L'histoire de Wallis-et-Futuna fait partie intégrante de celle de l'Océanie. Peuplées aux environs du par des austronésiens de la civilisation lapita, les îles Uvea (Wallis) et Futuna font ensuite partie de la Polynésie ancestrale jusqu'aux premiers siècles après J.C. : il s'agit du foyer originel des polynésiens (Hawaiki), qui partagent une langue et une culture commune. Par la suite, une différenciation s'opère entre ces îles : chacune d'entre elles développe une langue, une culture et une organisation sociale spécifique, tout en restant intégrées au sein d'un grand réseau insulaire avec les archipels voisins (Tonga, Samoa, Fidji, Tokelau, Tuvalu…). Wallis est conquise par les Tongiens, qui laissent une influence durable dans la société wallisienne, tandis que Futuna, plus isolée, résiste mieux aux envahisseurs tongiens et préserve ses relations avec Samoa.
Les premiers contacts avec les Européens ont lieu au et au , mais les îles sont relativement préservés des intrusions occidentales. Au milieu du , Wallis et Futuna sont converties au catholicisme par des missionnaires maristes français. C'est seulement à partir de cette époque que les deux îles sont regroupées et coupées des archipels voisins. Elles deviennent un protectorat français en 1887 (en grande partie sur demande des missionnaires maristes), mais ne sont pas colonisées à proprement parler. Depuis cette période, l'équilibre du pouvoir entre la chefferie coutumière, l'Église catholique et l'État français est toujours fragile. Durant la Seconde Guerre mondiale, Wallis devient une base militaire américaine, ce qui entraîne de nombreux bouleversements. Lors du référendum du 27 décembre 1959, le changement de statut est approuvé par 4 307 voix contre 257. À Wallis, les 2 261 suffrages exprimés sont tous favorables au projet. En 1961, Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer français par référendum.Une émigration de masse se développe alors vers la Nouvelle-Calédonie, résultant en une diaspora wallisienne et futunienne trois à quatre fois plus nombreuses que dans les deux îles d'origine. Le territoire se transforme profondément, avec l'arrivée de l'administration, la construction de nombreuses infrastructures, l'introduction de la langue française et du modèle occidental.
Questions méthodologiques et historiographiques Les sources : tradition orale, missionnaires et archéologie L'histoire de Wallis-et-Futuna, territoire français, a surtout été étudiée par des auteurs français. Elle est moins connue des auteurs anglophones, qui ont concentré leurs recherches sur Tonga et Samoa, même si certains auteurs de langue anglaise se sont intéressés à Uvea et à Futuna comme Patrick Vinton Kirch dans les années 1970. Le premier scientifique à étudier sur le terrain Wallis-et-Futuna est l'anthropologue Edwin Grant Burrows, qui décrit les sociétés wallisienne et futunienne dans les années 1930 et recueille de nombreux chants et légendes. Les autres publications scientifiques reposaient auparavant sur des récits d'informateurs, la plupart du temps occidentauxCes publications incluent par exemple ou bien .. Certains historiens, comme Frédéric Angleviel, se sont spécialisés sur Wallis et Futuna.
Tradition orale Wallis et Futuna sont des sociétés polynésiennes de tradition orale. Les sources écrites sont donc absentes avant l'arrivée des occidentaux dans la région, mais les sources orales abondent. Les récits () de la vie des ancêtres sont racontés lors de soirées ou déclamés durant des cérémonies coutumières. il s'agit d'une tradition orale vivante et évolutive, qui nécessite d'être retracée dans son contexte, car elle tend facilement à constituer des mythes et joue souvent un rôle de légitimation d'un titre coutumier ou d'une position de pouvoir.
