thumb| : affiche de la CDU en Allemagne de l'Ouest (1953).
Le terme d'anticommunisme (aussi écrit anti-communisme) englobe, au sens large, l'ensemble des attitudes d'opposition ou d'hostilité envers les aspects théoriques ou pratiques du communisme : l'anticommunisme peut se traduire sous forme de simple prise de position, de discours politique structuré, d'action ou de propagande.
Son sens est cependant différent en fonction de celui du « communisme », mot qui recouvre lui-même un ensemble de réalités très diversifiées en fonction des contextes sociaux, culturels et politiques. Les facteurs distinguant les différents types d'anticommunisme sont notamment la forme de communisme explicitement critiquée ou combattue, et les motivations qui poussent à s'y opposer.
Le terme « anticommunisme » est employé, selon les époques et les contextes, pour qualifier l'opposition aux théories marxistes ou communistes elles-mêmes, ou aux mouvances et partis politiques s'en réclamant, ou bien à la pratique politique des régimes communistes. Ainsi, dans l'entre-deux-guerres, pendant les grandes purges et la guerre froide, le terme d'« anticommunisme » a été très largement utilisé par les médias soviétiques, des pays satellites et des du Komintern pour qualifier les critiques et les opposants du stalinisme, que ces derniers aient été ou non anticommunistes au sens strictJean-Jacques Becker, avant-propos du dossier Aspects de l'anti-communisme, revue Communisme , L'Âge d'homme, janvier 2001, p. 3-10.
Apparu au en tant que concept, l'anticommunisme s’est largement développé au cours du , à la suite de la prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie en octobre 1917, puis à la création de l’URSS : il s’est alors identifié, pour l'essentiel, à l'opposition aux régimes communistes et aux partis communistes d'inspiration léniniste et stalinienne. Au cours des années 1930, l'anticommunisme a été, avec l'antisémitisme, l'une des politiques mises de l'avant par l'Allemagne nazie. Après la Seconde Guerre mondiale, l’anticommunisme devient un élément majeur de la politique étrangère et intérieure des États-Unis, opposés à l'URSS dans le contexte de la guerre froide.
Définitions et fondements
Le terme d'anticommunisme recouvre un ensemble extrêmement divers d'attitudes politiques, dont les motivations varient largement en fonction des milieux politiques et des groupes sociaux concernés. Les oppositions au communisme théorique - c'est-à-dire au concept d'une société sans propriété privée - apparaissent dès le ; ils se retrouvent aussi bien chez les conservateurs ou chez les partisans du capitalisme alors en plein développement que chez les socialistes, qui redoutent le caractère niveleur ou les dérives autoritaires d'un tel type de société.
Au , le communisme devient une réalité politique concrète, dont l'influence s'étend à l'échelle mondiale. Un nombre important de formes d'anticommunismes se développent alors, la diversité même de l'anticommunisme en tant qu'objet historique rendant son étude difficile. Le terme d'anticommunisme désigne en effet non plus uniquement l'opposition théorique à l'abolition de la propriété privée, mais les multiples formes d'opposition à la réalité politique connue sous le nom de communisme, que cette attitude implique ou non une hostilité de principe au sens originel du mot. La difficulté à donner une définition unique de la notion d'anticommunisme découle également de son emploi dans des contextes polémiques.
L'historien Jean-Jacques Becker distingue plusieurs types d'anticommunismes, certains pouvant adopter des formes très diverses :
Tout d'abord un anticommunisme , correspondant historiquement à une réaction face à la révolution d'Octobre. Cette forme d'anticommunisme, qui est chronologiquement la première au , est avant tout un antibolchevisme ; elle coexiste avec un anticommunisme , propre aux pays culturellement peu réceptifs aux idées communistes, notamment les pays anglo-saxons.
À ces premières formes d'anticommunisme succède avec le temps un anticommunisme consistant à dénoncer les pratiques politiques en URSS et plus tard dans les . Ce type d'anticommunisme s'inscrit dans le cadre plus général d'une lutte contre une forme de totalitarisme. Très divers, il englobe aussi bien un anticommunisme , des classes sociales qui, telle la bourgeoisie, estiment avoir le plus à perdre du passage à un régime communiste et sont directement visées par les discours communistes, qu'un anticommunisme idéologique, de droite (libérale ou conservatrice) ou d'extrême droite mais aussi et d'extrême gauche.
