Les relations germano-soviétiques pendant l'entre-deux-guerres désignent les rapports entretenus par l'Allemagne, c'est-à-dire l'Empire allemand, puis la république de Weimar et enfin le Reich, et la RSFS de Russie, incluse à partir de 1922 dans l'URSS. Ces relations commencent avec la fin de la Première Guerre mondiale avec la reconnaissance par l'Empire allemand des autorités de la Russie bolchevique pour la conclusion de l'armistice signé le entre les deux puissances et la signature du traité de paix de Brest-Litovsk, le . La Russie bolchevique fut ainsi le premier pays au monde à reconnaître officiellement le nouveau régime. En raison de l'invasion de l'U.R.S.S. le par les forces armées allemandes, elles cessèrent à compter de ce jour.
Le traité de Brest-LitovskFull text in English: The Peace Treaty of Brest-Litovsk; March 3, 1918, dicté par l’hostilité allemande envers la Russie, fut signé le . Le , l'ambassadeur allemand à Moscou, Wilhelm von Mirbach, fut abattu par des révolutionnaires socialistes de gauche russes dans une tentative d'inciter à une nouvelle guerre entre la Russie et l'Allemagne. L'ensemble de l'ambassade soviétique sous la direction d’Adolf Joffé fut expulsé d'Allemagne le , pour leur soutien actif à la révolution allemande. Karl Radek soutenait également illégalement des activités subversives communistes dans la république de Weimar en 1919.
Dès le départ, les deux États cherchèrent à renverser le système qui avait été mis en place par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. L’Allemagne, croulant sous des réparations onéreuses et piqué au vif par les dispositions de responsabilité collective du traité de Versailles, était une nation vaincue dans la tourmente. Ceci et la guerre civile russe fit de l'Allemagne et de l'Union soviétique des parias internationaux et leur rapprochement qui en résulta au cours de l'entre-deux-guerres fut naturelGasiorowski, Zygmunt J. (1958). The Russian Overture to Germany of December 1924. The Journal of Modern History 30 (2), 99-117.Large, J. A. (1978). The Origins of Soviet Collective Security Policy, 1930-32. Soviet Studies 30 (2), 212-236.. En même temps, la dynamique de leur relation fut façonnée à la fois par un manque de confiance et les craintes des gouvernements respectifs de voir leur partenaire sortir de l'isolement diplomatique et se tourner vers la Troisième République française (qui à l'époque était censée posséder la plus grande puissance militaire en Europe) et vers la république de Pologne, son allié.
La coopération prit fin en 1933, alors qu’Adolf Hitler parvint au pouvoir. Les relations économiques entre les deux pays diminuèrent au début de l'ère nazie, mais certaines initiatives diplomatiques se poursuivirent dans les années 1930, culminant avec le pacte germano-soviétique de 1939 et divers accords commerciaux. Les questions sur les origines de la Seconde Guerre mondiale sont plus controversées Haslam, Jonathan (1997). "Soviet-German Relations and the Origins of the Second World War: The Jury Is Still Out". The Journal of Modern History 69: 785-797..
Une variété de thèses contradictoires et concurrentes existent, telles que: le gouvernement soviétique a cherché activement une autre grande guerre en Europe afin d’affaiblir davantage les pays capitalistesRaack, R. C. Stalin's Drive to the West, 1938-1945: The Origins of the Cold War. Stanford, California, 1995, .; que l'URSS a poursuivi une politique purement défensiveGeoffrey Roberts, The Soviet Union and the Origins of the Second World War: Russo-German Relations and the Road to War 1933-1941 (New York, 1995), .; ou que l'URSS a essayé d’éviter de se retrouver empêtrée dans une guerre, à la fois parce que les dirigeants soviétiques ne pensaient pas qu'ils avaient les capacités militaires pour mener des opérations stratégiques, à ce moment-là ., et d'éviter de, en paraphrasant les paroles de Staline lors du Congrès du Parti, le , « tirer les marrons du feu pour une autre nation (le Royaume-Uni et la France) »..
vignette| Officiers allemands et soviétiques se serrant la main après l'invasion de la Pologne en septembre 1939.
La Russie soviétique et la république de Weimar La révolution, la fin de la Première Guerre mondiale et le traité de Rapallo vignette|Signature du traité de Brest-Litovsk. vignette|Les protagonistes du traité de Rapallo (1922), Joseph Wirth avec Leonid Krassine, Gueorgui Tchitcherine et Adolf Joffé.
L'issue de la Première Guerre mondiale fut désastreux à la fois pour le Reich allemand et la république socialiste fédérative soviétique de Russie. Pendant la guerre, les bolcheviks luttèrent pour la survie et Vladimir Lénine n’eut d'autre choix que de reconnaître l’indépendance de la Finlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie et de la Pologne. En outre, face à une avance militaire allemande, Lénine et Léon Trotski furent forcés de signer le le traité de Brest-Litovsk., qui entérina la cession de larges pans de territoire russe à l'empire allemand. Le , les Allemands signèrent l'armistice avec les Alliés, mettant fin à la Première Guerre mondiale sur le front occidental. Après l'effondrement de l'Allemagne, les troupes britanniques, françaises et japonaises intervinrent dans la guerre civile russeMontefiore 2005, ..
Initialement, les dirigeants soviétiques espéraient une révolution socialiste victorieuse en Allemagne dans le cadre de la « révolution mondiale ». Cependant, elle fut mise en échec par les corps francs d'extrême-droite. Par la suite, les bolcheviks furent en guerre avec la Pologne de 1919 à 1920. La Pologne était un ennemi traditionnel de l'Allemagne (voir par exemple les insurrections de Silésie), et l'État soviétique était également isolé à l'échelle internationale, le gouvernement soviétique commença à adopter une attitude beaucoup moins hostile envers l'Allemagne, à la recherche de relations plus étroites. Cette ligne politique fut constamment poursuivie par le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Gueorgui Tchitcherine et l'ambassadeur soviétique Nikolaï Krestinski. Les représentants soviétiques qui participèrent aux négociations étaient Karl Radek, Leonid Krassine, Christian Rakovski, Victor Kopp et Adolf Joffé..
