Le progrès technique est l'ensemble des modifications et des améliorations qui affectent les techniques et les méthodes de production des biens et des services, incluant les innovations dans les processus organisationnels. Ces avancées se manifestent par l'incorporation de connaissances nouvelles dans l'appareil productif, augmentant l'efficacité et la productivité.

L'accélération du développement des nouvelles technologies est souvent citée comme une preuve manifeste de ce progrès, mais le concept de progrès technique est toutefois l'objet de controverses. Dans les milieux écologistes, il est critiqué en raison de ses effets négatifs sur l'environnement, notamment depuis la révolution industrielle (effet rebond, épuisement des ressources avec dépassement des limites planétaires, pollution). À cette critique environnementale s'ajoutent des critiques d'ordre philosophiques et sociales, portées notamment par les courants de la décroissance ou certaines pensées catholiques, pour lesquelles le progrès technique n'est pas nécessairement intrinsèquement positif (ni toujours désirable). Ces courants remettent en question la notion même de progrès illimité.

Progrès technique et innovation Le progrès technique peut être défini, dans un premier temps, comme l'ensemble des éléments qui permettent d'améliorer les méthodes de production et d'accroître la productivité. Pour l'économiste, c'est « tout ce qui accroît la production sans que varie la quantité de facteurs de production utilisée »Jean-Paul Piriou, Lexique de sciences économiques et sociales, Repères/La Découverte, . Par exemple, l'introduction dans une entreprise de machines-outils à commandes numériques (c'est-à-dire, de machines-outils classiques couplées à un micro-ordinateur) facilite et accélère les réglages, et leur permet de s'adapter à des productions différentes : il s'agit bien de progrès technique. Toutefois, le progrès technique s'inscrit aussi dans les différentes formes d'innovations mises en œuvre par l'entrepreneur, lesquelles peuvent concerner aussi la fabrication d'un produit nouveau, la mise en œuvre d'une nouvelle méthode d'organisation de la production, ou l'ouverture de nouveaux débouchés

Le progrès technique résulte directement des innovations, c'est-à-dire de la mise en application d'une invention.

De l'invention à l'innovation Une invention est la découverte d'un principe ou d'un produit nouveau qui n'est pas toujours susceptible d'application pratique. L'invention part de la recherche fondamentale pour arriver à la recherche appliquée : c'est souvent le résultat de la recherche scientifique, mais pas seulement. D'autres facteurs entrent en jeu.

Une innovation est la mise en application industrielle et commerciale d'une invention. L'innovation reprend les étapes de la recherche scientifique de l'invention et ajoute les stades de développement et de commercialisation : c'est la mise en valeur économique des inventions.

La période sur laquelle s'étend le processus d'innovations peut être assez longue : . De nombreuses inventions ne donnent pas des innovations. Il faut de plus compter le temps de déploiement de l'innovation sur un marché significatif.

Catégories d'innovations Première classification Innovation de produits : fabrication de nouveaux produits (ou services). Les objectifs de l'entreprise sont d'offrir aux consommateurs un produit plus proche de leurs besoins et d'augmenter sa part de marché. les souris d'ordinateur à bille qui deviennent des souris optiques, ou le téléphone fixe qui devient mobile. Innovation organisationnelle : utilisation d'une nouvelle organisation au sein de l'organisation productive changement de statut d'une entreprise pour disposer de nouveaux avantages qui se répercuteront (directement ou indirectement) sur l'activité productive Innovation de débouchés : utilisation de techniques dans de nouveaux secteurs l'étude de l'énergie nucléaire adaptée à la confection de la bombe atomique Innovation de matériaux : utilisation de nouveaux matériaux dans la fabrication d'un produit le plastique utilisé pour fabriquer des bouteilles à la place du verre ou l'électricité à usage domestique ou industriel à la place du gaz. Innovations de procédés : nouvelles méthodes de production. Les objectifs de l'entreprise sont la baisse des coûts de production, la hausse de la productivité et de la qualité, la baisse des prix et l'augmentation de sa part de marché.

Deuxième classification innovations majeures : radicales (exemple : Schumpeter et la rupture). innovations mineures : incrémentales (exemple : diesel vs essence).

Cycle de vie d'une innovation : phase 1 : apparition ou émergence – ventes faibles – profits faibles – coûts élevés phase 2 : croissance – hausse des profits phase 3 : maturité – baisse des prix – économies d'échelle phase 4 : saturation – renouvellement phase 5 : déclin – obsolescence

Recherche et développement – brevets L'innovation résulte très souvent d'investissements en Recherche et Développement (R&D) réalisés par les entreprises et l'État (investissements immatériels). L'innovation résulte d'un processus qui n'est pas déterministe, ni mécanique. Cette croissance de l'investissement est une nécessité aujourd'hui à cause de la concurrence, de la mondialisation, de la remise en cause des avantages acquis par les vieux pays industriels. La part des dépenses en R&D dans le PIB, qui était de 1,5 % dans les années 1960, atteint aujourd'hui 2,5 à 3 %.

