La Syrmie (en serbe cyrillique : , en serbe latin : ; en ; en ou Szerém ; Sirmium en latin) est une région historique de l'Europe du Sud-Est qui s'étend entre le Danube et la Save sur l'États de Croatie et de la Serbie, du confluent du Danube avec la Drave jusqu'à son confluent avec la Save en face de Belgrade.
C'est en Syrmie que se trouve la Fruška gora, la seule montagne de Voïvodine, devenue aujourd'hui un parc national. On y trouve de nombreux monastères orthodoxes. Le nom de « Syrmie » vient du nom de la cité romaine de Sirmium, aujourd'hui nommée en serbe Сремска Митровица (Sremska Mitrovica), en croate Srijemska Mitrovica et en hongrois Szávaszentdemeter.
Régions voisines Avec la Slavonie à l'ouest, la frontière de la Syrmie est plus ou moins conventionnelle. Certains la voient dans une ligne Vukovar-Vinkovci-Županja. Les partisans d'une frontière naturelle avancent les rivières Bosut, Barica et Vuka. Le Danube sépare la Syrmie de la Bačka vers le nord. Plus à l'est, c'est du Banat au nord-est que le Danube sépare la Syrmie. Au sud-est, de l'autre côté de la Save, se trouve la Šumadija. Au sud, la Mačva se trouve de l'autre côté de la Save. Enfin au sud-ouest, c'est de la Semberija que la Save sépare la Syrmie.
Statut actuel
En 1945, la Commission Djilas divise la Syrmie en deux parties, suivant que les communes y étaient majoritairement peuplées de Croates ou de Serbes. Ce découpage explique que la ville croate d'Ilok, sur les bords du Danube, se retrouve au nord-est de la ville de Šid en Serbie.
À part cette exception, la Syrmie occidentale (Zapadni Srijem en croate) est aujourd'hui rattachée à la Croatie (plus précisément au Comitat de Vukovar et de Syrmie (en croate Srijemsko-vukovarska županija), qui comprend les municipalités d'Ilok, Vinkovci, Vukovar et Županja.
La Syrmie orientale appartient aujourd'hui à la Serbie.
La plus grande partie constitue le District de Syrmie (en serbe Srem okrug ou Sremski okrug - en cyrillique Срем округ ou Сремски округ) de la Province autonome de Voïvodine (Autonomna Pokrajina Vojvodina ou Аутономна Покрајина Војводина), rattachée à la Serbie. Ce district est constitué des municipalités de Šid (Шид), Sremska Mitrovica (Сремска Митровица), Stara Pazova (Стара Пазова), Inđija (Инђија), Irig (Ириг), Ruma (Рума), Pećinci (Пећинци).
En revanche, Sremski Karlovci (Сремски Карловси) est rattachée au district de Bačka méridionale (Бачка) méridionale en Voïvodine, et les municipalités de Surčin (en cyrillique Сурчин, en allemand Surtschin) et Zemun, (en cyrillique Земун, en allemand Semlin, en hongrois Zimonyi) avec Dobanovci (Добановци), de même que celle de Novi Beograd (Нови Београд), sont désormais rattachées au district de Belgrade (Beograd ou Београд en serbe), en république de Serbie au sens étroit.
