Le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui), aussi appelé taille-vent ou fouquet, est une espèce d'oiseaux marins endémique de La Réunion, dans le sud-ouest de l'océan Indien. Il appartient à la famille des Procellariidae.
Bien que l'espèce fût connue depuis longtemps des populations locales, elle n'a été décrite par les scientifiques que dans les années 1960.
C'est de tous les pétrels du monde, celui qui niche le plus haut, entre et d'altitude.
Les colonies de nidification subissent une mortalité importante causée par les chats et les rats, prédateurs introduits sur l'île par l'Homme. Les oiseaux sont également très sensibles à la pollution lumineuse, qui perturbe notamment les jeunes lors du premier envol, pouvant ainsi se terminer tragiquement.
En raison de ces menaces, l'espèce figure depuis 1988 sur la liste rouge de l'UICN où elle est actuellement classée comme espèce en danger d'extinction Liste rouge de l'UICN : Pterodroma baraui (critères version 3.1, validation 2010). Elle est protégée intégralement par arrêté ministériel du .
Description
thumb|left|Sur ce jeune pétrel de Barau récupéré échoué sur un stade de football et sur le point d'être relâché en bord de mer, on observe bien la bande alaire noire et les pattes bicolores.|222x222px Le Pétrel de Barau est un oiseau de taille moyenne à l'allure élancée. Le corps atteint en général une longueur de pour une envergure de et un poids moyen adulte de . Il est à peine plus court que le Puffin du Pacifique (Puffinus pacificus) mais d'aspect un peu plus massif. Des quatre représentants nicheurs à La Réunion de la famille des Procellariidae, le Pétrel de Barau est donc l'un des deux plus grands.
Le plumage alterne des parties grises et des parties blanches. Le dessus de la tête et du cou est gris noirâtre, ainsi que les rémiges et les rectrices. Le dos et le dessus des ailes sont gris bleuté avec une bande plus sombre qui forme un "M" vu de dessus. Le front est blanc, le dessous du corps et des ailes est également blanc, sauf un liseré noir qui borde les ailes à l'arrière, à la pointe et barre l'intérieur en diagonale.
Le bec est noir, épais et court. Les pattes sont de couleur claire sauf l'extrémité des doigts qui est noire.
Les mâles et les femelles sont semblables, les juvéniles immatures ressemblent aux adultes avec parfois quelques restes de duvet sur la tête.
Histoire
La première mention du taille-vent est rapportée par Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent dans le récit de son exploration du piton de la Fournaise en 1801. Il n'a cependant l'opportunité d'observer que des charniers de têtes abandonnées par les chasseurs. Ses propos se contentent donc de rendre compte des habitudes de capture et de consommation, telles que les habitants les lui décrivent.
Il faudra attendre la deuxième partie du pour que les ornithologues réalisent qu'il s'agit là d'une espèce différente des autres oiseaux marins connus de La Réunion, unique et encore inconnue.
La première description scientifique est ainsi réalisée par Christian Jouanin sur un spécimen capturé vivant en 1963 sur une plage du nord de l'île. Elle est alors rapprochée de spécimens naturalisés du Muséum d'histoire naturelle de La Réunion faussement étiquetés “Pterodroma cooki”. Jouanin baptise d'abord cette nouvelle espèce Bulweria baraui. L'épithète baraui rend hommage à Charles-Armand Barau (1921-1989), un ingénieur agronome et homme politique, passionné d'ornithologie, correspondant local du Muséum national d'histoire naturelle.
On ignore cependant encore à ce moment-là où et comment se reproduisent les Pétrels de Barau. Ce n'est que lors de leur étude de terrain menée de fin 1987 à début 1989, que Vincent Bretagnolle et Carole Attié découvrent pour la première fois deux colonies de nidification de Pétrels de Barau.
On notera pour l'anecdote que les Polonais ont choisi comme nom normalisé pour cette espèce Petrel wulkaniczny Kompletna lista ptaków świata : Procellariiformes Fürbringer, 1888 (version du 31 octobre 2010), que l'on peut traduire par “Pétrel des volcans”, appellation pertinente pour La Réunion qui avait été initialement proposée par Bernardin de Saint-Pierre pour Pterodroma hasitata, l'espèce homologue des Antilles.
Comportement
Les Pétrels de Barau sont des oiseaux océaniques migrateurs. Les adultes quittent l'île de La Réunion et ses abords en mars-avril, la saison de reproduction étant terminée, pour se disperser loin vers le nord et surtout l'est de l'océan Indien.
Les adultes reviennent vers leur île natale chaque année à partir de septembre pour se reproduire. Pendant la période de nidification, l'espèce fréquente alors un secteur océanique de pêche plus proche de La Réunion mais s'étendant néanmoins jusqu'à des côtes réunionnaises dans le sud du bassin des Mascareignes et de Madagascar.
En cette saison, il est alors fréquent d'observer des individus ou des groupes qui survolent le littoral ouest en fin de journée avant de rejoindre leurs terriers dans les hauteurs du massif du Piton des Neiges. Ils empruntent les couloirs des rivières ou des grandes ravines, principalement celui de la Rivière Saint-Étienne et celui de la rivière des Galets, et profitent des courants ascendants chauds pour gagner de l'altitude selon une trajectoire spiralée. Lorsque environ après avoir passé les plages, ils parviennent aux colonies vers d'altitude en fonçant le long des parois, ils s'immobilisent brutalement au-dessus de la végétation et se laissent tomber dans les broussailles pour finir d'accéder à leurs nids en marchant maladroitement.
thumb|alt=Vue depuis le cirque de Mafate des hautes falaises du Gros Morne avec ses gradins plus ou moins couverts de végétation|Les replats et les parties boisées des falaises du Gros Morne abritent des zones de nidification des Pétrels de Barau.|363x363px Les nids sont généralement creusés dans un sol riche en humus sous la végétation dense arbustive de petits plateaux accrochés aux falaises sous les hauts sommets. L'entrée des terriers mesure environ 10 à de haut et de large. Ils sont profonds en moyenne de à , mais peuvent atteindre jusqu'à . Au bout se trouve une chambre d'incubation d'un diamètre de . Dans les colonies des zones de plateau, la densité peut atteindre . On trouve aussi des terriers, plus rares et plus épars, en zone de falaise ou de crête, où la végétation est moins fournie. Il arrive exceptionnellement que certains nids soient simplement établis à l'abri des rochers sans avoir été creusés.
