thumb|alt=VCHK/OGPU/KGB 10years - 1927|Insigne de l'OGPU commémorant le dixième anniversaire de la révolution d'Octobre.

La Guépéou (ou GPU, sigle en alphabet cyrillique) est la police d'État de l'Union soviétique entre 1922 et 1934. La GPU est constituée en à partir de la Tchéka (premier nom de la police politique soviétique), comme « commissariat de l'Union » dans la première constitution fédérale de 1922Michel Laran et Jean louis Van Regemorter, La Russie et l'ex-URSS de 1914 à nos jours, Paris, Armand Colin, 1999, .. En 1923, elle est scindée en deux entités : le NKVD et l’OGPU (l’Oguépéou).

L’OGPU est absorbée par le NKVD en 1934.

Dénomination et signification des acronymes Guépéou (ou GPU) est l’acronyme de (en russe : ; en français : direction politique d’État). Oguépéou (ou OGPU) est l'acronyme de : ; en français : direction politique unifiée d'État.

Formation et évolution La GPU est dirigée par Félix Dzerjinski du au .

À cette date, elle est divisée en deux organismes parallèles : le NKVD (commissariat du peuple aux Affaires intérieures) ; l'Oguépéou (OGPU, direction politique d’État unifiée), placée sous contrôle direct du Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom).

Du au , elle est dirigée par Viatcheslav Menjinski..

Le , l’Oguépéou est confiée à Guenrikh Iagoda, réunifiée au NKVD, et au sein de celui-ci, devient la GUGB (direction principale de la Sécurité d'État). Ses fonctions judiciaires lui sont alors retirées et la possibilité d'ordonner la peine de mort est restituée aux tribunaux ordinaires sous contrôle de la procurature.

Missions et activités L’OGPU a pour principale mission de coordonner les activités des GPU de toutes les républiques socialistes de l'Union. Les activités de l'OGPU sont avant tout, tout comme celles de la Tchéka, à visée défensive. Les dirigeants de la jeune Union soviétique sont persuadés depuis les premiers jours de la Révolution que l'Ouest, et notamment le Royaume-Uni, prépare secrètement la fin de la révolution depuis l'extérieur. Des interventions étrangères, y compris militaires et directes, ont en effet lieu pendant la guerre civile russe. Cela évolue ensuite en ce que divers opposants désignent comme une forme de paranoïa, notamment sous Staline. La lutte contre les ennemis de la Révolution, véritables ou déclarés comme tels, se mène également sur le territoire de l'Union soviétique.

Surveillance et répression intérieures En 1923, Félix Dzerjinski propose d'instaurer l'obligation de remettre toute information concernant des possibles « déviations » de membres du parti à la police politique. Il suscite alors une forte opposition des trotskistes.

Le , un décretTexte complet du décret du in A. I. Kokurin, N. V. Petrov, Lubianka, 1917- 1960 — Spravočnik (La Lubianka, 1917-1960 — Guide), Moscou, , 1997, . du Praesidium du Comité exécutif central de l’URSS est adopté. Ce texte permet aux Collèges spéciaux de l’OGPU d’exiler dans les régions les moins peuplées du pays ou d'enfermer dans un camp de concentration pour trois ans tout individu sur des critères larges tel que « socialement dangereux ».

La même année, l'OGPU démantèle deux grandes organisations de gardes blancs en Crimée et en Extrême-Orient soviétique.

Entre avril et , le Guépéou surveille et « démantèle le réseau » d'opposants trotskistes qui demandent une « démocratisation » du Comité central. Les agents du Guépéou encadrent et participent à la récolte forcée de 1929. La police politique met également en place la politique de « dékoulakisation » voulue par Staline à partir de cette date. Les critères de définition du koulak sont subjectifs et des chiffres sont d'ailleurs fixés par Moscou (entre 3 et 5 % des villages). Ces koulaks sont arrêtés, déportés ou fusillés. En 1930, les archives de l'OGPU recensent impliquant environ de paysans. Entre 1930 et 1932, sont déportés dans les villages de colonisation de Sibérie.

