Jean-Baptiste Alphonse Victor BaudinActe de naissance numéro 74 délivré par la mairie de Nantua., dit Alphonse Baudin, né le à NantuaLe selon le site de l'Assemblée nationale, notice individuelle, consultée le 21 août 2009.Dictionnaire des parlementaires français, disponible en ligne, consulté le 21 août 2009., et mort le à Paris, est un médecin et homme politique françaisAndré Julien Fabre, Médecins et politique : galerie de portraits de médecins politiciens à travers les âges, Éditions L'Harmattan, 2018.. Il est élu député à l'Assemblée de 1849, et est célèbre pour avoir été tué sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'État du de Louis-Napoléon Bonaparte.

Biographie Études et carrière médicale Alphonse Baudin est le fils de Pierre-Camille Baudin (1779-1853), chirurgien des armées, et de Marie-Marthe Barbe (1784-1820)Registre des actes de décès du 11 arrondissement de Paris.. Il est le frère de l'avoué Georges Baudin (1808-1880), le demi-frère du médecin et homme politique Camille Baudin (1827-1917) et l'oncle de l'homme politique Pierre Baudin.

Il étudie d'abord au collège de Nantua, puis au collège royal de Lyon et obtient les baccalauréats ès-lettres et ès-sciences en 1828. Il effectue ses études de médecine à l'Hôtel-Dieu de Lyon où il est élève-interne de 1828 à 1831, puis devient chirurgien-élève à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce jusqu'en 1832Aymé Camelin, Quelques aspects méconnus de la vie d'Alphonse Baudin (1811-1851), Société française d'histoire de la médecine, 20 décembre 1975.. Pendant l'épidémie de choléra à Paris en 1832, il se distingue par son courage et son dévouementLes médecins ignorés : Baudin, La chronique médicale, Revue de médecine numéro 23, 1 décembre 1896.. Entre 1833 et 1836, il est « chirurgien sous-aide » successivement dans les hôpitaux militaires de Toulon, de Strasbourg, du Val-de-Grâce et de VersaillesAmédée Chassagne, Les cahiers de 1889 et la médecine militaire française, 1889.. En , il soutient sa thèse de doctorat à Paris et obtient son diplôme de médecin.

En , il est nommé chirurgien militaire avec le grade de médecin aide-major. En raison de ses opinions républicaines, il est envoyé en Algérie où il intègre le 3 bataillon de zouaves, placé alors sous les ordres du colonel Lamoricière et basé à KoléaPendant son affectation en Algérie, il rédige un rapport sur l'ophtalmie des habitants de Koléa.. Sans espoir d'avancement, il donne sa démission de l'armée un an plus tard et s'établit à Montmartre en 1838 comme médecinAdolphe Cartaz, Les médecins bressans, Éditions Masson, 1902.Pierre Foras, Le docteur Alphonse Baudin, cet inconnu (1811-1851), Thèse de médecine, Lyon, 1975..

À Paris, pendant treize années, il est le « médecin des pauvres », en contact quotidien avec le monde ouvrier dont il connaît la vie difficile, ce qui le conforte dans ses idées généreusesRené Chauville, Alphonse Baudin et la Seconde République, Bulletin de l'Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines, Numéro 2, juillet 1998.. Cela ne l’empêche pas de soigner aussi d’illustres malades des milieux républicains : Michelet, Quinet, La Mennais et Michel de Bourges. Il s'occupe activement de politique dans les sociétés maçonniques et révolutionnaires. Médecin spécialiste du système digestifAlphonse Baudin, Essai sur la duodénite chronique, Thèse 76, Paris, 1837., il est cité à comparaître comme expert au procès d'Hélène Jégado qui s'ouvre trois jours après sa mort sur les barricades.

