Les Lombards ou Longobards (en latin : Langobardi puis Lombardi après le , sauf en Italie méridionale, qui conservera le nom de Langobardi jusqu’au ) sont un ancien peuple germanique, qui, selon sa propre tradition orale rapportée par leur historien Paul Diacre, à la fin du , serait originaire de Scandinavie méridionale.
Au , ce peuple traverse la Baltique et s’installe sur les rives de l’Elbe où il s’intègre aux Germains locaux. Il migre au sur les rives du moyen-Danube, en Pannonie, où il commence à adopter le christianisme sous ses deux formes de l’époque, arienne et nicéenne. De Pannonie, sous la conduite du roi Alboïn, il migre en 568 vers l’Italie alors romaine (byzantine) et s’empare de la plus grande partie de la péninsule, dont il reste maître jusqu’en 774, lorsqu’elle est conquise par Charlemagne.
Il donne aujourd’hui son nom à la région italienne de Lombardie, entourant Milan.
Étymologie et origines Tacite L'origine du nom des Lombards reste incertaine. En 98, l'historien romain Tacite les mentionne déjà dans son ouvrage sur les Germains, GermaniaTacite, La Germanie, Livre XL, Bibliothèque de la Pléiade, .. Ensuite, les Lombards demeurent plusieurs siècles dans l'ombre et leur histoire antérieure au est très mal connue. Le peuple lombard, dont le premier roi connu est un certain Agelmund, ne participe pas aux invasions et migrations barbares des .
Leur propre tradition orale tardive (l) décrit comment les Lombards quittèrent la Scandinavie, dirigés par deux chefs frères, Ibor et Aio, et comment ils s’établirent en Europe centrale, où des sépultures « longobardes » semblent établies vers 250-260.
Winniles et Vandales Le dieu Wotan et sa femme Frīja n’étaient pas toujours en accord sur les décisions à prendre. Un jour, les époux s’opposèrent sur le sort de deux tribus guerrières : les Winniles (ou Winilli, signifiant tout simplement les « Guerriers ») et les Vandales. Les premiers étaient soutenus par Frīja et les seconds par Wotan. Wotan décrète que la première tribu qu’il verrait en se réveillant au matin suivant, sera victorieuse. Son lit étant placé face aux Vandales, il savait que sa tribu gagnerait. Astucieusement, Frīja fit pivoter le lit de son époux et ordonna aux femmes Winniles de coiffer leurs longs cheveux autour de leur visage à la manière d’une barbe postiche . Lorsque Wotan se réveilla, il se demanda qui étaient ces longues barbes. Dès lors, les Winniles étaient connus sous le nom de Lombards (« longues barbes »).
Les Lombards se considéraient comme les préférés du dieu Wotan (Odin). Cette étymologie, qui est rapportée par Paul DiacrePaul Diacre, Historia Langobardorum (Mont-Cassin, v. 787), trad. fr. : François Bougard, Histoire des Lombards, Brepols, Turnout, 1994, 206 p. est discutée. Néanmoins, même dans les recherches les plus récentes, la dérivation de Longobards à partir de longues barbes est considérée comme assez probable pour des raisons philologiques Robert Nedoma: Altgermanische Anthroponyme. In: Dieter Geuenich, Wolfgang Haubrichs und Jörg Jarnut (Hrsg.): Person und Name. Methodische Probleme bei der Erstellung eines Personennamenbuchs des Frühmittelalters (= Ergänzungsbände zum Reallexikon der Germanischen Altertumskunde., volume 32). Berlin/New York 2002, p. 117f.. L’œuvre a pour modèle le récit de la migration des Goths (fait quant à lui par l’historien de ce peuple, Jordanès) et peut être également rapprochée du récit de la migration des Angles, des Jutes et des Saxons dans l’île de Bretagne tel qu’il est fait dans la Chronique anglo-saxonne.
