Le château de Beauté est une demeure royale du , détruite au , située au lieu-dit de Beauté, à l'orée du bois de Vincennes et sur l'actuelle commune de Nogent-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, en Île-de-France.

Construit ou réhabilité vers 1375, sous l'impulsion du roi de France Charles V dit , le château est alors constitué d'une tour de base carrée à quatre étages, d'un corps de logis, d'une bibliothèque et d'une chapelle. L'ensemble est entouré par une enceinte fortifiée. Son domaine, qui se développe en surplomb de la Marne, est également doté de plusieurs bâtiments annexes, dont notamment un moulin, une fontaine et un pavillon situé sur l'île dite de .

À cette époque, en 1378, le château de Beauté accueille notamment l'empereur Charles IV, oncle par alliance du roi Charles V, pour une visite diplomatique qui se conclut par le titre honorifique de pour le Royaume d'Arles et le Dauphiné conféré au dauphin, futur .

Au terme du , cette résidence royale, qui se présente tel un manoir, est le lieu de séjour de Charles VI. Au début du , le château passe aux mains des Anglais lors de la guerre de Cent Ans et subit la révolte de la Praguerie, pour n'être repris définitivement qu'en par le roi Charles VII, qui l'offre en à sa favorite, Agnès Sorel, qu'on surnommera ainsi la .

À partir de 1450 jusqu'au milieu du , la demeure connaît plusieurs locataires et gouvernances temporaires. Il est ensuite abandonné, pour finalement faire l'objet d'une destruction en .

Les rares vestiges qui subsistent de l'ancien château au début du sont définitivement réduits à néant en , lors des travaux visant à l'installation et la construction de la ligne ferroviaire Paris-Bastille/Marles-en-Brie.

Localisation

vignette|droite|Extrait d'une carte de Cassini. Le château de Beauté était localisé à l'extrémité orientale du bois de Vincennes, situation géographique correspondant à la partie Ouest de l'actuelle commune de Nogent-sur-Marne, dans le département du Val-de-Marne, en région Île-de-France.

L'édifice surplombait la dépression formée par le cours de la Marne, la totalité de ses structures et de son aire d'occupation se développant ainsi à flanc de coteaux. Le lac des Minimes, qui est placé au voisinage de la résidence royale en direction du Nord-Ouest, a livré des éléments archéologiques grâce à des investigations menées par Édouard Bourières vers le milieu du .

Par ailleurs, lors de son élévation, puis de son occupation, et ce jusqu'à sa destruction, le château de Beauté sur Marne faisait partie intégrante du territoire paroissial de Fontenay-sous-Bois.

Enfin, à proximité de l'édifice royal de Beauté, se dressait un moulin, appelé , et dont l'existence déjà est attestée au cours du ..

Toponymie Selon M. J. Guadet, dans son ouvrage Palais et maisons des rois de France, lors de sa première évocation au , le château de Beauté est dénommé en langue latine : (autrement dit : ). De même, la mention d'établissements existant antérieurement au château est mise en évidence au sein d'un texte officiel daté de 1206. Cette mention évoque l'hommage rendu au roi Philippe Auguste de la part des possesseurs des (c'est-à-dire ).

Au sein du massif forestier de Vincennes, son domaine recouvrait un ensemble de terres connu sous le nom de (ou ).

L'emploi de ce toponyme est encore attesté au cours du . Sous le règne de (), le terme officiel utilisé pour le site se révèle être , faisant possiblement écho au mot de vieux français précédemment employé au , .

Le nom du site, « Beauté », pourrait être également associé à un ancien lieu de culte d'époque antique et dont l'emplacement aurait été situé au milieu du bois de Vincennes..

Historique Selon un récit de tradition orale, une sorte de légende locale, une résidence royale, construite au lieu-dit de Beauté, aurait possiblement existé à l'époque mérovingienne, sous le règne de Dagobert .

