thumb|Galerie du musée des Égouts de Paris. thumb|Avant d'un bateau-vanne dans le bassin de dessablement de la galerie Bruneseau.

Longs de près de , les égouts de Paris constituent l'ensemble des conduits souterrains destinés à collecter et à évacuer les eaux de ruissellement découlant principalement des pluies ainsi que les eaux usées produites par les différentes activités humaines sur le territoire de la ville de Paris.

Décrits dans la littérature comme un lieu obscur et nauséabond (notamment dans Les Misérables où Jean Valjean se perd en 1832), les égouts de Paris ont fortement évolué depuis les travaux entrepris par le préfet Haussmann et l'ingénieur Eugène Belgrand, tous deux à l'origine du réseau contemporain. Sous leur impulsion, toutes les rues de la capitale ont en effet été doublées d'une galerie en sous-sol, faisant alors de Paris l'une des villes les plus modernes au monde sur cet aspect. Ils peuvent se visiter au musée des Égouts.

Histoire

Contexte hydrologique Le contexte hydrologique dans lequel les Parisiens ont développé leur réseau d’égouts au fil des siècles est assez complexe. En effet, le système de cours d’eau de la Seine et de sources conférait au site de Paris des particularités en termes de circulation de l’eau (ou, plus précisément, de stagnation des eaux).

Depuis des millénaires, un méandre de la Seine décrivait un demi-cercle au nord du site de l’actuel Paris, en partant de ce qui correspond aujourd’hui à l’est du arrondissement, passant ensuite approximativement par les emplacements actuels de la Bastille et de la République, puis par celui de la gare Saint-Lazare, pour finalement rejoindre le cours principal de la Seine au niveau du pont de l'Alma.

Ce méandre formait une dépression dans la partie nord de Paris, qui recevait les eaux de ruissellement provenant des collines de Belleville, de Montmartre et du Roule, et alimentait également un ruisseau, dénommé le ruisseau de Ménilmontant. Ce ruisseau, qui coulait à l’intérieur de l’arc formé par le méandre de la Seine, prenait sa source au pied de la colline de Ménilmontant, avant de se jeter dans la Seine au niveau du pont de l’Alma.

Outre le problème de la multiplicité des cours d’eau et des sources à Paris, le relief du site de la ville posait, avant le XIX siècle, un autre problème : le manque de pente. Hormis son secteur sud-sud-est, le relief parisien se situait à l’époque entre 32 et 40 mètres d’altitude. Cette faible dénivellation, combinée aux longues distances que les égouts devaient parcourir, « rendait imperceptible la pente moyenne », ce qui compliquait fortement l’écoulement gravitaire des eaux usées et expliquait les difficultés structurelles rencontrées lors de la mise en place des premiers réseaux d’égouts.

Le réseau ancien De l'Antiquité au Moyen-Âge Les premiers égouts construits, durant la période romaine, à Lutèce ont disparu et furent longtemps oubliés. C'est sous l'actuel boulevard Saint-Michel que les Romains construisirent les premiers égouts parisiens. Des vestiges ont été découverts sous les thermes de Cluny lors du percement du boulevard Saint-Michel dans les années 1850.

« Oubliés » au fil de l'histoire, ces égouts antiques laissent place au Moyen Âge à une version à ciel ouvert. Vers 1200, Philippe Auguste fait paver les principales rues de Paris avec en leur milieu une rigole d'écoulement. Les rues de Paris sont alors un véritable cloaque dont les eaux stagnantes dégagent des puanteurs. À compter du apparaissent des égouts à fossésAlexandre-Jean-Baptiste Parent-Duchâtelet : Essai sur les cloaques ou égouts de la ville de Paris.

Rive gauche Les eaux de la partie est de la montagne Sainte-Geneviève, des faubourgs Saint-Victor et Saint-Marceau se rendaient à la Bièvre en suivant la pente du terrain.

Celles du nord, de l’ouest de la montagne Sainte-Geneviève et du quartier de Saint-Germain-des-Prés s’écoulaient dans la Seine par plusieurs égouts.

