La campagne de Pologne, également connue sous le nom de campagne de septembre (en ) ou guerre défensive de 1939 (en ) en Pologne, et invasion de la Pologne (en ) ou plan Blanc (en ) en Allemagne, est une opération militaire déclenchée par l'Allemagne avec l'appui de la ville libre de Dantzig et d'un contingent slovaque, et par l'Union soviétique, dans le but d'envahir et de partager la Pologne. Cette offensive lancée par surprise provoque l'entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni, puis fait basculer l'Europe dans la Seconde Guerre mondiale.
L'invasion allemande commence le , soit une semaine après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, alors que l'invasion soviétique débute le après que l'accord Molotov-Tōgō du a mis un terme aux hostilités russo-japonaises en Corée et en Mandchourie. La campagne s'achève le sur la partition et l'annexion du territoire polonais par l'Allemagne et l'Union soviétique, selon les termes du traité germano-soviétique d'amitié, de coopération et de démarcation.
Les forces allemandes envahissent la Pologne par le nord, le sud et l'ouest au matin du , aussitôt après l'incident de Gleiwitz qui a servi de prétexte. Confrontées à l'avancée de la Wehrmacht, les forces polonaises se retirent de leurs lignes avancées à proximité de la frontière germano-polonaise afin d'établir une défense plus à l'est. Après la défaite polonaise à la bataille de la Bzura, l'avantage stratégique allemand devient indéniable. Les forces polonaises entament alors une nouvelle retraite vers le sud-est où elles se préparent à une défense longue et acharnée de la tête de pont roumaine, attendant l'intervention alliée de la France et du Royaume-Uni. Mais, en dépit des traités passés avec ces deux pays, et leur déclaration de guerre à l'Allemagne le , Britanniques et Français n'offrent à la Pologne qu'un soutien très limité.
L'invasion de la Pologne orientale par l'Armée rouge le , selon les termes d'un protocole secret du Pacte germano-soviétique, assène un coup fatal au plan de défense polonais, qui perd alors sa viabilité stratégique. Confronté à une invasion sur deux fronts, le gouvernement polonais décrète alors que la tête de pont roumaine n'est plus tenable et ordonne l'évacuation d'urgence de toutes les troupes en Roumanie neutre. Le , après la victoire de la Wehrmacht à la bataille de Kock, les forces allemandes et soviétiques contrôlent tout le territoire polonais. Hitler et Staline mettent ainsi fin de facto à la Deuxième République polonaise, alors que le pays n'a pas formellement capitulé.
Le , l'Allemagne annexe la Pologne occidentale et l'ancienne ville libre de Dantzig, et place le reste du territoire qu'elle occupe et qu'elle n'a pas cédé à l'Union soviétique sous l'administration du nouveau Gouvernement général. L'Union soviétique annexe quant à elle les territoires conquis ou cédés par les Allemands, en les incorporant aux républiques soviétiques de Biélorussie et d'Ukraine, et lance rapidement une campagne de soviétisation. Plusieurs milliers de militaires polonais parviennent cependant à rejoindre l'armée polonaise de l'Ouest formée en France, où s'est installé le gouvernement polonais en exil. En Pologne même, plusieurs mouvements de résistance s'organisent, et créent l'État polonais clandestin, dont l'Armia Krajowa forme le fer de lance.
La défaite polonaise est le début d'une longue et brutale occupation par les Allemands et les Soviétiques, qui ne prend fin en 1945 qu'au prix d'une domination totale par le voisin soviétique, et dont la Pologne sort exsangue, après avoir perdu plusieurs millions de ses habitants, et après que sa capitale, Varsovie, a été ravagée par les combats.
Contexte : ultimatum allemand à la Pologne
vignette|gauche|Corridor de Dantzig et les frontières de 1939.
Lors du traité de Versailles à la fin de la Première Guerre mondiale, la ville de Dantzig, avec une bande de terre, le corridor de Dantzig, qui lui donne accès à la mer, ont été confisquées à l'Allemagne qui se trouve ainsi séparée de la Prusse-Orientale. Le , le ministre des affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop avait exposé au diplomate polonais Józef Lipski les bases d'un accord qui résoudrait le problème de passage entre l'Allemagne et la Prusse-Orientale : il s'agissait de permettre à Dantzig de redevenir allemande, ou, au moins, d'autoriser l'Allemagne à construire une autoroute et un chemin de fer reliant le Brandebourg à la Prusse-Orientale au travers du territoire de Dantzig, et de consentir à la création à Dantzig pour la Pologne d'un port franc avec un débouché sur la mer, à la garantie réciproque des frontières communes et à la prolongation de 10 à 25 ans du Pacte germano-polonais. Le , Józef Beck, ministre des Affaires étrangères de Pologne, fit savoir qu'il n'était pas possible d'envisager de changement pour Dantzig et que le lieu d'un passage de voies extra-territoriales devait être étudié. Le , l'ambassadeur de Pologne à New York informait son ministre dans une note secrète que le gouvernement américain souhaitait que la France et l'Angleterre et qu'elles . thumb|250px|Joseph Staline et Joachim von Ribbentrop lors de la signature du Pacte, Moscou, (Pacte germano-soviétique)Devant le refus des Français et des Britanniques, et en dépit de la fermeté affichée par le Premier ministre britannique Neville Chamberlain, qui juge que Hitler va trop loin dans ses exigences et lui fait savoir que le Royaume-Uni ira jusqu'à la guerre s’il le fautCette fermeté était largement feinte selon Eric Hobsbawm dans L'Âge des extrêmes, , s'appuyant sur l'ouvrage de Donald Cameron Watt, How war came : ., Hitler décide de procéder à une conquête militaire. Après avoir sécurisé son flanc sud grâce à un pacte avec l'Italie fasciste, il se garantit sur son flanc est en signant le Pacte germano-soviétique avec Staline le . Tôt dans la matinée, des milliers de réservistes polonais avaient reçu leur ordre de mobilisationE.T. Woof et S.M. Jankowski, Karski, How One Man Tried to Stop the Holocaust, Texas Tech University Press et Gihon River Press, éd., 2014, p. 3..
