Les épreuves de natation lors des Jeux olympiques d'été de 1924 organisés à Paris se déroulent du au .
Le programme de la natation aux Jeux, qui a varié lors des éditions précédentes, est fixé en 1924 et reste inchangé jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956. Pour les hommes : en nage libre, 100, 400 et en individuel et un relais ; en dos, ; en brasse, . Pour les femmes : en nage libre, un 100 et un en individuel et un relais ; en dos, ; en brasse, .
Pour la première fois, les épreuves de natation ont lieu dans un bassin long de , permanent et destiné à être conservé ensuite : le stade aquatique des Tourelles, construit par la Ville de Paris, porte des Lilas. Pour la première fois aussi, les couloirs de nage sont matérialisés par des lignes de bouchons.
Comme lors des Jeux d'Anvers en 1920, la domination des nageurs et nageuses des États-Unis est totale, laissant peu de place aux autres nations. Seuls la Britannique Lucy Morton au brasse et l'Australien Andrew Charlton au nage libre empêchent les nageuses et nageurs américains de remporter toutes les médailles d'or. Ce nage libre masculin est aussi la seule course où aucun Américain n'est présent sur le podium.
En nage libre, pour la première fois de l'histoire olympique, tous les concurrents et toutes les concurrentes utilisent le crawl, même sur les longues distances. De même, tous les nageurs utilisent la technique du « dos crawlé ». Contrairement aux hommes, certaines nageuses ont conservé l'ancien style de « dos brassé ». L'élimination de ces dernières dès les séries du dos féminin est considérée comme la preuve définitive de la supériorité du « nouveau style ».
Si le nageur américain Johnny Weissmuller marque les Jeux sur et nage libre avec sa technique de nage et ses virages d'un nouveau type, les spectateurs admirent aussi les nageuses américaines. Ils rendent par ailleurs hommage aux « vétérans » : l'Hawaïen Duke Kahanamoku, vainqueur du nage libre en 1912 et 1920 qui à repart encore avec l’argent sur cette distance, ou l'Australien Frank Beaurepaire (), médaillé de bronze sur nage libre comme à Londres en 1908 et Anvers en 1920. Les jumeaux suédois Arne et Åke Borg ainsi que l'Australien Andrew Charlton ont les faveurs du public pour leurs performances éclipsées par celle de Weissmuller.
Organisation Le Comité international olympique a délégué à la FINA l'organisation des épreuves nautiques aux Jeux olympiques : programme des épreuves, composition des séries, recrutement des officiels et gestion des réclamations. En ce qui concerne les Jeux de Paris de 1924, l'organisation spécifique des épreuves nautiques est confiée au poloïste olympique Émile-Georges Drigny.
Stade nautique vignette|redresse=2.5|alt=deux photographies noir et blanc d'une piscine|La piscine des Tourelles pour les Jeux de 1924 : vide et remplie. Pour la première fois, les épreuves de natation ont lieu dans un bassin permanent destiné à être conservé ensuite : le stade aquatique des TourellesÀ Athènes en 1896, les épreuves ont lieu dans la baie du Pirée ; à Paris en 1900 dans la Seine ; à Saint-Louis en 1904 dans le lac artificiel d'un parc de la ville ; à Londres en 1908 dans un bassin creusé dans le stade olympique ; à Stockholm en 1912 dans un bassin éphémère installé dans une baie de la ville ; à Anvers en 1920 dans un bassin éphémère dans les douves des fortifications avec les remparts comme tribunes ..