À Wallis-et-Futuna, les missionnaires ont fixé par écrit une partie de la tradition orale locale. C'est le cas notamment de l'ouvrage du père Henquel, . Rédigé en wallisien, il recueille les généalogies et l'histoire traditionnelle de Wallis, après quarante ans de recherches (1889-1919) auprès des aristocrates de l'île, même si son texte vise avant tout à asseoir la légitimité des missionnaires et est critiqué, notamment par l'anthropologue Sophie Chave-Dartoen (2017). Les conditions du recueil de la tradition orale auprès d'informateurs, de sa mise à l'écrit, et de la traduction depuis les langues vernaculaires sont donc importantes.
Sources écrites occidentales Les récits de voyageurs et marins constituent les premiers écrits sur les sociétés wallisienne et futunienne. Néanmoins, les premiers contacts avec des occidentaux ayant eu lieu en 1616 pour Futuna et 1767 pour Wallis, les périodes précédentes ne sont connues que par la tradition orale et l'archéologie. Pour Frédéric Angleviel, cette période sans écriture correspond à la protohistoire de l'Océanie.
Les premières sources écrites sur l'histoire de Wallis-et-Futuna ont été produites par les missionnaires maristes venus convertir les populations locales au milieu du : . Ils ont souvent eu des analyses ethnocentristes, remplies de préjugés, orientées religieusement et sans réelle méthode historique : ils menaient avant tout un travail de conversion et ils maîtrisaient mal les codes culturels des sociétés polynésiennes. Les sources missionnaires ne sont donc pas exemptes de critiques, mais comme l'indique l'historienne Claire Laux, elles sont indispensables pour connaître l'histoire de Wallis-et-Futuna : .
Odon Abbal rappelle que l'histoire de l'Océanie a été majoritairement produite par des sources écrites, faites par les occidentaux venus coloniser ces territoires, tandis que la tradition orale a tendance à disparaître plus rapidement. À Wallis-et-Futuna, les missionnaires et les colons portent une vision stéréotypée des populations polynésiennes, les percevant comme non civilisées et païennes, à qui il s'agit d'apporter la religion chrétienne.
L'histoire du protectorat (1888-1961) puis du territoire d'outre-mer est en revanche mieux documentée grâce à l'abondance de sources administratives et l'ouvrage de l'évêque Alexandre Poncet, Histoire de l'île Wallis. Tome 2: Le protectorat français, publié par la Société des Océanistes en 1972.
Recherches archéologiques (années 1980) Des études archéologiques sont menées à Wallis, Futuna et Alofi par des équipes de l'ORSTOM et du CNRS dirigées par Bernard Vienne et Daniel Frimigacci avec comme collaborateurs Jean-Pierre Siorat et Christophe Sand en 1985 et 1986. Ces travaux ont permis de mieux connaître l'histoire de ces îles. Toutefois, l'anthropologue Sophie Chave-Dartoen estime qu'.
Approche pluri-disciplinaire : l'ethnohistoire Pour étudier Wallis-et Futuna, les historiens ont recours à l'archéologie, la linguistique, ainsi qu'à la tradition orale, étudiée grâce à l'anthropologie : Bernard Vienne et Daniel Frimigacci se livrent ainsi à une ethnohistoire de Wallis-et-Futuna. Les recherches dans ce domaine sont assez récentes (années 1980 à aujourd'hui).
Perception occidentale et polynésienne de l'histoire La christianisation a en outre bouleversé la représentation du temps qu'avaient les Wallisiens et les Futuniens. L'époque pré-chrétienne a été dénommée (« les temps païens », néologisme formé à partir du latin) : tout ce qui a eu lieu avant l'arrivée des missionnaires est perçu négativement. Pour l'historienne et anthropologue Françoise Douaire Marsaudon, les missionnaires ont ainsi contraint les Wallisiens et les Futuniens à oublier voire dénigrer leur propre histoire. .
Finalement, le rôle des missionnaires dans la connaissance des sociétés polynésiennes est ambivalent : . Les recherches actuelles en ethnohistoire insistent au contraire sur l'importance de prendre en compte les traditions orales polynésiennes dans l'écriture de l'histoire de ces deux îles.
