Antonin Artaud, né le à Marseille et mort le à Ivry-sur-Seine, est un artiste et intellectuel, écrivain, théoricien du théâtre, acteur, essayiste, dessinateur et poète français.
La poésie, la mise en scène, la drogue, les pèlerinages, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, un moyen pour développer son art.
Toute sa vie, Antonin Artaud a lutté contre des douleurs physiques avec des médicaments, des drogues. Cette omniprésence de la douleur influe sur ses relations comme sur sa création. Il subit aussi des séries d’électrochocs lors d’internements successifs et il passe les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques, notamment celui de Rodez. Si ses déséquilibres mentaux ont rendu ses relations humaines difficiles, ils ont aussi contribué à alimenter sa création. Il y a d’un côté ses textes , de l’autre, selon Évelyne Grossmann, les textes fulgurants de ses débuts..
Inventeur du concept de « théâtre de la cruauté » dans Le Théâtre et son double, Antonin Artaud a tenté de transformer radicalement la littérature et surtout le théâtre. S’il n’y est pas parvenu, il a certainement influencé les générations de l’après Mai 68, en particulier le théâtre américain, et les situationnistes de la fin des années 1960 qui se réclamaient de son esprit révolutionnaire. Il a aussi influencé le théâtre anarchiste Living Theatre, qui se réclame de lui dans la pièce The Brig où il met en pratique les théories d’ Antonin Artaud..
Dans son œuvre, il fait délirer l’art (comme Gilles Deleuze, lecteur assidu d’ Antonin Artaud, fera délirer la théorie autour du corps sans organes). Son œuvre graphique est également importante. Il a fait l’objet d’un legs important au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou en 1994.. Une partie de ses œuvres a été exposée en 2011..
Il est le cousin germain des frères Louis Nalpas et Alex Nalpas et du réalisateur Mario Nalpas, dont la petite-fille est la pianiste Frédérique Nalpas.
Biographie Sur la question de la biographie, Florence de Mèredieu juge que l’œuvre et la vie d’Antonin Artaud sont « un titanesque effort pour ruiner les balises et limites censées canaliser l’existence et l’être d’un individu.. » Il se met en scène en continu, vivant comme à distance de lui-même. Il écrit « Antonin Artaud fut d’abord un modèle perverti, une esquisse essayée que j’ai reprise moi-même à un certain moment, pour rentrer chez moi habillé(Œuvres Complètes T.XVI ). ». Il aurait ainsi travaillé à perturber toutes les données de ce qui est généralement qualifié comme un état civil..
Jeunesse (1896-1920) Antonin Artaud est né le à Marseille.. Antonin Artaud est issu d’une famille bourgeoise aisée avec des racines maltaises, arméniennes, italiennes-vénitiennes, grecques et françaises.. Son père, Antoine-Roi Artaud, capitaine au long cours, et sa mère, Euphrasie Nalpas, sont cousins germains : ses deux grands-mères sont sœurs, élevées à Smyrne (aujourd'hui Izmir, en Turquie).
Sa grand-mère Catherine Chilé, née à Smyrne, a été confiée à sa tante maternelle et élevée à Marseille, où elle a épousé Marius Artaud. Son autre grand-mère, Mariette Chilé, née à Tínos, a grandi à Smyrne, où elle a épousé Louis Nalpas (d'origine arménienne - Naltpassioglou, et italienne-grecque - Filippucci), marchand de fournitures pour navires.
Son oncle maternel, John Nalpas, rencontre Louise Artaud la sœur de son père, lors du mariage de leurs frères et sœurs, et ils se marient aussi. John et Louise s’installent à Marseille, les familles sont très proches, les enfants forment une tribu soudée. Antonin Artaud connaît à Marseille une petite enfance choyée dont il garde des souvenirs de tendresse et de chaleur..