D'une manière plus générale, le changement de nom de Winilli à Longobards a été expliqué par le phénomène du compagnonnage guerrier et de la formation de nouvelles communautés lors des migrations des peuples germaniques, communautés qui se plaçaient sous la protection du dieu Odin/Wodan en adoptant un éponyme du dieu. Longue-Barbe est un surnom d'Odin qu'atteste la tradition scandinave (langbarđr) https://www.docsity.com/it/la-filologia-germanica-di-maria-vittoria-molinari-2/754150/ La Filologia Germanica, di Maria Vittoria Molinari, Corso di Filologia germanica, a.a. 2011/2012, Università degli Studi di L’Aquila.
Longobardi (Hallebardes) Il a été proposé une autre origine au mot « Lombard »Voir aussi Lucien Musset (1922-2004), Les invasions : les vagues germaniques, PUF, Paris, 1994 ( éd. 1965), XXVII-329 p. : ainsi pour Régis Boyer : « […] les Lombards (un surnom sans doute, ils s’appellent probablement Uinniles, seraient venus de Norvège et devraient leur nom, non pas à ce qu’ils auraient eu de longues barbes comme on l’a longtemps cru, mais au fait qu’ils possédaient des hallebardes à longs fers, longobardi […]. ».
Ces « longues bardes » seraient issues du germanique barte « hache » et Langbärte « longues armes d'hast » Lida Capo, Commento a Paolo Diacono, Storia dei Longobardi, Mondadori, 1992, p. 380.. L'étymon donnera également en français le mot hallebarde, littéralement, « hache à poignée »Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, article « hallebarde », t. 2, F - PR, b.Cependant, la hallebarde est une arme qui n'apparaît en Europe que vers le .
En français, « lombard » est emprunté (sens , 2) [consulté le 28 mai 2016]. [consulté le 28 mai 2016]. à l’italien , du latin médiéval , altération, probablement sous l’influence de , du latin , pluriel .
Migrations
Au , les Lombards sont établis sur le cours supérieur de l’Elbe, où ils affrontent l’empereur Tibère. La tombe du cavalier de Hankenbostel, datée du , contenait des ustensiles de facture romaine. Au siècle suivant, ils gagnent le cours moyen du Danube. Ainsi, en 167, ils sont présents en Pannonie où ils demeurent plusieurs siècles. Vers la fin du , ils obtiennent dans cette région un traité de l’empereur Justinien et deviennent des fédérés de Rome. Comme tels, ils détruisent le petit royaume voisin des Hérules, vers 510, puis investissent la province romaine de Pannonie première (peut-être en 527), et enfin la Pannonie seconde à partir de 547.
À partir de 551, de nombreux guerriers lombards servent comme mercenaires dans la péninsule italienne lors des guerres des Romains d’Orient contre les Ostrogoths de Théodoric. Alliés aux redoutables cavaliers avars, un peuple de la steppe nouveau venu dans la région, ils battent sévèrement les Gépides établis en Dacie, qui tentent d’étendre leur royaume (v. 567). Une partie des Gépides abandonne son roi, s’unit aux Lombards pour les suivre en Italie et y conservent un certain temps leurs propres lois. À partir du milieu du , il semble que certains Lombards se convertissent au christianisme, mais la majorité des Lombards est encore fidèle à la religion germanique.
Selon les sources, leur roi Alboïn passe ensuite un accord avec le khagan avar : durant 200 ans, les Lombards peuvent retourner en Pannonie et retrouver leur territoire. L’ensemble des Lombards, accompagnés de Gépides, mais également de bandes saxonnes, hérules et même avares, se mettent alors en route pour l’Italie que beaucoup connaissent, ayant participé à la reconquête justinienne qui, au terme de près de 25 années de guerres, avait fini par rendre la péninsule aux Romains d’Orient.
Les Lombards en Italie
Au début de l’année 568, ayant franchi la frontière du Frioul, plus de Lombards et leurs alliés entrent dans la plaine du Pô, où, voyant les ouvrages défensifs et les nombreuses forteresses Italo-romanes, ils préfèrent les contourner pour s’installer dans la campagne où ils constituent des résidences rurales dans la fertile plaine du Pô (les salae), placées sous la coupe d’une fara (« bande » en germanique). Vivant en communautés loin des villes et défrichant des terroirs souvent délaissés par les Romains ou marécageux, ils n’inquiètent pas outre-mesure les autorités justiniennes qui peuvent même apprécier leurs qualités guerrières pour les utiliser comme mercenaires. Si une partie des Lombards, notamment les chrétiens, peuvent s’assimiler à la population romaine, la vie autonome de la plupart des farae permet de préserver la cohésion nationale lombarde ainsi que leur identité propre.