L'anticommunisme , extrêmement varié, recouvre donc une infinité d'attitudes, soit l'ensemble des raisons de s'opposer au communisme présentes dans les aspects les plus divers du spectre politique. La volonté du communisme, qui implique l'élimination des autres idéologies, suscite des réactions au sein des forces politiques les plus disparates. L'extrême droite s'oppose ainsi à un concurrent direct, notamment les totalitarismes fasciste et nazi dont les ambitions expansionnistes se heurtent de plein fouet à celles du communisme soviétique. Pour les libéraux, l'opposition au communisme est, notamment à l'aune des peurs de la Guerre froide, une question de survie, Raymond Aron considérant pour sa part qu'il ne saurait y avoir de véritable paix, même en l'absence de guerre, entre le monde libéral et le monde communiste. Des défenseurs du capitalisme comme Friedrich Hayek ou Milton Friedman estiment quant à eux qu'il est impossible de conjuguer communisme et liberté individuelle. Hayek voit dans l'étatisme une source du totalitarisme, fasciste ou communisteFriedrich Hayek, La Route de la servitude, Presses universitaires de France, 1985, p. 24-29, 121-131 et Friedman considère le capitalisme comme une Milton Friedman, Capitalisme et liberté, À contre courant, 2010, p. 15. Une opposition doctrinale se retrouve chez les religieux opposés à l'athéisme et aux persécutions antireligieuses en régime communiste, notamment au sein de l'Église catholique : la guerre froide correspond au grand moment de la démocratie chrétienne, pour laquelle l'anticommunisme représente une règle. Quant à l'anticommunisme de gauche, il a pu être exprimé par des socialistes et sociaux-démocrates qui, tel Léon Blum, dénoncent les pratiques autoritaires des régimes communistes et proclament leur attachement à un socialisme démocratique. Toujours à gauche, l'opposition au communisme soviétique peut se retrouver dans des courants qui se revendiquent eux-mêmes du communisme, comme les trotskistes ou les maoïstes : bien que se réclamant de l'héritage bolchevik, le trotskisme apparaît ainsi pour le communisme soviétique comme un à détruire en priorité. Peuvent éventuellement s'y ajouter des anarchistes ayant pu être séduits par l'aspect de révolution totale du communisme, mais hostiles au système communiste mis en place en URSS.
Aux difficultés de circonscrire l'anticommunisme en tant qu'objet d'études politique s'ajoute l'usage du terme, au cours de l'histoire, par les communistes eux-mêmes : l'accusation d' est ainsi employée comme un argument disqualifiant leurs adversaires, qualifiés d'. Les , terme englobant l'ensemble des opposants au communisme soviétique, ont pu ainsi être accusés de relayer la propagande de la CIA, ou être assimilés au néofascisme, voire au néonazisme. Les communistes ont été, au cours de la Guerre froide, relayés dans cet usage par leurs , à l'image de Jean-Paul Sartre qui déclare en 1961 : . À l'époque, l'accusation d'anticommunisme sert également à stigmatiser des opposants au stalinisme qui, dénonçant le communisme soviétique comme une imposture, se revendiqueraient eux-mêmes d'une forme alternative du communisme, à l'image des trotskistes.
Historique Avant 1917 Le mot et le concept d'anticommunisme datent des années 1840, le terme « anticommuniste » lui-même existant en français depuis 1842Source : Le Petit Robert.. L'anticommunisme rejoint alors la , des et du collectivisme répandue dans les classes possédantes, la paysannerie et les milieux conservateurs au long du . Le mot communisme est alors rattaché pour l'essentiel à la famille politique socialiste, dont il représente à la fois un concept et une tendance radicale : il est compris dans son sens originel d'abolition de la propriété privée. L'anticommunisme est mentionné en 1848 par Karl Marx dans le Manifeste communisteDans le chapitre II, Marx répond ainsi aux adversaires du communisme ; . Un procès contre des membres de la Ligue des communistes est organisé après l’échec de la révolution allemande de 1848. En 1848, dans le contexte du , le mot est devenu suffisamment familier du public pour que l'essayiste français Alfred Sudre publie, afin de dénoncer le courant d'idées dans son ensemble, l'ouvrage Histoire du communisme, ou réfutation historique des socialistes : l'auteur y englobe, sous le vocable Platon, Sparte, l'anabaptisme, Robert Owen, Saint-Simon, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon, sans faire par ailleurs aucune mention de Karl Marx. Sudre dénonce le communisme, en tant que société sans propriété privée, comme une négation de toute liberté humaine, qui ne pourrait aboutir qu'à l'oppression : pour l'auteur, le communisme représente les plus bas instincts de l'homme, dont il fait « une bête sensuelle, gourmande et lubrique, traînant son ventre appesanti par des sales voluptés »Première édition : V. Lecou, 1848 ; réédition Éditions du Trident, 2010. En 1849, Adolphe Thiers publie la plaquette Du communisme, destinée à en réfuter la doctrine sur les plans social et économique, et dans laquelle il attaque conjointement Marx et ProudhonDu communisme, Terrain vague, édition de 1993, p. 5.
Cette forme d'hostilité globale aux mouvements révolutionnaires contribue, en 1871, dans l'opposition entre le gouvernement de Versailles et la Commune de Paris en 1871, puis dans l'écrasement de cette dernière ; elle converge durant les décennies suivantes avec la crainte des attentats anarchistes. Les concepts de socialisme et de communisme sont alors souvent associés, voire confondus, par leurs adversaires dans une même détestation. L'anticommunisme est assimilé à un anti-marxisme, en substance à une hostilité à la doctrine de la lutte des classes et de l'internationalisme.
L'opposition au communisme, dans son sens premier, ne se limite cependant pas au courant d'opinion conservateur et se retrouve chez des penseurs rattachés à la famille d'idées socialiste. Pour Lamennais, le communisme représente un retour à l'esclavage, soit au Jacques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, tome 1 : des origines à 1875, Presses universitaires de France, 1972, p. 379. Proudhon juge quant à lui que Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques, tome II, 1846, p. 301. Un autre théoricien anarchiste, Mikhaïl Bakounine, porte un jugement comparable : en 1873, dans Étatisme et anarchie, il qualifie le communisme de , qui Danic Parenteau, Les Idéologies Politiques : Le Clivage Gauche-Droite, Presses de l'Université du Québec, 2008, p. 113..
Entre-deux-guerres