Vers 1356, sous le règne du roi Jean II le Bon lorsque l'enceinte fut environnée de fossés, les eaux des égouts depuis la porte de Buci jusqu'à la tour de Nesle, furent introduites dans ces fossés et elles ont continué à suivre la même route, le long de l'égout voûté, qui commençait près de l'École de médecine, et se rendait à la Seine au-dessous du palais des ArtsHenri Sauval, Antiquités de Paris tome I, p. 248.

Rive droite Un égout recueillant les eaux du quartier du nord-est de l’église Saint-Gervais et jusqu’aux alentours de l’ église Saint-Paul parcourait la rue Saint-Antoine à partir de l’ancienne fontaine de Birague pour se jeter dans la Seine par un égout dit « égout du pont Perrin » près de l’emplacement de l'actuelle rue du Petit-Musc puis dans les fossés de la Bastille après la construction de l’enceinte de Charles V. Le voisinage de cet égout incommodait les Rois de France à leur passage devant l’hôtel Saint-Paul qui était leur résidence. C’est pourquoi il fut détourné en 1412, vers le nord par la culture-Sainte-Catherine, la rue de l'Égout-Sainte-Catherine et celle de Saint-Louis à l’emplacement de l’actuelle rue de Turenne. À l’extrémité de cette rue, l’égout s’orientait vers l’ouest en longeant les murs de l'enclos du Temple. Arrivé à la porte de ce nom, il traversait le fossé de la ville par un canal de maçonnerie, et entrait au-delà de ce fossé, au moyen d'une ouverture faite à la contrescarpe, dans le lit de l'ancien ruisseau de Ménilmontant.

Ce canal qui collectait les eaux des quartiers compris à l'est de la rue du Temple recevait du côté opposé un autre égout dont l'origine était dans la rue Saint-Denis, près du couvent des Filles-Dieu collectant les eaux des quartiers compris à l'ouest de cette rue. Ce deuxième égout suivait la rue actuelle du Ponceau, traversait la rue Saint-Martin, et se prolongeait au bord de la rue du Vert-Bois à l’emplacement de l’actuelle Rue Notre-Dame-de-Nazareth, où existait une passerelle qui a donné son nom au passage du Pont-aux-Biches, jusqu'à son entrée dans le fossé. Ces deux égouts étaient entièrement découverts.

Les eaux du quartier des Halles, situés de l'autre côté de la rue Saint-Denis, se rendaient en suivant la rue du Cadran à l'égout de la rue Montmartre qui fut le premier égout souterrain voûté en maçonnerie construit en 1374 à l’initiative du prévôt Hugues Aubriot. Cet égout se prolongeait par une rigole découverte au-delà de l’enceinte le long de la rue du Faubourg-Montmartre et se jetait dans le grand égout approximativement à l’emplacement de l’actuelle rue de ProvenceLa partie de l’étude de Parent Duchâtelet concernant les égouts à l’intérieur de l’enceinte de Charles V avant les transformations de la fin du à la suite de la suppression de ce rempart distingue trois éléments, un égout en provenance de la rue Saint-Antoine débouchant sur le grand égout au niveau de la porte du Temple, un deuxième de la rue Saint-Denis à la porte du Temple débouchant sur le premier et un sous la rue du Cadran ou du Bout-du-Monde (actuelle rue Léopold-Bellan) se jetant dans l’égout de la rue Montmartre. Cette description reprise par Pierre Larousse est confortée par l’absence d’égout visible sur les plans du entre la rue Saint-Denis face au couvent des Filles-Dieu et la rue du Cadran. Cependant, des ouvrages récents, notamment l’Atlas de Paris au Moyen-Âge publié en 2006 aux éditions Parigramme (plan de la page 64) et le panneau de la Ville de Paris à l’entrée de la rue du Ponceau mentionnent un seul égout de rocade intérieure qui serait passé par la rue Saint-Sauveur. L'orientation de la pente de l’égout entre la rue Saint-Denis et le Temple serait inversée suivant les deux hypothèses, la déclivité étant très faible dans les deux cas.