Activités politiques et événements de 1851 vignette|gauche|Ernest Pichio, Alphonse Baudin (1811-1851) sur la barricade du faubourg Saint-Antoine, le , Paris, musée Carnavalet, 1869. vignette|gauche|Illustration « Mort de Baudin » pour l'Histoire d'un crime de Victor Hugo en 1879. Lors de la révolution de Juillet en 1830, Alphonse Baudin participe au mouvement à Lyon. Il est initié à la franc-maçonnerie, le , à la loge du Temple des amis de l'honneur français à ParisDaniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, éd., 1991, .. Après la révolution de février 1848, il préside le club politique de l’AvenirBAUDIN Alphonse, Jean-Baptiste, Victor, Dictionnaire biographique Le Maitron, 20 février 2009.. Il est affilié aux sociétés secrètes de la Nouvelle Montagne, adepte du saint-simonisme et imprégné des idées babouvistesAdolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires francais (1789-1889), Éditions Bourloton, 1890..

Il est élu député de l'Ain le Notice individuelle, consultée le 21 août 2009.. À l'Assemblée nationale, il siège avec les représentants de la MontagneÀ l'Assemblée nationale législative, il siège à la place .. Il s'intéresse aux questions d'éducation, s'oppose au parti de l'Ordre et au prince-présidentJean-Marie Constant, BAUDIN Jean-Baptiste (1811-1851), Encyclopædia Universalis, 2026.. Il défend les droits civiques des instituteurs menacés par la « petite loi » Falloux du qui les place sous la dépendance des préfetsPierre Pierrard, La « petite loi » Falloux du 11 janvier 1850 et les révocations d'instituteurs communaux en 1850, Revue du Nord, Tome 67, Numéro 266, juillet-septembre 1985..

Suite au coup d'État du 2 décembre 1851, une soixantaine de Représentants du peuple, déjouant la police omniprésente, se réunissent chez la baronne Coppens au de la rue Blanche. On note la présence de Joigneaux, Pelletier, Prudhomme et SchœlcherVictor Hugo, Histoire d'un crime, Éditions Lévy, 1877.. C'est Baudin qui, avec Victor Hugo, écrit le manifeste : « Louis-Napoléon Bonaparte a violé la Constitution, il s'est parjuré, il est mis hors la loi »Jean Garrigues et Philippe Lacombrade, La France au XIX siècle, Éditions Armand Colin, 2023.. Le journaliste Jean-Baptiste Millière se propose de faire imprimer rapidement ce manifeste. Les participants se quittent pour la nuit et se donnent rendez-vous pour le lendemain matin au café Roysin situé au de la rue du Faubourg-Saint-AntoineFrançois Maspero, L'honneur de Saint-Arnaud, Éditions Plon, 1993..

Le , une quinzaine de Représentants du peuples, dont Bruckner, de Flotte, Gindriez, Malardier, Schœlcher et BaudinFrancis Enne et Onésime Monprofit, Panthéon républicain, Éditions Fayard, 1881., se retrouvent au café Roysin. Ils sortent dans la rue et réussissent à rallier une centaine d'ouvriers du faubourg Saint-Antoine. Une barricade s'improvise au croisement des rues Sainte-Marguerite et de Cotte avec des charrettes de paille, des meubles et des fiacres renversés. Schœlcher s’en va au-devant d’une compagnie du léger qui vient de la place de la Bastille dans l’intention de parlementer avec les soldatsLes journées de décembre 1851 : souvenirs du général de la Motte Rouge sur le site military-photos.com.

Des ouvriers en blouse, se souvenant de la répression des journées de dans ce même quartier, interpellent les députés : « Vous croyez qu'on va se faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour ? ». Les protestataires font référence à l'indemnité parlementaire établie en 1848 par le gouvernement provisoire. Baudin, un drapeau à la main et debout sur la barricade, leur dit : « Restez-là un instant et vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ! »Jules Lermina, Alphonse Baudin, représentant du peuple mort le 3 décembre 1851, Éditions Fayard, 1851.Alain Garrigou, Mourir pour des idées : la vie posthume d'Alphonse Baudin, Éditions Les Belles Lettres, 2010.Le mot, maintes fois rapporté, n'est cependant attesté par aucun témoin. Il figure dans le récit historique du journaliste Eugène Ténot, Paris en décembre 1851 rédigé en 1868.. C’est à ce moment-là qu’une balle, partie on ne sait pourquoi de la barricade, blesse un soldat. La troupe réplique aussitôt et Baudin est tué par plusieurs balles dans la têteFrédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, 3 décembre 1851 : le jour où le député Baudin est tué sur une barricade du faubourg Saint-Antoine, Le Point, 3 décembre 2019.. Son corps est transporté à l'hôpital Sainte-MargueriteC'est Gindriez qui va chercher le corps de Baudin, déposé à l'hôpital Sainte-Marguerite, et qui le ramène à son domicile rue de Clichy..

