Le Conseil national des femmes françaises (CNFF) est une association féminine non mixte créée le , affiliée au Conseil international des femmes. Constitué en fédération, il rassemble des associations féminines et admet des membres à titre individuel. Il vise à améliorer la situation des femmes dans la famille et la société, travaillant étroitement avec les institutions.

Historique

Le Conseil international des femmes, et notamment sa présidente May Wright Sewall, fait pression pour la création d'une section française, inexistante alors que de nombreuses féministes françaises sont très actives au sein du bureau de l'association internationale. En marge de l'Exposition universelle de 1900 se tiennent les congrès de deux groupes féministes particulièrement actifs depuis plusieurs annéesLaurence Klejman, « Les Congrès féministes internationaux », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle (cahiers Georges-Sorel), 1989, 7, p. 71-86. : le Congrès des œuvres et institutions féminines (composé de grandes figures de la bourgeoisie philanthropique protestante : Sarah Monod, Madame Avril de Sainte-Croix, Julie Siegfried), le Congrès international de la condition et des droits de la femme (composé de féministes plus radicales : Marie Bonnevial, Louisa Wiggishoff, Maria Pognon). En 1901, un comité d'initiative rassemblant ces deux groupes est mis en place sous la direction d'Isabelle Bogelot : l'association est créée le et regroupe une trentaine de sociétés féminines .

Dès la création, le suffrage est à la base de toutes les revendications féminines, conditions pour obtenir l'autonomieCorrespondance de 1902, Archives du CNFF, 2 AF 49.. Le Conseil se positionne uniquement sur le suffrage et l'éligibilité aux élections locales (municipales, conseils d'arrondissements, conseils généraux) afin de faire « l'apprentissage de la vie civique », tiédeur qui est régulièrement la cible du journal La Voix des femmes.

Des sections thématiques, calquées sur le fonctionnement du Conseil international des femmes, sont mises en place : assistance et prévoyance sociale, hygiène, éducation, législation, travail, suffrage, paix, unité de la morale et répression de la traite des femmes, presse, émigrationCompte rendu de l'assemblée générale du 15 juin 1922, présidée par le sénateur Fernand Merlin.. Les sections travaillent en lien avec les commissions parlementaires et les institutions publiques (Conseil supérieur de l'Assistance publique, Conseil supérieur des Postes et télégraphes, Société des Nations, Ligue de l'enseignement. Un groupe de parlementaires entre en relation avec le Conseil national en 1907 : présidé par Henry ChéronLes femmes sénateurs, Sénat.fr, il compte parmi ses membres Frédéric Passy, Charles Richet, Paul Strauss, René Viviani, Jules Siegfried, etc.Conseil national des femmes françaises, 50 ans d'activité, 1901-1951 : célébration du cinquantenaire, 11 janvier 1952.

Un bulletin mensuel, L'Action féminine, est diffusé à partir de 1909En partie numérisé sur Gallica. En 1911, le Conseil national se prévaut de membresLettre du 23 janvier 1911, Archives du CNFF, 2 AF 56..

thumb|États généraux du féminisme, en 1929.

L'association est très présente lors des congrès français ou internationaux, et organise des tournées et conférences en province. Des branches départementales sont créées : en 1922, il en existe en Gironde, Indre-et-Loire, Seine-Inférieure, Bouches-du-Rhône, Tarn-et-Garonne, Finistère, Bas-Rhin, Haut-Rhin et Calvados.

Les 3 et , le Conseil national des femmes françaises organise à Paris le Congrès international des femmes. Des déléguées sont reçues par le président Raymond Poincaré à l’Élysée.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le Conseil national et les associations affiliées s'engagent dans l'effort de guerre. De nouvelles organisations sont créées comme l'Association des surintendantes d'usines ou l'Office central de l'activité féminine. Gabrielle Duchêne, à la tête de la section Travail, présente un vœu pour l'égalité salariale auprès du ministère ; ses positions pacifistes - elle crée une section française du Comité international des femmes pour la paix permanente - étant en contradiction avec l'union sacrée, elle est priée de démissionner.

En 1929, le Conseil national des femmes françaises présidé par Avril de Sainte-Croix organise les états généraux du féminisme « pour présenter une synthèse des revendications féminines, en appuyant ces revendications de considérations sur les travaux faits et sur ceux en cours »Compte rendu des États généraux du féminisme, 14-16 février 1929. Archives du CNFF, 2 AF 19. Le comité d'honneur compte parmi ses membres Aristide Briand, président du Conseil, Raymond Poincaré et le récent prix Nobel de la paix Ferdinand Buisson.

