vignette|Livre désherbé de Pologne Le désherbage (ou élagage) est le fait de retirer, puis d'éliminer définitivement les documents d’une collection documentaire. Cette phase assure une évaluation continuelle des documents disponibles dans un milieu documentaire comme les bibliothèques, les centres de documentation et les centres d'archives. Le désherbage représente la dernière étape d’une politique de développement des collections.
La responsabilité du désherbage relève des employés des sciences de l’information comme les techniciens en documentation, les archivistes ou les bibliothécaires.
La notion de désherbage est empruntée au vocabulaire horticole pour montrer que le fonds d’une bibliothèque ressemble à un écosystème vivant qui nécessite un entretien régulier.
Objectifs de l'opération Le désherbage assure le respect des critères de la politique de développement des collections. Il s'appuie selon les objectifs et la mission de l’organisation et les intérêts de la communauté desservie. Elle est destinée à mettre en valeur les collections disponibles et à offrir des ressources constamment actualisées aux usagers des bibliothèques.
Dans ce but, le désherbage s'avère être la solution incontournable pour les bibliothèques de lecture publique et les bibliothèques universitaires, confrontées à des problèmes récurrents de réorganisation, d'encombrement ou d'impossibilité d'extension.
Selon le dictionnaire de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques en France, l’opération de désherbage permet de répondre aux objectifs suivants :
Gagner de l’espace et/ou de l’argent, équilibrer les collections Proposer des collections attractives et donner une bonne image de la bibliothèque Lutter contre l’obsolescence des documents et augmenter la fiabilité de l’information proposée au public
Gagner de l’espace et/ou de l’argent Idéalement, les étagères dans les bibliothèques devraient être de 75 à 85 % pleines. Cela rend les articles beaucoup plus faciles à parcourir et à ranger sur les étagères. Avec le désherbage, l’espace est libéré pour les nouveaux documents.
Le désherbage permet aussi de gagner du temps et de l’argent. Les ouvrages en bibliothèque demandent un entretien régulier avec des opérations réalisées en amont du prêt, telles que le nettoyage et la restauration. Le désherbage d’ouvrages obsolètes permet de minimiser ces opérations et, par le fait même, de réduire les coûts.
Proposer des collections plus attractives Le désherbage améliore visuellement la collection. Les ouvrages neufs stimulent l’envie d’emprunter, à l’inverse des ouvrages abîmés et sales. Offrir une plus petite collection, mais plus attractive, permet d’augmenter les prêts en bibliothèque.
Lutter contre l’obsolescence des documents Le désherbage augmente la qualité et la pertinence de l’information proposée au public en éliminant l’information obsolète. Les ouvrages récents offrent de l’information plus actualisée.
De plus, le désherbage permet de mieux répondre aux besoins des utilisateurs. Il permet d’éliminer les ouvrages qui ne rejoignent pas le public (absence d’emprunt) pour plutôt mettre en valeur ceux qui sont davantage prêtés. Pour s’assurer que le désherbage répond réellement aux besoins des utilisateurs, plusieurs auteurs soutiennent que le désherbage devrait être un processus continu plutôt qu’une opération seulement réalisée à des moments critiques. Johnson (2016), Lanzty, Mantlin et Opdahl (2020) démontrent qu’un désherbage en continu permet de mieux mettre en valeur les collections et de mieux évaluer en quasi permanence si les collections répondent aux besoins des utilisateurs, et ce, plus rapidement.
Historique
Dans la littérature professionnelle, la notion apparaît au siècle aux États-Unis. Il reste que les bibliothécaires étaient préoccupés par le désherbage bien avant le siècle. Notamment, en 1689, Pierre Desmarais, le quatrième bibliothécaire du collège Mazarin, était autorisé à se départir des livres doubles.
États-Unis La notion de désherbage est un décalque de l'américain . Les bibliothécaires américains ont en effet mis en pratique le désherbage de leurs collections et théorisé l'opération bien avant leurs collègues français. La première mention du désherbage remonte à 1902. Dans son article publié en 1902 dans la revue Library Journal, The division of a library into books in use and books not in use, with different storage methods for the two classes of books, le président de Harvard C.W. Eliot invite les professionnels à sélectionner rigoureusement leurs acquisitions et à éliminer les ouvrages non utilisés. Cette première mention trouvera écho des années plus tard avec la publication du premier manuel de désherbage paru en 1940, intitulé Weeding the library : suggestions for the guidance of librarians in small librairies.
Dans son article « Policies and Practices in Discarding » publié en 1956 dans la revue Library Trends, Howard F. McGaw affirme que les milieux documentaires disposeront de beaucoup de temps avant de faire face à un problème d'accumulation de documents et de manque d'espace, mais que ce moment sera révolu. Il aborde également l'importance de la spécialisation du personnel des sciences de l'information dans le processus d'élimination des collections.
À cette époque, la bibliothèque universitaire de Yale cumule plus de 4 millions d’ouvrages et la bibliothèque universitaire de Harvard plus de 6 millions. Que l’on considère l’ajout de nouveaux bâtiments, l’extension du mobilier et l’installation d’espaces de stockage, ces solutions retardent l’inévitable évaluation et désherbage de la collection.