Renseignement extérieur et missions à l'étranger Les opérations extérieures des services secrets soviétiques sont gérées par le département étranger (INO) qui est placé sous le contrôle de la GPU le . Le poste de directeur de l'INO sera alors occupé par Mikhaïl Trissiler jusqu'en 1929. À partir de 1926, le chef de l'INO est le Directeur général adjoint de l'OGPU.

Dans les , les tchékistes à l'étranger travaillent dans des représentations diplomatiques et commerciales. Ils profitent de l'afflux de migrants d'Europe de l'Est et des conditions qui tolèrent le passage des frontières sans passeport pour se faire passer pour des réfugiés. Ces agents travaillant à l'étranger pour l'Union soviétique sont appelés « les grands illégaux », le plus célèbre d'entre eux étant peut-être Alexandrovitch Bystroletov qui opérait à l'étranger sous différents pseudonymes.

La Grande-Bretagne est l'« ennemi principal » de l'entre-deux-guerres. La sécurité des ambassades britanniques laisse à désirer jusqu'à la guerre. L'OGPU recrute ainsi des agents tels que Francesco Constantini et son frère Secondo en 1924, tous deux employés à l'ambassade, ou encore Ernest Oldham en 1929, employé au . Les codes fournis par Oldham permettent de recruter de nombreuses taupes, notamment au sein de la société britannique du chiffre de la Société des Nations à Genève.

Missions de désinformation Fin 1922, le directeur adjoint de la Guépéou Joseph Ounchlicht préconise de créer un service de désinformation pour tromper les agents étrangers arrivés sur le territoire depuis l'ouverture des frontières. En le desinformburo est créé. Des résidences sont créées dans les capitales européennes et en Asie et vont diriger plusieurs actions, comme l'opération « » qui vise à retrouver un ancien socialiste révolutionnaire, Boris Savinkov qui a quitté la Russie après avoir rejoint les Armées blanches pendant la guerre civile. Une autre opération, l'opération Trust, inventée par Artour Artouzov, vise à convaincre les monarchistes exilés de l'existence d'une organisation alliée : « l'association monarchiste de Russie centrale ».

Recherche en guerre bactériologique

L'armée rouge fut profondément impressionnée par les ravages causés par l'épidémie de typhus de 1918 à 1921. En 1928, le conseil révolutionnaire militaire prend un décret secret ordonnant la transformation du typhus en arme de champ de bataille. Le programme est alors placé sous l'égide de la Guépéou. Cette mainmise de la police secrète sur le programme biologique militaire durera jusqu'au début des . La première installation utilisée pour la recherche biologique militaire fut l'académie militaire de Leningrad. Rapidement, les chercheurs se tournent vers d'autres maladies : sur l'île de Solovetsky, dans l'Arctique, utilisée comme camp pour les détenus politiques, des scientifiques travaillent dès le milieu des sur le typhus ou la mononucléose infectieuse, c'est-à-dire sur des agents susceptibles d'entraver les capacités de troupes ennemies. Il est très probable que les prisonniers furent utilisés comme cobayes (après les cependant, le docteur Alibek déclare n'avoir lu aucun rapport tendant à prouver que des expérimentations humaines aient eu lieu). L'invasion allemande de 1941 conduisit le haut commandement à transférer ces installations à Kirov, à l'ouest de l'Oural.

La saisie des plans des installations de recherche biologiques japonaises, en , en Mandchourie, marque un tournant dans le programme soviétique. Dès 1946, un nouveau complexe biologique militaire est établi à Sverdlovsk, d'après les plans japonais. À la fin des , des sites de recherche, tournés vers tous les aspects de la guerre biologique (militaires, agricoles…) parsemaient l'ensemble du territoire de l'URSS..