La femelle, comme chez tous les Pterodroma, ne pond qu'un seul œuf par saison. Celui-ci est couvé par chacun des parents par périodes alternées d'au moins cinq jours. On ne connaît pas encore avec certitude les dates de ponte et d'éclosion. On suppose par comparaison avec des espèces voisines que le poussin éclot au début de janvier après une cinquantaine de jours d'incubation. L'envol des jeunes survient entre début avril et mi-mai.
La technique de décollage des Pétrels de Barau est très particulière. En quittant leur terrier, les oiseaux se laissent rouler dans la pente pour atteindre la falaise d'où ils peuvent s'envoler. Les jeunes se laissent même tomber dans le vide un instant avant de battre des ailes.
Les Pétrels de Barau n'émettent de cris que lorsqu'ils sont en vol au-dessus des terres, le plus souvent en situation de poursuite ou au-dessus des sites de nidification. En mer ou au nid, ils restent silencieux.
En mer, le nom créole de taille-vent n'est pas usurpé car le Pétrel de Barau a un vol caractéristique très vif. Il rase le sommet des vagues, et brusquement, comme on donnerait un coup de couteau, remonte de 10 à en position perpendiculaire à la mer et redescend ensuite aussi brusquement.
Il se nourrit de calmars, notamment Sthenoteuthis oualaniensis, et de poissons d'une dizaine de centimètres de longueur. En plein océan il est souvent solitaire mais peut aussi s'intégrer à des troupes regroupant plusieurs espèces d'oiseaux.
Les Pétrels de Barau seraient adultes à et pourraient vivre plus de .
D'une manière générale, la connaissance récente de cette espèce, la difficulté d'accès à ses zones de reproduction, ses mœurs nocturnes et sa dispersion océanique font qu'il reste beaucoup à apprendre à son sujet. La pose en de balises Argos de moins de sur le dos de jeunes Pétrels de Barau devrait en particulier ouvrir la voie à de nouvelles découvertesParc national de La Réunion : Une première mondiale : pose de balises ARGOS sur des jeunes pétrels de Barau.
Population et répartition géographique
Les incertitudes sur les hypothèses de calcul de la population sont encore nombreuses et ne permettent pas de donner de valeurs précises. Le nombre de couples serait compris entre selon l'estimation la plus restrictive et dans l'évaluation la plus large, ce qui avec les juvéniles représenterait un effectif total de à individus.
Les Pétrels de Barau ne se reproduisent de nos jours qu'à La Réunion. Un nid a cependant été observé en 1974 sur l'île Rodrigues, des os trouvés à l'île Amsterdam pourraient appartenir à cette espèce et indiquer une nidification ancienne, enfin des individus ont été observés en prospection dans une vallée de l'île Maurice.
À la Réunion, les colonies de nidification se situent à haute altitude près du Piton des Neiges, du Gros Morne ou du Grand Bénare.
Menaces thumb|Pétrel de Barau naturalisé au Muséum d'histoire naturelle de La Réunion.|320x320px Puisque les têtes de «taille-vent» dont parle Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent en 1801 qui jonchaient les abords de la caverne de Cotte correspondent bien à celles de Pétrels de Barau comme le confirment les relevés faits en 1964Observations de 1964 à la caverne de Cotte de Jouanin, Storer et Gill (Jouanin & Gill, 1967) cité dans , alors historiquement la capture à des fins alimentaires de ces oiseaux, que l'on préparait au sel pour les consommer comme des harengs saurs, a eu un impact très important sur les populations et aurait fait disparaître les colonies du massif du Piton de la Fournaise. Mais actuellement, même si des cas de braconnage au fusil ont fait scandale dans les années 1990 ou si quelques oiseaux tombés sont peut-être ramassés pour être mangés, ce type de menace est devenu marginal.
De nos jours, le principal péril sur les lieux de nidification pour cet oiseau endémique est la prédation par les chats harets. Ces petits félins, issus des chats domestiques abandonnés, qui s'attaquent aux adultes comme aux jeunes sont en effet les ravageurs les plus destructeurs de Pétrels de Barau et les plus dangereux pour la survie de l'espèce. Les indices d'une situation de déclin des effectifs de Pétrels de Barau sont déjà manifestes et les modélisations, y compris les moins pessimistes, concluent à la disparition en quelques dizaines d'années des colonies de pétrels si des chats, même en faible nombre, continuent à venir s'en nourrir. Une étude publiée en 2009 a montré que le régime alimentaire des chats errants dans le secteur des sites de nidification était constitué principalement (60 %) de Pétrels de Barau. La quantification de cet impact montre qu'un seul chat peut tuer jusqu'à 90 pétrels par saison de reproduction. Si on imagine une population de 10 chats dans les zones de nidification, ce serait alors plus de 900 pétrels attaqués et consommés chaque année. Les rats sont également des prédateurs au nid des jeunes et des œufs.