Angleterre Ce n’est qu’en 1960 que les bibliothécaires anglais se penchent réellement sur la question du désherbage. Stanley Slote propose une première méthode pour constituer la meilleure collection possible selon le temps durant lequel les ouvrages restent non empruntés. Dans les années 1970, différentes études anglo-saxonnes ciblent les aspects financiers de la pratique du désherbage. Elles s’intéressent particulièrement aux stocks et à la gestion automatisée. Par exemple, le rapport Atkinson fournit le modèle de « bibliothèque auto-renouvelante » qui se base sur le principe d’élimination égale au taux d’acquisition. Les documents sont d’abord stockés en magasin, puis acheminés ailleurs. Or, beaucoup se sont opposés à ce principe dû au manque de surface de stockage et aux coûts engendrés. En 1976, le rapport est d’ailleurs rejeté par la . En 1978, A. W. McClellan fonde un principe de contrôle rigoureux des stocks. Afin de connaître la proportion d’ouvrages à retirer, il calcule le volume optimal de stockage à avoir.
France Avant que le désherbage soit une pratique légitime en France, plusieurs bibliothécaires signalent les problèmes liés à l’accumulation des documents, dont Paul Otlet et Eugène Morel. L’acceptation du désherbage se met alors lentement en place. Quelques tentatives d’insertion de la notion se font dans des manuels, comme le Manuel pratique du bibliothécaire par Léo Crozet (1937) et le Petit guide du bibliothécaire par Charles-Henri Bach et Yvonne Oddon (1952). Mais ce n’est que dans les années 1970 que la notion de désherbage sera adoptée, grâce à Noë Richter.
Le terme émerge officiellement en 1975, lorsque la Direction des bibliothèques de lecture publique commande à Noë Richter une recherche sur l'élimination des documents, thème repris par l'ABF lors de son colloque annuel en 1978. Les bibliothécaires de la Bibliothèque publique d'information, ouverte en 1977, ont joué un rôle clef dans la réflexion sur le désherbage. Pionnière du libre accès et ne possédant pas de réserve, la Bpi devait nécessairement éliminer certains documents pour pouvoir faire de la place aux nouvelles acquisitionsFrançoise Gaudet et Claudine Lieber, Désherber en bibliothèque : manuel pratique de révision des collections, Cercle de la Librairie, 1996, p 14-15 et p 36-37.
Dans les années 1980 et 1990, la pratique du désherbage s'est généralisée dans toutes les bibliothèques n'ayant pas de mission de conservation. La réflexion sur le sujet a également progressé, avec la publication de plusieurs ouvrages et d'articles dans les revues professionnelles (voir bibliographie).
Quelques critères
Dans une perspective de réduction de la masse documentaire et de renouvellement des collections par de l’acquisition, les employés de bibliothèques vérifient périodiquement l’état de la documentation physique. Cette analyse assure l’exactitude, la pertinence, l’actualité, l’utilisation, la diversité ainsi que les lacunes documentaires et thématiques de la collection. Ultimement, le désherbage contribue à une collection documentaire de qualité qui répond aux besoins actuels et anticipés de la communauté.
La politique d’évaluation est propre à chaque milieu documentaire. Selon la mission et les publics qu’elle dessert, les critères de désherbage varient. De surcroît, elle stipule dans ses critères les exclusions applicables et qui ne font pas l’objet d’un examen de désherbage ; par exemple, les auteurs dans la communauté, les livres rares, etc. Afin que les employés des sciences de l’information puissent procéder à l’évaluation de la collection, ces derniers prennent des décisions en fonction de la politique interne de gestion des collections, de la disponibilité de ressources documentaires récents et des mises-à-jour, les statistiques de circulation et l’utilisation de la documentation.
Critères d'évaluation Les critères de désherbage s’opérationnalise parmi les critères d’évaluation suivants :
Peu ou pas d’emprunts d’un exemplaire depuis un certain nombre d’années Contenu désuet Condition physique du document (endommagé, usure, propreté) Technologie du support périmée Série incomplète, volumes manquants Doublons, exemplaires excédentaires Parution d’une nouvelle édition Crédibilité de l’auteur Ouvrage disponible en libre accès (gratuitement sur le web) Présence de stéréotypes discriminatoires (sexistes, racistes, ethniques, religieux, culturels, sociaux, physiques, etc.).
Le contenu intellectuel et la qualité du document Lors du désherbage, il faut observer la qualité de l’information dans le document que l’on évalue. Si ce dernier présente des éléments erronés en raison, entre autres, parce qu'il n'est plus d'actualité, il faut envisager de l’enlever de la collection. De plus, effectuer un désherbage sur des critères qualitatifs permet de s’assurer d’avoir des collections cohérentes et pertinentes, ainsi que de vérifier si les données contenues dans le document sont périmées ou non.
L'état du document Vérifier l’état des documents d’une collection permet de retirer ceux qui sont endommagés ou fragilisés. Il faut vérifier l’apparence globale du document, si ce dernier semble défraîchi ou démodé. Avant de retirer le document sélectionné, il faut se demander s’il est possible de le réparer, de le rafraîchir, et le coût probable pour en améliorer l’état.
En raison de leur contenu éphémère et de leur disponibilité en version électronique, les journaux et les périodiques physiques, quant à eux, sont généralement élagués annuellement.
Les méthodes de revalorisation d'un document désherbé sont multiples. Ils peuvent être: conservés dans des bibliothèques de dépôt ou des réserves centrales échangés avec d'autres bibliothèques donnés à des associations tel que bibliothèques sans frontières ou Cultures à partager (au Québec) vendus à prix modiques par la mise en place d'une vente de livres en continu ou une vente de livres annuelle pilonnés ou recyclés lorsqu'un document est en piteux état. Dans le cas où un document retiré de la collection est souhaité par un utilisateur des services, les employés des sciences de l’information peuvent considérer le prêt-entre-bibliothèques ou la disponibilité en version numérique dans des bases de données.
Liberté intellectuelle et censure