Dans les années 1920, beaucoup de dirigeants de la république de Weimar, humiliés par les conditions du traité de Versailles imposé après leur défaite lors de la Première Guerre mondiale (en particulier le général Hans von Seeckt, chef de la Reichswehr), ont facilité la coopération avec l'Union soviétique, à la fois pour éviter toute menace de la république de Pologne, soutenue par la France et empêcher une possible alliance soviéto-britannique. Les objectifs spécifiques allemands étaient le réarmement complet de la Reichswehr, qui était explicitement interdit par le traité de Versailles, et une alliance contre la Pologne. On ne sait pas exactement quand les premiers contacts entre von Seeckt et les Soviétiques eurent lieu, sans doute dès 1919ou 1920, voire dès avant la signature du traité de VersaillesSmith, Arthur L. (1956). The German General Staff and Russia, 1919-1926. Soviet Studies 8 (2), 125-133.George W. F. Hallgarten (1949) General Hans von Seeckt and Russia, 1920-1922. The Journal of Modern History 21 (1), 28-34..
Le , Victor Kopp, représentant spécial de la RSFSR à Berlin, demanda au ministère allemand des Affaires étrangères s'il y avait . Ce fut le point de départ de la coopération militaire entre les deux pays, qui se termina lors de l'invasion allemande de l'Union soviétique le .
Au début de 1921, un groupe spécial au sein du ministère de la Reichswehr consacré aux affaires soviétiques, Sondergruppe R, fut mis sur piedGatzke, Hans W. (1958). Russo-German Military Collaboration during the Weimar Republic. The American Historical Review 63 (3), 565-597..
L'armée de la république de Weimar avait été limitée à hommes par le traité de Versailles, qui interdisait également aux Allemands d'avoir des avions, des chars, des sous-marins, de l'artillerie lourde, des gaz toxiques, des armes antichars et beaucoup de canons anti-aériens. Une équipe d'inspecteurs de la Société des Nations patrouillaient dans de nombreuses usines et ateliers allemands pour s'assurer que ces armes n'étaient pas fabriquées.
Le traité de Rapallo entre l'Allemagne de Weimar et l'Union soviétique fut signé par le ministre allemand des Affaires étrangères Walther Rathenau et son collègue soviétique Gueorgui Tchitcherine le , en marge de la conférence économique de Gênes. Il annulait toutes les créances réciproques et établissait les débuts de relations commerciales étroites, faisant de la république de Weimar, le principal partenaire commercial et diplomatique de l'Union soviétiqueFull text in English: German-Russian Agreement; April 16, 1922 (Treaty of Rapallo).. Les rumeurs d'un volet militaire secret au traité se propagèrent rapidement. Toutefois, pendant une longue période, le consensus était que ces rumeurs étaient fausses, et les négociations militaires soviéto-allemandes étaient indépendantes des dispositions du traité de Rapallo ; elles furent gardées secrètes par le ministère allemand des Affaires étrangères pendant un certain temps. Ce point de vue fut contesté plus tardMueller, Gordon H. (1976) Rapallo Reexamined: A New Look at Germany's Secret Military Collaboration with Russia in 1922. Military Affairs 40 (3), 109-117.... Le , six autres républiques soviétiques, qui feraient bientôt partie de l'Union soviétique, convinrent d'adhérer au traité de Rapallo égalementFull text in English: Supplementary Agreement to the German-Russian Agreement; November 5, 1922.
Les Soviétiques offrirent à la république de Weimar leurs installations situées au cœur de l'URSS pour la construction et l'essai d’armes ainsi que pour des entraînements militaires, bien loin des yeux des inspecteurs du traité. En retour, les Soviétiques demandèrent l'accès aux développements techniques allemands et à leur aide pour la création d'un état-major général de l'Armée rougeGatzke, Hans W. (1958). Russo-German Military Collaboration during the Weimar Republic. The American Historical Review 63 (3), 565-597..
Les premiers officiers allemands se rendirent en Russie soviétique dans ce but en . Un mois plus tard, Junkers commença à construire des avions à Fili, en banlieue de Moscou, en violation du traité de Versailles. Le grand fabricant d'artillerie Krupp fut bientôt actif dans le sud de l'URSS, près de Rostov-sur-le-Don. En 1925, une école de pilotage fut créée à Vivupal, près de Lipetsk, pour former les premiers pilotes et eronnesl navigants de la future Luftwaffe. Depuis 1926, la Reichswehr était en mesure d'utiliser une école de chars à Kazan (nom de code : Kama) et un centre d’essai d’armes chimiques dans l'oblast de Samara (nom de code : Tomka). À son tour, l'Armée rouge eut accès à ces centres de formation, ainsi qu’à la technologie et à la théorie militaire allemande..
Relations dans les années 1920 vignette|Procès de la Tchéka à Leipzig en 1925. vignette|Gueorgui Tchitcherine et Nikolaï Krestinski à Berlin en 1925. vignette|Ernst Thälmann et Willy Leow menant une manifestation de la Rotfrontkämpferbund à Berlin en 1927. vignette|Gustav Stresemann, Gueorgui Tchitcherine, Stresemann et Nikolaï Krestinski à Berlin en 1928. vignette|Personnel allemand au centre d’essai des armes chimiques de Tomka, en URSS en 1928.