La veille du jour où l'armée allemande devait commencer l'offensive, le , le Royaume-Uni et la Pologne signent un pacte d'assistance militaire mutuelleDans l'article 1, ..
Hitler arrête les préparatifs, se donne jusqu'au pour arriver à un compromis, et convoque l'ambassadeur britannique à Berlin afin que soit trouvée une résolution pacifique. Joachim von Ribbentrop lui soumet un protocole en seize points. Le , l'Allemagne demande à Londres de convaincre Varsovie d'envoyer à Berlin, pour le , un plénipotentiaire polonais afin de régler la question de Dantzig et du corridor. Il s'agirait d'organiser un référendum d'autodétermination auprès de la population de cette région, sous contrôle d'une commission internationale composée de représentants du Royaume-Uni, de la France, de la Russie et de l'Italie. Ensuite, selon le résultat, d'accorder, soit à la Pologne le port de Gdynia avec un large passage vers la mer, soit à l'Allemagne l'autoroute et la ligne de chemin de fer vers la Prusse-Orientale qu'elle réclamaitLe Livre blanc allemand, , Documents relatifs à l'Histoire des origines de la guerre, Berlin, 1939, .. Autrement dit, un ultimatum allemand à la Pologne est lancé entre le 30 et le 31 . Il est un des points de départ de la Seconde Guerre mondiale avec le déclenchement de la campagne de Pologne.
Texte de l’ultimatum « La situation entre le Reich allemand et la Pologne est actuellement telle que tout incident ultérieur peut conduire au déclenchement des hostilités entre les forces armées des deux pays, qui ont déjà pris position de chaque côté de la frontière. Toute solution pacifique du problème doit être de telle nature que les événements qui, à l'origine, ont abouti à l'état actuel des choses ne doivent pas se répéter en une autre occasion et déterminer ainsi un état de tension, non seulement en Europe orientale mais ailleurs aussi.
Les causes de cette situation sont à rechercher dans la démarcation intolérable des frontières imposées par le Traité de Versailles et par le sort insupportable qui est fait aux minorités allemandes dans les territoires retranchés du Reich.
En présentant ces propositions, le gouvernement allemand vise à trouver une solution définitive qui mettrait un terme à la situation issue de l'actuelle délimitation des frontières, une solution qui assurerait aux deux parties leurs voies de communication vitales, qui éliminerait autant que possible le problème des minorités et qui, pour la partie pour laquelle cela n'est pas possible, rendrait le sort de ces minorités supportable par une garantie effective de leurs droits.
Le gouvernement de l'Allemagne est pleinement convaincu qu'il conviendrait d'évaluer les dommages économiques et personnels qui lui ont été infligés à partir de 1918, et de les rembourser intégralement. Naturellement, le gouvernement allemand considère que cet engagement est obligatoire pour les deux parties.
Des considérations précédentes découlent les propositions concrètes suivantes :
1. En raison de son caractère purement allemand et de la volonté unanime de sa population, la ville libre de Dantzig doit être immédiatement restituée au Reich allemand.
2. Le territoire connu sous le nom de corridor polonais, c'est-à-dire le territoire délimité par la mer Baltique et par une ligne qui va de Marienwerder à Graudenz, Kulm, Bromberg (ces villes étant incluses) et de là, en direction de l'ouest, vers Schönlanke, décidera lui-même s'il doit devenir partie du Reich allemand ou rester avec la Pologne.
3. Pour ce faire, un plébiscite sera organisé dans ce territoire. Ont le droit de voter tous les Allemands qui étaient domiciliés dans cette zone au , ou qui y sont nés jusqu'à cette date inclusivement, ainsi que tous les Polonais, Kachoubes, etc. qui étaient domiciliés dans cette zone à la date précitée ou qui sont nés dans cette zone jusqu'à cette date inclusivement. Les Allemands qui ont été expulsés de ce territoire y retourneront pour faire enregistrer leur vote.
Pour assurer un plébiscite impartial et pour garantir que les préparatifs nécessaires auront été correctement accomplis, une commission internationale semblable à celle qui a été formée pour le plébiscite en Sarre, composée de membres désignés par les quatre grandes puissances : Italie, URSS, France et Grande-Bretagne, sera constituée immédiatement et siégera dans ce territoire. Cette Commission exercera des droits souverains. À cette fin, le territoire sera évacué par les forces militaires polonaises, par la police polonaise et par les autorités polonaises, dans les plus brefs délais, à convenir.
4. En principe, le port polonais de Gdynia est reconnu comme territoire polonais. Les détails relatifs à la fixation des limites de ce port polonais seront décidés par l'Allemagne et la Pologne et, si nécessaire, elles seront définies par une cour internationale d'arbitrage.
5. Afin de disposer de suffisamment de temps pour procéder aux préparatifs nécessaires d'un plébiscite impartial, le plébiscite proprement dit n'aura pas lieu avant un délai de douze mois.
6. Afin que, pendant cette période, les voies de communication de l'Allemagne avec la Prusse-Orientale et l'accès de la Pologne à la mer puissent être garantis sans restrictions, on déterminera certains axes routiers et ferroviaires sur lesquels le transit sera libre. En fonction de quoi ne seront imposés que les droits nécessaires pour la manutention des voies de communication et pour le transport.
7. L'assignation de ce territoire sera décidée sur la base de la majorité absolue des suffrages.