Culture La Fruška gora (en Serbie) abrite 16 monastères orthodoxes serbes : Beočin, de date de fondation inconnue, mentionné pour la première fois dans des archives turques datant de 1566-1567. Bešenovo, fondé selon la légende par le roi Stefan Dragutin à la fin du , mentionné pour la première en 1545. Velika Remeta, dont la tradition attache sa fondation au roi Stefan Dragutin. Les documents historiques en attestent l'existence pour la première fois en 1562. Vrdnik-Ravanica, de date exacte de la fondation inconnue. Les archives indiquent que l'église fut construite au temps du métropolite Serafim, dans la seconde moitié du . Grgeteg, selon la tradition fondé par le despote Zmaj Ognjeni Vuk (Vuk Grgurević) en 1471. Son existence est attestée pour la première fois en 1545-1546. Divša, sans doute fondé par le despote Jovan Branković à la fin du . Il est mentionné pour la première fois dans la seconde moitié du . Jazak, fondé en 1736. Krušedol, fondé entre 1509 et 1516, par l'évêque Maksim (despote Đorđe Branković) et par sa mère Angelina. Kuveždin - La tradition attribue sa fondation à Stefan Štiljanović. La première mention avérée remonte à 1566-1569. Mala Remeta, fondé selon la tradition attribue par le roi Stefan Dragutin. Il est mentionné pour la première fois au milieu du . Novo Hopovo, construit selon la tradition par les despotes de la dynastie des Branković. La première mention fiable de cet établissement monastique date de 1641. Privina Glava, fondé selon la légende par un homme du nom de Priva, au . Les archives attestent son existence en 1566-1567. Petkovica, fondé selon la tradition par Jelena, la veuve de Stefan Štiljanović. Les archives attestent son existence en 1566-1567. Rakovac, fondé selon un document daté de 1541 par un certain Raka, courtisan du despote Jovan Branković. Le document précise qu'il fonda le monastère en 1498. Les archives attestent son existence en 1545-1546. Staro Hopovo, fondé selon la tradition par l'évêque Maksim (Đorđe Branković). Les archives attestent son existence en 1545-1546. Šišatovac, de fondation attribuée à des moines venus du monastère de Žiča. Il est attesté au milieu du .
Histoire Dans l'Empire romain, Sirmium était l'une des villes les plus importantes des Balkans, siège de la Province de Pannonie inférieure (Pannonia inferior en latin) et même, pendant un certain temps, résidence impériale sous Galère. Après la chute de l'Empire romain d'Occident, les Avars, les Serbes, les Proto-Bulgares et les Byzantins se disputèrent cette région fertile et bien arrosée. Au Byzance s'empara de la région, qui l'érigea en thème de Syrmie.
La Syrmie serbe
La Syrmie eut deux rois serbes pendant son existence en tant qu'État souverain. Stefan Dragutin ; .
La Syrmie ottomane
Aux et s, le roi de Hongrie reconquit la région et la conserva jusqu'en 1521, lorsque Belgrade tomba entre les mains de Soliman le Magnifique. En 1541 la Syrmie fut érigée en un sandjak (en graphie turque contemporaine sancak, région militaire) appelé « Sandjak du pont de Tağan » (Tağan geçidi) dépendant d'abord du pachalik (Paşalık) de Budin (actuelle Buda), ensuite de celui de Silistre. L'Empire ottoman la conserva jusqu'en 1699.
La Syrmie des Habsbourg Le traité de paix signé le à Karlowitz en Syrmie (en serbe Sremski Karlovci, en croate Srijemski Karlovci) donna cette région à la monarchie des Habsbourg, dont le souverain était alors l'empereur . Les Habsbourg étaient devenus rois de Hongrie en 1527 après la mort du roi à la bataille de Mohács en août 1526 ; quant aux droits historiques de la Hongrie sur la Croatie, ils provenaient de l'union personnelle dite Pacta Conventa conclue en 1102 qui faisait du roi de Hongrie le roi de Croatie, couronné séparément.
Cependant la Syrmie demeura largement en dehors de la vie politique croate: Léopold l'avait entièrement incluse dans sa Frontière militaire (en allemand Militärgrenze, en croate et en serbe Vojna krajina), zone tampon destinée à bloquer les raids des Ottomans et à retarder leurs invasions, dont le régime juridique particulier avait été fixé par les Statuta Valachorum de 1630. Léopold étendit celle-ci de la Slavonie occidentale où se trouvait la frontière en 1683, jusqu'en Transylvanie. Après le Traité de paix de Passarowitz de 1718 (Mir u Požarevcu en serbe), le pachalik de Belgrade y fut même inclus sous le nom de Nouvelle Serbie mais, après la défaite de son armée à Banja Luka en 1737 et sous pression de la France, Marie-Thérèse dut le rendre aux Ottomans par le Traité de Belgrade de 1739.
En face de Belgrade toujours tenue par les Ottomans de l'autre côté de la Save, la ville de Zemun redevint une ville-frontière et une ville de garnison. Elle l'était toujours lorsque la Serbie obtint progressivement son indépendance à partir de 1817. C'est de Zemun en Syrmie que partirent les premiers tirs d'artillerie contre la Serbie, qui commencèrent la Première Guerre mondiale.