La liaison mécanique faite souvent entre R&D et innovation est fausse. Augmenter les budgets de R&D ne permet pas de créer mécaniquement des innovations. Il faut modifier l'organisation et agir sur les compétences, sur la vision et sur la stratégie pour créer un volet spécial orienté vers l'innovation. On assiste aujourd'hui à une accélération des innovations et de leur obsolescence (ordinateurs par exemple). Par conséquent, on n'a pas toujours le temps de rentabiliser l'investissement en R&D.

Dans tous les pays développés à économie de marché (PDEM), l'État joue un rôle plus ou moins important en matière de politique de recherche. Il crée le SFRI (Système Français de Recherche et Innovation). En France, l'organisation qui joue un rôle important est le groupe Oséo, qui a repris les missions de l'Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVAR).

Pour faire respecter la propriété intellectuelle associée à l'innovation, un système législatif est mis en place : le brevet. Le brevet est un titre de propriété accordé par l'État avec un droit d'exploitation généralement de 20 ans. Le brevet peut être vendu ou loué sous forme de licence : les licences d'exploitations. Les formalités sont déposées à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Il existe un pendant de l'INPI pour l'Europe, c'est l'Office européen des brevets.

En économie En économie, le progrès technique représente l'amélioration des connaissances scientifiques et de l'organisation de la production qui permettent une amélioration de la productivité, c'est-à-dire une augmentation de la production pour une quantité fixe de facteurs de production utilisés (le travail, mais aussi le capital, comme les machines). Un autre avantage du progrès technique consiste à réaliser la même production en réduisant les coûts de production (le résultat en est donc l'augmentation des profits)J.-F. Bocquillon et M. Mariage, Économie générale : première G, Paris, Bordas, 1989, 212 p. . Il contribue pour une large part à la « productivité globale des facteurs » (PGF).

Au sens large, le progrès technique désigne l'ensemble des innovations qui peuvent améliorer : la productivité du travail et du capital : par exemple la mécanisation, l'organisation scientifique du travail ou encore la formation, etc. la productivité générale de l'économie : création de nouveaux marchés, nouveaux produits, réglementations ou déréglementations de l'État, etc.

Le progrès technique est dû à une amélioration des connaissances humaines appliquées à la production. Il a permis l'enrichissement de nos sociétés depuis les origines de l'humanité (invention de l'agriculture, de la roue…), et, de manière plus importante, depuis le début de la révolution industrielle.

C'est le principal facteur de croissance du PIB par habitant et du niveau de vie. La croissance due au progrès technique est la croissance intensive, par opposition à la croissance extensive (qui est possible avec l'accroissement de la quantité des facteurs de production).

Historique des gains de productivité

Au cours des Trente Glorieuses, les gains de productivité ont été très importants en France. Ces gains s'expliquent par les efforts de reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale, puis par le rattrapage technologique sur le pays leader du , les États-Unis. Durant les années 1960, ils s'élevaient en moyenne à 5,1 % par anAlternatives économiques, , décembre 2007, . Les crises de 1973, puis de 1979 mettent fin à cette période. Depuis, les gains de productivité sont moindres. Durant les années 2000, la croissance des gains de productivité plafonnent à 1,1 % par an. Cette faible croissance des gains de productivité contribue à l'atonie des salaires et du pouvoir d'achat des Français.

Effets sociaux du progrès technique aujourd'hui Un exemple donné régulièrement concernant les effets sociaux des progrès techniques est celui de la mise en place de caisses automatisées dans les supermarchés. Il existe aujourd'hui environ en FranceChiffre cité par Philippe Moati, économiste, directeur de recherche au CRÉDOC dans son livre L'avenir de la grande distribution., et l'implantation de ces caisses automatisées mettrait en danger leur emploi et participe à un retour des questionnements luddistes (néo-luddisme) dans le débat public français.

Effets du progrès technique Les analystes et prospectivistes cherchent à quantifier et prévoir les effets (sociétaux, économiques et environnementaux) directs et indirects, immédiats et futurs, dans l'espace et dans le temps ; en distinguant d'une part : les effets du progrès technique lui-même ; et d'autre part : les effets des usages qui en sont faits, en tenant compte de synergies complexes entre des technologies différentes et de l'effet rebond.