Le judaïsme orthodoxe est la mouvance juive qui recouvre les croyances et pratiques des juifs préférant des changements minimaux aux interprétations halakhiques – établies au cours des siècles – de la loi écrite et de la loi orale (Torah SheBe'al Pe), transmises à Moïse au mont Sinaï.

Il considère ses conceptions religieuses et le mode de vie qu'il promeut comme authenticité, et rejette certaines traditions interprétatives des autres courants, perçus comme éloignés d'un « judaïsme originel » auquel lui se rapporterait..

Le judaïsme orthodoxe se base sur la fidélité à une chaîne de transmission de la Halakha centrée sur la croyance en une ligne traçable directe remontant à Moïse suivie par les rédacteurs du Talmud et les commentateurs ultérieurs. Les tenants de cette conception ne considèrent comme juif orthodoxe que la personne qui adopte une conduite visible suivant le corpus des règles établies par la tradition orale, le Talmud et la Halakha.

La Halakha a été codifiée dans des codes de lois faisant autorité pour les générations futures. Le corpus orthodoxe comprend non exhaustivement le Rambam (Maïmonide) qui écrivit un code de Lois appelé Michné Torah, qui fut, avec les œuvres du Roch (Rabbénou Acher) et du Rif (Rabbi Itzhak Elfassi), un des piliers du Choulkhan Aroukh. Le Choulkhan Aroukh, écrit par Rabbi Yosef Caro au , marque pour le judaisme orthodoxe un jalon définis comme difficilement dépassable dans l'élaboration de la halakha. En effet, après le Choulkhan Aroukh, le judaisme orthodoxe considère difficile de continuer la prise de décisions et l'enrichissement d'interprétation du corpus car il est vu comme une des synthèses ultimes en matière de halakha. Difficile ne veut pas dire impossible : il existe de nombreux cas dans lesquels des maîtres de la Tradition juive (Gaon de Vilna, Hafets Haim) ont tranché différemment du Choulkhan Aroukh et restent suivis par l'orthodoxie.

Le judaïsme orthodoxe met l'accent sur l'adhésion à la Torah à la Halakha (la Loi) et au respect des traditions établies avant la Haskala (lumières juives). Un juif orthodoxe s'attache à cette chaîne de transmission de la halakha culminant au Choulkhan Aroukh, à la différence du mouvement libéral (qui ne retiens pas la plupart des pratiques halakhiques rituelles comme obligatoire ou normatives dans la construction de son mouvement) et des Massorti (qui reconnaît l’autorité de la Halakha tout en autorisant la continuation de son interprétation, y compris post-choulkhan aroukh, à partir des sources talmudiques et de la tradition rabbinique, afin d’adapter la pratique à ce qu'il perçoit comme les besoins des juifs.). Le mouvement orthodoxe considère souvent comme infondées les décisions prises par d'autres courants, les conversions au judaïsme que ceux-ci réalisent et l'ordinations de certains rabbins, en particulier si ces derniers ne sont pas des hommes hétérosexuels.

Si le respect dû à la Halakha est primordial pour les orthodoxes, le monde juif orthodoxe est varié, et porte des points de vus divers en fonction de l'importance donnée à la vie communautaire, aux études profanes et religieuses ou à l'importance de la terre d'Israël. Les Hassidim, les sionistes-religieux, les Juifs orthodoxes modernes aux États-Unis ou les Haredim en Israël sont autant de mouvances au sein de l'orthodoxie. . Ceux-là préfèrent être nommés Haredi.

Origines de l'orthodoxie juive

Au vivait en Allemagne une importante population juive tenue à l'écart de la société chrétienne par les restrictions légales dues à l'intolérance religieuse. L'apparition, particulièrement avec le gouvernement de Bismarck, de réformes tendant à diminuer le pouvoir des Églises et à émanciper les Juifs, entraîna en leur sein la création d'un nouveau mouvement voulant concilier identité juive et émancipation totale du Juif au sein de la société : il s'agit du judaïsme réformé. Le judaïsme traditionnel, tel qu'il continuait d'être vécu en Pologne, en Russie ou même en Afrique du Nord a été appelé à partir de cette date « judaïsme orthodoxe ».