Cette enfance est cependant perturbée par la maladie. Le premier trouble apparaît à l’âge de quatre ans et demi, lorsque l’enfant se plaint de maux de tête et qu’il voit double. On pense à une méningite consécutive à une chute. Déjà, on préconise l’électricité pour le soigner. Son père se procure une machine qui transmet l’électricité par des électrodes fixées sur la tête.. Cette machine est décrite dans le Traité de thérapeutique des maladies nerveuses du docteur Grasser. Bien que très différent des électrochocs, ce système relève de l’électrothérapie et l’enfant Artaud en a beaucoup souffert..
D’autres traumatismes suivront. À six ans, il a failli se noyer lors d’un séjour chez sa grand-mère de Smyrne. Mais son premier grand choc vient de la mort d’une petite sœur âgée de sept mois, causée par un geste violent d’une domestique.
Sa sœur apparaît dans les écrits d’Antonin Artaud comme une de ses « filles de cœur » :
Cependant, Antonin Artaud a aussi le sens du jeu et de la mise en scène. C’est à lui que l’on confie la mise en place de la crèche à Noël chaque année.. Pour les enfants de la famille son talent de metteur en scène apparaît dans ses tableaux vivants : reproduction de tableaux célèbres, ou spectacles familiaux montés avec ses cousins.
Souvent, les spectacles d’Antonin Artaud ont des « résonances macabres », par exemple un enterrement au crépuscule dans lequel Antonin occupe le rôle du cadavre. Une autre fois, il invente une mise en scène pour effrayer son cousin Marcel Nalpas : c’était, selon le récit de sa sœur, une mise en scène macabre avec installation de têtes de mort et de bougies dans une chambre. Antonin fait ensuite entrer Marcel en déclamant un poème de Baudelaire. D’abord effrayé, Marcel finit par rire de la situation avec Antonin. Marcel Nalpas était un ami de Marcel Pagnol, qui le cite dans son roman « Le temps des secrets », sous son pseudonyme de « Nelps », abréviation de Nalpas. Dans ce Théâtre de la cruauté, Théâtre de la peur, Marie-Ange voit l’influence d’Edgar Poe..
vignette|redresse|gauche|En 1926, Antonin Artaud incarne au cinéma le Juif errant. Artaud Artaud a quatorze ans lorsqu’il fonde, avec ses camarades du collège du Sacré-Cœur de Marseille, une petite revue où il publie ses premiers poèmes inspirés de Charles Baudelaire, d’Arthur Rimbaud ou Edgar Poe. Mais lors de sa dernière année de collège, en 1914, il est atteint de dépression, il ne se présente pas au baccalauréat, et l’année suivante, sa famille le conduit à Montpellier pour consulter un spécialiste des maladies nerveuses. Il est envoyé au sanatorium de la Rouguière, en 1915 et 1916 et publie en des poèmes dans La Revue de Hollande.. Le conseil de révision le déclare d’abord bon pour le service militaire avant que l’armée le réforme provisoirement pour raisons de santé, puis définitivement en grâce à l’intervention de son père..
L’année 1914 est un tournant dans la vie du jeune homme à cause de la guerre, mais c’est aussi pour Antonin Artaud sa dernière année de collège. Il doit passer l’examen de philosophie, mais son état de santé ne le lui permet pas. Antonin Artaud était en état de dépression après avoir vécu sa première expérience sexuelle, qu’il décrit comme dramatique, un traumatisme sur lequel il reviendra souvent dans ses écrits. Il a le sentiment qu’on lui a volé quelque chose, c’est ce qu’il exprime à Colette Allendy en 1947, peu avant sa mort..
Entre 1917 et 1919, il fait un certain nombre de séjours dans des lieux de cure et maisons de santé. Il peint, dessine, écrit. Plus tard, lors de son séjour à l’hôpital Henri-Rouselle pour une cure de désintoxication, il indique qu’il a commencé à prendre du Laudanum en 1919..
