué » est l'ancêtre direct de l'idée de genre.. Le terme « genre » est défini en 1945 comme « l'étude socialisée du sexe » dans lAmerican Journal of Psychology. Il sera d'abord utilisé à la construction d'études normatives sur des sujets relatifs à la sexualité comme le montre le cas de John Money contre lequel se sont construites les études modernes sur la question du genre.
Dans les années 1950 aux États-Unis, le psychologue et sexologue controversé. John Money formule pour la première fois une définition des rôles de genre (« ») dans des études qui portent sur l'hermaphroditisme. Selon sa conception, qui ne sera pas reprise par la suite, la notion de genre permet de nommer l'écart entre rôle social sexué et l'assignation biologique des sexes quand celle-ci est ambigüe. Dans le cas des jumeaux Reimer, David Reimer, dont le pénis a été carbonisé par une circoncision ratée, Money préconise une , persuadé qu'après l’ablation des testicules et un traitement hormonal, en étant élevé comme une fille, David deviendra une femme. À l'adolescence, Brenda-David refuse la vaginoplastie et se fait de nouveau opérer pour redevenir un garçon. David finit par se suicider en 2004, deux ans après son jumeau.
En 1964, Robert Stoller, psychiatre et psychanalyste, formule la notion d'identité de genre (« »). Il s'agit alors de différencier le genre de l'orientation sexuelle, les personnes transgenres des homosexuels.
thumb|Joan W. Scott, une des pionnières de l'histoire du genre. À partir des années 1970, les féministes reprennent le concept de genre dans une perspective critique. Mais si le mot est maintenu, les féministes s'éloignent radicalement des conceptions de John Money qui percevait le genre dans une logique normative.
Ainsi, le genre rencontre l'entreprise de dénaturalisation du sexe formulée notamment par Simone de Beauvoir () qui, en 1949, expliquait comment la civilisation et l'éducation agissent sur les enfants pour les orienter dans un rôle masculin ou féminin alors même que filles et garçons ne sont pas initialement distinguables.. En 1972, la sociologue Ann Oakley reprend la notion de genre et s'appuie sur la distinction posée par Claude Lévi-Strauss entre nature et culture pour poser que . L'anthropologue Sherry Ortner en 1975 s'interroge sur l'universalité de la domination masculine en explicitant la relégation des femmes à un rôle supposé naturel de reproduction. Ces conceptions divergent alors totalement des travaux médicaux de Money et Stoller en introduisant la notion de rapport de pouvoir dans celle de genre.
Ces travaux d'inspiration féministe remettent également en cause la vision androcentrée du savoir académique.. Les universitaires américains se nourrissent alors, à partir des années 1980 en particulier, de ce qu'on appelle alors aux États-Unis la « French Theory », c'est-à-dire notamment les travaux de Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan, Roland Barthes.. Ainsi l'historienne Joan W. Scott qui travaillait depuis les années 1970 sur l'histoire des femmes en considérant dans une perspective marxiste le matérialisme et la lutte des classes, questionne en 1988 dans Gender and the Politics of History l'approche masculiniste de l'histoire et reproche notamment à certains auteurs de considérer la culture de classe comme universelle sans prendre en compte son côté masculin. Pour elle, il ne s'agit plus en effet de simplement décrire l'histoire des femmes mais de mettre en lumière les rapports de genre jusque-là cachés qui définissent l'organisation des sociétés.
thumb|Judith Butler a proposé des analyses du caractère performatif du genre. À cette époque, les études de genre reçoivent une forte institutionnalisation dans les universités américaines, par la création de revues et de cursus spécialisés. Ce n'est pas le cas en France malgré les apports théoriques des intellectuels ou chercheurs français, à l'exception notable de l'ATPL'ATP ou Action thématique programmée est un programme de recherche de 4 ans piloté par le CNRS, et rassemblant des contributions universitaires sur une thématique déterminée (ici, les femmes), dans une optique multi-disciplinaire. Recherches sur les femmes et recherches féministesSibylle Schweier, Brigitte Lhomond, Mathilde de Saint-Léger « Les recherches sur le genre et/ou les femmes en France - Analyses du recensement national réalisé par le CNRS », CNRS, septembre 2014., accompagné dans le secteur de l'édition grand public de la publication de L'histoire des femmes en Occident sous la direction de Michelle Perrot et Georges Duby. Le mot « genre » introduit en France par l'historienne Joan W. Scott en 1988 est sujet à débat, et les chercheuses utilisent une terminologie très variée pour désigner le contenu de leurs études, parlant d'études sur les femmes, féminines, féministes ou encore de rapports sociaux de sexe, de discriminations, etc, même si globalement le terme de genre finit par devenir dominant dans les années 2010.
À partir des années 1990, Judith Butler développe la notion de performativité dans les analyses de genre : les actes et les discours des individus non seulement décrivent ce qu'est le genre mais ont en outre la capacité de produire ce qu'ils décrivent. Elle décrit alors le genre comme .. Pour Butler, c'est le genre qui construit le sexe : s'il existe des différences biologiques, elles ne sont pas en elles-mêmes significatives. C'est le genre, et donc la construction sociale, qui assigne un sens aux différences sexuelles.