Certains accueillirent avec joie la possibilité de faire partie en tant que Juifs de la société et préconisèrent des modes de vie proches de ceux des non-juifs, tout en pratiquant leur religion en privé, idéal exprimé par : . Certains adoptèrent également des attitudes théologiques divergentes de celles des communautés traditionnelles : conception de la halakha comme intrinsèquement dynamique, susceptible de nouvelles interprétations répondant aux nouveaux contextes socioculturels dans le mouvement Massorti, ou même opinion que la loi juive n'était pas automatiquement contraignante et que seuls les Mitzvot (commandements) moraux étaient obligatoires, et non les rituels comme dans le mouvement libéraux réformé).

D'autres, au contraire, considérant que l'émancipation devait être gérée avec la plus grande prudence afin de ne pas perdre la substantifique moëlle de leur religion, réagirent en appelant leurs coreligionnaires à conserver leurs conceptions religieuses et à ne pas céder aux sirènes de la modernité. Le leader de cette position fut le rabbin Samson Raphael Hirsch qui préconisait le respect des Mitzvot (commandements), l'étude de la Torah et du Talmud, associés à l'étude de l'histoire et de la philosophie moderne et un degré limité de relations avec le monde extérieur. Ce courant, dit néo-orthodoxe ou de l'École de Francfort engendra ce qu'on appelle souvent aujourd'hui « l'orthodoxie moderne ». Ce courant participa à la création du parti Agoudat Israel, avant de s'en éloigner entre les deux guerres mondiales. Il s'est depuis assez largement rallié au sionisme.

En dehors même de l'Allemagne, ce débat entre tradition religieuse juive et modernité eut lieu également avec quelques différences. Ainsi, l'intégration dans les sociétés de la zone de résidence, aux confins de la Pologne et de la Russie, était-elle difficile : l'aversion anti-juive y était puissante. Les intégrationnistes décidèrent donc de participer à changer ces sociétés en s'engageant dans les oppositions politiques locales (en particulier de gauche). Ceux qui souhaitaient la modernisation de la société juive et qui ne croyaient pas à l'assimilation choisirent le nationalisme juif à travers le Bund ou le sionisme. Ces deux attitudes, intégrationniste et nationaliste, allaient en général de pair avec un rejet de tout ou partie des coutumes et des pratiques religieuses traditionnelles. Les traditionalistes (orthodoxes) considéraient que ce rejet était une révolte contre Dieu.

Le judaïsme traditionnel, appelé « orthodoxe » dans le monde ashkénaze, déjà morcelé au , a continué d'évoluer avec certaines différences régionales. Il s'est fragmenté en deux grands ensembles (eux-mêmes composites). Ceux qui refusent toute intégration aux sociétés laïques (même juive en Israël) sont appelés les Haredim, ou Ultra-Orthodoxes. Ceux qui l'acceptent, tout en restant partisans d'une stricte application des lois juives, sont simplement appelés les Orthodoxes. Eux-mêmes ne sont pas homogènes : avec l'apparition d'un sionisme religieux orthodoxe (Mizrahi) ; aux États-Unis s'est développé un courant orthodoxe moderne dont l'approche conciliant tradition et ouverture au monde est une idéologie ; d’une façon moins structurée, beaucoup de Juifs tiennent à rester strictement pratiquants sans se couper du monde moderne ; on peut situer ici le judaïsme français.

Le Judaisme Orthodoxe en contexte Français

Origines historiques L’orthodoxie juive en France s’est structurée avec la création du Consistoire central israélite par Napoléon Ier en 1808 à la suite la suite de la convocation de l’Assemblée des notables (1806) du Grand Sanhédrin de 1807.