Toponymie Wallis-et-Futuna (avec des tirets) désigne le protectorat français (1888), puis le territoire d'Outre-Mer créé en 1961 et qui rassemble en réalité trois îles : Wallis (en wallisien Uvea, parfois dénommée « îles Wallis » au pluriel pour y inclure les îlots du lagon de Uvea dans des publications francophones d'avant 1976) et Futuna et Alofi d'autre part (îles Horn). Avant le , Wallis et Futuna sont donc deux îles distinctes, et leur histoire est traitée séparément dans cet article.
Des Lapita aux Polynésiens
Peuplement : les lapita alt=Carte de l'Océanie montrant les différentes migrations (migrations du Sunda, du Sahul, austronésienne, puis polynésienne). Wallis-et-Futuna sont intégrées au sein de l'aire lapita.|vignette|Les premiers habitants de Wallis-et-Futuna sont des austronésiens de la civilisation Lapita. Avec les îles voisines de Tonga et Samoa, ils forment la « société polynésienne ancestrale » .
Les premiers habitants de Wallis et de Futuna étaient des austronésiens appartenant à la civilisation lapita.
Le peuplement du Pacifique s'est fait en deux vagues successives. Vers , des habitants originaires d'Asie du Sud-Est s'installent en Nouvelle-Guinée puis dans l'archipel Bismarck. Un deuxième mouvement migratoire a lieu bien plus tard, entre 1500 et 1100 : des austronésiens arrivent dans la région et introduisent l'art de la céramique. Leurs poteries élaborées, appelées lapita, ont donné le nom à la civilisation qui est née des échanges et des métissages avec les habitants déjà présents.
Vers 1110 , un groupe de lapita part à la conquête des îles Salomon. En deux siècles, parcourant l'océan Pacifique sur des pirogues à balancier, ils s'étendent sur une très grande région (plusieurs milliers de kilomètres) incluant le Vanuatu, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie occidentale (Samoa, Tonga, Wallis et Futuna).
La société polynésienne ancestrale vignette|La Polynésie ancestrale vers le millénaire (Fidji n'en fait pas partie).
Cinq à sept siècles plus tard, les Polynésiens se distinguent des autres lapita restés en MélanésieLa distinction entre Mélanésie, Micronésie et Polynésie proposée par Dumont d'Urville a été largement critiquée, notamment par Roger Green (1991) qui propose de la remplacer par les concepts d'Océanie proche et Océanie lointaine.. En se fondant sur l'archéologie, l'ethnologie et la linguistique, Patrick Kirch et Robert Green (2001) concluent que les populations de Wallis, Futuna, Tonga et Samoa forment la « société polynésienne ancestrale » : pendant environ sept siècles, au millénaire , ces îles partagent une culture commune et parlent la même langue, le proto-polynésien. Uvea et Futuna font donc partie de Hawaiki, cette zone que les Polynésiens considèrent comme leur foyer originel et qui prend au fil du temps une dimension mythique : .
Les sociétés polynésiennes de cette période sont de petits groupes peu nombreux démographiquement, mais elles développent déjà une culture complexe avec une structure sociale élaborée. On ne peut donc pas considérer ces premiers habitants comme moins avancés ou plus primitifs que leurs successeurs, même s'ils sont sans doute plus égalitaires que les sociétés polynésiennes stratifiées qui suivent dans les siècles suivants.
Ces polynésiens ancestraux sont à la fois de fins navigateurs et de bons agriculteurs. Ils prennent possession des terres et commencent à les exploiter, récoltant diverses plantes (taros, ignames…) sur des terres volcaniques fertiles. Ils modifient leur environnement, parfois au prix de bouleversements écologiques (disparition de plusieurs espèces animales, modification des sols). Ils se nourrissent également des produits de la pêche et font cuire leurs légumes dans des grands fours en terre, les 'umu, qui aujourd'hui font encore partie intégrante de la cuisine wallisienne et futunienne. Les habitants exploitent également la noix de coco pour sa chair et son huile.