Organisation Comparées aux structures des organes de répression des , les structures de l'OGPU des restent assez simples. Ses effectifs ont varié considérablement au cours de son existence, passant de au moment de sa création, à au moment où elle est rattachée au NKVD.

Structures administratives À la suite des réformes administratives de 1923. Pour l'organisation administrative de l'OGPU, voir en particulier les ., la structure de l'OGPU se stabilise en quatre grandes directions (), elles-mêmes divisées en plusieurs départements () : Direction administrative et organisationnelle () : forte d'un millier d'hommes, supervise le Département des prisons, le Département des liaisons, le Département sanitaire et le Département financier.

Direction économique () : un millier d'hommes. Lutte contre la criminalité financière et économique. Rattachée en 1925 à la Direction secrète et opérationnelle.

Direction secrète et opérationnelle () : environ . Regroupe huit départements : Département des transports : contrôle des réseaux stratégiques, surveillance des soviétiques Département secret : lutte contre les groupes « antisoviétiques » Département opérationnel : infiltration des milieux criminels, de droit commun ou politiques Département du contre-espionnage () et Département étranger () : surveillance des missions diplomatiques, des groupes émigrés, des étrangers Département spécial : surveillance des forces militaires soviétiques Département du contrôle politique : censure et contrôle du courrier Département de l'information : surveillance de l'opinion publique En , le Département de l'information fusionne avec le Département secret pour former le Département secret-politique. Direction des gardes-frontières et troupes spéciales () : supervise et des troupes spéciales ou « territoriales ».

Aux fonctionnaires civils et militaires s'ajoutent à et informateurs (qui peuvent être « titulaires » ou « résidents »), faiblement rémunérés, sur fonds secrets, et chargés d'infiltrer tous les milieux, en recrutant si nécessaire des indicateurs (). On peut estimer à plusieurs dizaines de milliers le nombre total d'informateurs de l'OGPU.

Structures géographiques Aux structures centrales, compétentes sur l'ensemble du territoire de l'URSS, s'ajoutent des divisions territoriales : , calquées sur les régions militaires : Moscou ( - MVO), Léningrad, Volga, Ouest (Biélorussie), Oural, Crimée, Ukraine, Sud-Est (Nord-Caucase), Transcaucasie, Sibérie, Turkestan, Kirghizie, Extrême-Orient. Chaque région est dirigée par une « représentation plénipotentiaire » (), installée dans une capitale régionale ; à l'échelon inférieur, des Départements provinciaux () ; enfin, des Départements de district (), unités de base de l'OGPU, surtout en milieu rural. Les effectifs de l'OGPU sont répartis en fonction de l'importance stratégique de chaque région et des risques de subversion. La MVO concentre le cinquième des effectifs civils, l'Ukraine le sixième. Mais le Département oriental (l'ensemble formé par les régions de Sibérie, Transcaucasie, Turkestan, Kirghizie et Extrême-Orient) compte pour le tiers des effectifs : dans ces régions vastes, peu peuplées et difficilement pacifiées, l'OGPU peine à établir son emprise et Conclusion du rapport RGASPI, , , , , cité par ..

Dans les arts et la culture populaire Louis Aragon a écrit des poèmes à la gloire du Guépéou dans le recueil Persécuté persécuteur. En 1929, dans le premier album de ses aventures, Tintin doit semer les hommes de la Guépéou alors qu'il entre en URSS afin de faire un reportage pour le compte du Petit Vingtième.

Références

Voir aussi Bibliographie . . . . Michel Laran et Jean louis Van Regemorter, La Russie et l'ex URSS de 1914 à nos jours, Armand Colin 1996.

Articles connexes Félix Dzerjinski Affaire de l'Académie KGB : Le Sabre et le Bouclier (film documentaire)

Liens externes

Nicolas Werth - L'OGPU en 1924 Nikita Petrov - Les transformations du personnel des organes de sécurité soviétiques, 1922-1953

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