Pour Butler, mais également Scott ou des chercheuses françaises comme Christine Delphy ou Nacira Guénif-Souilamas, le genre en tant que rapport de pouvoir s'inscrit dans d'autres rapports de , basés sur la race ou l'orientation sexuelle, le genre faisant partie d'une norme sociale générant de l'exclusion.
Par ailleurs, dans les années 2010, la notion de genre a été banalisée, et les études de genre ont pris un tournant moins critique : si elles trouvent leurs origines dans des approches féministes, aujourd'hui beaucoup d'universitaires appréhendent les études de genre sans avoir d’appétence particulière pour le féminisme. Pour Bruno Perreau, la théorie queer serait ainsi devenue le symbole des dérives des études de genre aux yeux de ses adversaires..
Description Les études de genre, appelées aussi « études genre » ou « études sur le genre », forment un champ de recherche développé à partir des années 1970 qui étudie les rapports sociaux entre les sexes.. Le mot « études » est toujours au pluriel pour préciser la pluridisciplinarité de ces recherches..
L'expression théorie du genre est utilisée essentiellement par les adversaires du concept des études de genre, qui parlent aussi de « théorie du » ou encore « théorie du genre sexuel » ; elle aurait pour but de faire croire à une idéologie ou à une stratégie politique. En effet, les études sur le genre sont uniquement reliées par un objet de recherche commun, porté par ses propres revues savantes, associations, diplômes, manuels de références, etc... Bruno Perreau tempère toutefois cette vision : si les études de genre sont uniquement définies par un objet commun, elles risquent alors de réifier cet objet plutôt que de le mettre en question, ce que notait déjà Joan W. Scott en 2010. Bruno Perreau rappelle également l'importance de la théorisation du genre dans la constitution de ce champ d'études. Ce geste théorique risque d'être menacé si la réponse aux théories du complot contre le genre est uniquement défensive..
Le genre dans différentes disciplines Anthropologie
On appelle « anthropologie du genre » la phase la plus récente de l'anthropologie féministe. Elle s'inscrit dans le sillage des travaux de Gayle Rubin, et fait suite à une phase appelée « anthropologie des femmes » qui s'était développée pendant les années 1970.
L'anthropologue Françoise Héritier appelle le fait que .. Le genre s'inscrit ainsi dans une hiérarchie : elle constate que, bien que les caractéristiques associées au féminin et au masculin diffèrent d'une culture à l'autre, ..
Ce faisant, Héritier constate un manque dans la théorie de l'alliance formulée par Claude Lévi-Strauss :
La non-prise en considération des rapports sociaux dans lesquels les femmes sont impliquées est qualifiée d'androcentrisme par Nicole-Claude Mathieu..
Géographie
Histoire
Linguistique et sciences du langage L'idée issue des premiers travaux sur le genre et le langage des sociolinguistiques américaines selon laquelle les hommes et les femmes ne parlent pas la même langue est mis à mal par l'anthropologie linguistique et culturelle dans les années 1970. Ce champ d'études s'intéresse à la domination exercée par les hommes sur les femmes à travers le langage. L'étude des genres et des styles discursifs dans des sociétés non occidentales permet de souligner que les parlers masculin et féminin relèvent de stéréotype sexistes.
Robin Lakoff avec son ouvrage Language and women's place, publié en 1975 marque la naissance des études sur le genre et le langage aux États-Unis. Il appréhende les pratiques linguistiques des femmes comme effets de la domination masculine.
Dans le même temps, de nombreux travaux francophones analysent le sexisme de la langue française. Des travaux féministes approfondissent les liens entre langue, sexage, sexisme et sexualité. En 1978, Marina Yaguello étudie l'aliénation des femmes dans et par la langue, dans son essai Essai d'approche sociolinguistique de la condition féminine. Au Japon, Sachiko Ide met en lumière les différences de genre qui caractérisent la langue japonaise, notamment en matière des formes linguistiques de politesse et dans l’usage d’un langage spécifique pour les femmes.Parlers masculins, parlers féminins, publié en 1983, par Véréna Aebischer et Claire Forel interroge les stéréotypes linguistiques et les stratégies conversationnelles et propose de dépasser la perspective différentialiste. Des travaux de sémiologie, de sémantique, de lexicologie mettent au jour les dissymétries lexicales, les désignations péjorantes des femmes, l'occultation des femmes par le masculin dit « générique ». Ces travaux font le parallèle entre la dévalorisation et l'invisibilisation du féminin dans la langue et les femmes dans la société.
Psychologie La psychologie évolutive, dérivant du darwinisme, considère que les différences de comportement entre femmes et hommes sont dues à la pression de l'environnement sur les gènes, ce qui expliquerait les comportements agressifs attendus plutôt chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, cette hypothèse reste peu étayée..