Cette institution avait pour objectif d’organiser le culte juif, de représenter les communautés auprès de l’État et de favoriser l’intégration des Juifs dans la société française, dans le cadre du processus d’émancipation initié par la Révolution française.

Le système consistorial s’inscrivait dans une logique concordataire visant à encadrer les cultes reconnus. Inspiré, dans son organisation administrative, du modèle institutionnel chrétien, il reposait sur :

une centralisation du culte ; l’autorité du rabbinat, incarnée notamment par le Grand Rabbin de France ; l’adhésion à la Halakha comme norme religieuse de référence.

Ce modèle donna naissance au fil de son existence (il était au début perçu comme trop moderne, libéral ou réformateur) à une forme spécifique d’orthodoxie, souvent qualifiée d’orthodoxie consistoriale, caractérisée par son attachement à la tradition rabbinique de ses premiers représentants et son intégration dans le cadre républicain et laïque français.

Contrairement à l’Allemagne et aux États-Unis, où les mouvements réformé et conservateur se développèrent de manière autonome au XIXᵉ siècle, la France conserve encore aujourd'hui un modèle centralisé et relativement unitaire.

Transformations sociologiques contemporaines

L’impact des migrations nord-africaines L’arrivée massive des Juifs d’Afrique du Nord entre les années 1950 et 1970 a profondément remodelé le judaïsme français qui avait perdu lors de la Shoah une grande partie de sa population ashkénaze. Ce phénomène migratoire a renforcé l’attachement à certaines pratiques traditionnelles et consolidé la centralité de l’orthodoxie du consistoire, de plus en plus sépharade.

Diversification interne Le paysage orthodoxe français comprend aujourd’hui plusieurs sensibilités :

l’orthodoxie consistoriale ; le courant haredi, influencé par le modèle israélien ; les mouvements hassidiques, en particulier Habad-Loubavitch ; une orthodoxie moderne influencée par les modèles anglo-saxons et israéliens.

Enjeux de reconnaissances et de définitions Dans le contexte français, l’affiliation à l’orthodoxie consistoriale revêt souvent une dimension à la fois identitaire et institutionnelle. Certains fidèles se reconnaissent dans ce cadre sans en observer l’ensemble des prescriptions halakhiques, en raison du rôle du Consistoire dans l’organisation du culte et la reconnaissance du statut personnel. Cette affiliation répond notamment au souhait de pouvoir contracter un mariage religieux perçu comme le seul officiel permettant d’identifier les enfants issus de l'union comme juif par les autorités rabbiniques consistoriales. Cette reconnaissance exclusive par le consistoire n'est en réalité perçue que dans le cadre historiquement institutionnel français, y compris du point de vue des instances de l’orthodoxie mondiale non française. Héritier de l’organisation concordataire instaurée sous Napoléon Ier, le Consistoire conserve auprès des français une aura de légitimité historique qui lui confère une forme d’autorité normative au sein du judaïsme français.

Ce modèle suscite des appréciations contrastées : pour les uns, il incarne un particularisme français riche et structurant ; pour les autres, il présente des limites quant à son adéquation avec les cadres épistémologiques traditionnels du judaïsme et à son ouverture au pluralisme du judaïsme français. À titre de comparaison, le Royaume-Uni se caractérise par un dialogue plus institutionnalisé entre les différentes mouvances du judaïsme, illustrant un pluralisme intrareligieux plus structuré et permettant notamment la mise en commun de ressources dans le cadre d’initiatives sociales et de cohésion communautaire à l’échelle nationale.

Les ultra-orthodoxes ou Haredim vignette|Deux Juifs orthodoxes dans la vieille ville de Jérusalem (2013) Parmi l'orthodoxie religieuse juive se sont progressivement distinguées deux branches : les orthodoxes et les ultra-orthodoxes.