Les archives du Conseil national des femmes françaises sont conservées au Centre des archives du féminisme à l'université d'AngersCentre des archives du féminisme : fonds d'archives du CNFF, 2 AF, documents extraits du fonds, article du bulletin Archives du féminisme, , fonds d'archives de Cécile Brunschivg, 1 AF. qui en est propriétaire.

Effectifs Le CNFF, qui visait à réunir l'ensemble des mouvements féministes, échoue à ce regroupement dès sa création, en raison des critiques issues des mouvements plus radicaux. Ses effectifs connus sont de 150.000 membres en 1929, 300.00 en 1936 et 250.000 en 1939.

Présidentes Sarah Monod, de 1901 à sa mort en 1912 Julie Siegfried, de 1912 à sa mort en 1922 Avril de Sainte-Croix, de 1922 à 1932 Marguerite Pichon-Landry, de 1932 à 1954 Marie-Hélène Lefaucheux, de 1954 à 1964 Lucie Chevalley, de 1964 à 1970 Jacqueline Tonnet-Imbert, de 1970 à 1976 Solange Troisier, de 1976 à 1991 Paulette Laubie, de 1991 à 1998 Françoise Bouteiller, de 1998 à 2000 Françoise Delamour, de 2000 à 2005 Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti, de 2005 à 2012 Martine Marandel-Joly, de 2012 à 2018 Marie-Claude Bertrand, depuis 2018

Membres Parmi les membres attestées : Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d’État à l’Éducation en 1936 ; Marguerite de Witt-Schlumberger, philanthrope et féministe ; Eugénie Weill, présidente de la section Assistance de 1901 à 1930, trésorière avant la Première Guerre mondiale ; Gabrielle Alphen-Salvador, présidente de la section Éducation jusqu'en 1905 ; docteur Thuillier-Landry (Madeleine Émilie Dasthénic), fondatrice en 1923 de l'Association française des femmes médecins ; Maria Vérone, avocate et féministe ; Marie d'Abbadie d'Arrast, présidente de la section législation ; Pauline Kergomard, présidente de la section Éducation à partir de 1905 ; Olympe Gevin-Cassal, inspectrice générale de l'enfance ; Gabrielle Duchêne, présidente de la section Travail à partir de 1913, présidente de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la libertéArchives de Gabrielle Duchêne ; Marie Bonnevial, institutrice, franc-maçonne et féministe ; Louise Weiss, journaliste et féministe ; Marie Georges Martin (née Irma Laîné), présidente de la section Suffrage, franc-maçonne ; André Siegfried (Paule Laroche), collaboratrice de son époux André Siegfried (fils de Jules et Julie Siegfried) ; Marcelle Legrand-Falco, secrétaire au Conseil national des femmes françaises ; Liliane Klein-Lieber, représentante du Scoutisme français féminin auprès de l'UNESCO dans les années 1950, cofondatrice de la Coopération féminine dans les années 1960 ; Jane Misme, journaliste et féministe ; La Société des agrégées en fut membre à partir de 1929Yves Verneuil, « La Société des agrégées, entre féminisme et esprit de catégorie (1920-1948) », Histoire de l’éducation, n°115-116, 2007, p. 195-224. ; Germaine Dulac, journaliste et cinéaste, présidente de la section Cinéma du CNFF ; Colette Kreder, militante contre les discriminations de genre en politique. Lasthénie Thuillier-Landry, médecin, préside la section d’hygiène du CNFF. Julie Toussaint, secrétaire générale de la Société pour l'Enseignement professionnel des Femmes.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Féminisme Chronologie du statut des femmes

Bibliographie Anne-Sarah Bougle-Moalic, Le Vote des Françaises : cent ans de débats 1848-1944, Rennes, PUR, 2012, . . . Florence Montreynaud, Le des femmes, Paris, Nathan, 1989. Aude Moulon Aude, Le Conseil national des femmes françaises, mémoire de maîtrise, Angers, 2003. Louli Milhaud-Sanua, Figures féminines 1909-1939, Paris, Siboney, 1949. Christine Bard, Les Femmes dans la société française, Paris, Armand Colin, 2001.

Liens externes Conseil national des femmes françaises (site Internet) Comptes rendus du Conseil national des femmes françaises numérisés sur Gallica Le fonds du CNFF Conseil national des femmes françaises du Centre des archives du féminisme (BU Angers) Le centenaire du CNFF

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