Le château de Charles V vignette|droite|upright|Buste de Charles V () dit . Construction Vers 1375. , Charles V, cherchant à se ménager un refuge en marge du château de Vincennes et de la capitale, fait édifier - ou restaurer.. - le manoir de Beauté-sur Marne. À la même période, quelques années plus tard, le souverain rachète et fait en partie reconstruire une seconde résidence, le château de Plaisance, demeure royale également localisée sur l'actuel territoire de Nogent-sur-Marne.. Ce deuxième édifice, que le monarque accorda à sa femme Jeanne de Bourbon, bénéficia d'importantes investigations préventives et de sondages archéologiques, lesquels ont notamment permis d'en exhumer les structures maçonnées de pièces souterraines aux plafonds en croisée d'ogives, ainsi que divers artefacts tels que des sculptures ou encore des jarres ornées de sceaux représentant ..

Visite de Charles IV du Saint-Empire germanique vignette|droite|upright|Miniature représentant le banquet donné par Charles V à l'empereur Charles IV et son fils Venceslas en 1378. Grandes Chroniques de France de Charles V, BNF, Fr.2813, f.473v. En 1378, Charles IV du Saint-Empire, alors atteint de la maladie de la goutte, accompagné de son fils Venceslas de Luxembourg et sa suite vient en France. Il concilie pèlerinage à l'abbaye de Saint-Maur et visite diplomatique. Cette rencontre entre les deux princes, et parents, a fait l'objet d'une relation par Christine de Pizan. C'est à l'occasion de cette entrevue que l'empereur réside au manoir de Beauté du mardi 12 au samedi .. Christine de Pizan nous apprend que Charles V, resté à Vincennes, le visite quotidiennement, s'entretenant longuement avec lui :

Un extrait issu du manuscrit enluminé des Grandes Chroniques de France, commandité par Charles V, précise :

Les princes échangent des cadeaux luxueux, coupe et aiguière d'or garnies de pierreries, anneaux, et pierres précieuses. Par ailleurs, ce séjour au sein de l'édifice de Beauté permit au souverain du Saint-Empire de recouvrir sa pleine santé. Le 16, l'empereur repart, le roi raccompagnant son oncle jusqu'au château de Plaisance proche. Lors de cette visite, l'empereur fait du dauphin, le futur Charles VI, son vicaire perpétuel pour le Royaume d'Arles et le Dauphiné.

Tout au long du règne de Charles V, certaines des chartes émises par le souverain capéto-valois portaient la mention finale suivante :

Mort de Charles V vignette|droite|upright|Détail du gisant de Charles V exposé à la basilique Saint-Denis, à Paris. Après la visite de l'empereur du Saint-Empire, le roi séjourne toujours régulièrement au château de Beauté ou il signe plusieurs documents qui confirment sa présence sur les lieux. Il y meurt, après s'y être fait transporté, malade, le .. C'est là, avant de mourir, qu'il abolit les fouages en pays de langue d'oïl, impôt dit qu'il avait institué en . Le poète Eustache Deschamps (), à travers une ballade, rendit hommage à l'édifice de Beauté commandité par Charles V :

Par ailleurs, les manuscrits des chroniqueurs royaux de l'époque précisent :

Règne de Charles VI vignette|droite|upright|Retour de Charles VI en région parisienne, après la bataille de Roosebeke, en . Le jeune roi séjourne régulièrement au manoir de Beauté lors des premières années de son règne. Le château sert aussi à loger ponctuellement différents membres de la famille royale, ainsi Louis Ier d'Orléans, frère de Charles VI, en ou Philippe II de Bourgogne, oncle du roi, en .

Le , la souveraine Isabeau de Bavière accouche au manoir de Beauté de son premier enfant. Celui-ci cependant ne vivra pas plus de quelques mois, trouvant la mort le jour des Saints Innocents, le de la même année.

En 1389, le mobilier du château s'enrichit de l'un des tout premiers tapis persan importés dans le royaume de France, et dont l'achat s'est effectué à Arras.

À la fin du , en , l'édifice royal fait l'objet d'une campagne de travaux et dont le financement, par commandite de Charles VI, a été répertorié sur un document de comptes de de long..

