La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, en anglais International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant la mesure de l'exposition aux rayonnements ionisants et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations.
Issue de la création en 1928 du Comité international de protection contre les rayons X et le radium, elle est formellement fondée sous son actuelle appellation en 1950. Toujours de jure une association-fille de la Société internationale de radiologie, son domaine d'intérêt ne se limite plus à la protection dans le secteur médical : ses travaux englobent aujourd'hui l'ensemble des aspects de la protection contre les radiations (ou radioprotection), par exemple la sécurité des travailleurs du nucléaire ou la protection de la population. Désormais, la CIPR émet également des recommandations dans le domaine de la radiopharmaceutique.
Historique de la CIPR Aux temps héroïques À la fin du une série de découvertes dans le domaine de la physique met en évidence diverses sources de radiations : Wilhelm Röntgen découvre les rayons X à la fin de 1895, Henri Becquerel observe, au début de 1896, une hyperphosphorescence (qu'il nommera ensuite « Radioactivité ») et les époux Curie découvrent en 1898 le Radium et le Polonium.
La découverte des rayons X, qui suscite l’intérêt immédiat d'un vaste public, donne très vite lieu à des applications médicales (notamment par le moyen de fluoroscopes) et commerciales. D'abord ignorants des effets potentiellement néfastes, et portés par l'enthousiasme de cette découverte et par ses potentialités, les scientifiques conduisent tant leurs travaux que ces examens médicaux sans aucune précaution. Les quelques mises en garde restent inaudibles. Dans ces conditions des effets secondaires ne tardent pas à se manifester, comme les radiodermites, que les scientifiques sont généralement alors peu enclins à attribuer aux rayonnements eux-mêmes. Ce déni a lieu tandis que les rayons X sont dès cette époque utilisés pour la destruction de tissus biologiqueshttp://www.arrs.org/publications/HRS/physics/RCI_P_c06.pdf. Très tôt des effets délétères aigus sont constatés (le cas de John Hall-Edwards en offre un exemple). Le premier décès directement attribué à l'exposition aux rayonnements, est d'ailleurs lié à l'usage du fluoroscope : c'est celui de , un assistant de Thomas Edison, survenu en 1905http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/24/30/07/PDF/2005-06-27-995.pdf.
Tant auprès du grand public que de la communauté scientifique, la découverte de la radioactivité par Becquerel ne suscite d'abord pas un intérêt comparable à celle des rayons X. Toutefois, à la suite des travaux des Curie, la possibilité d'utilisation médicale du Radium qui se fait jour, donne au radium une popularité certaine : dès 1904 l'utilisation médicale du Radium est bien établie. Des effets secondaires semblables à ceux occasionnés par les rayons X sont vite observés à la suite de l'exposition au radium par les chercheurs ou lors d'applications médicales. À l'époque la dangerosité du radium, opposée aux bénéfices attribués aux multiples usages thérapeutiques dont il fait l'objet, peine à être reconnue.
En 1898 la roentgen society britannique forme en son sein un comité chargé d'étudier les effets néfastes des rayons X (en 1921 la roentgen society change d’appellation, et devient le British X-Ray and Radium Protection Committee)http://www.ospedalesicuro.eu/attachments/article/165/Storia_della_radioprotezione.pdf.
En 1899, un journaliste new-yorkais, John Dennis, fait campagne pour réglementer l'accès à la profession de radiologue et pour pénaliser les accidents consécutifs aux examensDennis, J., 1899. ‘The roentgen energy today’, Dental Cosmos Vol. 41, . Cité par Barrie Lambert dans "Radiation: early warnings; late effects", article accessible sur le site de l'European environmental agency .
Ce n'est qu'en 1911 que la littérature scientifique mentionne, pour la première fois, une association possible entre les rayonnements et la leucémie.
Malgré toutes ces observations, et bien que l'on arrive à dater de 1896 la première préconisation émise isolément par un praticienhttp://www.icrp.org/docs/The%20History%20of%20ICRP%20and%20the%20Evolution%20of%20its%20Policies.pdf, et en dépit, par exemple, des multiples mises en garde et réalisations de , la protection des techniciens et du personnel médical exposés tarde à être coordonnée. La quasi-disparition au début des années 1900 du nombre de radiodermites aiguës consécutive à l'amélioration des matériels (invention de William David Coolidge) et des pratiques amoindrit l’intérêt des scientifiques pour les questions de sécurité. Aux États-Unis, les tribunaux et les journaux donneront à ces questions une actualité qui incitera toutefois les professionnels à la réflexion sinon à l'action.
La nécessité d'une réglementation pour protéger les patients et le corps médical sera bien évoquée en 1913 en Allemagne et en 1915 en Grande-Bretagne. ; ces dernières résolutions de la British Röntgen Society demeurent négligées, la guerre imposant d'autres prioritéshttp://radiology.rsna.org/content/44/6/569.extract. À la suite du décès de plusieurs de ses membres, la London Radium Society alerte la communauté des scientifiques"Radium Institute of London, specialized in medical applications. Several members of this institute died and it informed other bodies working in the same field." cf http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/44/45/65/PDF/Boudia_HT.pdf.