Le , Baudin est inhumé discrètement au cimetière de Montmartre dont les abords sont gardés par la troupe. Le commissaire de police n'autorise pas son demi-frère Camille, étudiant en médecine, à placer les insignes de Représentant du peuple sur le cercueil. Une centaine de personnes forment le cortège.

Hommage et postérité Dans les années 1865, avec le réveil de la gauche, les républicains décident de se souvenir du coup d'État. Des chansons politiques rendent hommage à Alphonse Baudin et Martin Bidouré qui se sont sacrifiés pour la défense du droit et de la loiPaul Avenel, Chants et chansons, Éditions Marpon et Flammarion, 1880.. Pierre Larousse, témoin du décès de Baudin, conte la scène de la barricade dans le dictionnaire paru en 1867Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIX siècle, 1867.Alphonse Baudin est mort en défendant la loi !, L'Essor Savoyard, 27 octobre 2021.. Dans le livre intitulé Histoire d'un crime, Victor Hugo écrit sur le rôle et la mort de BaudinVictor Hugo, Histoire d'un crime, Éditions Hugues, 1879..

Une souscription publique est lancée en 1868 par le journal Le Réveil pour élever un monument funéraire à ce martyr de la liberté. Cette initiative vaut à Charles Delescluze, propriétaire du journal, un procès au cours duquel s’illustre Léon Gambetta, alors jeune avocat, qui prononce une plaidoirie virulente contre les fondements de l’EmpireGérard Unger, Gambetta, Éditions Perrin, 2022.. Le monument est finalement inauguré le dans le cimetière de Montmartre (lire les détails dans le paragraphe Sépultures). Baudin devient ainsi un symbole républicain face au despotismeCe qui explique le transfert de ses cendres au Panthéon, en 1889..

En , une plaque est apposée sur la maison devant laquelle il est mort, au de la rue du Faubourg-Saint-Antoine. On peut y lire : « Devant cette maison est tombé glorieusement Jean-Baptiste Alphonse Baudin, représentant du peuple pour le département de l’Ain, tué le en défendant la Loi et la République »Sylvie Aprile, La répression et la mémoire, Brochure Le coup d'État du 2 décembre 1851, Ville de Paris et Association 1851-2001.. En 1881, une plaque est apposée sur la maison où il est né à NantuaJacques-Olivier Boudon, Baudin et la barricade du 3 décembre 1851 : histoire et représentation de l'Empire à la République, Article publié dans l'ouvrage La Barrière, Éditions de la Sorbonne, 2016..

En 1887, sa ville natale de Nantua inaugure un monument à sa mémoire, réalisé par le sculpteur Paul-Adolphe Lebègue. La statue en bronze est également fondue en 1942. En 1956, elle est remplacée par une nouvelle statue en pierre, œuvre du sculpteur Henri CollombRoger Gros, Rénovée à l'identique, la statue d'Alphonse Baudin a retrouvé un air de jeunesse, Le Progrès, 25 avril 2022..

En , un monument parisien comprenant un bronze en pieds par Eugène-Jean Boverie est inauguré derrière la place de la Bastille sur l’avenue Ledru-Rollin, près de l’endroit où il fut tuéLa statue de Baudin, L'Écho Saumurois, 23 décembre 1901. ; il est démonté en 1942, sous le régime de Vichy pour être fondu, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux« L'histoire d'Alphonse Baudin et ses multiples symboliques », Mediapart.. La mairie de Paris a refusé de le rétablir. En 1978, la ville a cependant donné le nom de rue Alphonse-Baudin à une voie nouvelle située dans le quartier Saint-Ambroise du , supp., ..

En 1902, la ville de Cosne-sur-Loire inaugure un monument aux victimes du , œuvre du sculpteur Émile Fernand-Dubois ; sur l'obélisque figure un médaillon représentant Alphonse BaudinLes monuments à Alphonse Baudin sur le site À nos grands hommes..