Mais cette cohabitation ne reste pas longtemps paisible : de nombreuses farae manquant de ressources pillent les fermes romaines, s’emparent de leurs terres, assiègent les villes avec des succès divers, mais coûteux en ressources et en vies, et une partie de la population romaine reflue vers le centre et le sud de la péninsule, se réfugie dans les barènes des marais de la Vénétie et sur la côte ligure enclavée et protégée par les Alpes ligures (région de Gênes). Finalement, les Lombards s’emparent de la ville de Pavie en 572 mais l’exarchat de Ravenne, resté romain, leur résiste toujours. Certaines farae combattant plus ou moins pour leur propre compte, s’infiltrent également dans les Apennins, dans le Bénévent et jusqu’en Provence, d’où elles sont chassées par les Francs commandés par Eunius dit aussi Mummolus, patrice de la Provence bourguignonne au service du roi Gontran. Il les bat en 571 à la bataille de Mustiae-Calme, commune de Meyronnes, près de Barcelonnette et les oblige à repasser les Alpes.
En 574, les ducs lombards Amo, Zaban et Rodan lancent une triple attaque contre la Gaule. Amo atteint Mague (près de Caumont), dans la région d’Avignon, en passant par le col de Larche ; Zaban atteint Valence et Rodan assiège Grenoble. Amo s’empare des troupeaux de la Crau et rançonne Aix. Mummolus se porte au secours de Grenoble. Rodan, blessé, rejoint Zaban avec 500 hommes et les deux ducs se retirent à Embrun, avant d’être rejetés au-delà des Alpes par Mummolus. En l’apprenant, Amo se retire à son tour mais, avec l’arrivée de l’hiver, peine à regagner l’Italie. Un dernier fara, après avoir ravagé l’abbaye de Saint-Maurice d'Agaune en Valais, est battu près de Bex. Gontran ferme l’entrée de la Gaule en occupant Aoste et Suse, sur le versant italien des Alpes.
Après les assassinats d’Alboïn (572) et de son successeur Cleph en 574, les Lombards suppriment la royauté (fait unique pour cette époque) et restent sans roi pendant dix années, errant en bandes (farae de quelques milliers d’individus tout au plus), plus ou moins rivales à travers toute la péninsule, qu’ils mettent à feu et à sang, dirigées par trente-cinq chefs militaires, les « Ducs ». L’organisation de la royauté lombarde en Italie, qui allait durer jusqu’à la conquête franque de Charlemagne, se mit probablement en place durant cette période de polyarchie : la couronne était dévolue par les ducs à l’un d’entre eux, élu. En 584, ils choisissent comme roi Authari auquel succède Agilulf (590-616) qui met en place un État plus centralisé, reprenant la politique des Ostrogoths et de Théodoric le Grand sur la base d’une collaboration entre Romains d’Orient et Lombards, aux premiers étant dévolue l’administration civile, aux seconds la sécurité militaire.
Le centre du pouvoir lombard se situe à Monza. Agilulf consolide son pouvoir et la domination lombarde dans son royaume. La monarchie reste néanmoins élective et les ducs régionaux continuent à bénéficier d’une autonomie de fait. En 626, la capitale est transférée à Pavie. Le règne du roi Aripert (653-661) est caractérisé par la conversion des Lombards au christianisme nicéen, même si un nombre important d’entre eux restent longtemps encore arianistes ou païens. L'adoption du christianisme nicéen favorisa les rapports avec la papauté et les Romains d’Orient. Le roi Grimoald (661-671) marque une étape supplémentaire dans le contrôle des ducs. Il met en place des liens plus ténus avec les duchés du sud et multiplie les liens matrimoniaux. Se mettent en place des rapports préféodaux qui marquent, pour les historiens, l’entrée progressive du pays dans le Moyen Âge.
Art lombard