Au printemps 1921, lorsqu'il est certain que Paris va organiser les Jeux de 1924, se pose la question de la création des infrastructures. Dans un premier temps, la municipalité de Paris et le comité d'organisation lancent un concours d'architecture pour les stades et le village olympique. En parallèle, divers emplacements sont envisagés : le stade Pershing réaménagé, le Parc des Princes, la porte Dorée ou le parc des sports de Marville. Le stade nautique est alors prévu dans les fossés des fortifications de Paris, porte des Lilas, au nord-est de la ville. Finalement, en , tous ces projets sont abandonnés quand le comité d'organisation passe un accord avec le Racing Club de France pour la construction des installations sur ses terrains à Colombes. Le stade nautique doit alors être construit avec des tribunes pouvant accueillir de façon permanente ainsi que des tribunes provisoires pour de plus lors des Jeux. Malgré tout, fin , la ville de Paris et le Conseil général de la Seine annoncent financer la construction du stade aquatique des Tourelles (à nouveau porte des Lilas), pouvant lui aussi accueillir . Il est mis à la disposition de l'organisation des Jeux. Le stade nautique à Colombes est quant à lui presque achevé alors. Il semble que l'État, par la voix du préfet, penche pour la solution parisienne.. Fin , la décision du comité d'organisation tombe définitivement : les épreuves de natation auront lieu aux Tourelles. Le stade aquatique de Colombes reste la propriété du Racing Club de France..
Les travaux sur le stade aquatique des Tourelles commencent le et sont prévus pour durer jusqu'en mars de l'année suivante. Le bâtiment repose sur de béton armé. Il mesure de long et de large, sur trois étages. Chaque étage accueille des vestiaires et des tribunes. Le bassin est long de et large de ; sa profondeur passe de d'un côté à de l'autre. Le bâtiment est prévu pour être recouvert après les Jeux... Si la construction ne prend pas de retard, le budget est largement dépassé. En , la municipalité de Paris accepte de monter son financement à de francs pour couvrir l'augmentation des dépenses ; mi-janvier, le département de la Seine porte sa participation à de francs... Les sommes dépensées pour construire la piscine sont équivalentes à celles que l'État destine chaque année à l'éducation physique scolaire. Début , les responsables de la construction (architectes et directeur des travaux) sont sanctionnés.. Finalement, le stade nautique est inauguré le par un meeting de natation et de plongeon..
Émile-Georges Drigny, alors secrétaire général de la Fédération française de natation et de sauvetage, suggère un bassin différent de celui des Jeux précédents, ce que la FINA accepte. Alors qu'il était long de à Londres en 1908, Stockholm en 1912 ou Anvers en 1920, pour la première fois, et pour tous les Jeux suivants, il est long de . La commission technique de l'organisation des Jeux et la Fédération française de natation et de sauvetage avaient demandé aux architectes de la piscine de prévoir des rigoles latérales pour briser les vagues, mais ne les avaient pas obtenues. Finalement, l'utilisation de « lignes d'eau » matérialisant des couloirs de nage par des lignes de bouchons rouges reliés par une corde a deux effets positifs. Les lignes de bouchons servent de brise-vague, remplaçant avantageusement les rigoles latérales. Surtout, elles évitent les réclamations pour gêne entre nageursComme cela s'était produit lors de la finale du nage libre à Anvers : le nageur australien William Herald, arrivé quatrième, pose une réclamation contre le nageur américain Norman Ross considérant qu'il l'avait gêné. Le jury lui donne raison et disqualifie Ross. Mais, comme le veut le règlement, la finale est à nouveau nagée. Herald termine à nouveau quatrième .. Les lignes d'eau, utilisées pour la première fois lors des Jeux de Paris sont ensuite généralisées. De plus, des lignes d'eau sont aussi tracées, en carrelage noir, au fond du bassin puisque la cuve en béton oblige à poser du carrelage pour des raisons d'étanchéité. Ces lignes permettent aux concurrents de nager droit, à une époque où les lunettes de natation n'existent pas encore. Il semble aussi que le bassin des Tourelles ait disposé d'un système de chauffage de l'eau à une température idéale pour les nageurs ()À Anvers, la température de l'eau était, selon les sources de ou de ..
