vignette|Un combat naval avec les corsaires barbaresques, par Lorenzo A. Castro, 1681.

Le terme « Barbaresques » correspond aux pirates sévissant approximativement depuis les ports de l'aire côtière du Maghreb actuel. Le terme « Berbérie » quant à lui est apparu dans la littérature vers 1860Guy Turbet-Delof, (1973) ..

Les corsaires barbaresques ont capturé des milliers de navires chrétiens et ont attaqué à plusieurs reprises la plupart des localités côtières des rives nord de la mer Méditerranée. En conséquence, les résidents ont abandonné leurs anciens villages côtiers en Espagne, France et en Italie et en ont construit d'autres, souvent fortifiés, au sommet des buttes et des collines.. Les Barbaresques capturent les navires marchands et soumettent en esclavage ou rançonnent les équipages. Entre 1 000 000 et 1 250 000 Européens, soumis en esclavage (850 000 pour la période de 1580-1680) ont été capturés puis déportés par ces pirates ou corsaires de 1530 à 1780.

Les raids ont été un tel problème que les côtes sont restées en partie désertes jusqu'au début du . Certains des capitaines des galères de course, ainsi que les corsaires les plus reconnus, étaient ce qu'on appelait à l'époque des « renégats » : des Européens convertis à l'islam pour échapper à l'esclavage, comme John Ward et Zymen Danseker.. Les effets des raids barbaresques ont culminé au début du milieu du .

Terminologie L'adjectif « barbaresques » date des années 1500 et provient d'Italie., provenant du mot « barbare » (au sens d'« étranger, parlant une langue incompréhensible ») et désignant sans référence particulière l'Afrique du Nord (voir « côte des Barbaresques »). Utilisé peu de temps, il est revenu, sous la plume de nombreux auteurs et dans les dictionnaires, puis dans le langage courant, pour désigner en particulier les pirates et corsaires musulmans maghrébins et ottomans qui opéraient depuis l'Afrique du Nord, basés principalement dans les ports d'Alger, de Tunis, de Tripoli, et de Salé. Sans rapport avec celui de « Barbarie », le terme « Berbérie » est lui apparu dans la littérature vers 1860.

En Europe, ils seront parallèlement désignés sous la terminologie de « bandits noirs » et de nombreuses villes portent encore ces noms auprès de certains monuments alors occupés (tours, châteaux, vignes, montagnes et chapelles). En arabe le terme utilisé pour les désigner est الجهاد البحري الإسلامي qui signifie « les jihadistes de la mer musulmans ».

Pirate ou corsaire ? vignette|upright|Un pirate barbaresque. Les Ottomans ne pouvaient laisser les Européens chrétiens dominer les mers en Orient pas plus qu'en Occident. Ils s'opposèrent aux Européens sans relâche, d'abord sous le commandement de chefs pirates, puis sous celui des émirs corsaires et enfin des amiraux de Constantinople..

Suivant le droit maritime, le « pirate » est celui qui, sans aucune autorisation, attaque tout navire, qu'il porte pavillon ami ou ennemi, fait des prisonniers et des esclaves, arraisonne les bateaux et les cargaisons. Les anciennes lois de la mer voulaient que, s'il était capturé, il fût pendu « haut et court ». Le corsaire en revanche est celui qui s'attaque à l'ennemi et à lui seul, participant à une guerre de course en tant que supplétif, un mercenaire au service d'un pavillon (ottoman dans le cas des corsaires barbaresques). Il est muni d'une lettre de course qui lui permet, s'il est pris, de bénéficier du statut de prisonnier de guerre. Il peut rechercher, attaquer, saisir et détruire les navires, les équipages, les équipements et les chargements ou cargaisons du navire d'une nation adverse dans les eaux territoriales, internationales ou étrangèresRené Coulet du Gard, La Course et la piraterie en Méditerranée, 315 p., France-Empire 1980, ASIN : B 0014 L 8 GB 4..

vignette|upright|Costume des Barbaresques, J.-B. Van Mour, 1707.