Premières années à Paris (1920-1924)
Théâtre : la période Dullin En 1920, sur les conseils du docteur Dardel, sa famille confie Antonin Artaud au docteur Édouard Toulouse., directeur de l’asile de Villejuif, dont il devient le co-secrétaire pour la rédaction de sa revue Demain. Le docteur l’encourage à écrire des poèmes, des articles., jusqu’à la disparition de la revue en 1922. En juin de cette même année 1920, Artaud qui s’intéresse au théâtre rencontre Lugné-Poë et il quitte Villejuif pour s’installer dans une pension à Passy. Il s’intéresse aussi au mouvement Dada et découvre les œuvres d’André Breton, de Louis Aragon et de Philippe Soupault.
Il rencontre Max Jacob qui l’oriente vers Charles Dullin.. Dullin l’intègre dans sa compagnie en 1921. Là, il rencontre Génica Athanasiou dont il tombe amoureux et à laquelle il écrit un grand nombre de lettres réunies dans le recueil Lettres à Génica Athanasiou avec deux poèmes.. Leur passion orageuse va durer , mais une sorte de fidélité d'âme les unira jusqu'à la mort d'Artaud, alternant lettres, rencontres, appels au secours à la femme tant aimée... Jusqu’en 1922, Antonin Artaud publie poèmes, articles et comptes-rendus à plusieurs revues : Action, Cahiers de philosophie et d’art, L’Ère nouvelle, revue de l’entente des gauches... L’aventure théâtrale d’Artaud commence en 1922 avec la première répétition des spectacles de l’Atelier, où il joue L’Avare de Molière. Suivront d’autres rôles, toujours avec Dullin qui lui demande de dessiner les costumes et les décors de Les Olives de Lope de Rueda. Un exemplaire de ces dessins est conservé au Centre Pompidou.. Toute l’année 1922 est occupée par le théâtre et par les nombreux rôles que joue Artaud malgré sa santé défaillante et malgré les difficultés financières de la compagnie. Il interprète notamment Apoplexie dans La Mort de Souper adaptation de la Condamnation de Banquet de Nicole de La Chesnaye. et le rôle de Tirésias dans Antigone de Jean Cocteau dans une mise en scène de Charles Dullin.
En même temps, il produit aussi à la demande de Daniel-Henry Kahnweiler un recueil de tiré à et il fait la connaissance d’André Masson, de Michel Leiris, de Jean Dubuffet et de Georges Limbour. Sa correspondance témoigne de l’intérêt que lui portent artistes et écrivains. Elle occupe une très grande place dans le recueil de ses œuvres.
En 1923, il publie, à compte d’auteur et sous le pseudonyme d’Eno Dailor, le premier numéro de la revue Bilboquet, une feuille composée d’une introduction et de deux poèmes :
1923 est l’année où Artaud ajoute le cinéma aux modes d’expression qu’il cultive (peinture, littérature, théâtre). Le , le cinéaste René Clair lance une vaste enquête dans la revue Théâtre et Comœdia illustré, car, selon lui, peu de cinéastes savent tirer parti de « l’appareil de prise de vue. ». Il se tourne alors vers des peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, en leur posant la double question : 1) « Quel genre de films aimez-vous ? », 2) « Quel genre de films aimeriez-vous que l’on créât ? ». Antonin Artaud répond qu’il aime le cinéma dans son ensemble car tout lui semble à créer, qu’il aime sa rapidité et le processus de redondance du cinématographe.. Il aura par la suite l’occasion de tourner avec un grand nombre de réalisateurs parmi lesquels Carl Dreyer, G.W Pabst, Abel Gance. Le cinéma lui apparaît
Le mois de est aussi celui de sa rupture avec Charles Dullin, au moment où l’Atelier crée Huon de Bordeaux mélodrame dans lequel Artaud a le rôle de Charlemagne. Mais il est en total désaccord avec le metteur en scène et l’auteur de la pièce sur la manière de jouer.. Le , le rôle est repris par un autre acteur : Ferréol (Marcel Achard). Interrogé par Jean Hort., Artaud aurait dit :
D'André de Lorde à Jacques Hébertot et à Pitoëff