Le Rassemblement pour la République (RPR) est un parti politique français ayant existé entre 1976 et 2002. Il s'agit essentiellement d’un nouveau nom pour l'Union des démocrates pour la République (UDR), qui disparaît concomitamment.

Classé à droite et se réclamant du gaullisme, c'est-à-dire des idées politiques de Charles de Gaulle, il évolue d’une orientation souverainiste et sociale dans les années 1970 vers une ligne plus libérale à partir des années 1980 et une attitude pro-européenne dans les années 1990, bien que différents courants internes se soient opposés sur l'orientation à donner au parti.

Ce changement de nom du mouvement gaulliste s’effectue sous l'impulsion de Jacques Chirac , alors en conflit avec le président Valéry Giscard d'Estaing. Le RPR est avec l'UDF la principale force d'opposition lors des deux septennats de François Mitterrand (1981-1995).

Participant aux deux premières cohabitations (1986-1988, 1993-1995), il soutient avec succès Jacques Chirac aux élections présidentielles de 1995 et 2002.

Avec pour objectif de créer un grand parti de droite unique suivant le modèle des Républicains américains ou de la CDU allemande, le RPR se dissout au sein de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) en 2002.

Histoire Partis gaullistes avant le RPR Le RPR s'inscrit dans une histoire longue de différents partis gaullistes ou proches des majorités gaullistes. Ces partis ont servi de plateformes électorales pour de Gaulle et ont cherché à rassembler des groupes sociaux différents (gaullistes de droite, gaullistes de gauche, anciens résistants venant de différents milieux sociaux).

Il est possible de distinguer plusieurs périodes dans l'histoire des mouvements gaullistes. La première inclut la , époque de succès, puis de déclin du gaullisme politique, avec les formations suivantes : 1947-1955 : Rassemblement du peuple français (RPF) ; 1955-1958 : Républicains sociaux (RS).

Le Rassemblement du peuple français (RPF) est le mouvement gaulliste le plus important durant cette période avant d'être mis en sommeil en 1955. Refusant de se positionner dans le clivage droite-gauche bien que souvent classé à droite, il est la seule formation de l'histoire du gaullisme lancée par le général de Gaulle. Visant à défendre les propositions développées par son fondateur dans son discours de Bayeux de 1946, il est le principal parti politique d’alors, aux côtés du Parti communiste français. Résolument hostile à la , il défend le renforcement des prérogatives du pouvoir exécutif, ainsi qu’un programme souverainiste, anticommuniste et favorable à une troisième voie entre capitalisme et collectivisme.

Avec le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, de nouveaux partis gaullistes revoient le jour. Ils connaissent un succès électoral significatif, mais d'abord dans le cadre de cartel électoraux avec des partis de droite modérée, centristes et démocrate-chrétiens, puis avec les Républicains indépendants : 1958-1962 : Union pour la nouvelle République (UNR) ; 1962-1967 : Union pour la nouvelle République - Union démocratique du travail (UNR-UDT) ; 1967-1968 : Union des démocrates pour la cinquième République (UD-) ; 1968-1968 : Union pour la défense de la République (UDR) → appellation électorale à la suite de la dissolution parlementaire de .

L’UNR est le parti politique gaulliste du début de la présidence de De Gaulle, étant fondé sur les cendres du RPF. Pour autant, Charles de Gaulle n'accorde jamais son parrainage direct au parti et refuse qu'il puisse se réclamer de son nomSerge Berstein, La France de l’expansion. Tome 1 : La république gaullienne, 1958-1969, Paris, Le Seuil, 1989, ..

Après la démission du Général en 1969, l'UDR est le dernier parti gaulliste avant la fondation du RPR. Il est l'ancêtre direct du RPR. Jacques Chirac devient en effet secrétaire de l'UDR avant de le faire changer de nom et d'en faire un parti gaulliste critique envers Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République, et défendant une ligne politique différente du de Giscard. 1968-1976 : Union des démocrates pour la République (UDR).

vignette|Premier logo (1976).

L’UNR, l'UDR et le RPR ont leur siège au 123 rue de Lille ( de Paris). Le journal officiel du parti est La Lettre de la nation Magazine, créé en 1962 et supprimé en 1997Pascal Virot, , liberation.fr, 17 juillet 1997..

Transformation de l'UDR en RPR Jacques Chirac annonce sa volonté de rénover l'UDR dans son "discours d'Egletons" le en Corrèze, resté dans les annales car il souligne vouloir le faire sur la base d'un "Le grand rassemblement auquel je vous convie, qui devra allier la défense des valeurs essentielles du gaullisme aux aspirations d'un véritable travaillisme français, et qui permettra à la majorité de se renforcer pour continuer son œuvre, vous allez devoir en délibérer lors des assises extraordinaires [de l'U.D.R.]. Cela suppose pour nous des modifications profondes de nos statuts et de nos structures", déclare-t-il à Egletons" le 3 octobre 1976 "Chirac appelle à la constitution d'un vaste mouvement populaire", Le Monde du 5 octobre 1976 "Chirac de A à Z" par François Vey, Emmanuel Hecht en 1995 aux Editions Albi Michel et dans lequel il « théorise » une critique de gauche de la présidence Giscard"Comment Jacques Chirac a créé le RPR, sa machine à gagner" par Jannick Alimi le 26 septembre 2019 dans Le Parisien , discours qualifié de "fondateur"Les Secrets d'une victoire par Michèle Cotta en 1994 aux Editions Flammarion , qui a .