La présence orthodoxe et serbe en Syrmie datait du Moyen Âge, se traduisait par de nombreux monastères notamment dans la Fruška gora. La conquête ottomane avait plutôt favorisé son développement, chassant les catholiques qui la défendaient, et traitant mieux les orthodoxes dont le sultan contrôlait la hiérarchie que les catholiques qui n'obéissent qu'à l'évêque de Rome.
Au cours de ses retraites, l'armée autrichienne avait emmené avec elle un certain nombre de réfugiés de l'Empire ottoman, principalement des Serbes, même si des Albanais catholiques s'installèrent à Hrtkovci après la défaite des Autrichiens à Kaçanik (Kosovo) en 1689 (les miliciens de Vojislav Šešelj les ont expulsés en 1990 ; ayant perdu au fil des siècles leur langue d'origine, leurs descendants s'étaient identifiés aux Croates).
Ces réfugiés serbes s'établirent en Hongrie et en Croatie, y développant leur présence religieuse, notamment avec un métropolite à Sremski Karlovci, qui devint le véritable siège de l'Église orthodoxe serbe lorsqu'en 1766 les Ottomans eurent supprimé le Patriarcat de Peć. Cette implantation fait même l'objet d'un mythe, celui de la « Grande Migration » de 1690, qui sert à asseoir les prétentions territoriales des Serbes tant sur le Kosovo que sur la Voïvodine : plus de serbes du Kosovo soit , à l'invitation de l'empereur , se seraient installées en Hongrie du sud à la suite de la retraite autrichienne de 1690 sous la direction de leur patriarche . Les documents historiques, dont le texte de Léopold, qui dit le contraire et une lettre du Patriarche lui-même qui ne mentionne que quelques milliers de réfugiés, réfutent ce scénario, qui à la réflexion n'est guère vraisemblable: le Sultan avait déclenché une répression féroce mais brève, commandant une fuite éperdue plutôt qu'un exode noblement organisé. Une fois calmé, il n'aurait jamais accepté que tant de ses sujets fassent défection. En outre, les terres reconquises de Hongrie-Croatie faisaient l'objet de prétentions territoriales rivales, et le souverain, qui de toutes façons entendait les distribuer à des nobles et à des ecclésiastiques, ne pouvait en disposer si facilement.
Le moine serbe Dositej Obradović, du monastère orthodoxe de Fruška gora en Syrmie orientale, fit le voyage de Vienne et d'autres métropoles occidentales dont Londres, illustrant le long développement d'une intelligentsia serbe sur les terres des Habsbourg à partir du , avec notamment le linguiste Vuk Stefanović Karadžić. C'est à Sremski Karlovci que fut fondé le premier Gymnasium (lycée) à l'usage des Serbes en 1791.
En 1745 la Syrmie fut érigée en province (Comitatus, le latin fut la langue officielle en Hongrie jusqu'en 1847) au sein de la Slavonie, alors dirigée comme un royaume distinct de la Croatie, au grand mécontentement des Croates pour qui elle faisait partie de leur territoire historique. En 1848 et 1849 la Syrmie fut même incluse dans ce qu'on a appelé la Voïvodine serbe (voïvodine veut dire duché en serbe), groupe de provinces hongroises du sud que les nationalistes serbes avaient proclamé autonome. De 1849 à 1860, alors que les Croates avaient soutenu les Habsbourg contre les nationalismes hongrois et serbe, la Syrmie fut même incluse dans une province distincte de la Hongrie appelée voïvodine de Serbie et du Banat.
Après 1860 la province de Syrmie fut rétablie et réintégrée à la Slavonie. En 1867, dans l'Accord austro-hongrois de 1867, la Slavonie fut incluse dans la Transleithanie, la partie du nouvel Empire austro-hongrois dirigée depuis Budapest. Dans le Compromis (Nagodba en croate) conclu en 1868 entre les Hongrois et les Croates, la Slavonie fut reconnue comme appartenant au royaume de Croatie-Slavonie, dirigé avec une certaine autonomie par un ban nommé par Budapest.
En 1881, après l'établissement en 1878 du protectorat austro-hongrois sur la Bosnie-Herzégovine, la frontière militaire fut supprimée et la Syrmie fut soumise au droit commun du royaume de Croatie-Slavonie.
La Syrmie dans la Première Yougoslavie