Entre-deux-guerres Les observations d'effets néfastes sont multipliées du fait de la guerre de 1914-1918 quand de très nombreuses radiographies de combattants blessés sont réalisées dans des hôpitaux militaires de campagne dans des conditions hâtives et sommairesBernard Lerouge, Tchernobyl, un nuage passe…, 2008, éditions L'Harmattan.
En 1914 le décès d'un radiologue italien, Eugenio Tiraboschi, est mentionné par les journaux du monde entier.
Le décès, notamment du fait d'anémie aplasique, d'éminentes figures œuvrant dans le domaine de la radiologie, suscite une émotion et une publicité défavorable appelant des mesures : en l’ forme un comité chargé d'étudier cette question (roentgen protection committee) ; non sans lien avec un article paru dans le London Times de mars, le Comité britannique de protection contre les rayons X et le radium (British X-ray and Radium Protection Committee) se crée en 1921. En 1921 le Comité britannique produit les premières recommandations formelles fixant une durée journalière maximum pour les techniciens ; l'année suivante, l'association américaine de radiobiologie reprend ces recommandations.
En 1925 plusieurs scientifiques français s'alarment du décès de deux chercheurs du laboratoire Curie ayant travaillé dans l'industrie du radiumhttp://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/44/45/65/PDF/Boudia_HT.pdf.
À l'invitation du British Institute of Radiology, des délégués de plusieurs pays sont conviés au premier congrès international de radiologie à Londres, du au . À cette occasion est admise la nécessité d'une quantification de la radioexposition ; à cet effet est créé lors de ce congrès le « comité des unités de mesure des rayonnements » (l'« International X-ray Unit Committee »)Un historique de ces congrès est exposé là : .
En 1925, Arthur Mutscheller propose la première limite annuelle professionnelle (qu'il renouvellera et modifiera en 1928 et en 1934)Arthur Mutscheller, "Physical Standards of Protection Against X-ray Ilazards", American Journal of Roentgenology, 13 (1925), 65-70.Dans un texte intitulé "Physical Standards of Protection Against X-ray Hazards", Mutscheller avait déjà suggéré cette mesure en 1924 lors d'une réunion de l'American Roentgen Ray Society. En 1926 le Bureau néerlandais de la santé émet des recommandations. Cette même année 1926, la société italienne de radiologie médicale forme un comité technique chargé de questions de radioprotections.
En 1928, à Stockholm, les participants au deuxième Congrès international de radiologie instituent un « Comité international de protection contre les rayons X et le radium »/« International X-Ray and Radium Protection Committee » (IRRPC) avec pour mission d'élaborer des règles de protection destinées aux radiologistes et aux techniciens afin d'assurer la sécurité du médecin et du malade lors des examens (la création de ce comité est fortement incitée par une épidémie de leucémies chez les radiobiologistes). Ce comité est constitué de cinq personnes : George W.C. Kaye, Stanley Melville (seul médecin du comité), , Gustav Grossmann et Rolf Sievert (la présidence de ce comité international est formellement attribuée à Rolf Sievert, mais c'est le Britannique George Kaye qui en est effectivement à la tête). Lors de ce même congrès, le «comité des unités de mesure des rayonnements » adopte le roentgen comme unité de mesure de l'exposition à ces sources de rayonnementhttp://www.iaea.org/Publications/Magazines/Bulletin/Bull303/French/30302094244_fr.pdf. (l'historienne des sciences Soraya Boudia compte deux autres membres de l' IRRPC : Guilio Ceresole et Iser Solomon).. À cette même occasion est décidée la création de l'. Le délégué américain au congrès de Stockholm, et par ailleurs membre du bureau américain des normes, Lauriston Taylor, est chargé par ses pairs de créer une organisation analogue au comité international aux États-Unis : l' (ACXRP) voit le jour en 1929 ; en 1931 ce comité américain émet ses premières recommandations, (limite d’exposition professionnelle de 0,2 röntgen par jour)Ces recommandations sont publiées par le National Bureau of Standards. L'ACXRP entretient délibérément un flou au sujet des autorités auxquelles il pouvait être rattaché cf http://www.arrs.org/publications/HRS/physics/RCI_P_c06.pdf . Les premières recommandations du comité international, émises en 1934, s'aligneront sur celles du comité américainhttp://www.irpa.net/irpa9/cdrom/VOL.1/V1_2.PDF.
Ces développements institutionnels et scientifiques ont lieu tandis qu'en arrière-plan se développe aux États-Unis le scandale des peintres de cadrans lumineux dans l'industrie horlogère - les Radium Girls - que la National Consumers League mit au jour. En 1932 l'empoisonnement d'un homme par le Radithor nourrit également les débats.
Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, ce « Comité international de protection contre les Rayons X et le Radium » ne se réunira que lors des congrès internationaux de radiologie, et ce très brièvement (un jour en 1931 à Paris, un jour en 1934 à Zurich et un jour en 1937 à Chicago).
En 1931, le Français Iser Solomon, inventeur du ionomètre, et l'Italien Enzo Pugno-Vanoni rejoignent le comité.