Il est alors envisagé de rebaptiser le parti gaulliste avec ce mot de travaillisme mais cette hypothèse est finalement exclue lors des assises nationales du parti à la porte de Versailles à Paris le suivantLe Monde du 25 novembre 1976 , auxquelles participent , et au cours desquelles il est décidé que c'est le mot de "rassemblement" qui doit figurer dans la nouvelle dénomination. Ainsi, l'UDR se dissout pour donner naissance au Rassemblement pour la République (RPR). Jacques Chirac en est élu président à 96,52 % des voix, et désigne son ancien directeur de cabinet à Matignon, Jérôme Monod, comme secrétaire général. Lors d'un meeting de 100000 personnes porte de Pantin (Paris XIXe) en , Chirac dénonce le « capitalisme sauvage » et se différencie des « tenants du libéralisme classique ». Désirant une force politique populaire, il se déplace dans toute la France. Une importante campagne de recrutement est lancée (le RPR compte ainsi à la veille des élections législatives de 1978) et ce nouveau mouvement devient bientôt une puissante machine électorale tant orientée contre l'opposition que contre les , en voulant incarner une voie médiane entre et Citations du discours prononcé à Metz par Jacques Chirac le ..

Le parti entend (statuts). Le RPR s'oppose ouvertement à la politique menée par Raymond Barre, au nom de l'héritage gaullien d'intervention de l'État, les ministres doivent souvent avoir recours à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958, qui dispose qu'un texte proposé est adopté si une motion de censure ne recueille pas de majorité..

Le RPR livre ainsi d'abord une de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing qui culmine dans le discours d'Égletons (1978) de Jacques Chirac, lorsque celui-ci fixe au RPR l'objectif d'un , avant de passer à une après la victoire de la gauche à l'élection présidentielle de 1981. En effet, lors d'un meeting de à la porte de Pantin le , l'ancien Premier ministre dénonce le et affirme que les gaullistes ne doivent pas être confondus avec les et la assimilée au giscardisme et au centrisme.. Il définit à cette époque le projet gaulliste comme la version française de la social-démocratie, Centre d'information sur le gaullisme à partir d'Internet Archive..

C'est à cette époque que Jacques Chirac lance l'appel de Cochin au ton anti-européen et souverainiste. Il s'agit d'un texte communiqué, le , par Jacques Chirac, alors maire de Paris, président du Rassemblement pour la République, et ancien Premier ministre. Cet appel est signé de Jacques Chirac, mais on en attribue habituellement la paternité réelle à ses deux plus proches conseillers de l'époque, Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Ce texte dénonçait notamment la politique de l'Europe fédérale d'un ., soit, dans l'esprit du signataire, l'Union pour la démocratie française, parti de centre-droit créé le à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République.

thumb|Les assises du RPR, en janvier 1982 à Toulouse.

Dans l'opposition à François Mitterrand Malgré l'échec du RPR représenté par Jacques Chirac aux élections nationales de 1981, le RPR prend le dessus sur l'UDF dans les sondages.

Le , le est créé au sein du RPR. Présidé par Michel Aurillac et animé par un fervent , Alain Juppé, il s'agit d'un chargé de , mais en réalité véritable chargé d'élaborer les programmes du parti pour les principales échéances futures : les législatives de 1986 et la présidentielle de 1988.

Chirac fait prendre un virage vers le libéralisme économique initié durant la campagne présidentielle, afin de se poser comme le véritable rempart face au du gouvernement Mauroy et comme une alternative au de l'UDF qui, selon lui, a déçu en étant trop libéral sur le plan des mœurs et de la sécurité, et pas assez sur le plan économique ; le RPR condamne ainsi par la bouche de Chirac le dans le domaine économique et social, s'oppose aux nationalisations et prône la fin de la planification et la déréglementation de l'économie, la dénationalisation et la lutte contre la bureaucratie de l'État et la libéralisation du système de protection sociale, selon le modèle de la politique menée à la même époque au Royaume-Uni par le Premier ministre britannique, Margaret Thatcher.

Mais dans le même temps, il défend le renforcement de l'État dans les domaines régalien. Le RPR et Jacques Chirac s'alignent donc sur les mouvements du conservatisme libéral des autres pays d'Europe, et, pour ce faire, abandonne les aspects les plus sur le plan de la politique étrangère et européenne, n'hésitant pas à défendre devant Ronald Reagan, lors d'une rencontre avec le président américain en , l'idée d'une étroitement liée à l'OTAN. Ces prises de position tendent alors à s'approcher des aspirations des petits entrepreneurs, commerçants, professions libérales, agriculteurs, propriétaires et personnes âgées.

Cette s'accompagne d'un renouvellement et d'un rajeunissement des cadres du RPR, favorisé par le départ ou la mise à l'écart de la plupart des grands dans la suite de la candidature manquée de Michel Debré. Selon Alain Duhamel, sur les revendiqués par le RPR, 80 % d'entre eux n'ont jamais adhéré aux différents mouvements qui l'ont précédé dans cette famille politique (UNR puis UDR). À la suite des élections municipales de 1983, 48 % des nouveaux maires issus du parti élus à la tête d'une commune de plus de 30 000 habitants ont moins de 43 ans. Parmi ces trentenaires et quadragénaires, figurent Alain Juppé (proche collaborateur de Jacques Chirac à la mairie de Paris, secrétaire général du Club 89, maire du arrondissement depuis 1983 et secrétaire national du parti au redressement économique et social à partir de 1984), Jacques Toubon (maire du arrondissement de Paris en 1983 et secrétaire général du RPR à partir de 1984), Philippe Séguin (maire d'Épinal à partir de 1983 et secrétaire national du parti chargé de la Décentralisation en 1984) ou Nicolas Sarkozy (ex-protégé de Charles Pasqua, président du comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac à la présidentielle de 1981 et maire de Neuilly-sur-Seine depuis 1983).