Après l'assassinat de Louis d'Orléans (), le château est peu à peu délaissé. Il est, à cette période, tour à tour administré par Charles d'Albret et le Comte de Nevers. Alors que le royaume de France est en proie aux invasions anglaises, un inventaire, dressé par le clerc Guillaume Lamy en date du et qui prolonge celui effectué sur le château de Vincennes le 12 du même mois, met en évidence la paupérisation du patrimoine mobilier du château de Beauté.

L'inventaire, conservé à cette époque dans le Registre administratif de la chambre des comptes de Paris, fait également état de cette désaffection montrant le manque d'entretien des lieux.

Le château d’Agnès Sorel vignette|gauche|upright|Portrait de Charles VII, par Jean Fouquet, vers 1445 ou 1450, conservé au musée du Louvre. vignette|droite|upright|Vierge allaitante en manteau d'hermine figurée sous les traits présumés d'Agnès Sorel, panneau droit de l'ancien Diptyque de Melun, musée royal des beaux-arts d'Anvers. À la fin du , le manoir royal, ainsi que la totalité du territoire parisien, est pris dans les événements de la guerre de Cent Ans et passe aux mains des Anglais pour n'être repris qu'en . Cependant, le château est à nouveau investi vers le milieu du . Il est ainsi tenu par les armées des insurgés lors de l'épisode de la Praguerie.. Repris en par les troupes de Charles VII, il est offert en 1444 par le roi, à sa maîtresse Agnès Sorel, fille du seigneur de Coudun, Jean Sorel, et de Catherine Magnelay. À cette époque, Agnès Sorel, se manifestant alors comme la favorite royale, bénéficia de plusieurs autres dons et biens immobiliers, notamment la seigneurie de la Roquecezière, située dans la province du Rouergue, celle d'Issoudun, dans la province du Berry, et celle de , où était implanté le château de Bois-Sire-Amé..

La maîtresse de Charles VII devient ainsi la « dame de Beauté ».. Selon l'historien Georges Minois, à partir de cet évènement-clé, la favorite du roi se révèle être , et ce, à contrario de celle qui en porte le titre officiel et légitime, Marie d'Anjou () décrite par les chroniqueurs de l'époque comme étant .

Concernant le don que produisit Charles VII à sa maîtresse et de l'esthétique physique d'Agnès Sorel, un lai écrit par l'officier et comte de Damartin Antoine de Chabannes précise :

Elle séjourne souvent au château et y donne naissance à deux de ses quatre filles, Marie de Valois et Jeanne de Valois.

Place forte vignette|droite|upright|Le duc du Berry Charles de France, l'un des derniers résidents du château. Détail d'une miniature de Jean Fouquet tirée des Statuts de l'ordre de Saint-Michel, BNF, Fr.19819. À la mort d'Agnès Sorel, le ., le château retourne dans le giron du domaine royal. Le manoir est alors commis à la garde d'un officier. La vocation du château est dès lors celle d'une place forte. Le plus jeune frère de Louis XI (), le Duc du Berry, de Normandie et de Guyenne Charles de France (), alors opposé au régime du souverain régnant, y loge en .. Ce fut à cette occasion, pendant son séjour au manoir de Beauté, que le duc du Berry réceptionna une congrégation composée des représentants de la commune de Paris et menée par l'évêque parisien.

Pendant le règne de Louis XII (), l'amiral et capitaine du Bois de Vincennes Louis de Graville est chargé de la gestion de la forteresse de Beauté.

Au début du , la duchesse d'Estampes Anne de Pisseleu (), alors devenue la favorite de François (), aurait peut-être, selon les registres historiographiques, temporairement résidé au château. Le château est ensuite délaissé et tombe peu à peu en ruine.

Abandon et destruction Tout au long du , le manoir de Beauté, successivement administré par plusieurs gouverneurs issus de la famille de Montmorency, ne connut aucun hôte qui n'ait été attesté. Les Montmorency demeurèrent les derniers concierges des lieux.