C'est ainsi que durant l'alliance franco-turque du entre le roi de France et le sultan de l'Empire ottoman, Soliman le Magnifique, les corsaires barbaresques n'attaquèrent pas les vaisseaux français et furent même reçus en alliés dans la rade de Toulon, au contraire des pirates qui, agissant « sans foi ni loi » pour leur propre compte à la recherche d'une fortune en mer, étaient passibles de mort y compris du point de vue ottoman..

En dehors de cette alliance éphémère, lorsque les Barbaresques érigèrent leurs propres États, certains d'entre eux purent prendre la tête de la flotte ottomane. Cela prend la forme d'une guerre maritime chronique contre les États chrétiens : le corso, qui présente une dimension à la fois économique, politique et religieuse. Avec le temps, le sultan ottoman tend à remplacer la flotte barbaresque par sa propre flotte. Subsistent alors des navires armés par des intérêts privés, par la Taïfa des raïs, dont les butins reviennent, suivant les ports d'attache de ces barbaresques, à environ 11 % à l'État, 40 % au ou aux armateurs, 16 % au capitaine, 16 % à l’équipage et 16 % aux janissaires. Il s'agit d'une prédation semi-légalisée spécifique à la Méditerranée occidentale, à mi-chemin entre les corsaires et les pirates.. L’ouvrage de l'archiviste Albert Devoulx sur le raïs Hamidou (1770-1815) utilise à la fois les termes « corsaire », « pirate » ou « forban ».

Tout d'abord, la mise en esclavage des prisonniers crée une différence entre le corso des raïs et la course classique des Khayr ad-Din Barberousse, des Jean Bart et des Robert Surcouf. De plus, les écumeurs d'Alger n'ont pas de lettres de marque, leurs prises sont seulement enregistrées en vue du partage entre le raïs concerné et la Régence. L'autorité politique, au niveau local, a connaissance de l'activité corsaire, mais les comptes-rendus se bornent exclusivement à apporter les preuves que le raïs partage le butin avec cette autorité. Il n'existe à Alger aucun tribunal des prises ni aucune autorité susceptible d'examiner les prises, sans être elle-même partie prenante au partage du butin. Les navires attaqués peuvent être neutres, sujets de l'Empire ottoman (bateaux grecs), voire être musulmans (bateaux tunisiens). D’après le registre des prises, le , Hamidou et d’autres capturent 8 navires grecs. (la Grèce, bien que chrétienne, étant alors partie intégrante de l'Empire ottoman et ses habitants bénéficiant de la Dhimma) ; le , Hamidou capture des marchandises tunisiennesLe registre des prises maritimes (1872); . (les Tunisiens étant à la fois des coreligionnaires et alliés, vassaux de la Turquie eux-aussi) ; de même le .

Les razzias vignette|Le capitaine Walter Croker observant des esclaves chrétiens capturés par les corsaires barbaresques Les campagnes et razzias des pirates et corsaires barbaresques se sont étendues le long des côtes européennes de la mer Méditerranée (sacs d'Ostie et de la Basilique Saint-Pierre de Rome en 846Site internet "846-852 : Le sac de Rome par les sarrasins et la construction de la muraille léonine" de Henri de Begard - 11 mars 2016. ; de Trogir en 1123 ; d'Otrante en 1480 ; ...), et dans l'océan Atlantique (raids sur l'Islande en 1627 ; ...), mais aussi au large avec la piraterie contre tous les navires chrétiens.

Les pays principalement touchés par les raids et la piraterie barbaresque furent l'Espagne, le Portugal, les états d'Italie, la France, les Îles Britanniques, les Pays-Bas, l'Islande, mais dans les faits, toute localité portuaire européenne, tout navire non musulman, pouvaient devenir des cibles si la situation le permettait.

Le but principal de ces attaques était de capturer des esclaves chrétiens pour la traite ottomane, ainsi que le marché de l'esclavage musulman (ou traite orientale) en Afrique du Nord et au Moyen-Orient..