En 1636, Paris compte vingt-quatre égouts. Faute d'entretien, ils sont encombrés de boues et d'immondices et fonctionnent donc très mal. Il s'en dégage d'horribles odeursLouis Batiffol, La Vie de Paris sous Louis XIII, éditions Calmann-Lévy, 1932, p. 20-21..

L’égout de la rue du Ponceau fut recouvert en 1605 par François Miron, celui de la rue Turenne au début du . Lors de l'aménagement du bastion Saint-Martin de l'enceinte en 1634 l'égout qui coulait de la rue Saint-Martin à la rue du Temple sous la rue Neuve-Saint-Martin (actuelle rue Notre-Dame-de-Nazareth) dans une direction est-ouest fut recouvert et détourné vers le nord par une galerie sous ce bastion à l'emplacement de l'actuel passage du Pont-aux-Biches puis sous le boulevard Saint-Martin aménagé après 1670 pour se jeter dans le grand égout approximativement à l'angle des actuelles rues de Lancry et du Château-d'eau. L’égout de la rue du Ponceau fut également détourné vers le nord par un écoulement à mi-distance entre les axes des rues Saint-Denis et du Faubourg-Denis et Saint-Martin, Faubourg Saint-Martin, l’égout du Pont-aux-Biches passant sous le boulevard aménagé à la place de l’ancien rempart et non plus sous cet ancien pont.

L’égout de la rue Vieille-du-Temple fut vouté en 1619 jusqu’à la rue des Filles-du-Calvaire et prolongé en 1619 jusqu’au fossé du rempart. Cet égout fut reconstruit en 1718. L'égout de la rue du Faubourg-Montmartre fut recouvert au début du .

D’autres égouts voutés furent construits sous l’École Militaire en 1754, sous les Champs-Élysées et la place de Concorde à la même époque, sous la rue de Rivoli sous le Premier Empire.

Jusqu’au début du seuls les égouts situés au sud d’une ligne suivant approximativement les rues Saint-Antoine et Rue Saint-Honoré, le Palais-Royal, la rue de la Chaussée-d'Antin, s’écoulaient directement dans la Seine, celles d’un immense bassin au nord de cette ligne jusqu’aux hauteurs de Belleville, de Montmartre et de Chaillot se déversaient dans un seul égout de ceinture. Cet égout à très faible pente commençait en face de l’église Saint-Paul, suivait la rue Saint-Antoine vers l'est, puis prenait une direction nord sous l'actuelle rue de Turenne. Cette partie avait été recouverte au début du . L’égout rejoignait ensuite le ruisseau de Ménilmontant en passant sous la porte du Temple (emplacement de l’actuelle place de la République)D'après la description précitée de Parent Duchâtelet puis, après remplacement du rempart par les boulevards à la fin du , sous le Boulevard des Filles-du-Calvaire en longeant ce boulevard puis le boulevard du Temple parallèlement à la rue des fossés du Temple (actuelle rue Amelot) à l'emplacement du fossé de l'ancien rempart. Le ruisseau de Ménilmontant qui suivait l’emplacement des actuelles rues du Château d’Eau, des Petites-Ecuries, rue de Provence, La Boétie, Marbeuf et se jetait dans la Seine près de l’actuel pont de l’Alma avait été canalisé en 1740 et recouvert à partir de 1760 mais cet égout mal entretenu était parfois bouché.

Première moitié du Les égouts sont encore fort peu nombreux au début du : moins de (contre plus de à la fin du ).

En l'absence d'un réseau d'égouts couvrant l'ensemble de la ville, les urines et matières fécales sont recueillies dans des fosses d'aisances peu étanches qui participent à la dégradation des nappes phréatiques les plus superficielles et à la pollution des eaux des puits. Les fosses d'aisances sont vidées régulièrement par des vidangeurs ; les matières fécales extraites lors des vidanges sont acheminées dans les voiries notamment celle de Montfaucon au pied des Buttes-Chaumont où elles se dessèchent.

La matière ainsi obtenue est ensuite revendue aux agriculteurs comme engrais.

La grande épidémie de choléra de 1832 joue un rôle de déclencheur.