Les sources diffèrent quant à l'installation d'un mécanisme contre les faux départs (une corde suspendue à quinze mètres du départ pouvant être abaissée pour arrêter les nageurs en cas de faux-départ). Selon le rapport officiel, il avait été suggéré à la FINA, qui l'avait refusé. Selon Emmanuel Auvray, il aurait été accepté. Selon Thierry Terret, il n'aurait été utilisé qu'une fois, mais les nageurs, ayant mal compris son usage, se seraient contentés de passer par dessus la corde et de poursuivre la course. La FINA aurait alors renoncé à l'utiliser.
L'Écho des Sports, après le début des Jeux, décrit favorablement la structure. Si l'apparence extérieure ne semble pas plaire aux Parisiens et si d'un premier abord les couloirs et escaliers intérieurs sont frais et labyrinthiques, les tribunes offrent non seulement une très belle vue sur Paris (), mais aussi sur les compétitions elles-mêmes. La piscine est lumineuse : les nageurs et nageuses sont visibles jusque dans l'eau, très claire, à l'inverse des Jeux précédents. Le tableau d'affichage et les haut-parleurs renseignent aussi de façon très compréhensible les spectateurs pas toujours au fait de la natation de compétition. La piscine est peut-être un peu trop lumineuse à la mi-. Des vendeurs à la sauvette autour des entrées proposent non seulement des journaux, des bonbons ou des jumelles, mais aussi des lunettes de soleil..
Finances Le stade nautique mis à la disposition de l'organisation des Jeux avait donc été financé par la Ville de Paris et le département de la Seine.
Au total, sur les seize réunions (une par demi-journée), ce sont payantsEn plus des spectateurs payants, entre 500 et assistent aux épreuves à titre gracieux, principalement les autres nageurs et les journalistes . qui ont été présents dans les tribunes. Les entrées payantes ont rapporté . En fonction de l'emplacement dans les tribunes, le prix du billet varie : plus on est haut, moins on paye. Dans la tribune la plus chère, les billets pour les places assises vont (en fonction des réunions) de 12 à . L'abonnement pour les seize réunions va de 300 à . Dans les gradins debout, le prix du billet va de 4 à et l'abonnement y varie de 80 à . Tout en haut, les billets, délivrés uniquement pour la demi-journée (pas d'abonnement), vont de 2 à .
Les après-midis de finales des 14 et ont attiré plus de payants, pour un stade de . À titre de comparaison, le stade d'athlétisme à Colombes, prévu pour , a accueilli, au plus, entre et . Les épreuves nautiques, avec le football, ont été considérées comme celles ayant remporté le plus grand succès populaire.
Programme Le programme des épreuves est définitivement fixé et reste inchangé jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956. Il est fixé lors du congrès de la FINA, en marge du congrès olympique de Lausanne, le ..
Le programme masculin aux Jeux de Paris en 1924 est le même qu'aux Jeux de Londres en 1908, où il a commencé à être fixé : en nage libre, 100, 400 et et un relais ; en dos, ; en brasse, . L'éphémère brasse présent à Stockholm en 1912 et Anvers en 1920 a en effet été retiré définitivement du programme olympique masculin qui n'évolue alors plus jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956.
Le programme féminin continue à évoluer et à être étoffé. Il comptait deux épreuves à Stockholm en 1912 (en nage libre : un individuel et un relais ) puis trois épreuves à Anvers en 1920 (en nage libre : un 100 et un en individuel et un relais ). Aux Jeux de Paris en 1924, on monte à cinq épreuves : en nage libre, un 100 et un en individuel et un relais ; en dos, ; en brasse, . Ce programme féminin n'évolue plus non plus jusqu'aux Jeux de 1956.
Selon l'historien du sport Thierry Terret, la société française du début des années 1920 considère la natation comme un sport convenant aux femmes. Pour l'historienne Anne Velez, la natation est pour les femmes car, selon les standards l'époque, elle est une activité moins violente que d'autres sports réputés menacer leur capacité à procréer. Peu mus par une volonté d'égalité, les clubs y sont favorables pour des logiques commerciales, la mixité semblant favoriser le nombre d'adhésions masculines. D'après Anne Velez, .