Bien que des razzias pirates se soient produites en Afrique du Nord peu de temps après la conquête musulmane de la péninsule ibérique au , les termes « pirates barbaresques » et « corsaires barbaresques » sont appliqués aux pirates actifs à partir du , lorsque la fréquence et le rayon d'attaque des esclavagistes ont augmenté. Un des raids les plus massifs de l'histoire de cette piraterie fut celui entrepris en 824 par la flotte d'Abou Hafs et de ses , qui, chassés d'Alexandrie, cinglèrent vers la Crète byzantine et prirent le contrôle de l'île, qu'ils érigèrent en émirat et dont ils firent une base pirate pour plus de cent ans.. Au cours de cette longue période, Alger, Tunis et Tripoli étaient sous la souveraineté de l'Empire ottoman, que ce soit sous la forme de provinces directement administrées, ou bien comme vassaux autonomes connus sous le nom d'« états barbaresques » : émirats, beylicats ou deylicats de Tlemcen, Alger, Constantine (Algérie), Tunis, Tarabulus. Des raids similaires ont été entrepris à partir de Salé et d'autres ports du sultanat indépendant du Maroc.

Origines vignette|upright|Khayr ad-Din Barberousse, frère cadet d'Arudj Reïs.

De 1347 à 1349, l’Ifriqiya frappée de plein fouet par la peste continue de subir une désertification démographique amorcée par les invasions hilaliennes.. À partir de la seconde moitié du , l’ensemble du Maghreb connaît une décadence économique.. Après la Prise de Grenade et la disparition du royaume en 1492, l'Espagne désormais entièrement catholique se trouve renforcée économiquement et militairement..

Les souverains espagnols Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille décident de poursuivre leur reconquête jusque sur les côtes maghrébines pour protéger leurs propres côtes.. Tout en se lançant dans la colonisation en Amérique, les Espagnols s’emparent de plusieurs ports du littoral maghrébin en une dizaine d'années : Mers el-Kébir en 1505, Oran en 1509, Bougie en 1510, Tripoli et l’îlot situé en face d’Alger, le Peñon.. Des villes portuaires, Dellys, Cherchell et Mostaganem demandèrent à payer un tribut à l'Espagne en échange de sa protection. Des populations mécontentes de chefs incapables de les défendre, des mouvements soufis émergeant et leurs chefs, qui deviennent de plus en plus influents, aident les Ottomans à s’installer dans la région.

L’aristocratie marchande d’Alger décide, vers 1516, de faire appel aux pour stopper cette expansion.. Ils prennent Alger la même année avec l'aide de l'émir d'Alger. Arudj Barberousse se débarrasse de l'émir Salim at-Toumi en l'étranglant de ses mains. ou en le faisant exécuter dans son bain.. En 1529, Khayr ad-Din Barberousse entreprit la prise du Peñon d'Alger, considérée par celui-ci comme une « épine au cœur des Algérois »..

Histoire vignette|Navire français (au centre) attaqué par deux galiotes barbaresques (vers 1615). vignette|Combat d'un vaisseau français et de deux galères barbaresques, huile sur toile de Théodore Gudin. Historiquement, les « siècles barbaresques » recouvrent la période ottomane qui va du . Pour la régence d'Alger, elle court de 1516, année de l'arrivée des à Alger., à la prise d'Alger en 1830.. Le deuxième centre de la piraterie est indépendant de l'Empire ottoman : c'est la république de Salé qui commence vers 1610 avec l'arrivée des Morisques. et se termine au avec la création de Mogador.. Pour la régence de Tunis, elle commence en 1503, quand Arudj Barberousse s'empare de Djerba. mais se limite au comme d'ailleurs pour la régence de Tripoli dont le marché aux esclaves est réputé pour le trafic subsaharien.

Les pirates et corsaires barbaresques d'Alger, de Tunis et de Tripoli étaient de grands pouvoyeurs de richesses pour leurs villes, mais furent qualifiés de « fléaux des mers » par les puissances chrétiennes.. Ils trouvent sur leur route ceux qui deviennent leurs plus fidèles ennemis, les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem qu'ils viennent de chasser de Rhodes et qui finissent par s'installer à Malte grâce à la bienveillance, bien comprise, de Charles Quint..